‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 80 sur 222 · LIVRE SEPTlÈiME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTlÈiME

craint avec raison de se confier au prêtre qui a rompu son contrat de fidélité avec Dieu, et en quelque sorte répudié le Créateur pour épouser la créature.

«Enfin, il semble àjpeu près démontré qu'il faut dans un grand État des hommes qui, séparés du reste du monde, et revêtus d'un caractère auguste, puissent, sans enfants, sans épouse, sans les embarras du siècle, travailler aux progrès des lumières, à la perfection de la morale et au soulagement du malheureux.

« Les peuples de tous les pays n'ont jamais eu d'ailleurs qu'un sentiment sur l'excellence de la virginité. Chez les anciens, les prêtres et les prêtresses, qui étaient censés commercer intimement avec le Ciel, devaient vivre solitaires; la moindre atteinte portée à leurs vœux de célibat était suivie d'un châtiment terrible. On n'otïrait aux dieux que des génisses qui n'avaient point encore été mères. Ce qu'il y avait de plus sublime et de plus doux dans la mythologie possédait la virginité ; on la donnait à Vénus-Uranie et à Minerve, déesses du génie et de la sagesse ; l'Amitié était une adolescente, et la Virginité ellemême, personnifiée sous les Iraits de la Lune, promenait sa pudeur mystérieuse dans les frais espaces de la nuit.

«Les plus grands poètes des siècles antiques aimaient à retrouver l'emblème de la virginité au milieu des campagnes, dans les roses du printemps et dans la neige de l'hiver ; et c'est ainsi qu'ils la placent aux deux extrémités de la vie, sur les lèvres de l'enfant et sur les cheveux du vieillard. Ils la mêlent encore aux mystères de la tombe, et ils nous parlent de l'antiquité qui consacrait aux mânes des arbres sans semence, parce que la mort est stérile, ou parce que, dans une autre vie, les sexes sont inconnus, et que l'âme est une vierge immortelle. Enfin ils nous disent que parmi les animaux, ceux qui se rapprochent le plus de notre intelligence sont voués à la chasteté. Ne croirait-on pas en effet reconnaître dans la ruche des abeilles le modèle de ces monastères où des vestales chrétiennes composent un miel céleste avec la fleur des vertus?...

i6Q LES HÉROS DU CHRISTIANISME.

c< Saint Ambroise a composé trois traités sur la virginité , il y a mis les charmes de son éloquence, et il s'en excuse en disant qu'il l'a fait ainsi pour gagner l'esprit des vierges par la douceur de ses paroles. Il appelle la virginité une exemption de toute souillure ; il fait voir combien la tranquillité est préférable aux soucis du mariage ; il dit aux vierges : « La pudeur en colorant vos joues vous rend excellemment belles. Relirées loin de la vue des hommes, comme des roses solitaires, vos grâces ne sont point soumises à leurs faux jugements; toutefois vous descendez aussi dans la lice pour disputer le prix de la beauté, non de celle du corps, mais de celle de la vertu : beauté qu'aucune maladie n'altère, qu'aucun âge ne fane, et que la mort même ne peut ravir. Dieu seul s'établit juge de cette lutte des vierges, car il aime les belles âmes, même dans les corps hideux... Une vierge ne connaît ni les inconvénients de la grossesse, ni les douleurs de renfantement. Elle est un don du Ciel et la joie de ses proches; elle exerce dans la maison paternelle le sacerdoce de la chasteté : c'est une victime qui s'immole chaque jour pour sa mère. »

«Dans l'homme, la virginité prend un caractère sublime. Troublée par les orages du cœur, si elle résiste, elle devient céleste : « Une âme chaste, » dit saint Bernard , «est par vertu ce que l'ange est par nature; il y a plus de bonheur dans la chasteté de l'ange, mais il y a plus de courage dans celle de l'homme. » Chez le religieux, elle se transforme en charité brûlante, témoins tous les Ordres hospitaliers que la Religion consacre au soulagement de nos douleurs. Elle se change en élude chez le savant; elle devient méditation dans le solitaire; caractère essentiel de la force mentale, il n'y a point d'homme qui n'en ait senti l'avantage pour se livrer aux travaux de l'es-

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