LiVRE SEPTIÈME
KVI
Après la mort de ce héros du Christianisme, Genséric défendit d'ordonner des évêqiies, renouvela la persécution contre les catholiques avec une cruauté sans exemple, et l'étendit dans toutes les contrées d'Afrique où il portait le ravage. Depuis la prise de Rome, s'étant rendu maître de toute l'Afrique septentrionale , il ne cessa d'infester tous les ans la Sicile et l'Italie, sous prétexte qu'on ne lui livrait pas les biens de Valentinien et d'Aëtius, dont il avait les enfants entre ses mains. Ses flottes ravageaient les côtes de la Sardaigne , du Péloponnèse, de l'Épire, de la Dalmatie ; elles pénétraient jusqu'au fond du golfe Adriatique. Souvent, s'embarquant lui-même avec les Vandales et les Maures, il portait la désolation sur tous les rivages, brûlant les villes du continent et des îles, et traînant leurs habitants en esclavage. Un jour qu'il sortait du port de Garthage , son pilote lui ayant demandé de quel côté il devait conduire la flotte : « Vers les peuples que le ciel veut punir! » répondit le farouche Vandale.
La nouvelle du pillage de Rome et de la captivité de la famille impériale affligea le brave Marcien. Il se regardait comme souverain naturel des deux empires depuis la mort de Valentinien, et il n'avait pas reconnu l'élection de Maxime. Gomme Genséric avait paru le ménager jusqu'alors, il se flatta que ce prince barbare aurait égard à ses demandes. Il lui envoya donc une ambassade pour le prier de suspendre ses ravages et de lui restituer, comme gage de mutuelle amitié, les princesses captives.
Genséric s'y refusa en des termes pleins de hauteur. Maxime, se persuadant qu'un député arien réussirait mieux auprès de Genséric, lui envoya l'évèque Rléda, qui professait celte hérésie.
Bléda ne fut pas écouté plus favorablement. En vain ce prélat prit la hardiesse de représenter au roi des Vandales que sa prospérité présente ne devait pas lui enfler le cœur jusqu'au
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point de mépriser le ressentiment d'un prince guerrier, qui pouvait rendre à l'Afrique tous les maux que l'Afrique portait en Italie: Genséric crut faire assez que de pardonner cette bravade. Ceux qui prétendent que Marcien s'était engagé par serment à ne jamais employer les armes de l'Empire contre les Vandales, supposent en conséquence qu'il dévora cet affront. Mais d'autres historiens, qui regardent comme une fable cet engagement de Marcien, disent qu'il se disposait à passer en Afrique lorsqu'il mourut. Procope le blâme d'avoir tenu sa parole ; il ne serait blâmable que de l'avoir donnée.
XYII
L*empire d'Occident avait vu, dans l'espace de quatre mois, couler le sang de deux empereurs. Mais, quelque sanglant que soit un trône, il a toujours des attraits pour l'ambition. Après la mort de Maxime, Avitus osa souhaiter la dignité souveraine, et l'obtint pour son malheur.
Avitus était un sénateur romain, issu d'une famille gauloise de l'Auvergne, plus illustrée par les charges qu'avaient exercé ses membres que par les richesses qu'ils s'étaient conquises. 11 comptait entre ses ancêtres des préfets et des patrices. Il avait été élevé avec soin dans l'étude des lettres et dans tous les exercices qui développent les facultés physiques. Il avait servi avec distinction et fidélité dans toutes les guerres, sous le commandement d'Aëtius. Préfet des Gaules, il s'y était fait admirer par la douceur et l'équité de son gouvernement. Après la défaite d'Attila, ii avait quitté ses fonctions pour achever ses jours au sein de son pays natal, quand Maxime, qui connaissait son mérite, l'arracha de sa retraite pour lui confier le commandement des troupes. A peine entré en charge, il apprit le sort fatal du maître auquel il devait succéder. Les Visigoths le proclamèrent empereur à Arles, et lui prêtèrent une armée pour assurer son avènement.