LIVRE SEPT;1>ME
de temps en temps comme une ruine de sa patrie, et qui sera, dans des jours meilleurs, l'ornemenl de son siècle et la gloire de la religion, me communique, sur le sujet qui m'occupe, quelques pages pleines de charme. Ces pages sont-elles, plus ou moins que les miennes, réservées à voir le jour?... Dieu le sait ; mais, quelque soit leur sort, je les transcris avec bonheur, comme il me les prête avec. Ja modestie touchante d'un génie qui s'ignore.
« Dans les anciens jours du Chrish'ariisme, jours de combats et de triomphes, » dit l'admirable penseur que je viens de citer, « les chrétiens, peu nombreux et remplis de vertus, vivaient fraternellement ensemble, goûtaient les mêmes joies, partageaient les mêmes tribulah'ons à la table du Seigneur. Le pasteur spirituel aurait donc pu, à la rigueur, avoir une famille au milieu de cette société sainte, qui était déjà sa famille; iJ n'aurait point été détourné par ses propres enfants du soin de ces autres brebis, puisqu'ils auraient fait partie du troupeau ; il n'aurait pu trahir pour eux les secrets du pécheur, puisqu'on n'avait point de crimes à cacher, et que les confessions se faisaient à haute voix dans les Catacombes, ces basiliques de la mort où les fidèles s'assemblaient pour prier sur la cendre des martyrs.
« Ces chrétiens primitifs avaient reçu du Ciel un sacerdoce que nous avons perdu. C'était moins une assemblée de peuple qu'une communauté de lévites et de religieuses : il semblait que le baptême les avait tous créés prêtres et confesseurs de Jésus- Christ. L'Évangile venait de révéler un âge d'or au milieu de la corruption romaine, et de découvrir un peuple nouveau dans les souterrains d'un antique empire. Ces mœurs durent paraître d'autant plus belles, qu'elles n'étaient pas connues aux premiers jours du monde, en harmonie avec la nature et les lois, et qu'elles formaient au contraire un contraste frappant avec le reste de la société. Ce qui rend surtout la vie de ces fidèles plus intéressante que la vie des hommes les plus vertueux du paganisme, c'est que ceux-ci sont représentés heureux, et que les
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autres se montrent à nous à travers les cliarnies du malheur. « Ce n'est pas sous les feuillages des bois et au bord des fontaines que la vertu paraît avec le plus de puissance ; il faut la voir à l'ombre des murs des prisons et parmi les flots de sang et de larmes. Combien la religion est divine, lorsqu'au fond d'un souterrain, dans le silence et la nuit des tombeaux, un pasteur que le péril environne célèbre, à la lueur d'une lampe, devant un petit troupeau de tidèles, les mystères d'un Dieu persécuté 1
« Il est nécessaire d'établir solidement cette innocence des chrétiens primitifs, pour montrer que si, malgré tant de pureté, on trouva des inconvénients au mariage des prêtres, il serait tout à fait impossible de l'admettre aujourd'hui.
« En effet, quand les chrétiens se multiplièrent, quand la corruption se répandit avec les hommes, comment le prêtre aurait-il pu vaquer en même temps aux soins de sa famille et de son église? Comment fût-il denr.euré chaste avec une épouse qui eût cessé de l'être? Que si l'on nous objecte aujourd'hui les pays protestants, nous dirons que dans ces pays on a été obligé d'abolir une grande partie du culte extérieur; qu'un ministre paraît à peine dans un temple deux ou trois fois par semaine ; que presque toutes les relations ont cessé entre le pasteur et le troupeau, et que le premier est trop souvent un, homme du monde, qui donne des bals et des festins pour amu-' ser ses enfants. Quant à quelques sectes moroses qui affectent la simplicité évangélique, et qui veulent une religion sans culte, nous espérons qu'on ne nous les opposera pas. Enfin, dans les pays où le mariage des prêtres est établi, la confession, la plus belle des institutions morales, a cessé et a dû cesser à l'instant. 11 est naturel qu'on n'ose plus rendre maître de ses secrets l'homme qui a rendu une femme maîtresse des siens ; on
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