LIVRE SEPTIÈME
Riciraer , étonné de trouver un maître dans l'iiomme dont il n'avait fait qu'un prête-nom, s'en délivra par le poison, et lui donna pour successeur le sicaire qui avait servi sa vengeance : ce misérable se nommait Libius Sévère, et l'histoire ne voit en l'élévation de cet homme qu'une tache de plus sur la pourpre.
Tandis que Rome était réduite à recevoir pour dominateur le valet de meurtre d'un Visigoth, l'Orient perdait Marcien, le 26 janvier 457. L'époux de Pulchérie, dont l'Église grecque vénère encore la mémoire, fut du petit nombre de ces hommes qui, nés dans l'obscurité, parvinrent au faîte des grandeurs sans les avoir désirées, et justifièrent le choix de la Providence.
Il avait fermé son empire aux Barbares, et inauguré le règne de la paix; mais cette paix devait mourir avec lui. Un tribun de légion, né en Thrace, fut élevé sur le pavois par l'armée d'Orient. Constantinople avait besoin d'un empereur militaire pour étayer ses deslins : Léon de Thrace resta au-dessous de ce rôle. On ne vit en lui qu'un monstre d'avarice et de cruauté. Il envahissait les biens de ses sujets, subornant contre eux des délateurs à gages , ou supposant lui-même de faux crimes, lorsqu'il ne trouvait pas de délateurs. Il entassait l'or avec une cupidité si etîrénée , que, par suite de ses déprédations, les provinces, dépouillées du bien-être qu'elles avaient acquis sous Marcien, se trouvèrent tout à coup hors d'état de payer les impôts. Inexorable dans ses colères, il mérita le surnom populaire de boucher, et ne recula que devant la gloire.
Un tel prince eût achevé, en peu de jours, de creuser Tabîme qui attirait la société romaine, si par une singulière providence, le Dieu qui mesure la durée des empires n'avait ira-
iU LES HÉROS DU CHRISTIANISME,
posé à Léon le respect de l'Église. Puisque la religion devait recueillir les naufragés de l'ancien monde, il fallait qu'elle restât toute-puissante au milieu des tempêtes.
Constantin avait défendu de faire, le dimanche , aucun acte judiciaire, et de tous les travaux il n'avait permis que ceux de l'agriculture ; les deux Théodoses avaient interdit, pour le même jour, toute espèce de spectacles : Léon confirma et étendit ces lois. Le dimanche fut entièrement consacré aux œuvres de piété; il ne fut plus permis d'exiger en ce jour le paiement des impôts et des dettes privées, de faire aucune procédure ni aucun acte de commerce. Léon décréta en outre que les lieux de divertissement public seraient fermés , et que , même , si la fête anniversaire de la naissance des princes ou de leur avènement à l'empire tombait un dimanche, elle serait différée. Toute contravention à cette loi devait être punie de la destitution pour le magistrat qui l'aurait tolérée, et de la confiscation des biens pour le particulier.
Léon confirma les privilèges accordés par les empereurs précédents, auxéghses, aux hospices et aux monastères, et, par une loi qui mérite d'être rapportée , il enchaîna les abus qui se glissaient dans l'élection des évêques. « Lorsqu'il s'agit,» dit-il, « de nommer un évêque, soit pour la ville impériale, soit pour toute autre église du monde chrétien, c'est Dieu seul qu'il faut consulter. L'élection doit se faire selon la conscience, avec des intentions pures et la persuasion sincère que le pasteur qu'on choisit est digne d'une place si vénérable. Que personne ne prétende donc acheter l'épiscopat : le prix du sacerdoce, c'est le mérite et non la richesse. Où la corruption ne s'étendra-t-elle pas, si elle pénètre jusqu'à la maison de Dieu? Que l'avarice , cette peste des mœurs , cesse donc d'approcher des autels; qu'on la repousse loin du sanctuaire. Que pour l'honneur de notre siècle, on ne choisisse que des évêques chastes, humbles, irréprochables, afin que la bonne odeur de leur \ertu purifie tous les lieux où ils portent leurs pas. Loin de courir au-devant de l'épiscopat, il faut que celui qu'on destine