‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 83 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

et qui portons respect à ses convictions, la légende n*est point une vaine fable. Nous savons que l'Église n'exige point notre assentiment à des récits miraculeux qui ne sont pas consignée dans les Écritures divines, et dont plusieurs peut-être ne soutiendraient pas répreuve d*une rigoureuse critique. Mais s'ils ne subjuguent pas notre esprit , ils le charment et le captivent. Nous les admettons comme vrais jusqu'à preuve du contraire ; et, si leur vérité historique et positive vient à s*évanouir, nous y trouvons toujours quelque vérité morale qui donne une valeur réelle au symbole dont elle s'était revêtue. C'est avec un mérlange de respect et d'amour qu'il faut étudier ces traditions innombrables des générations calLioliques, où la foi et la poésie chrétienne, où les plus hautes leçons de la religion et les plus délicieuses créations de l'imagination se confondent dans une union si intime, qu'on ne saurait comment les décomposer. Quand même nous n'aurions pas le bonheur de croire avec une entière simplicité aux merveilles de la puissance divine qu'elles racontent, jamais nous ne nous sentirions le courage de mépriser les innocentes croyances qui ont ému et charmé des millions de nos frères pendant tant de siècles.

Comme l'a dit un prêtre éminent, « filles du temps et de la foi naïve, les légendes descendirent le fleuve des siècles, exaltées par les uns, oubliées ou flétries^par les autres, mais survivant à tous. Leur source, enveloppée de nuages, se cachait au pied du Calvaire; chaque génération leur apportait, en passant, le tribut de ses pieuses croyances; l'Église leur prêtait l'ombre de ses arceaux et de ses voûtes; peuples, p!*inces et rois les saluaient avec amour.

« De toutes parts, au moyen âge, au milieu des villes populeuses, au sommet des monts solitaires , dans le sein des paisibles vallées , sur le bord des fontaines, dans les profondeurs

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des bois, quelque gracieuse légende faisait éclore d'élégantes chapelles ou de gigantesques cathédrales. Le sentiment religieux appelait à leur construction des peuples d'ouvriers qui taillaient pierre à pierre les imposantes basihques; les générations suivantes, étonnées de tant de majesté, croyaient que des êtres surhumains étaient venus pour les dresser vers les cieux.

« Au moyen âge, les légendes sont au fond de toutes les chroniques, au front de tous les monuments. A elles le grand jour et le chaud soleil aux portails des cathédrales et des verrières illuminées; à elles les longues galeries des cloîtres, qui retentissaient de leurs récits; à elles les fresques hautes en couleur et tout enfigurées de saints; à elles les merveilleuses créations de l'imagerie sacrée. Elles ont une place dans toutes les œuvres du génie et de la foi ; elles se tiennent , sous les dais sculptés des niches gothiques, en statues de pierre, de bois ou de marbre; elles descendent avec les rayons de lumière sur les dalles coloriées, pour se mêler à la prière des fidèles; elles apparaissent comme une puissance pleine de grâces, régnant sur les imaginations, pendant que la théologie dominait les intelligences et les cœurs. Tous les auteurs du temps les rapportent ; ils ne les ont point créées, ils les rencontraient à chaque pas sur leur route; ils ne les discutent point, ils les citent. La pensée ne leur serait jamais venue de demander à cette royauté admise sans conteste : « D'où viens-tu, et quels sont tes titres?» Ils la reconnaissent comme un fait qui se voit, se palpe, et ne se raisonne pas.

a 11 ne faut donc pas considérer les légendes comme des fictions plus ou moins ingénieuses, comme une espèce de mythologie du Christianisme; mais comme l'expression intime des sentiments , des affections et des croyances. Elles étaient gravées dans le cœur des multitudes avant d'être entaillées sur les murs des temples et de se traduire en symboles vivants sous le ciseau des sculpteurs. Nul ne songe d'ailleurs à contester sérieusement la légitimité de l'intérêt qui s'attache à une littérature dont les premières productions charmèrent le berceau de

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