‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 72 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

d'une condition si éminente, est si fortement rabattue par ce spectacle. Car si les honames apprennent à se modérer en voyant périr les empereurs et les rois, combien plus seront-ils frappés en voyant mourir les empires mêmes? et où peut-on recevoir une plus belle leçon de la vanité des grandeurs humaines? Quand vous voyez passer, comme en un clin d'oeil, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces immenses monarchies dont le poids a fait trembler tout l'univers, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le propre partage des choses d'ici-bas.

Mais quelle consolation pour notre intelligence, quand nous voyons, à côté de ces catastrophes, que, du pontife qui gouverne actuellement la société chrétienne, on remonte sans interruption jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des apôtres; d'où, en reprenant la succession des pontifes qui ont servi sous l'ancienne loi, on va jusqu'à Aaron et jusqu'à Moïse; de là jusqu'aux patriarches, et jusqu'à l'origine du monde? quelle suite, quelle tradition, quel enchaînement merveilleux! Si notre esprit naturellement incertain, et devenu par ses incertitudes le jouet de ses propres raisonnements, a besoin d'être fixé et déterminé par quelque autorité certaine , quelle plus grande autorité que celle de l'Église catholique, qui réunit en elle-même toute l'autorité des siècles passés, et les anciennes traditions du genre humain jusqu'à sa première origine.

Ainsi, la société que Jésus-Christ, attendu dans tous les siècles passés, a enfin fondée sur la pierre, et où saint Pierre et ses successeurs doivent présider par ses ordres, se justifie elle-même par sa propre suite , et porte dans sa perpétuité le caractère de la main de Dieu. La loi de l'Ancien Testament vient au-devant de l'Évangile ; la succession de Moïse et des patriarches ne fait qu'une même chaîne avec celle de Jésus- Christ : être attendu , venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde, c'est le caractère du Messie ea

qui nous croyons ; «Jésus-Christ, » dit l'apôtre, « esl aujourd'hui, il était hier, et il est aux siècles des siècles!... »

Ainsi, outre l'avantage que possède le Christianisme, d'être l'unique religion fondée sur des faits miraculeux et divins qu'on a écrits hautement, et sans crainte d'être démenti, dans le temps qu'ils sont arrivés; voici, en faveur de ceux qui n'ont pas vécu dans ce temps, un miracle toujours subsistant, qui confirme la vérité de tous les autres : c'est la dispersion perpétuelle des Juifs qui n'ont pas reçu le Christ promis à leurs pères. Ils l'attendent néanmoins encore, et leur attente toujours frustrée fait une partie de leur châtiment. Ils l'attendent, et font voir en l'attendant qu'il a toujours été attendu. Condamnés par leurs propres livres sacrés, ils assurent la vérité de la religion; ils en portent, pour ainsi dire, toute la suite écrite sur leur front : d'un seul regardon voit ce qu'ils ont été, pourquoi ils sont comme on les voit, et à quoi ils sont réservés.

Ainsi quatre ou cinq faits authentiques, et plus clairs que la lumière du soleil, font voir le Christianisme aussi ancien que le monde. Ils montrent par conséquent qu'il n'a point d'autre auteur que Celui qui a fondé l'univers, qui, tenant tout en sa main, a pu seul et commencer et conduire un dessein où tous les siècles sont compris.

. Il ne faut donc plus s'étonner, comme on fait trop ordinairement, de ce que l'Église de Jésus-Christ nous propose à croire tant de choses si dignes de la Providence , et tout ensemble si impénétrables à l'esprit humain ; mais plutôt il faut s'étonner de ce qu'ayant établi la foi sur une autorité si ferme et si manifeste , il reste encore dans le monde des aveugles €t xles incrédules. ^

.. Nos jjassi<^ns désordonnées, notre attachement aux erreurs

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