‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 92 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. i9l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. i9l

Dans l'Occident, toutes les communautés religieuses étaient placées sous la même obédience.

Les anachorètes eux-mêmes , qui avaient rompu toute relation avec le monde, étaient suivis jusqu'au fond de leur désert par la sollicitude épiscopale. La sainte poésie qui entourait ces hommes extraordinaires, agissait puissamment sur les imaginations romaines, gauloises ou africaines. Mais l'aspect des hérésies qui ne cessaient, depuis Arius, de se reproduire déguisées sous mille formes, confirmait l'expérience que les évêques d'Italie, des Gaules et de l'Afrique avaient acquise des dangereux entraînements de l'esprit oriental. Le néophytisme exalté par les tableaux d'une perfection chrétienne trop au-dessus des forces communes, pouvait produire des fruits d'égarement. Il importait donc d'imprimer à la vie monastique une direction qui prévînt les écarts de la pensée, en ne la laissant jamais exposée aux hallucinations de l'isolement.

Pour peu qu'on eût livré à leur fougue les imaginations occidentales, elles auraient égalé d'un seul pas les existences prodigieuses des ascètes d'Egypte. La Gaule avait déjà, au quatrième siècle, ses reclus, ses stylites, à l'imitation des Paul, des Antoine, desMacairCj desSiméon.

Saint Senoch, un Barbare d'origine, se fit clore, aux environs de Tours, entre quatre murailles, et si étroitement, que le bas de son corps était privé de mouvement.

Il y a, dans Grégoire de Tours, des récits pleins d'intérêt et d'étrangeté sur des reclus divers : Caluppa en Auvergne, Patrocle aux environs de Langres, et Hospice en Provence. Il dit des choses si surprenantes d'un ancien stylite voisin de Trêves, nommé Wulfilaïg, que je ne puis résister au désir d'en traduire quelques lignes.

a Arrivé dans le territoire de Trêves , » raconte Wulfilaïg à

l*évêque-historien qui le visitait, «j'y construisis, de mes propres mains, ma demeure solitaire sur l'éminence que vous voyez. Il y avait là un simulacre de Diane, que les païens de cette contrée venaient adorer de fort loin. Résolu d'engager la lutte, avec l'aide de Dieu, contre ce trône de Satan, j'érigeai en face une colonne de pierres superposées, et je me tenais nuit et jour sur la plate-forme, au prix des plus grandes souffrances. Lorsqu'arrivait le temps de l'hiver, qui est d'une extrême rigueur en ces climats, je ne me permettais pas même la plus grossière chaussure. J'étais tellement brûlé par les ardeurs de la gelée, que très-souvent elles ont fait tomber les ongles de mes pieds; l'eau glacée pendait à ma barbe en forme de chandelles. Ma nourriture se bornait à quelques herbes, et j'étanchais ma soif à une source voisine.

Il commença à arriver vers moi une grande quantité de gens des villages d'alentour. Je mis à profit leur curiosité pour les instruire et pour dissiper peu à peu le nuage de leurs superstitions. Je leur prêchai continuellement que Diane n'existait pas; que le simulacre et les autres objets auxquels ils adressaient leur culte n'étaient que des personnifications de l'esprit du mal. Je leur disais aussi que les hymnes qu'ils chantaient dans leurs fêtes brutales où ils s'enivraient de vin, étaient moins des actes religieux que des outrages à la véritable Divinité, et qu'il valait bien mieux offrir le sacrifice de leurs vices au Dieu unique, tout-puissant et infiniment bon, qui a créé d'une parole le ciel et la terre.

«Je priais aussi, pendant tout le temps que j'étais seul, afîr? que le Seigneur voulût bien renverser, par un souffle de sa puissance, le simulacre colossal que je ne pouvais détruire par ma seule force. Beaucoup de païens se rassemblèrent un jour autour de la statue de Diane; ils y jetèrent des cordes et commencèrent à la tirer; mais tous leurs efforts ne parvenaient pas à l'ébranler sur sa base. Alors, je me prosternai la face contre terre, et après une fervente oraison, pour supplier la divine i)onté d'abattre par un signe du Ciel ce que l'effort des bras

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