‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 65 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Euric le Visigoth lui imposa la paix en lui arrachant TAuvergne.

Cette paix n'était qu'une trêve, au bout de laquelle s'ouvrait un gouffre. Oublié de l'Orient, dépourvu de forces militaires, de finances et d'amis , Népos jeta autour de lui des regards désespérés, pour y cherclier un soutien. Tl y trouva Oreste, ce Romain d'origine, que vous avez vu secrétaire d'Attila et député des Huns auprès du second Théodose. Après la mort d'Attila, Oreste, enrichi par les- libéralités de ce terrible patron, avait acheté le droit de rentrer dans l'Empire avec sa part du butin ramassé dans les courses hunniques. On n'avait point recherché la source de son opulence, et il s'en était habilement servi près de Valentinien 111, pour devenir un personnage important. Il habitait aux environs de Rome, lorsque Népos lui écrivit de Ravenne, pour lui décerner le titre de maître général des milices de l'Empire.

C'était un titre dérisoire , car il n'y avait d'armée nulle part; mais Népos comptait sur les anciennes relations d'Oreste avec les races barbares ; il s'en faisait un intermédiaire pour négocier une alliance avec les hommes qui tour à tour attaquaient ou défendaient l'Empire , et qui devaient enfin le dévorer. Oreste prit au sérieux ce rôle que lui offrait la détresse de Népos; les aventuriers, les vagabonds, les gens réduits à la mendicité par les malheurs des invasions pullulaient en Italie; peu de jours lui suffirent pour recruter parmi eux une petite armée dont il était le maître absolu, puisqu'il la tenait à ses gages.

Qui paie commande, et qui commande peut régner. Pourquoi servir un empereur de hasard, pourpré par aventure, et mendiant des sujets, quand le premier venu , suivi de deux sol-, dats, pouvait lui arracher sa casaque de pourpre? Voilà ce que se dit Oreste en passant la revue de ses flibustiers, a Compagnons ! » leur cria-t-il , « Rome n'est plus dans Rome, eUe est toute où je suis! L'empire est le droit du fer. Népos est sans épée, derrière les murs de Ravenne, attendant que nous luiservions de piédestal, pour nous fouler aux pieds quand il'

n'aura plus besoin de nous. C'est folie que de se faire le marchepied d'un homme qui n'apporte de l'Orient que l'envie de régner, st qui n'a pas un denier pour acheter votre sang! Allons balayer de Ravenne cet empereur de théâtre; puis, s'il vous faut un maître, vous saurez le choisir ! ... »

XXVUI

Les bandits de la campagne romaine acclament ce projet qui leur ouvre une capitale à fonder au milieu des brigandages dont ritalie est couverte. Ravenne n'a pour défense qu'une population de citadins abattus par les convulsions du pouvoir. Oreste paraît sous ses murs, et y jette sa fière sommation. Comme Glycérius a fui devant Népos, celui-ci s'évade devant le scribe d'Attila. Le vaisseau qui l'avait apporté d'Orient le cache dans ses flancs, et va le jeter sur les grèves de Salone=

L'ex-empereur Glycérius accourt au-devant de ce fugitif. « Vanité des vanités! » s'écrie-t-il en l'embrassant; «tout n'est que vanité, excepté la contemplation des mystères de Dieu ! Tu m'as détrôné, mais la Providence m'a fait évêque : béni soit Celui qui, pour me venger, permet que je t'offre ma maison! Empereurs d'un jour l'un et l'autre, nous sommes deux naufragés conduits au même port : viens goûter combien il est doux de s'asseoir sur les sentiers du Ciel , et de voir mourir à ses pieds le dernier éclair des tempêtes ! . . . »

Oreste, entré dans Ravenne, s'y vit proclamer Auguste. 11 refusa la pourpre au nom d'une supersti*tion singulière, mais qui n'était pas sans grandeur.

Il avait un tîls à peine adolescent, nommé Romulus. Il le présenta aux compagnons de sa fortune. «Souvenez-vous,» leur dit-il, « que le fondateur de Rome se nommait Romulus, et que la gloire douze fois séculaire de cette maîtresse du monde eut pour berceau un camp d'aventuriers. Rome expire comme un lion décrépit que des chasseurs sans courage assassinent

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