‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 77 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Toutefois j comme l'on manquait souvent de célibataires dignes de l'état ecclésiastique, on ordonna un grand nombre d'hommes mariés, qui alors se séparaient ordinairement de leurs femmes ; cependant cela n'était pas exigé , mais seulement laissé en général à la conscience individuelle. Le concile d'Angers ne permit aux diacres de se marier après leur ordination que dans le cas où l'évêque les aurait admis malgré la déclaration préalable de leurs intentions. D'après le témoignage de Socrate et de Sozomène, on avait , il est vrai, proposé au concile de Nicée que les prêtres mariés avant leur ordination fussent obligés de s'abstenir de leurs femmes à l'avenir, mais le concile, sur la proposition de l'évêque égyptien Paphnuce, décida qu'on laisserait ce pointa la discrétion de chacun.

Cependant saint Jérôm3 assure que le célibat était exactement observé dans les églises d'Egypte et de Syrie, et que les prêtres mariés s'abstenaient de leurs femmes. Saint Épiphanes dit la même chose de l'Église en général; mais ce qu'il ajoute, que cette continence règne surtout dans les contrées où la discipline chrétienne est florissante, prouve qu'il y avait en Orient des différences à ce sujet. Toutefois, les évêques, en Egypte, devaient vivre dans une continence parfaite, comme le montre l'exemple deSynésius, qui n'accepta point l'évêché de Ptolémaïs, parce qu'il aurait dû renoncer aux relations conjugales avec sa femme.

Synésius, de la colonie lacédémonienne fondée en Afrique dans la Cyrénaïque, descendait d'Eurysthène, premier roi de Sparte de la race dorique. Il était philosophe; comme saint Augustin dans sa jeunesse, il partageait ses jours entre les études profanes et les dissipations de la chasse. Le peuple de Ptolémaïs, en Lybie, le demandait pour évêque, parce qu'il était de race illustre, savant et bienfaisant. Synésius déclare

qu'il ne se reconnaît point la pureté de mœurs nécessaire à un si saint état ; que Dieu lui a donné une femme; qu'il ne veut ni la quitter, ni s'approcher d'elle furtivement, comme an ad»jl tère: qu'il souhaite d'avoir un grand nomhre d'enfants, beaux et vertueux. îl ajoutait : « Pourquoi m'imposer la charge d'évêque? Savez-vous si toutes mes convictions seront soumises à vos croyances? Pour moi, je ne soutiendrai jamais que l'àme humaine est créée après le corps; je ne croirai jamais que le monde doit périr, en tout ou en partie; la résurrection des morts me paraît un dogme fort mystérieux , et je ne me rends point aux opinions qu'on m'impose. »

Malgré sa protestation , le peuple cria : « Nous voulons Synésius évêque ! » Synésius fut effrayé de cette vocation qui venait le saisir et le terrasser, comme un autre saint Paul sur le chemin de Damas. Tl se laissa ordonner en tremblant, car son âme loyale ne voulait point accepter une dignité qui lui imposait le sacrifice de sa liberté d'examen aux rigoureuses doctrines de l'Église, ou le rôle sacrilège d'un pontife hypocrite. Il resta sept mois éloigné du troupeau dont il n'osait prendre la direction, et sentant toujours que sa charge était incompatible avec les incertitudes de son esprit, il voulait s'expatrier et passer en Grèce. Les autres évêques lui dirent : « Vous croyez en Dieu et vous aimez le bien; ne discutez pas, mais dévouez votre vie aux œuvres de charité qui vous sont commandées. Le feu de la charité dissipera les ténèbres de votre esprit; semez toute sorte de bien sur les sentiers du Ciel, et, dans ce saint exercice, mieux que sur le champ d'une étude aride, vous recueillerez pour récompense les fruits de la foi. » Synésius céda à leurs instances, il resta à Ptolémais, et fidèle par devoir à la mission qu'il acceptait sans l'avoir désirée, il mérita, par ses vertus, de devenir à son tour un dos flambeaux de l'Église.

Page 1