‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 58 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

pouillée de tout, on la chassait de la famille et de la tribu comme un être impur.

Chasseurs et pillards, les Hérules ne pouvaient vivre en paix avec aucun voisin. Toujours en guerre, ils faisaient des esclaves pour les vendre ou pour en tirer rançon. Tls avaient le teint verdâtre comme les flots de TOcéan ; ils allaient nus au combat, soit par affectation de bravoure, soit afin d'être plus légers pour Tattaque ou la fuite. Avides de toute espèce de gains , ils vendaient leur sang aux autres Barbares et s'en faisaient rechercher pour leur valeur et leur adresse. Attila, les rencontrant dans ses courses , les avait pris pour traqueurs de sa proie impériale; quand il mourut, les Hérules se comptèrent et se sentirent assez forts pour porter l'héritage de ses desseins.

Pendant qu'ils se préparaient à entrer en ligne de bataille, l'empereur Avitus songeait à venger Rome des maux que lui avait faits Genséric. Il lui réclama hautement les Romains captifs. Le Vandale répondit par un nouveau cri de guerre : soixante gros navires se détachèrent de la côte africaine, pour venir enlever cet empereur que le vieux pirate ne connaissait pas; mais la flotte des Visigoths, qui croisait vers la Corse, noya cet armement.

Cette flotte avait pour chef un petit-fîls de ce roi Vallia que la timide alliance d'Honorius avait doté du plus beau sol des Gaules. Il se nommait Ricimer. Sa victoire sur Genséric, le plus redouté des Barbares, lui donnait l'empire, s'il eût voulu le saisir; mais la pourpre romaine était devenue si peu de chose , qu'une ambition même vulgaire s'en fût peu souciée.

Ricimer, doué d'un bizarre génie , aima mieux faire un empereur de son lieutenant, que de se charger de régner. 11 débarqua en Italie, et accusant Avitus d'avoir trahi Rome en provoquant les Vandales à une lutte qu'il ne pouvait soutenir,

il le fît déposer par quelques sénateurs qui s'étaient soustraits aux chaînes de Genséric.

Avitus , étourdi de ce coup d'État , voulut défendre sa couronne d'un jour. Il accourait avec quelques troupes amenées de Toulouse; pauvre empereur, qui n'avait pas même un soldat ! Mais Visigoths contre Visigoths pouvaient-ils soutenir une cause mercenaire? Le petit-fîls de Vallia n'eut qu'à paraître pour entraîner la désertion de ses compatriotes : Avitus lui fut livré, presque sans coup férir.

Ricimer dédaigna de le tuer; il en fit un évêque, et lui donna Plaisance pour siège ou pour prison : « Tu me dois des actions de grâces, ))lui dit-il, « car en échange de ton empire précaire je te donne une couronne éternelle. » Avitus accepta la tonsure épiscopale; il fut le premier des empereurs et des rois chrétiens dont l'Église abrita la déchéance. Ricimer passa la pourpre à un soldat nommé Majorien, sous le nom duquel il croyait régner.

Mais Majorien était un de ces hommes que la fortune fait sortir un moment de la foule, aux époques de dissolution sociale, pour que le type des grandes vertus politiques ne s'efface pas entièrement de la tei.re. Il avait appris la guerre dans les beaux jours d'Aëtius. Né avec un esprit supérieur , actif, infatigable , intrépide , il avait trouvé l'envie sur son chemin pour lui fermer la carrière des emplois éminents. Disgiacié sous Valentinien par des intrigues obscures, il s'était retiré dans les Gaules , sans se plaindre des injustices du sort , et , soit par dégoût des affaires humaines, soit par prudence, il ne paraissait ni regretter son avenir éclipsé , ni prendre une part , même indirecte, aux mécontentements soulevés par la dégradation du pouvoir. Ricimer l'avait connu à la cour de Théodoric, sans soupçonner ce qu'il y avait de viril et d'antique sous ce caractère habilement effacé. Majorien se laissa faire empereur avec tous les dehors d'une feinte indifférence; mais, dès que Ricimer l'eut installé à Rome, il se dévoila d'un seul mot : «Rome,» s'écria-t-il , «ne périra pas dans mes mains!»

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