‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 52 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. i

dent, car ses successeurs, au nombre de huit, périrent ou furent dépouillés de la pourpre dans le court espace de vingt-un ans, après avoir à peine possédé l'Italie.

L'or de Maxime acheta aux soldats ce funeste héritage. Mais il ne fallut qu'un jour pour abaisser ce triste élu, et pour lui faire trouver la lie au fond de la coupe des grandeurs.

II eut le vertige qu'on éprouve au bord des abîmes. Trésor épuisé, armée sans tête, politique aux abois, sauve-qui-peut général, tel était le bilan de la situation, et Maxime n'avait ni le génie qui crée des ressources ignorées , ni la médiocrité qui cache son lit dans les misères du temps. Les derniers ressorts de l'Empire se démontèrent sous cette main qui n'en connaissait point la manœuvre. Maxime vit éclater de tous côtés des crises irrémédiables. Il voulait demander des impôts : les provinces se déclarèrent ruinées. Il ne put assurer la solde des Barbares auxiliaires : ceux-ci se mirent en pleine révolte. Une imprudence mit le comble à sa détresse : il voulut forcer h veuve de Valentinien à devenir son épouse.

— « Je n'ai point achevé de pleurer l'empereur, » lui répondit cette fière princesse, « mais quand je n'aurai plus de larmes, je songerai à le venger. »

— (« 11 m'avait ravi ma femme, je m'empare de la sienne : c'est la loi du talion ! » s'écria Maxime. « Quant à sa mort, je n'en suis pas l'auteur; le Ciel a tout fait. Je sais que les meurtriers ne manquent point dans les détours des palais ; mais je serai sur mes gardes. »

Et la violence enchaîna le deuil de la veuve de Valentinien sur la couche impériale de ce maître d'un jour.

La vengeance ne se fit pas attendre ; elle porta son coup plus haut que la tête de Maxime. La victime de ses noces funestes fii payer à Rome l'outrage du Romain. Un affidé avait porté

ses plaintes à Genséric : « L'Italie est sans défense , Aëlius est mort ; vous n'avez qu'à paraître : accourez , et pour prix de cet avisj la veuve de Valentinien ne vous demande que de briser ses liens! »

Les Vandales étaient devenus des pirates aussi habiles qu'audacieux; possesseurs d'une flotte immense, ils tenaient l'empire de la Méditerranée ; la Sicile et la Grèce étaient tour à tour le théâtre de leurs déprédations incessantes. Genséric n'avait épargné l'Italie que pour ne point se heurter au choc d'Aëtius. A chacun son génie; pendant qu'Aëtius faisait la chasse aux Huns, Genséric roulait sa vieillesse sur le sein des tempêtes.

On apprend tout à coup que les vaisseaux vandales cinglent versOstie, le port de Rome. Ils courent à l'horizon itahque : les voilà !... Rome tremble ; depuis si longtemps elle ne connaît plus que la peur! Maxime va-t-il tirer le glaive pour mourir debout, comme un empereur doit mourir?

N'espérez pas de lui cet effort. Il va signer une proclamation, c'est tout ce qu'il peut opposer au péril; mais quelle lâcheté, grand Dieu! — Romains, ramassez à la hâte tout ce que vous avez de précieux : abandonnez ces murs désertés par la gloire de vos ancêtres! Suivez la pourpre augustale sur le chemin de la fuite : si cette honte suprême manquait aux Césars, qu'elle soit complète!...

Il part, le misérable Maxime! pour escorte, il a les débris du mobilier des empereurs, portés à dos d'esclaves, afin que rien ne lui manque dans les campements de sa déroute. Mais à l'aspect de tant d'ignominie, un éclair de généreuse indignation passe encore sur le front de ces Romains avilis. Des cris s'élèvent contre ce souverain fuyard qui ne songe qu'à son salut dans ce désastre commun. Des pierres pleuvent autour de lui;

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