‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 96 sur 222 · I.XI · texte numérisé non relu

I.XI

Saint Benoît, dit Jacques de Voragine, avait étudié les belleslettres aux écoles de Rome, et sondé, tout jeune encore, le vide des grandeurs humaines. Fugitif du siècle , que l'Esprit divin poussait hors du monde pour lui enseigner, à son insu , Tart de gouverner les hommes, le jeune solitaire passa d'abord trois années sur un rocher aride et si affreusement escarpé , qu'il était impossible d'y porter de la nourriture. Un saint ermite , nommé Romain, seul confident de sa retraite, partageait avec lui ses chétifs ahments, et lui faisait parvenir sa part au moyen d'un panier suspendu à une longue corde, que Benoît descendait et remontait chaque soir; une clochette attachée à la corde était le signal donné d'en bas pour la rupture du jeûne.

Après ces trois années de solitude absolue , l'abbé d'un monastère voisin de Nurcia étant venu à mourir, les frères voulaient élire l'anachorète Romain pour lui succéder; mais cet homme de Dieu refusa de quitter sa cellule, et, leur montrant la roche habitée par son jeune disciple : « Si vous voulez, » leur dit-il, « un chef véritablement digne de vous guider sur les voies du Ciel, prenez Benoît de Nurcia ; car il m'est révélé qu'il jettera un jour le plus vif éclat sur la légion des âmes vierges qui font cortège à l'Agneau divin. »

Les religieux de ce monastère ne brillaient point d'une ferveur exemplaire; ils croyaient suffisant, pour se dire parfaits chrétiens, de vivre loin des béculiers, et ressemblaient à ce pharisien de l'Évangile qui priait dans le temple en disant à Dieu, dans l'orgueil de sa pensée : « Je ne ressemble pas. Seigneur, à ce vil publicain qui ose vous invoquer à mes côtés. » Sépulcres blanchis au dehors, mais remplis de la fange des désirs impurs, ils ne tenaient à leur monastère que parce que les riches aumônes offertes par la vénération des hommes qui ne jugent que l'extérieur leur fournissaient le moyen de vivre oisifs au sein de l'abondance. Ils avaient voulu faire de Romain leur abbé, non pour lui obéir, mais pour tirer profit de sa réputation. Son refus les toucha médiocrement; ils s'en consolèrent en pensant qu'un très-jeune supérieur ne régnerait sur eux que pour la forme, et, laissaiit la bride lâche à leurs mauvais penchants, se contenterait des honneurs de sa dignité, sans revendiquer ses droits spirituels ni tenir grand compte de ses devoirs.

Benoit ne les connaissait que par oui-dire, et ce qu'il savait d'eux ne pouvait l'encourager à accepter le fardeau de leur conduite. « Que voulez-vous que je vienne faire au milieu de vous?» leur dit-il. a Nos habitudes sont trop différentes; j'ai celles de ^ la pénitence, vous, celles du bien vivre; je ne saurais me plier î aux vôtres, et vous seriez vite lassés des miennes. Je ne veux ' point m'instituer votre juge; n'exigez pas que j'entreprenne une tâche dont je ne me sens pas digne et qui serait au-dessus de mes forces. Choisissez plutôt parmi vous un homme qui

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