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titieuses. n s'inquiète peu des présages et du vol des oiseaux, et dans un vers célèbre et maintefois cité ^, il déclare n'avoir confiance qu'en Zeus^ le représentant unique de la loi morale supérieure. Et c'est ce héros le plus pur, le plus sympathique, le plus humain de tous ceux qu'a créés le génie d'Homère, c'est lui qui succombe. Il est la victime innocente et tragique du des* tin. C'est une trahison, s'écrierait Fénelon ; mais cette trahison est la marque d'un art suprême.
Ja mort d'Hector jette sur ce noble caractère la gloire du vaincu et entoure cette figure de je ne sais quoi d'achevé, comme dit Bossuet, que donne aux grandes âmes un malheur immérité. Et en cela le poète se montre un fidèle et profond observateur des choses humaines : elles ont leur ironie triste et amère ! le triomphe n'est pas toujours assuré aux plus justes causes et à leurs plus nobles défenseurs. Mais en tombant, jirécisément parce qu'il nous Ta peint si grand et si malheureux, le héros emporte avec lui la pitié émue et l'admiration sympathique de la postérité éternelle.
Assistons maintenant aux phases successives et aux actions particulières par lesquelles se manifeste et se développe ce caractère, une des plus belles créations du génie épique.
La première fois que nous apparaît Hector, c'est le moment où un des fils de Priam, qui était eu observation hors de la ville pour surveiller les mouvements de l'ennemi, accourt annoncer aux chefs réunis en conseil, et surtout à Hector, que l'armée grecque est en marche, et qu'il n'est que temps de donner aux chefs divers des ordres pour qu'ils rassemblent leurs troupes,
» n,, XII, 243. Diod. Sic, XV, 52; Plut., F. PyrrA.,' c. XIV; Ar., RheUy II, 21 ; Stob ::,Serm., XXXIX, 18. .
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les rangent en bataille, d'autant plus que leur armée se compose de nombreux auxiliaires, parlant des langues différentes. Le jeune prince se hâte de profiter de cet avis, et les deux armées s'avancent l'une contre l'autre, les uns avec un mâle courage, silencieux et résolus, les autres poussant des cris aigus et perçants, comme des troupeaux de grues S au moment où les pluies et les vents de l'hiver les chassent et les obligent à traverser la mer.
. Paris rayonnant de beauté, une peau épaisse de léopard* jetée sur ses épaules, auxquelles étaient suspendus son arc et son épée, tenant et brandissant deux javelots armés d'une pointe d'airain, s'avançait fier à la tête des Troyens et défiant les Grecs Ménélas le reconnaît, saute de son char et se précipite au devant de lui : à sa vue Paris sent trembler tous ses membres et palpiter de crainte son cœur; il recule, comme un homme qui a vu dans le sentier de la forêt un serpent dangereux, et le visage couvert d'une pâleur mortelle, il fuit.
Hector indigné de tant de lâcheté s'approche de son frère et lui dit : Misérable ! tu n'es donc bon qu'à séduire des femmes, et propre qu'à jouir de la volupté. Ah! que je voudrais que tu ne fusses jamais né, plutôt que d'être ainsi la honte de tes concitoyens et la perte de ton père et de ta patrie. Tu n'oses pas affronter la colère de celui dont tu as ravi la femme. Tu as raison, car tu aurais senti la force de son bras , et toute ta
> Fiers et Justement fiers de leur belle langue, de sa riche harmonie, du rythme si parfait de ses mots si bien articulés, si heureusement formés et composés, de leur prononciation si facile, si légère, si ailée comme ils le disent, licia irrcpôrra, les Grecs comparaient volontiers le langage des autres peuples (des barbares), à des cris d'animaux, particulièrement d'oiseaux : ^ap- 6apo9CAvot, '/iXtfiovîCciv, xtx^iy6xtç, TCTptY6Tcc (Strab., XIY, 6S2).
lap LES HÉROS ET LES HÉROÏNES D*HOMÉRE
beauté, cette splendide chevelure, cet art de jouer de la lyre n'auraient pas empêché ta tête de rouler dans la poussière. Pourquoi les Troyens n'ont-ils pas eu le courte de t'écraser sous un monceau de pierres, pour te punir dô tous les maux que tu nous as causés ?
Qui blâmerait Hector de la sévérité des reproches qu'il adresse à son frère, et qui seront plus violents et plus mérités, quand, dans le combat singulier que lui-même a provoqué pour mettre fin à la guerre, il aura donné une nouvelle preuve de sa couardise. Pourquoi la terre ne s'entr'ouve-t-elle pas pour Tengloutir, ce fléau de sa patrie, la honte de son père et de sa racel Ah! ahl si je pouvais le voir descendre au royaume d'Adès, j'en oublierais bientôt tous nos malheurs.
Ou connaît les événements : le traité conclu entre les deux peuples est violé par la trahison d'un Troyen, Pandarus, et les combats recommencent plus acharnés que jamais. Hector s'y signale par de nombreux et admirables exploits ; mais à un certain moment, cependant, les Troyens plient et sont près d'être rejetés derrière leurs remparts.
Hélénus, le plus savant des augures, le presse alors de rentrer rapidement dans la ville pour ordonner des prières publiques à Minerve. Hector cède à ses conseils et va trouver sa mère qui se rend à ses désirs, puis il court au palais.de son frère Paris, dont il essaie de secouer l'indolence et la mollesse, en recommandant à Hélène de presser le départ de sou époux et de réveiller son courage. Enfin en dernier lieu il entre dans sa propre maison pour y embrasser encore une fois, avant d'affronter le sort du combat, sa femme et son fils. Ce trait le peint déjà. Une vieille gouvernante lui apprend qu'Andromaque, à la nouvelle que les Grecs l'çmpor-
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taient, est sortie éperdue et folle d'inquiétude, et qu'ao compagnée de la nourrice qui portait son petit enfant dans ses bras, elle a couru sur les remparts pour savoir elle-même ce qui se passait. Le héros prend le même chemin et traversant toute la ville arrive à la porte Scée par où il devait se rendre à son poste de combat, et là il voit venir sa femme accourant au-devant de lui» avec la nourrice portant son fils qui ne parlait pas encore, innocente et charmante créature, beau comme la plus radieuse des étoiles du ciel ; Hector le nommait Scamandiûos ; mais le peuple l'appelait Astyanax, parce que son père était le seul boulevart d'Ilion.
