LIVRE SEPTIÈME. ÛS
iîTie liaison nécessaire avec l'histoire du peuple de l'Ancien Testament. Retournons-nous un moment vers le passé, pour contempler avec Bossuet, à travers ces ruines, la manifestation des secrcls de la divine Providence.
Dieu (dit l'historien par excellence, qui a renfermé tons les événements de l'humanité dans un cercle rigoureux comme son génie), Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour châtier les fautes de la race qu'il s'était choisie pour garder, après le déluge, le foyer sacré de la vérité religieuse. ïl s'est ensuite servi des Perses, pour relever ce peuple élu , après les jours du châtiment ; puis du Grec Alexandre et de ses prerriiers successeurs, pour le protéger; et des Romains pour le punir de nouveau, quand la mesure de ses égarements a débordé.
Les Juifs ont duré jusqu'à Jésus-Christ, sous la puissance des mêmes Romains. Quand ils ont méconnu el crucifié leur Sauveur, ces mêmes Romains ont prêté leur bras , sans y penser, à la vengeance divine, et ont exterminé ce peuple ingrat. Dieu qui avait résolu de créer dans le même temps un peuple nouveau, formé de toutes les nations, a premièrement réuni les terres et les mers sous ce même empire. Le commerce de tant de races diverses, autrefois étrangères les unes aux autres, et depuis réunies sous la domination romaine, a été un des plus puissants moyens dont la Providence se soit servi pour donner cours à l'Évangile. Si le même empire romain a persécuté durant trois cents ans ce peuple nouveau, qui naissait de tous côtés dans son enceinte , cette persécution a confirmé l'Église chrétieime , et a fait éclater sa gloire avec sa foi et sa patience.
Enfin l'empire romain a cédé, et ayant trouvé quelque chose de plus invincible que lui , il a reçu paisiblement dans son sein cette Église à laquelle il avait fait une si longue et si cruelle guerre. Les empereurs ont employé leur pouvoir à faire obéir l'Église; et Rome a été le chef de l'empire spirituel que Jésus- Christ a voulu étendre par toute la terre.
Quand le temps a été venu que la puissance romaine devait tomber, et que ce grand empire, qui s'était vainement promis
l'éternité, devait subir la destinée de tous les autres, Rome, devenue la proie des Barbares, a conservé par la religion son ancie^ane majesté. Les nations qui ont envahi l'empire romain y ont appris peu à peu la piété chrétienne , qui a adouci leur barbarie; et leurs rois, en se montrant, chacun dans sa nation, à la place des Césars, n'ont trouvé aucun de leurs titres plus glorieux que celui de protecteurs de rÉghse.
Mais il faut ici découvrir les secrets jugements de Dieu sur l'empire romain et sur Rome même : mystère que le Saint- Esprit a révélé à saint Jean, et que ce grand homme, apôtre, évangéhste et prophète , a exphqué dans l'Apocalypse.
Rome, qui avait vieilli dans le culte des idoles, avait une peine extrême à s'en défaire, même sous les empereurs; et le sénat se faisait un devoir de défendre les dieux de Romulus, auxquels il attribuait toutes les victoires et conquêtes de l'ancienne république. Les empereurs étaient fatigués des députations de ce grand corps qui demandait le rétablissement de ses idoles, et qui croyait que corriger Rome de ses anciennes superstitions était faire injure au nom romain. Ainsi cette compagnie patricienne, composée de ce que l'Empire avait de plus grand, et une immense multitude de peuple où se trouvaient presque tous les plus puissants de Rome, ne pouvaient être retirés de leurs erreurs, ni par les prédications de l'Évangile, ni par un si visible accomplissement des anciennes prophéties, ni par la conversion de presque tout le reste de l'Empire, ni enfm par celle des princes dont tous les décrets autorisaient le Christianisme.
Au contraire, ils continuaient à charger d'opprobres l'Église de Jésus-Christ , qu'ils accusaient encore, à l'exemple de leurs pères, de tous les malheurs de l'Empire, toujours prêts à re-