‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 66 sur 222 · LIVRE SEPT[ÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPT[ÈME

dans sa lanière. Mais je ne sais quelle voix mystérieuse m'averlil qu'elle renaîtra comme le phénix, ressuscitée par d'autres aventuriers, sous les auspices d'un second Romulus. La destinée qui gouverne toutes choses a voulu que ce nouveau fondateur naquît de mon sang, et que vous fussiez ses héroïques compagnons. Le Romulus que je vous présente n'est encore qu'un enfant ; mais son enfance même est d'un heureux augure : cet âge est pur des vices, comme il est innocent des malheurs de ce siècle. Recevez- le donc comme un symbole sans tache du nouvel empire que vous allez régénérer. Cet empereur, créé par vous dans le berceau d'un glorieux avenir, croîtra en force au soleil vivifiant de votre courage, pour combler un jour l'abîme creusé sous les pieds de Rome par la lâcheté des derniers Césars. 11 relèvera les antiques institutions qui ont fait lleurirla patrie; il replacera au Capitole le palladium des destins de l'Univers, et la postérité se souviendra que votre dévouement a semé les moissons qu'elle recueillera. »

Ce Romulus enfant était parfaitement beau : voilà tout ce que l'histoire a pu dire de sa fugitive apparition sur l'horizon romain. Il ne savait encore que sourire, mais son sourire était plein de magie , comme le premier rayon de l'aurore. Les compagnons d'Oreste le proclamèrent empereur le 29 août 475, et lui donnèrent le surnom caressant d'Augustule {petit Auguste), qui allait signifier, à leur insu, le vrai présage de sa destinée politique. Ils firent de la pourpre un lange à sa faiblesse, et le diadème tombé du front de Népos fut le hochet de son empire d'un jour.

Pendant que cette petite révolution s'accomplissait derrière les murs deRavenne, l'empereur d'Orient, Zenon, laissait les Barbares s'approcher impunément de Constantinople. Les Sar-

razins ravageaient la Mésopotamie. Les tronçons mutilés de la grande armée d'Attila flottaient sur le Danube et venaient infester la frontière de Thrace. La Grèce était en alarmes : le vieux Vandale Genséric, qui se lassait du repos plutôt que de la guerre, avait repris les armes et multipliait ses pirateries. Afin d'arrêter ses ravages, Zenon avait recours à la prière,, dernière arme des pouvoirs qui s'en vont. Il lui députa un sénateur nommé Sévère, qui vint dans Garthage avec le dévouement de l'antique Régulus.

Sévère voulait sauvegarder les apparences d'une majesté depuis longtemps évanouie. Son langage devant Genséric fut digne des beaux jours de Tère impériale; chargé de négocier la paix à tout prix , il prit sur lui le courage de ne la point déshonorer. Genséric, malgré sa dureté naturelle , n'était point cuirassé contre les armes d'une mâle vertu ; il estima la fierté de l'ambassadeur d'Orient : « Tu serais digne de régner, » lui dit-il , « mais les races de ta patrie sont indignes de ton grand cœur; le monde est à refaire!... Ton empereur n'a d'empire que ce qu'il me plaît de lui en laisser. Je ne crains point les fantômes; je sais que Constantin ople ne tiendrait pas contre moi, mais autre chose m'occupe, et, puisque je trouve un homme digne de ce titre, je consens à parler de paix avec lui. Le trésor de Genséric est plus riche que celui de ton maître ; je l'ai rempli des dépouilles du monde , et je veux t'en faire large part, afin que tu retournes dans ton pays montrer ce que vaut l'estime du dominateur de la mer. »

— « Prince, » répondit Sévère, « veux-tu me laisser choisir dans ton trésor le seul don que je puisse accepter de ta munificence?

— « Demande ! » s'écria Genséric.

— i( Rends-moi donc les sujets de l'Empire que les malheurs de la guerre ont faits tes esclaves. La liberté est la seule richesse digne de l'envie des regrets ou d'un Romain.

— « Sois perpétuellement honoré à travers les âges pour cette noble parole! » s'écria le Vandale; « si tous les Romains

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