‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 67 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

te ressemblaient, je serais leur ami ; je fais grâce à la bassesse de tous , en faveur de la vertu d'un seul. »

Sévère n'obtint pas seulement la liberté des captifs, mais encore la liberté religieuse pour les catholiques d'Afrique. A sa prière, Genséric rappela sur leurs sièges les évoques bannis par la persécution; ce que les forces de l'Empire n'avaient pu exécuter, fut le fruit de la vertu d'un seul homme.

L'incapacité de Zenon ajoutait aux misères de son règne les troubles du palais. Vérina, sa belle-mère, qui l'avait placé sur le trône, se croyait en droit de tout exiger. Irritée d'un refus, elle résolut de le perdre, et trama contre lui une conspiration secrète. Elle le méprisait trop pour le croire capable d'aucune résistance; son attente ne fut point trompée. Dès que tout fut prêt pour le renverser, elle l'avertit elle-même du péril dont il était menacé. Zenon perdit la tête et s'enfuit de Gonstantinople, sans même essayer de tirer l'épée. Les Barbares l'y ramenèrent, parce qu'il était de leur sang. Vérina fut enfermée dans une forteresse où elle mourut oubliée.

Mais au moment où Gonstantinople chancelait, l'Occident achevait de se renverser.

L'Italie gémissait sous la tyrannie d'Oreste qui, régnant au nom de Romulus-Augustule, l'accablait sans cesse de nouveaux impôts pour solder le recrutement des aventuriers innombrables que sa fortune appelait autour de lui. Les peuples, mêlés de Barbares, ne connaissaient plus de patrie. Sans attachement pour des princes qui, semblables à des personnages de théâtre, ne s'élevaient que pour disparaître, l'habitude des révolutions les avait habitués à n'en plus craindre aucune. Ils n'étaient plus Romains, et peu leur importait de quels Barbares ils seraient obligés de prendre le nom. Dans le découra-

gement général , Oduacro vint abattre ce trône qui tombait de lui-même.

L'origine et le pays de cet Odoacre sont incertains. On lui prête pour père cet Édécon que vous avez vu ambassadeur d'Altila auprès du second Théodose. Divers auteurs le font Goth, Hérule, Turcilinge, parce qu'il fut chef d'une armée mêlée de toutes ces nations. Ce qu'il y a de probable, c'est qu'il était d'une naissance très-obscure. On raconte qu'en passant par les Alpes Noriques, il était allé visiter l'ermite saint Sévérin, très-célèbre alors par ses miracles, et que le solitaire, à l'aspect de ce Barbare d'une haute taille, qui se baissait pour passer sous la porte de la cellule , lui dit : « Va en Italie ; tu es maintenant couvert de viles peaux de bêtes : mais un temps viendra que tu distribueras des largesses aux puissants de la terre, humiliés devant toi !... »

Les historiens ne nous ont point gardé le récit de sa marche conquérante à travers l'Italie. Les uns disent que les Hérules, les Scyres, et les autres Barbares enrôlés comme auxiliaires dans l'armée de l'Empire, se voyant plus nombreux et plus forts que les soldats romains, se soulevèrent contre Oreste, et le sommèrent de leur hvrer le tiers des terres de l'Italie ; que sur son refus, ils se déclarèrent en révolte ouverte, et qu'Odoacre, qui n'était que simple soldat dans la garde d'Augustule, leur ayant promis de les mettre en possession de tout le pays dont ils ne demandaient qu'un tiers, ils le choisirent pour leur chef. Selon d'autres écrivains, Odoacre, à la tête d'une multitude de ces Barbares , vint des extrémités de la Hongrie , et entra en Italie par la vallée de Trente.

Oreste ne manquait pas de courage. 11 réunit à la hâte quelques troupes romaines pour résister au choc des assaillants ; mais ses ressources étant trop faibles contre les masses barbares, il s'enferma dans Pavie. Odoacre l'y assiégea, enleva la ville de vive force, y fit un grand carnage, et mit le feu aux églises et aux maisons. Oreste fut pris et décapité, le 23 août 476, juste une année après la fuite de l'empereur Népos.

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