‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 89 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. i

— « Tl a péri sous la dent des bêtes sauvages.

— « Où est ton âme?...

— « En enfer.

— c( Pourquoi en enfer?...

— « Elle adorait les faux dieux ; elle a refusé la lumière du Sauveur; elle a persécuté les vrais croyants. »

Macaire reprit : « Où est l'enfer? »

Et le crâne répondit : « C'est un abîme au delà de tous les mondes créés ; mon âme y est plongée à une profondeur qui égale la distance entre la terre et le ciel.

— « Est-ce le fond de l'abîme? » demande le solitaire.

— « L'abîme est sans fond , » répond le crâne du damné ; mais il se partage en trois régions. La plus élevée reçoit les idolâtres qui ont fermé leurs yeux aux révélations de l'Évangile. La seconde région, plus basse, est destinée aux Juifs qui virent l'avènement du Christ-Sauveur. La dernière est le sépulcre éternel des mauvais chrétiens.

— « Quel est l'état des âmes condamnées par la justice de Dieu?

— « Il n'y a pas d'expression dans la langue des hommes pour peindre leur punition. »

Saint Macaire acheva ses jours dans une religieuse épouvante. 11 était, parmi les Pères du désert, l'apôtre des châtiments célestes et des plus rudes pratiques de la pénitence. Un jour, qu'il avait écrasé avec colère un insecte qui venait de le piquer, il se crut si coupable d'avoir cédé à ce mouvement passionné, qu'il s'en alla vivre pendant six mois dans un lieu rempli de ronces sur lesquelles il se roulait chaque jour, pour punir son corps de n'avoir pu supporter une légère douleur.

Les monastères , ou communautés proprement dites , furent institués par saint Pacôme. Formé par l'ermite Palémon aux

dures privations et aux pratiques austères des anachorètes d'Egypte, il établit, en 325, treize associations religieuses à Tabenne, dans la Haute-Egypte, et leur donna une règle que nous possédons encore dans la traduction latine de saint Jérôme. Tous ces couvents étaient étroitement unis sous la conduite d'un abbé [abbas, père), et ils formèrent ainsi le premier ordre monastique, celui des Tabennésiens. Les moines étaient divisés en plusieurs classes, selon leurs diverses occupations. Un économe administrait les ressources temporelles de l'Ordre, et déjà l'on avait introduit un court noviciat. Le travail manuel remplissait la plus grande partie de la journée; le produit de ce travail nourrissait les frères, parmi lesquels un petit nombre seulement étaient prêtres, et avaient été ordonnés avant d'embrasser la vie religieuse. Le couvent principal, dirigé par saint Pacôme, contint plus tard, d'après le témoignage de Palladius, jusqu'à quatorze cents moines.

De l'Egypte, la vie monastique passa en Palestine. Il y avait encore, dans le quatrième siècle, des monastères florissants sur le mont Sinaï et dans le désert de Raithu, non loin du mont Horeb. L'an 580, saint Jean Climaque, abbé de Sinaï, dédia son Échelle sainte à l'abbé de Raithu.

Chariton fonda dans la Syrie, à Phasan d'abord, puisa Suça, une laure, c'est-à-dire une réunion de cellules placées à quelque distance les unes des autres, et dont les habitants se réunissaient, le samedi et le dimanche, pour assister au service divin dans l'église de la laure.

De la Syrie, la vie cénobitique se répandit en Mésopotamie et en Perse. Eustatlie, évêque de Sébaste, l'introduisit dans l'Arménie et la Paphlagonie. Saint Basile en fut le plus illustre propagateur dans la Cappadoce et dans le Pont; en sa qualité de prêtre, il avait auparavant dirigé un monastère à Césarée, et avait composé une règle pour ses disciples, tant pour ceux qui vivaient seuls que pour les cénobites.

Les anachorètes, qui se maintinrent toujours près des cénobites, et qui, après avoir été formés dans un cloitre, embras

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saient un genre de vie plus ^litaire pour atteindre à une plus haute perfection , continuèrent d'habiter des cavernes ou des tentes, quelquefois même des catacombes ou tombeaux. Quelques-uns étaient continuellement en prières sur des colonnes en plein air; on les appelait s^î/Zi/es; l'exemple de cette vie singulière avait été créé, en 440^ par le fameux saint Siméon. Bientôt après saint Daniel vécut de la même manière aupiès de Constantinople.

On en cite également qui vivaient sur les montagnes, sans jamais se reposer sous un toit, et qui ne se nourrissaient que d'herbes sauvages. D'autres s'enfermaient dans d'étroites cellules pour le reste de leurs jours. Cependant, les hommes les plus graves et les plus illustres Pères de l'Église donnaient ordinairement la préférence à la vie commune au sein d'un monastère.

En Occident, ce fut saint Athanase, qui, lorsqu'il chercha un asile à Rome, pendant la persécution arienne, éveilla le premier goût de la vie solitaire par le récit des merveilles de saint Antoine et par l'admiration qu'inspiraient les moines qui l'accompagnaient. Saint Jérôme cite déjà plusieurs couvents de religieuses et un grand nombre de moines à Rome. A Verceil, l'évêque Eusèbe, par ses discours et par son exemple, avait introduit parmi son clergé le genre de vie austère que menaient les moines d'Orient. Aux portes de Milan, il y avait un monastère sous la protection de saint Ambroise, et quelquesunes des petites îles de Tltalie étaient peuplées d'anachorètes. Saint Martin, évcque de Tours, fonda l'un des premiers couvents de la Gaule, et deux mille moines se trouvaient réunis à ses funérailles.

Saint Martin, né en 316, était originaire de Pannonie. Son père, de simple soldat devenu tribun, était païen comme toute

sa famille. Soumis à l'obligation du service militaire, en qualité de fils de vétéran, le futur évêque de Tours fut d'abord légionnaire dans l'armée des Gaules. Converti par des soldats chrétiens, il se distingua tout d'abord par la plus précieuse des vertus, la charité. N'étant encore que catéchumène, il rencontra aux portes d'Amiens un pauvre presque nu qui lui demanda l'aumône. Martin ne possédait que son manteau; il le coupa en deux avec son épée, et en donna la moitié à l'indigento La nuit suivante, dit la légende, il vit en songe Jésus-Christ , qui lui promit le bonheur céleste pour prix de sa bienfaisance.

Cette vision décida le jeune soldat à renoncer aux espérances de fortune que lui offrait la carrière militaire. Il se retira auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers, et créa le monastère dont j'ai parlé. La renommée de ses vertus le signalait à l'attention populaire ; la ville de Tours l'appela par un suffrage unanime à occuper son siège épiscopal. 11 fallut l'enlever de vive force à la solitude. Le respect du peuple contristait sa profonde humilité ; il ne put se résoudre à habiter la maison épiscopale, et fonda l'abbaye de Marmoutiers, pour y continuer, avec quatre-vingts disciples, la vie de sainte pauvreté à laquelle il s'était voué.

Une existence si détachée des choses de la terre devait attirer sur le saint évêque des bénédictions toutes particulières. Le don des miracles fut accordé à sa foi, et fut presque sans cesse au service de son ardente charité. Saint Martin ressuscitait des morts; la flamme des incendies reculait devant lui.

Saint Sulpice-Sévère, l'historien de son austérité, raconte que, dans ses visites épiscopales , il voyageait sur un àne , couvert d'un grossier manteau de laine, et, refusant les lits préparés pour lui dans les lieux où il s'arrêtait, il couchait sur la terre nue.

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