‹ Les héros et les héroïnes d'HomèreChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Ce sont les deux seules figures mélancoliques de la poésie homérique, et aussi bien par ce caractère qui leur est commun, que par les événements qui les rattachent constamment Tune à l'autre et développent leur personnalité morale dans leurs rapports respectifs, elles ne peuvent être séparées Tune de l'autre.

Sans lui être égal, Hector ressemble à Achille par la beautés la haute taille *, la force ', le courage*. Il est comme lui un intrépide et habile cavalier^. Mais quelle différence dans leurs caractères I Achille est

* n., XVII, Uî, "ExTwp, eîôo; àpiore ; VI, 494.

» IL, VI, 440; XV, 624. |i£yaç.

3 Homère le compare à une vague énorme, soulevée par le vent et Torage, qui tombe comme une montagne sur un navire qu'elle ensevelit sous des flots d'écume, et un peu plus loin (td., 630), à un lion terrible qui se jette dans un immense pâturage où sont rassemblés des milliers de bœufs, mal protégés par leur pasteur, et dont il dévore le plus gras. //., VII, 38. xpattpov l&cvo;.

* II., VI, 407. çeîoct oc xh ch^ fiévo;. H,, lU, 59. Paris lui attribue un esprit que rien ne saurait ébranler, v6o; âTdp6t)Toc» et le compare à une hacbe dont rien ne saurait émousser le tranchant, «cXexuç aTctpvic. Si à un moment donné son cœur semble faiblir, c'est que Jupiter lui-même lui a 6té sa force et son courage.

^ 7^,VII, 38, 'ExTopo;..* l«iroôâ|ftoio.

avant toat une âme orgueilleuse et fière, remplie jusqu'à l'eicès de la conscience de ses droits et de sa supériorité et qui sacrifiera toute autre considération pour les maintenir ou les venger s'ils sont ou s'il les croit méconnus. C'est déplus une âme guerrière par nature ; il aime la lutte pour la lutte même qui lui permet de déployer toutes les forces et l'adresse de son corps et les énergies viriles de son cœur : on voit, par les excès même où elle l'entraîne que le tumulte de la mêlée sanglante l'exalte et l'enivre. C'est un soldat passionné pour la guerre, et il n'a guère d'autres passions que celle-là, si ce n'est l'orgueil. Rien ne peut le faire ni réfléchir, ni reculer, ni trembler. Il est inaccessible à la crainte comme à la prudence, et, si on le voulait croire, à la pitié. Il n'a pas de femme légitime. U ne parle qu'une fois et par accident de son fils. Sa mère est une déesse, une immortelle. Il faudra la secousse morale de la prière de Priam pour lui rappeler le nom vénéré de son père.

Il semble qu'il n'ait pas de famille et les vertus comme les joies domestiques lui sont inconnues. Sa seule grande vertu morale est l'amitié. C'est à peine s'il a le sens de la patrie. Ce nom sacré n'exerce aucune influence ni sur ses actes ni sur ses sentiments. Lorsqu'il a reçu l'offense d'Agamemnon, son premier mouvement est de partir, sans se soucier davantage des conséquences fatales qu'il peut avoir pour ses compatriotes, ou plutôt les prévoyant, les attendant, les espérant, pour la seule satisfaction de son orgueil blessé.

Tout autre est Hector ! C'est avant tout un grand citoyen et un bon citoyen : il puise l'intrépidité de son courage, sans doute dans le sentiment de Thonneur : il aime aussi la gloire et ne veut pas que ses compatriotes et leurs femmes l'accusent de lâcheté, mais aussi et

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surtout dans sa conscience du droit le plus sacré, dans le plus pur amour de la patrie, le plus pur et le plus désintéressé : car sans aucun motif personnel, sans être pour rien dans les causes de la guerre, la blâmant même au fond de son cœur, il lui sacrifie non seulement sa vie, mais sa femme et son fils. Et cela sans être soutenu dans cette lutte, par l'espérance du succès, sans illusion sur la fin dernière, sans l'enivrement de la passion guerrière , car il a le pressentiment que tous ses efforts seront inutiles et il sait le sort qui attend lui, sa femme et sa patrie * .

C'est le héros du devoir simplement et noblement accompli pour le devoir même. Ce n'est pas le fanatisme aveugle, la folie furieuse d*un patriotisme désespéré : c'est le sacrifice réfléchi, calme et résigné pour l'honneur, pour le droit et pour la pairie. Et ce sacrifice qui ne prend conseil que de la conscience, est d'autant plus grand, plus vraiment héroïque, qu'Hector connaît le prix de tout ce qu'il sacrifie, et qu'il en goûte plus profondément l'exquise et intime douceur. Nous verrons de quel amour tendre, de quel amour respectueux il aime sa femme, son fils, sa mère et sou vieux père. C'est pour nous faire comprendre ce noble caractère que le grand poète, profond connaisseur de l'âme humaine, nous décrira des scènes de famille si touchantes, si vivantes et si vraies. Son âme généreuse sait pardonner : il n'a jamais blessé d'un amer reproche cette Hélène, cause de tous les maux de sa patrie, et n'a pas insulté cette femme tombée et coupable. Son âme est religieuse, mais sa religion s'élève au-dessus des petitesses et des étroitesses des pratiques supers-

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