‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 94 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

du monde chrétien cultive les fleurs du Ciel parmi les fleurs de la terre. On voit Lérins changer de face; de sauvage et abandonné qu*il était, ce lieu devient si peuplé, qu'il est appelé déjà,* dans les chroniques du temps, l'ile où la milice angélique s'était assemblée, où se mettaient en sûreté tous ceux qui fuyaient les naufrages du monde, et où ceux que l'ardeur mortelle du siècle avait presque consumés, trouvaient une ombre salutaire. « C'est là, » poursuit Eucher, « que furent instruits une infinité de solitaires qui, dès les premiers jours du cinquième siècle, répandirent dans les Gaules les traditions merveilleuses des Pères du désert d'Orient. » C'est de là que furenl tirés plusieurs évéques de profond savoir et d'éminente piété. Honorât, le saint fondateur, devint évêque d'Arles; la même ville garde avec vénération les souvenirs d'Hilaire, de Césaire, de Virgilius; Lyon posséda Eucher.

Ces hommes remarquables par les dignités qu'ils occupèrent, ne furent point les seuls dont les archives de Lérins aient enregistré les noms glorieux; parmi les théologiens et les auteurs ecclésiastiques, il ne faut oublier ni Salvien, ni Vincent, ni Bernarius, ni Théodore, ni Ferréol, ni bien d'autres.

Vers le même temps, Jean Cassien, qui s'était formé dans un couvent de Bethléem, et qui avait ensuite visité les ermites d'Egypte et vécu avec eux, fonda deux monastères à Marseille. Il fut en Occident le plus grand maître de la vie monastique avant saint Benoit. 11 avait consigné les résullals de son expérience dans deux ouvrages, dont l'un , les Institutions, retrace la règle et l'organisation des couvents d'Orient , et l'autre, les Conférences, contient les entretiens qu'il eut avec les anachorètes de^Scété sur la vie contemplative et la prière continuelle. Les Orientaux eurent des traités semblables dans les écrits ascétiques de saint Nil, qui, après avoir vécu pendant plusieurs années comme ermite dans le désert du mont Sinaï, mourut eu 430, et dans ÏEelicUe sainte de Jean Climaque, surnommé le Sinaïte, où sont enseignés les degrés et les vertus de la vie spirituelle la plus élevée.

196 LES HÉROS DU CHRTSTTANISiME.

On ne farda pas à s'apercevoir que les monastères rendaient de grands services aux prêtres et aux évêques, comme établissements d'instruction. Saint Patrice, élevé lui-même à Tours sous saint Martin, donna cette direction aux couvents qui furent établis en Irlande de son vivant et après sa mort.

Dans l'ouest de la Grande-Bretagne il y eut, au sixième siècle, la grande abbaye de Bangor, laquelle, dans chacune de ses sept subdivisions, comptait trois cents moines qui vivaient du travail de leurs mains.

En Irlande il existait aussi une florissante abbaye du même nom , d'où sortit saint Colomban , fondateur des monastères de Luxeuil, de Fontaine et de Bobbio. Sa règle, observée dans plusieurs couvents de la Gaule jusqu'à l'introduction de celle de saint Benoît, et la seule qui fut en usage dans l'Italie septentrionale jusqu'au neuvième siècle, fut approuvée par les évêques de l'Église gallicane, au concile de Màcon , en 624.

C'est cette règle qui nous fait le mieux connaître la discipline des nombreux couvents de l'Irlande. Les points principaux consistaient dans une obéissance passive, dans le silence, dans l'abstinence de la viande, et dans le travail des mains imposé aux moines comme moyen de subsistance. Toutefois, il leur restait encore assez de temps pour se livrer à l'étude, pour copier des livres , et pour assister aux leçons qui se donnaient dans tous les monastères.

Dans la Gaule, saint Césaire, évêque d'Arles, avait déjà pré-j cédemment composé une règle, d'après laquelle les moines] devaient habiter ensemble dans une même clôture , et consacrer alternativement leur temps à la prière, à la lecture et au travail manuel.

Le mérite d'avoir fait de la transcription des livres une tâch( régulière pour les religieux , appartient au savant chanceliei

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