LIVRE SEPTIÈME
puis il vint dire aux frères : « Quand le soleil sera levé, prenez des pioches et allez creuser à la place où vous trouverez trois pierres superposées ; il se peut que la bonté de Notre-Seigneur -vous y fasse découvrir une source. »
Les moines obéirent; et, au premier coup de pioche, l'eau jaillit avec une si grande abondance, qu'il n'y eut qu'à creuser une rigole pour la conduire au monastère, et le trop plein de cette eau forma une cataracte qui existe encore.
LXÏII
Il arriva une fois qu'un homme qui fauchait les ronces à Tentour du monastère où résidait saint Benoît, vit le fer de sa faux se détacher du manche et tomber dans un trou profond , où il était impossible d'aller le chercher. Cet homme était trop pauvre pour acheter un nouvel outil , et il pleurait sur la perte de son gagne-pain. Saint Benoit vint à sortir, et voyant le chagrin de ce paysan, il lui prit des mains le manche de la faux et retendit au-dessus du trou, après avoir fait le signe de h Croix, et soudain le fer vint, comme de lui-même, s'adapter à l'instrument du travailleur.
Une autre fois, un des disciples du saint, nommé Placide, sorti du monastère pour puiser de l'eau dans un étang, s'y laissa tomber et allait périr. Saint Benoit, qui était en prières dans sa cellule, eut une révélation de cet accident; il appela Maur, un autre de ses disciples , et lui ordonna d'aller au secours de Placide. Maur se hâta d'obéir, sans se permettre de dire au maître qu'il ne savait point nager. Comme il courait de toutes ses forces vers l'étang, il ne s'aperçut pas qu'il marchait sur les eaux et qu'elles le portaient. Arrivé près de Placide, il le saisit par les cheveux, le tira de l'abîme avec autant de facilité que s'il n'eût soulevé qu'un roseau , et tous deux revinrent au monastère en admirant les merveilles de l'obéissance et de la foi. Ces deux jeunes disciples, qui devinrent célèbres dans l'histoire menas-
tique, étaient ces fils de sénateurs romains que saint Benoît s*était chargé d'instruire. On les lui avait confiés pour qu'il en fîl des savants de la terre: il en fit des saints pour le Ciel.
Un mauvais prêtre, nommé Florent, devenu envieux de la vénération qui entourait Benoît, conçut contre lui un tel mauvais vouloir, qu'il lui envoya un pain empoisonné. Benoît, éclairé par la divine lumière , accueillit sans reproche ce don de la haine. « Attendez, » dit-il au messager, « je désire qua vous puissiez annoncer à celui qui vous envoie, que je connais ses œuvres, mais que je ne rends point le mal pour le mal. »
A ces mots, il roinpit le pain , et appelant un corbeau familier, il en posa les fragments devant lui.
« Si ce pain est impur, » dit-il à l'oiseau , «je te défends , au nom de Jésus-Christ, d'en faire la nourriture; mais je t'ordonne de le porter en lieu tel, que ni les hommes ni les animaux ne s'avisent d'aller l'y cliercher. »
Le corbeau se mit à voltiger autour du pain , en battant des ailes et en poussant des croassements aigus qui témoignaient de son inquiétude.
cf Ne crains rien pour toi, » reprit le saint ; « mais prends ce pain dans tes serres, et va le porter au lieu que j'ai dit. »
Le petit serviteur ailé s'empressa d'obéir, et quand il eut fait sa tâche, il revint se poser sur l'épaule du saint. Benoît se fit apporter du pain par un frère, et le présenta au corbeau , qui, cette fois, se mit à manger avidement sa pitance ordinaire.
— « Allez en paix maintenant, » dit Benoît au messager de Florent, « et bornez-vous à dire ce que vous avez vu. »
Quand Florent vit qu'il ne pouvait faire périr le saint, iL chercha à corrompre ses religieux, et trouva le moyen d'introduire dans le monastère des filles de mauvaise vie.
« îl y a des périls devant lesquels on ne doit pas reculer, » dit Benoît; « mais il en est d'autres auxquels on n'échappe que par la fuite. »
Il emmena alors ses disciples chéris, Maur et Placide, et se retira avec eux au mont Cassin , où il recommença son ancienne J