LIVRE SEPTIÈME
Dans l'ère antique, c'est une loi dure, exclusive, inflexible, qui maintenait la société humaine; dans l'ère du Christ, c'est le principe de fraternité qui vient assurer le droit individuel au sein du droit commun. Tout le monde moral est à refaire, et il ne faut pas moins que l'intervention divine, pour que cette création nouvelle puisse édifier ses bases. Or, comment la puissance religieuse parvient -elle à rallier les sympathies d'une multitude de convertis chez lesquels la passion est si forte, si fougueuse, si indomptable?
Elle atteignit ce grand but par la création d'une hiérarchie perpétuelle, dont tous les membres se partageaient l'exercice des vertus et des œuvres dont Jésus -Christ avait apporté l'exemple sur la terre. Ce fut par la divine Charité, vertu absolument chrétienne et inconnue des anciens, et qui se manifeste comme le sceau de la rénovation humaine, que les apôtres d'abord, et, à leur suite, tous les ministres des autels, gagnèrent si rapidement les cœurs et séduisirent saintement les hommes.
Souvenez-vous que l'antiquité n'avait, pour se défaire des pauvres et des infortunés, que deux moyens : l'infanticide et l'esclavage; et que les premiers chrétiens donnèrent l'exemple d'apporter leurs biens aux pieds des apôtres, afin qu'il n'y eût plus, dans la société nouvelle, aucun être abandonné dans ses souffrances.
Il fallut qu'il y eût des martyrs de la chasteté , quand il y avait partout des prostitutions publiques; des pénitents couverts de cendres et déchirés par le cilice, quand la loi romaine, survivant à l'invasion des Barbares, autorisait encore les plus grands crimes contre les mœurs ; des héros de la charité , quand il y avait des monstres de barbarie. Enfin , pour arracher tout un peuple aux vils et sanglants spectacles du circjue et des arènes, il fallut que la religion du Sauveur universel eut, pour ainsi dire, ses athlètes et ses spectacles dans les déserts de la Thébaide.
Les hommes que la révolution évangélique appelait à la tête de ce mouvement des esprits, qui changea la face du monde, eurent pour couronne la virginité, pour palais la solitude, pour moyen de gouvernement la charité.
De même que Jésus-Christ, né d'une vierge immaculée, resta lui-même vierge toute sa vie, et qu'il approuva le vœu de virginité fait à Dieu en vue du royaume des cieux ; de même que les apôtres, pour imiter et pour servir ce divin Maître, avaient tout quitté, jusqu'à leurs femmes , ainsi Ton adopta en principe, dès le commencement de l'Église chrétienne, que les ministres les plus parfaits seraient ceux qui, pour offrir le saint sacrifice avec la pureté convenable, pour édifier leur troupeau par l'exemple des vertus les plus difficiles, et afin de vaquer en toute liberté aux fonctions de leur ministère, vivraient dans une perpétuelle continence.
Les secondes noces, après la mort de l'épouse, trahissant un défaut de continence, saint Paul défendit d'ordonner diacre un bigame. Or, par ce mot on entendait une bigamie successive et non simultanée, comme le démontre d'une part la nature même de la chose, puisque celui qui vivait dans la bigamie simultanée, c'est-à-dire dans l'adultère, n'était pas même chrétien, et comme il résulte encore de la recommandation que l'apôtre fait de n'ordonner diaconesses que des veuves qui n'avaient été mariées qu'à un seul homme.
C'était aussi une règle généralement établie dès le temps des apôtres, et bientôt ce fut une loi formelle, qu'un prêtre ne pouvait plus se marier après son ordination; s'il le faisait, il était nécessairement déposé, comme le concile de Néocésarée l'ordonne, dès le commencement du quatrième siècle, par son premier canon. L'on ne connaît pas, d'ailleurs, d'exemple du contraire.