‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 97 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

•VOUS mène au bien , sans vous heurter, par des sentiers dont je ne connais pas la douceur. »

Ces reli<.ieux. formaient deux partis, dont l'un, mais c'était le moins nombreux, ne repoussait point quelques idées de réforme. La minorité saine du monastère obtint, par l'ascendant de l'ermite Romain, que Benoît fît abnégation de ses répugnances, et acceptât le gouvernement de la communauté.

« Vous le voulez? » dit Benoît ; « qu'il soit donc fait selon les desseins de Dieu ! Je me lave les mains des péchés que la résistance fera conmiettre aux hommes de mauvaise volonté. »

La bonne intelligence dura peu entre les moines relâchés et le jeune saint qu'ils s'étaient donné pour maître. Placés entre leur règle, qui leur imposait une obéissance absolue après la liberté d'élection, et les sollicitations incessantes de l'esprit de révolte, ils furent prompts à se repentir de leur frêle aspiration vers le bien. Désespérant de vaincre la rigidité de Benoît, et ne pouvant le déposséder de sa dignité dont ils étaient les auteurs, ils jetèrent du poison dans son vin à l'heure du repas.

Soit que Benoît eût pressenti les effets de leur malice, ou que sa coutume fût de ne jamais boire sans bénir le breuvage qu'il allait prendre, il fit le signe de la Croix sur le vase posé devant lui, et ce vase éclata en mille pièces, comme si Ton eût jeté une pierre dessus. Le saint fut alors convaincu du mal qu'on avait voulu lui faire; mais le calme de son âme ne fut point troublé ; il se leva paisiblement et dit aux religieux consternés : « Frères, que Dieu vous pardonne! Je vous avais dit que mes mœurs ne pouvaient s'accommoder aux vôtres. Allez donc, et cherchez un père qui soit selon vos cœurs. Après ce qui vient de se passer, je ne puis être à vous : je retourne à mon désert , que je n'aurais jamais dû quitter. »

Rentré avec joie dans l'humble cellule qu'il s'était bâtie sur

son rocher, il reprit sa \ie solitaire et s'illustra bientôt par de nombreux miracles.

Dans un des douze monastères qu'il fonda, il y avait un moine fort dissipé, arrivant toujours tard à la prière, et Fort habile à inventer mille prétextes pour s'exempter souvent delà récitation du psautier. Saint Benoît, averti de ce dérèglement, vint voir ce moine pour le rappeler au devoir. Une lumière intérieure lui montra un enfant noir qui tirait ce moine par sa robe.

«Ne voyez-vous pas, » dit-il aux autres religieux, «ce qui empêche votre frère d'être assidu aux exercices sacrés?...

— « Non , » répondirent-ils.

— « Priez, » reprit saint Benoît, « afin que Dieu vous fasse la grâce de voir comme moi le tentateur. »

Et quand ils se furent mis en prière, l'enfant noir devint visible pour tous. Quand la prière fut achevée, saint Benoît toucha d'une baguette qu'il tenait en main l'épaule du moine qui désertait les offices, et lui dit: « Au nom du Seigneur Jésus, je t'affranchis des obsessions de ton ennemi ; que la règle du salut te soit douce et que le fardeau des obligations te soit léger. » Depuis ce moment, la tentation n'eut plus d'accès sur le religieux qu'avait béni le saint.

Un des monastères dont Benoît était le père s'élevait sur un aride plateau dénué de sources, et les habitants ne se procuraient de l'eau qu'en la tirant du fond d'un ravin avec des peines inft- Tiies. Cette privation excitait des murmures, et les frères, à bout de patience, supplièrent Benoît de les changer de retraite.

«Vous vous plaignez de peu de chose, » répondit le saint fondateur. » Si vous êtes venus dans la solitude pour y trouver vos délices, son séjour sera pour vous pire que celui du siècle. Je ne changerai point votre habitation avant d'avoir con3ulté le Seigneur. »

La nuit suivante, il se rendit sur la montagne, et après une longue oraison , il connut que l'esprit divin manifesterait sa puissance en faveur des solitaires qu'il avait institués en ce lieu. Il posa trois pierres sur l'emplacement où il s'était prosterné.

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