‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 9 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

main fut labourée par le fer, par le feu, par la famine. Au risque de périr eux-mêmes, ces féroces conquérants n*épargnèrent pas même les arbres fruitiers, pour faire mourir d'inanition les paysans qui se réfugiaient dans les montagnes et les cavernes.

Réduisant en esclavage tout ce qu'ils rencontraient, ils firent une intînité de martyrs. On ne voyait partout qu'évoques, prêtres, vierges consacrées à Dieu, familles entières, les uns mutilés, les autres chargés de chaînes et exténués par la faim sous les coups de leurs ravisseurs. Les enfants même ne furent pas épargnés; on les brisait contre la pierre, ou on les déchirait en les écartelant par les pieds.

Les historiens de ces temps sinistres s'accordent tous à regarder cette désolation de l'Afrique comme le châtiment des crimes de ses habitants. Selon leur témoignage, les Vandales avouaient eux-mêmes que ce n'était point de leur propre mouvement qu'ils se livraient à tant d'atrocités, mais qu'ils y étaient poussés par une force invisible. En effet, s'il est permis à l'esprit humain de pénétrer les jugements de Dieu, jamais Barbares n'avaient encore porté d'une manière aussi saisissante le caractère de ministres des vengeances du Ciel. Les Africains étaient décriés de tout temps par leur débauches effrénées. Au milieu de Carthage et des grandes villes, sous les yeux même des magistrats préposés à la police civile, on voyait des jeunes gens, déguisés en femmes, faire profession publique d'infamie. L'ivrognerie, la mauvaise foi, le meurtre, le sacrilège, avaient partout droit de cité, et bravaient effrontément l'impuissaïice des lois. A l'heure même où les Barbares mettaient à feu et à sang les campagnes, tous les excès de la plus odieuse licence régnaient dans les cités, et les théâtres n'étaient pas même fermés par la terreur.

Boniface résistait ; mais il ne pouvait s*empêcher de reculer devant les jugements de Dieu. Submergé dans les plaines par cet océan destructeur, dont les Barbares d'Espagne grossissaient sans cesse les flots, il se sauva du naufrage dans Hippone, et s'y vit assiéger au mois de juin 430. Hippone avait pour évêque saint Augustin. Le spectacle de tant de désastres, dit Posidonius, témoin oculaire, combla d'amertume les derniers jours de sa \'ie. 11 y avait des cités où les Vandales n'avaient pas laissé un seul être vivant. Inventeurs d'un nouveau moyen de prendre les villes fortifiées, ils égorgeaient les prisonniers autour des remparts ; l'infection de ces voiries sous un soleil brûlant se répandait dans l'air, et les Barbares laissaient au vent le soin de porter la mort derrière les murs qu'ils n'avaient pu franchir.

Accablé par les infirmités de la vieillesse, mais soutenu par le feu de la divine charité , Augustin faisait plus pour son troupeau de fidèles que les soldats qui défendaient Hippone. Au milieu de ces mortelles alarmes, il ravivait tous les cœurs; il semblait leur transmettre la vie qui allait bientôt le quitter. 11 leur apprenait à se consoler des maux de ce monde, en leur montrant une patrie où le fer des Vandales ne pouvait atteindre. Nous possédons encore son dernier sermon, dans lequel une compassion paternelle se joint à une constance évangélique. Pendant les trois premiers mois du siège , il ne cessa de prendre soin des pauvres , de prêcher, de prier pour les morts et d'encourager les vivants. Enfin, succombant à la douleur plus qu'à la fatigue, il mourut le 28 août, âgé de soixante-seize ans, les yeux attachés sur cette Cité de Dieu dont il avait écrit la merveilleuse histoire.

Gomme si la présence du saint martyr de la charité eût dû obtenir grâce pour la ville qui lui servait de tombe, Hippone soutint , après sa mort, un blocus de douze mois, et ne put être

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