LIVRE SEPTIÈME
De Pavie à Ravenne , le vainqueur ne fît qu'une enjambée. Augusiule était une proie sans défense que ce Barbare dédaigna de dévorer. On lui ôta sa pourpre inutile, et Odoacre prit le titre de roi d'Italie.
Rome se soumit au nouveau maître, et les Barbares s'étant répandus dans toute l'Italie, la subjuguèrent en courant. Quand Augustule, dernier successeur d'Auguste , quitta les marques de la puissance, Simplicius, quarante-septième souverain pontife depuis saint Pierre, occupait le siège de l'apôtre dont l'empire avait commencé sous Tibère. Les successeurs de Simplicius sont morts debout sur la pierre Mamertine, à côté des ruines du palais des Césars.
Odoacre établit son gouvernement à Ravenne. Le sénat de Rome, heureux d'échapper à une dévastation, proclama l'abdication du Capitole antique, et transmit à l'empereur d'Orient le procès-verbal des funérailles de l'empire d'Occident. Zenon, brave à distance, reçut avec hauteur cette députation de la servitude. Il reprocha aux envoyés du sénat le meurtre de l'empereur Anthémius et l'expulsion de Népos : « Celui-ci du moins vit encore, » leur dit-il amèrement ; « et, s'il vous a plu de vous donner à un Barbare, il me plaira quelque jour de vous lier sous la verge du maître que vous avez méconnu. « Cette menace n'était qu'une pierre jetée dans un gouffre ; des mains inconnues se chargèrent de terminer dans l'ombre le règne nominal de Népos, qui ne valait cependant pas la peine d'un coup de poignard.
Odoacre ne changea rien aux vieilles formes du gouvernement romain ; ses lois furent conservées en vigueur, ses fonctionnaires gardèrent leurs emplois. Le roi d'Italie, quoique arien ^ se montra tolérant à l'égard des catholiques, par res-
pect, disait-il, pour le grand saint Sévérin, dont son avénenient au trône d'Occident justifiait la prophétie.
Le (ils d'Oreste obtint de la générosité du conquérant une pension annuelle de six mille pièces d'or ; il fut conduit dans un ancien château qu'avait bâti Marins sur le promontoire de Misène. Ce château avait renfermé autrefois la dépouille des Cimbres et des Teutons ; il eut l'étrange destinée d'être la tombe où les derniers Barbares du Nord ensevelirent les aigles de Rome dans la pourpre de son dernier César. Augustule y acheva sa jeunesse et sa vie au sein d'une captivité sans souffrance, indifférent à son sort, et sans se douter que son nom était l'épitaphe d'un monde.
Telle fut la révolution dernière qui effaça de l'histoire l'empire d'Occident, cinq cent sept ans, moins quelques jours, depuis que la bataille d'Actium avait mis Rome aux pieds du neveu de Jules-César, et douze cent vingt-neuf ans après le premier Romulus.Vous avez compté les divers degrés de sa décadence sous les successeurs du grand Constantin ; vous l'avez vu précipiter l'heure de sa chute sous ceux du grand Théodose. La secousse qui le fit crouler fut à peine sentie dans le reste du monde ; il tomba sans bruit, comme un vieillard séculaire à qui le pied manque tout à coup parmi les ruines de ses années.
XXXIÏ
Ce n'est rien que de connaître les dates de Téboulement des empires, rien que d'avoir appris les noms des hommes employés à cette destruction; il faut embrasser d'un regard la synthèse de ces immenses catastrophes pour en tirer une immortelle leçon.
Je vous ai montré , comme en un drame vivant, les révolutions successives des grandes puissances qui ont traversé l'histoire depuis la création de l'univers. Vous avez vu que ces empires, depuis les temps les plus reculés, ont pour la plupart