‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 82 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. d · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. d

plus incroyables de l'ascétisme pénitent. L'épopée de la solitude eut des héros sans exemple dans les annales de l'histoire; on eût dit que plus ils se cachaient , plus le Ciel lui-même voulait illuminer l'autel de leur sacrifice. Au fond des retraites où ils avaient creusé leur tombe, des harmonies divines se mélaierit au bruit des cascades et des sources; les séraphins quittaient les splendeurs de l'empyrée pour visiter l'anachorète dans sa grotte; souvent ils enlevaient son âme, qui montait, comme une blanche étoile, se perdre dans les nues. Les lions du désert venaient servir de messagers ou de fossoyeurs au solitaire ; les corbeaux lui apportaient une nourriture céleste, et les légendes recueillaient le parfum des vertus qui s'exhalaient de sa tombe.

Le besoin de mener une vie vraiment spirituelle dans le détachement le plus complet des choses de la terre, et dans une union continuelle avec Dieu, qui ne soit point troublée par le monde extérieur, ce besoin de faire son salut loin des embarras de la vie temporelle, est vraiment chrétien. La vie monastique, sous quelque forme qu'elle se présente, appartient essentiellement à l'Église primitive; aussi l'y a-t-on toujours rencontrée.

Dès le temps des Apôtres, il y avait des vierges, des laïques et des prêtres, appelés ascètes, qui s'efforçaient de se soustraire à la corruption et même au contact du monde , se livraient aux exercices d'une piété plus austère, s'abstenaient du mariage, renonçaient à toute possession et s'imposaient un jeûne plus rigoureux. Les Pères de l'Église appelaient ce genre de vie , qui cherchait à s'approcher de plus en plus de la perfection évangélique, la suprême sagesse chrétienne , en prenant ce mot dans le sens antique, c'est-à-dire, en marquant par là moins un système spéculatif qu'une manière de vivre fondée sur certains principes; et l'on cite plusieurs martyrs qui supportèrent d'autant plus courageusement les tourments de la torture romaine, qu'ils étaient déjà plus endurcis par la vie ascétique.

Les anciens ascètes, quoique habitant dans les villes, et souvent même au sein de leurs familles, avaient su pourtant se dégager des liens de la société dans leurs relations journalières. Mais il y en eut d'autres, à dater du milieu du troisième siècle, qui se retirèrent au désert pour obéir à des nécessités plus violentes. Les terribles convulsions de l'empire romain à l'apparition du Christianisme, les douze persécutions exercées par ses tyrans contre les marlyrs de la Toi nouvelle, peuplèrent d'aboi d les solitudes d'une foule innombrable d'infortunés. A la rage des persécuteurs succédèrent les invasions. Quand les liens de la société furent brisés par la hache des Barbares, il ne restait plus aux opprimés que Dieu pour espérance, parmi le désastre qui se fit autour d'eux. Des communautés de misères s'ensevelirent vivantes dans des lieux inconnus, que l'on croyait inaccessibles. Les plaines cultivées ne tardèrent pas à se stériliser sous la tente des races féroces qui ne savaient qu'envahir. A la place des germes de la terre , desséchés par le souffle des incendies, le désert se remontra; tandis que sur les hauteurs qu'un, monde réfugié disputait aux glaciers, les débris de la civilisation proscrite attendaient le jour marqué pour la fin de ce déluge, afin de sauver, au nom de Dieu, les restes échappés de cet immense naufrage.

De même que les marlyrs avaient eu leur majestueuse histoire, les solitaires eurent leurs poétiques légendes.

La légende est une sœur de l'histoire, assise au foyer des sociétés qui commencent; c'est un récit qui fait intervenir dans les choses humaines une puissance surnaturelle. Pour nous, qui présumons assez de la bonté divine et de la dignité de l'homme pour ne point croire impossibles des communications fréquentes entre le monde invisible et le monde visible; ^our nous qui avons confiance dans le droit sens du peuple chrétien

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