‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 60 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

à cette place se fasse longtemps chercher; il faut qu'on soit obligé de le contraindre, qu'il se refuse aux prières, qu'il se dérobe aux solHcitations, qu'il ne se rende qu'à la nécessité d'accepter ce fardeau : il est indigne de cette place, s'il n'y a été porté malgré lui. Si quelqu'un est convaincu d'y être entré par argent, si l'on découvre qu'un électeur en ait reçu, soit pour donner son suffrage, soit pour procéder à l'ordination du séducteur, le corrupteur et celui qui s'est laissé corrompre étant également coupables de lèse-majesté divine , seront soumis aux mêmes pemes. Tout accusateur sera reçu à porter témoignage contre iux ; on procédera contre eux avec la rigueur qui frappe les criminels de lèse-majesté impériale. L'évêque sera dégradé du sacerdoce et noté d'infamie à perpétuité. »

La nécessité d'une loi si sévère nous révèle à quel point l'état social du cinquième siècle chrétien était déjà gangrené; sa promulgation par un prince dont le règne fut le fléau des peuples, prouve que la Providence gardait elle-même les promesses de perpétuité laissées par Jésus-Christ à l'Église militante.

N'attendez pas que je vous retrace dans leurs infimes détails toutes les misères dont se compose le dernier jour de la décadence romaine. Quand il n'y a plus de virilité, même dans le crime, l'histoire passe en courant devant les générations bâtardes qui se traînent au néant.

La dignité souveraine s'avilissait de plus en plus en Occident. Le Visigoth Ricimer s'était défait de Libius Sévère, comme il s'était défait de Majorien, par le poison. Sa tyrannie devenait insupportable, même aux Barbares alliés de l'Empire. L'Italie aux abois se tourna vers l'Orient, pour implorer l'appui de Léon de ïhrace : triste ressource en ces temps de calamité. Léon désigna pour empereur le petit-fils de ce sage ministre,

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Anthémius, que vous avez vu si fidèle aux gloires de la patrie , pendant les premières années du second Théodose. «Quoique Ricimer fût détesté, il était trop puissant en Italie pour qu'il fût possible d'y établir malgré lui un autre maître. Maisj par une bizarre disposition d'esprit , il se déclara fatigué de son rôle de démolisseur de princes , et posa pour unique condition à sa démission de tyran, son mariage avec la fille d*Anthémius , dont la réputation de beauté était européenne. Anthémius trouva qu'il n'achetait point la pourpre trop cher en jetant sa fille dans la couche d'un Barbare. Ce mariage fut célébré par des fêtes magnifiques ; Rome dansa sur le volcan qui fermentait à ses pieds.

La bonne intelligence dura peu entre le beau- père et le gendre. Ricimer, dédaigneux de régner, ne pouvait cependant se plier à obéir, et Anthémius n'était d'humeur à supporter aucune domination. Ils se brouillèrent. Deux cours se formèrent, comme deux camps opposés, où les mécontents et les flatteurs se partagèrent les postes. Ricimer, laissant l'empereur à Rome , se retira à Milan , en s'y faisant escorter avec l'appareil d'un véritable souverain. Toute l'Italie appréhenda les conséquences de cette rupture.

En effet, des deux côtés, il fallut se préparer à la guerre. L'empereur, alarmé de l'attitude prise par son gendre, accusait Ricimer d'entretenir des intelligences secrètes avec les Barbares, et de les pousser à soutenir ses projets d'usurpation. Ricimer reprochait à Anthémius l'injustice de ses soupçons. « Si j'avais voulu la pourpre, » disait-il, «je n'avais qu'à étendre la main ; si je la voulais aujourd'hui , je n'aurais qu'à faire un signe. J'ai épousé la fille d' Anthémius, mais en devenant son gendre, je ne suis pas devenu son sujet. Les Visigoths sont de race libre, quoiqu'on les appelle Barbares; et quand on veut les reléguer à la seconde place, ils prennent la première. »

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