LIVRE SEPTIÈME
Par privilège de la grâce divine, saint Martin eut la révélation de son dernier jour. Il l'annonça aux moines de Marmoutiers, et leur fit ses adieux suprêmes, car il voulait mourir comme le bon pasteur^ en visitant son troupeau. Une fièvre de courte durée le détacha des liens de la chair, à Tàge de quatrevingt-un ans. Les prêtres qui l'entouraient , le voyant souffrir cruellement, le suppliaient de permettre qu'on Tétendît sur un ht, pour diminuer le sentiment de ses douleurs. « Non, mes enfants, » dit le saint évêque; « le Sauveur a expiré sur une croix ; un chrétien doit rendre l'âme sur le cilice et sur la cendre. »
Les yeux et les mains constamment vers le ciel , il priait sans relâche; et comme il gisait sur le dos, les assistants l'exhortaient à se tourner sur le côté pour respirer moins difficilement. « Laissez-moi , mes frères , » dit-il , « laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que mon esprit ne perde pas de vue le Seigneur. »
Quand il expira, une auréole doucement lumineuse entoura son front vénérable, et l'on entendit le murmure d'une harmonie lointaine qui semblait venir des cieux.
Les villes de Tours et de Poitiers affluèrent autour de son cercueil; les païens eux-mêmes voulurent rendre les derniers devoirs à l'homme saint qui n'avait point tenu compte de la différence de religion dans l'exercice de son inépuisable charité.
Le moine Sévère du monastère de Mar mou tiers, qui a écrit sa vie, raconte que, s'étant un peu endormi pendant l'office de matines, il vit saint Martin vêtu d'une aube blanche et la face resplendissante comme le soleil. Saint Martin le bénit avec un céleste sourire , et Sévère ayant voulu aller à lui s'éveilla. Cette vision lui fut donnée à l'heure même de la mort du saint.
Odon, abbé de Cluny, rapporte qu'au moment de la trans-
fSîf LES HÉROS DU CHRISTIANISME.
lation de son corps, qui avait été le temple du Saint-Esprit, les cloches de toutes les églises sonnèrent sans que Ton y touchât, et toutes les lampes s'allumèrent d'elles-mêmes.
Le même légendaire raconte aussi qu'il y avait deux pauvres qui vivaient ensemble; l'un était aveugle ^ et l'autre paralytique. L'aveugle portait son compagnon de misère; celui-ci lui indiquait le chemin qu'il fallait suivre, et ce spectacle de fraternité dans l'infortune attirait à tous deux beaucoup d'aumônes. Ils apprirent que tous les malades qui se faisaient porter auprès des reliques du saint évêque de Tours, obtenaient immédiatement leur guérison miraculeuse. « Gardons-nous d'aller de ce côté là, » dit le paralytique à l'aveugle, c< car si l'attouchement de l'évcque Martin nous ôtait nos infirmités, ce serait la perte de notre gagne-pain ! » Et lorsqu'on fit la translation du corps vénérable, le paralytique mit tous ses soins à conduire l'aveugle par des rues où il pensait que le cortège religieux ne passerait point. Mais il fut puni de sa pensée cupide, car, en cherchant à fuir la sainte procession, il arriva précisément, au détour d'une rue étroite, en face du cercueil de saint Martin. L'aveugle , qui n*avait point partagé le calcul de son compagnon , recouvra la lumière, et le paralytique demeura infirme.
Vers le même temps, c'est-à-dire à la fin du quatrième siècle , parurent aussi les premiers cloîtres en Afrique , à Cartilage, à Thagaste, à Hippone. Saint Augustin, ce grand docteur de l'Église, avait, dès son entrée dans le sacerdoce, fondé à Hippone un monastère, dans lequel il vivait avec ses clercs dans la pauvreté et dans la communauté des biens. Plus tard, lorsqu'il fut évêque, il transforma sa maison épiscopale en couvent pour les ecclésiastiques.
Toutefois les moines proprement dits n'étaient primitivement que des laïques en Orient et en Occident, et pendant