LIVRE SEPTIÈME
XXXYII
Tels sont les immortels sujets de méditation que nous présente le haut génie de Bossuet en terminant son admirable synthèse des révolutions providentielles au sein de l'Humanité. Faisant de la vérité religieuse le fondement de tout, il a groupé les faits autour de cette* vérité unique, avec une incomparable majesté. A ses yeux, rien ne s'est passé dans l'univers que pour l'accomplissement de la parole de Dieu; l'histoire des hommes n'est à l'évéque de Meaux que l'histoire d'un homme, le premier-né des générations pétries de la main, animé par le souffle du Créateur, homme tombé, homme racheté avec sa l'ace , et capable désormais de remonter à la hauteur du rang dont il est descendu. Entre Adam et le Christ, entre le berceau du monde placé sur la montagne du Paradis terrestre, et la Croix élevée sur le Calvaire, fourmillent, devant Bossuet, des nations abîmées dans l'idolâtrie, frappées de la déchéance du père de famille. Elles sont peintes par lui en quelques traits avec leurs vices et leurs vertus, leurs arts et leur barbarie, de manière à ce que ces nations mortes redeviennent vivantes : le nouvel Ézéchiel souffle sur des ossements arides, et ils ressuscitent. Mais au milieu de ces nations est un peuple qui perpétue la tradition sacrée, et fait entendre de temps en temps des paroles prophétiques. Le Messie vient; la race vendue finit, la race rachetée commence ; saint Pierre porte à Rome les pouvoirs du Christ : il y a rénovation de l'univers.
Voilà le cadre rempli par Bossuet, avec le style des Pères de l'Église et l'écrasante logique de la divine philosophie qui explique seule les faits humains. Spectacle ineffable qui énumere v>t fait passer devant nous ce cortège presque infini d'êtres semblables à nous, qui nous ont précédés! C'est alors surtout que notre âme, creusée par tant de vicissitudes, sent qu'il y a en elle un abîme que nulle science de la durée ne peut corn-
iU LES HÉROS DU GHRISTIANISiME.
bler; des profondeurs ignorées ^ que la même puissance qui laboure les mondes dévaste sans cesse, en brisant une espérance par une autre espérance, un désir par un autre désir, une douleur par une autre douleur.
Avant de quitter les civilisations antiques pour aborder les labyrinthes du moyen âge, l'Humanité, comme un voyageur arrivé à l'embranchemenl de deux routes, dont la seconde n'a plus d'horizon, l'Humanité s'arrête au milieu des ruines de peuples qu'elle a foulées ; elle écarte les ronces de leurs pierres tumulaires, pour chercher ce que les siècles y ont écrit d'idées générales et de principes éternels. Ces momies gigantesques des empires qui se couchent tour à tour dans le sépulcre du temps, ces enveloppes de corps politiques qui poudroient comme des tessons d'argile, tout cela crée un aspect désolé qui consume promptement les forces de notre imagination, faite pour des secousses moins grandes, et pour des tristesses plus étroites. Mais tout à coup les viines reflètent le Ciel ; l'éternité déchire le suaire du temps; elle ravive tous ces ossements qui n'avaient plus de nom que dans la mémoire de Dieu, et c'est par le Christ qu'ils vont ressusciter.
Quand des résultats providentiels éclatent de tous côtés dans les faits, il y a plus de grandeur à croire qu'à douter : qu'importent les prétentions de l'esprit humain? Dans toutes, à des degrés divers, il n'y a que vanité, faiblesse, aveuglement. L'énigme du monde moral repose au sein d'une loi unique qui se fait sentir partout, lors même qu'elle ne se montre pas au grand jour, et l'on est contraint de confesser que, devant le vouloir immuable du Tout-Puissant, les politiques terrestres ressemblent aux feuilles mortes dont se jouent les vents d'automne.
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Lorsque Constantin le Grand exalta la religion qui \m avait donné l'empire, il avait conçu la grande idée d'ouvrir au