LIVRE SEPTIÊMli
clergé chrétien les voies du pouvoir. Sa haute intelligence, je crois l'avoir déjà dit, avait prévu tout l'appui que son trône allait tirer de cette vigoureuse institution, qui ralliait à elle par sympathie, par foi , par admiration ou par besoin, l'existence des masses populaires. Ainsi l'éloquence de la charité évangélique put jettr au seuil de l'ère nouvelle où le monde allait entrer le premier cri de la liberté. La société future commençait à recueillir le prix du sang de ses martyrs. Une nécessité, politique aux yeux des hommes, providentielle aux yeux de Dieu, h'vra aux évêques une partie de l'action gouvernementale. 11 fallait de Tordre, et cet ordre naquit des sympathies que ralliait le pouvoir. En même temps, l'ordre conduisait, par des voies lentes, mais sûres, à l'indépendance. La mission sacerdotale lui frayait la route; l'autel et le trône, ces deux sommités du monde moderne, préparaient le pacte de l'avenir.
Tandis que l'ordre politique s'incorporait l'élément chrétien, l'Église, pour assurer son œuvre, modelait ses constitutions extérieures sur la forme civile. La dignité des évêques suivait le classement des provinces et des cités romaines. De là surgit la prééminence des métropoles et la distinction des églises, selon les besoins de la religion et des peuples qu'elle commençait à protéger.
Outre l'ascendant que lui donnait son immense charité qui ne faisait acception de personne, et qui soumettait maîtres et sujets par deux pouvoirs égaux, la reconnaissance et l'enthousiasme, le clergé travaillait à la régénération du peuple, en opposant au luxe des classes opulentes la sévérité de ses mœurs.
A côté des lettres profanes, exténuées de débauches, s'élevaient les lettres sacrées. De temps en temps, quelques àtiies d'élite, attirées au Christianisme par la supériorité de leur initelligence, venaient se retremper à cette source qui commençait son éternité. Le clergé recueillait dans son sein ces nobles débris d'une civilisation usée; il sentait croître en lui la force -de tout refaire.
Les invasions des Barbares les plus féroces furent plus d'une
!oO LES HÉROS DU CHRISTIANISME.
fois tenus en respect par le courage des évoques; j'en ai raconté d'illustres exemples. Ainsi la charité payait eu héroïque dévouement les persécutions qu'elle avait subies ; ainsi les prêtres du Sauveur, encore tout couverts du sang des martys, intercédaient pour les bourreaux. Les vaincus protégeaient les vainqueurs; les héritiers des suppliciés arrêtaient la foudre, et leur prière opérait des miracles. Il fallait que Rome périt; mais, au delà de sa terrible expiation, elle devait ressusciter sur l'emplacement de sa tombe. Cette vieille Rome, dont les faubourgs touchaient la Propontide et l'Armorique , que l'invasion des Barbares avait fait reculer peu à peu derrière le Rhin, puis derrière les Alpes, puis enfin resserrée dans le cercle de ses sept collines , sentant le glaive et le sceptre échapper à ses mains débiles, tomba tout entière au pied de la Croix. EHe avait légué à l'avenir quelques germes d'organisation politique; ainsi la chaîne qui lie les sociétés qui finissent aux sociétés qui commencent ne fut point rompue. Jérusalem avait transmis l'élément religieux ; les Barbares apportèrent une vie instinctive et forte, une capacité nouvelle qui ne demandait qu'à s'épanouir. Le cataclysme de l'invasion s'est décomposé par une loi providentielle comme celle qui l'avait amené. Le glaive a été le soc appliqué d'abord à cette grande culture, et le jour où Clovis, ce chef des Franks, qui va surgir dans ces récits comme une brillante étoile à l'aube des temps futurs, jeta sa framée d'une rive à l'autre du Bhin , Dieu tournait un feuillet de l'histoire du monde.
Le fer a travaillé la glèbe conquise, en même temps qu'il éprouvait les races nouvelles ; c'est toujours du sang qui féconde, à leur début, les grandes civilisations. Mais, après le travail de la conquête qui fonde son séjour, vient la culture qui développe les germes déposés par le limon du torrent.