LIVRE SEPTIÈME
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Quoique sous des règnes si faibles les concussions et même les trahisons demeurassent souvent impunies, quelquefois cependant la justice reprenait ses droits, et rien ne contribuait tant à faire succomber les coupables, que leur audace et l'assurance qu'ils croyaient avoir de l'impunité.
Un Persan, nommé Arvand, qui, par un concours de circonstances inconnues, s'était élevé jusqu'à des emplois importants , avait rempli deux fois la charge de préfet des Gaules. Dans sa première préfecture, il avait administré la province avec une équité dont les témoignages unanimes lui avaient mérité l'honneur de sa seconde nomination. Mais ceux qui l'avaient redemandé furent bien déçus dans leur attente. Arvand, enorgueilli de sa faveur j s'était tout à coup dévoilé. Non content de bouleverser son gouvernement par les plus criantes exactions, il avait contracté des dettes énormes pour suffire aux dépenses de son luxe oriental. Pour se mettre à l'abri de ses créanciers, il crut n'avoir d'autre ressource que de jeter la Gaule entière entre les mains des Barbares, dont il espérait de grandes récompenses. Il écrivit au roi des Visigoths pour l'exciter à prendre les armes, à tomber sur les Bretons de l'Armorique qu'il écraserait sans peine, et à partager sa conquête avec les Bourguignons.
Pendant qu'il tramait cette criminelle intrigue, il redoublait d'insolence dans les villes qui relevaient encore directement du pouvoir impérial, et accumulait de plus en plus, par ses pillages, les haines dont il était chargé. Sa lettre au roi des Visigoths, confiée à un infidèle messager, fut livrée aux Gaulois et devint contre lui l'instrument d'une vengeance toute-puissante. Une députation secrète se rendit à Bome, munie du témoignage irrécusable qui dénonçait le complot d'Arvand, et d*une requête contre ses actes qui avaient désolé le pays.
Arvand , qui ne se croyait pas en péril , attendait avec inipatience la réponse des Visigoths, lorsqu'il fut enlevé tout à coup par des commissaires impériaux, chargé de fers et traîné sur un vaisseau qui le conduisit à Rome. On lui donna le Capitole pour prison pendant l'instruction de son procès. Les amis qu'il s'était fait par ses largesses parmi les courtisans, avaient obtenu qu'avant d'être déclaré coupable par la loi, il pût jouir, dans sa captivité , des adoucissements qu'on ne refuse guère aux accusés de haut rang : il tenait donc table ouverte au Capitole, s'y promenait revêtu d'un magnifique costume, et ne cessait de répéter à ses visiteurs que le prince lui devait une éclatante réparation de l'injurieux traitement qui frappait ses services.
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Le sénat s*assembla enfin pour juger cette cause. Arvand y parut le front haut, et couvert des insignes de sa magistratuie qu'éclipsait la richesse des pierreries dont ils étaient couverts. Ses accusateurs, au contraire, se présentèrent en habits dé deuil , comme pour traduire à tous les regards la misère de leurs concitoyens.
Comme les préfets provinciaux avaient le droit de séance dans le sénat, Arvand, feignant d'oublier qu'il était accusé, alla s'asseoir parmi ses .Juges.
Tant que les députés gaulois ne firent que se plaindre de ses exactions, il garda sa ferme contenance, persuadé sans doute ' que ce crime n'était plus crime depuis si longtemps que les gouverneurs de toutes les villes semblaient en faire la règle de leur conduite. Que de patriciens parmi ses juges devaient leur splendide opulence aux mêmes excès qui lui étaient reprochés! Pouvait-il attendre sa condamnation de ces hommes-là mêmes qu'il avait le droit d'appeler ses complices, puisqu'il n'était que leiir plagiaire?