LIVRE SEPTIÈME
quelque temps l'état monastique parut incompatible avec J'élat clérical, parce que les moines, jusqu'à la fin du quatrième siècle, vivaient dans la solitude et loin des villes, et qu'un ecclésiastique ne pouvait être ordonné, d'après les canons, que pour une église déterminée.
On sentit cependant le besoin, dans les grands monastères éloignés d'une église cathédrale ou paroissiale, d'avoir des prêtres spéciaux, et, lorsqu'en 392 une loi de Théodose le Grand eut permis aux moines de s'établir aussi dans les villes, il s'éleva bientôt dans les plus grandes cités de l'Orient des monastères très- peuplés, dont les supérieurs étaient ordinairement revêtus du pouvoir sacerdotal. Mais en général les moines furent encore considérés comme laïques au concile de Clialcédoine. Il était d'ailleurs assez naturel de regarder les couvents comme une espèce de séminaires, et une loi de l'empereur Arcade exhortait déjà les évêques à choisir leurs prêtres parmi les moines les plus parfaits. On le fît d'autant plus ordinairement, que les souverains pontifes, tels que Sirice et d'autres après lui, renouvelèrent celte recommandation. Bientôt on choisit de préférence dans tout l'Orient, les évêques parmi les moines.
Les édits impériaux excluaient les fonctionnaires publics de Tétat monastique et même de la cléricature , à moins qu'ils ne cédassent leurs biens à d'autres. Les esclaves ne pouvaient entrer dans un monastère sans la permission de leurs maîtres ; les époux n'y étaient admis que d'un consentement réciproque, et les enfants qu'avec l'agrément de leurs pères.
ïl n'était pas d'usage, dans les couvents primitifs, de porter des habits d'une forme et d'une couleur particulières. Les disciples de saint Pacôme paraissent s'être distingués, en Orient, par un vêtement spécial; en Occident, les moines conservaient leur vêtement national, mais seulement d'une étoffe plus grossière.
On ne connaissait pas encore les vœux proprement dits. C'était une règle générale que les religieux fussent d'une pauvreté complète et qu'ils se nourrissent du travail de leurs mains. Sou-
vent ceux qui embrassaient la vie monastique distribuaient leurs biens aux pauvres, et les moines d'Egypte, en particulier, étaient tellement sévères à cet égard , que leurs communautés ne possédaient aucuns biens ni revenus. Ils partageaient entre les pauvres les dons qui leur étaient faits. On insistait spécialement sur le travail manuel; les dangers de Toisiveté étaient représentés sous les couleurs les plus sombres, et saint Augustin composa lui-même un traité sur cette matière. Ce que les moines gagnaient en surplus de leurs besoins personnels appartenait aux indigents.
L'obligation d'une continence perpétuelle était purement tacite; mais, bien qu'on ne retînt pas au monastère des personnes incorrigibles, on regardait néanmoins comme une chose illicite et même criminelle de rentrer dans le monde. Le concile de Chalcédoine prononça l'excommunication contre un moine ou une religieuse qui se marierait.
Une obéissance prompte et parfaite aux ordres des supérieurs était considérée comme le premier devoir; le moine devait, selon le mot de saint Basile, renoncer à sa propre volonté et s'abandonner avec une entière confiance à la conduite de son cbef. Les supérieurs, désignés par le titre d'abbés ^ jouissaient d'une autorité suprême, c'est-à-dire qu'ils réglaient le service divin et les prières en commun, qu'ils maintenaient la discipline et décernaient les punitions ; ils étaient en même temps les directeurs spirituels des moines soumis à leur conduite. Les peines consistaient dans une privation temporaire des sacrements, dans des châtiments corporels, et enfin, lorsque tout cela était inutile, dans l'exclusion de la communauté. Du reste, ces abbés avec leurs moines demeuraient sous la juridiction épiscopale. D'après le quatrième canon du concile de Chalcédoine, aucun couvent ne pouvait être érigé sans la permission de l'évêque, et celui-ci était tenu de surveiller convenablement les monastères de son diocèse.