Lui» à la vue de l'enfant» souriait et le regardait en silence ; mais Andromaque fondant en larmes s'approche de lui et le prenant par la main, lui dit < : Noble et cher ami, tu seras victime de ton courage téméraire! tu n'as donc pas pitié de ton fils encore au berceau et de moi, malheureuse, qui ne serai bientôt plus qu'une veuve, car les Grecs réussiront à te tuer en se jetant tous contre toi. Ah I si je devais te perdre, il vaudrait mieux pour moi être portée tout de suite en terre ; car si tu meurs, je n'ai plus de consolation à attendre : ce qui m'attend, c'est la douleur. Je n'ai plus mon père; je n'ai plus ma vénérée mère : mon père» tu le sais» le terrible^ Achille l'a tué quand il emporta d'assaut la riche et belle ville de Gilicie» Thèbes aux hautes portes, dont il était roi. Et mes frères» ils étaient sept dans la
^ Le tableau est délicieux et attendrissant. Ces cœurs vaillants, toujours prêts à braver la mort, ont, dans leurs affections, je ne sais quelle grAce, quelle profondeur, quelle simplicité, quelle sincérité que rien n'égale. Que de choses il y a dans ce sourire, ce regard, ce silence du père, de Tépoux et du soldat I »
> 6îo;. C'est répithète donnée à tout ce qui est grand, puis^ sant, respectable ou redoutable. Les dieux aussi sont terribles.
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maison paternelle, et tous les sept, en un seul jour, descendirent dans TÂdès, tous tués par Achille aux pieds inévitables, qui leur enleva leurs bœufs à la marche traînante, et leurs brebis à la blanche toison; et ma mère qui régnait au pied du mont Placos, Achille l'avait d'abord emmenée captive avec tout le butin de la ville prise ; rendue à la liberté au prix d'une immense rançon, elle est morte dans la maison de son père, frappée par les flèches de Diane < .
Tu le vois! je n'ai plus au monde que toi; tu me tiens lieu de père, de mère, de frères. Tu es le compagnon de ma couche*, le noble époux dont la beauté me rend fière. Prends donc pitié de moi ! Reste ici sur la tour du rempart, ne risque pas de faire de ton fils un orphelin, de ta femme une veuve. Fais ranger l'armée en bataille auprès du figuier; c'est par ce point faible que la ville est facile à attaquer et le mur facile à franchir; c'est par là que trois fois déjà ont porté leurs efforts les plus braves des Grecs, les deux Ajax, Idoménée, les Atrides et le redoutable fils de Tydée , soit qu'un savant devin leur ait indiqué ce côté faible de nos remparts, soit qu'ils y aient été poussés d'euxmêmes et par leur propre sentiment.
Àndromaque ne ressemble pas à Hélène : bien autrement chaste et pure, elle n'a pas l'àme haute et ûère; elle n'éprouve pas ce sentiment de l'honneur qui inspire à la fille de Tyndare le mépris pour la lâcheté de son
* C'est-à-dire en mettant au monde un enfant.
- OaXîpo; irapaxocrr.c. Il ne faut pas pousser trop loin la délicatesse morale. La femme qui a donné à un homme non seulement son àme, mais son corps, et qui a goûté dans ses bras des plaisirs purifiés par la maternité, Taime d'un amour qui surpasse parfois l'amour même pour l'enfant. Homère est encore ici un réaliste, mais qui connaît et représente, dans son fond vrai, toute la nature humaine.
mari, et loin de le pousser, comme la femme grecque, à affronter les périls des combats, elle sacrifierait tout pour sauver son Hector, elle sacrifierait même la gloire de ce héros* Elle ne vit que pour son mari et pour son enfant; elle n'est qu'une femme, qu'une mère, et pour prolonger quelques instants de plus la présence de celui qu'elle aime dans l'enceinte des murs où sa vie est en sûreté, elle allonge son discours et imagine un touchant stratagème qui ne saurait le tromper. Mais quels accents d'amour humble, sincère et profond dans cette faiblesse ! Hector aussi ne repousse pas violemment ce projet dont il devine la cause et dont il comprend la tendresse. Car il est accessible à toutes ces affections et à ces joies si douces de la famille et du foyer. Oui, répond-il, et moi aussi, chère femme, toutes ces pensées me sont venues à l'esprit; mais je pense également avec horreur à l'opinion qu'auraient de moi mes concitoyens, hommes et femmes, si j'allais comme un lâche me tenir loin des hasards des combats. Ce n'est pas ce que me conseille l'inspiration de mon cœur : il m'ordonne d'être toujours un brave, d'être toujours au premier rang des combattants, pour défendre la gloire de mon père et pour maintenir intact mon honneur, à moi*. Je le sais bieni et ce triste pressentiment a depuis longtemps envahi toute mon âme. Je le sais bien : il viendra un jour où périra la sainte llion , où périra Priam et avec lui tout son peuple. Mais ni le sort qui attend les Troyens, ni celui qui attend Hécube, ma mère, Priam, mon père et mon roi, qui attend mes frères,— ces vaillants et nombreux frères qui tomberont dans la poussière sous les coups