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Ici parle à la fois la solidarité de la race et le Bentiment de rhoDoeur personneL
d'ennemis furieux,— aucun de ces malheurs ne me cause une douleur aussi grande que celle du sort qui t'attend, toi, infortunée, le jour où un des Grecs f emmènera captive et fondant en larmes. Alors tu seras traînée peut-être à Argos, et sur l'ordre d'une autre femme, tu seras contrainte de tisser la toile, ou d'aller puiser de Teau aux fontaines, souffrant mille outrages et courbant la tète sous le joug dur de la nécessité. Mais peutêtre alors, voyant couler tes larmes, quelqu'un dira : C'est là la femme de cet Hector qui montrait' tant de courage à la tête des Troyens, quand ils combattaient pour le salut de leur patrie, et tu sentiras en entendant ces paroles, renouveler dans ton cœur la douleur d'avoir perdu l'homme qui aurait pu écarter de la tête le joug de l'esclavage. Pour moi, je souhaite d'être mort, je souhaite qu'une couche épaisse de terre pèse sur moi avant d'entendre tes cris de désespoir et de savoir que tu es esclave.
Tout en parlant, Hector s'avançait vers son fils en lui tendant les bras : l'enfant effrayé par les mouvements de la crinière ondoyante de son casque et ébloui par les reflets éclatants de Tairain, se rejeta, tremblant et en détournant la tête, dans le sein de sa nourrice.
Le bon père, la tendre mère, rient de sa frayeur et le héros ôtant son casque étincelant et le déposant à terre, donne un baiser à son fils, et le berçant dans ses bras, lève au ciel ses yeux attendris et prie : Jupiter, dit-il, et vous tous. Dieux du ciel, faites que cet enfant, faites que mon fils soit, comme moi-même, le plus brave et le plus fort soldat des Troyens. Faites qu'il règne glorieusement sur ses peuples et qu'un jour on dise de lui, quand il reviendra triomphant du champ de bataille : il vaut encore mieux que son père I Faites qu'il soit toujours vainqueur de son adversaire et. qu'en le-
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voyant rentrer chargé de ses dépouilles sanglantes, il remplisse de joie et d'orgueil le cœur de sa mère ^
L'âme du héros troyen se montre ici toute entière ; tous les sentiments, tous humains et vrais, les plus opposés que peut faire naître la situation la pénètrent et sont près de la troubler. Il a pensé lui aussi à ména^ ger sa vie et à rester auprès de sa femme et de son enfant pour les défendre jusqu'à là dernière goutte de son sang. Ce n'est pas une âme de fer et inflexible : il voit avec horreur Andromaque, fille, femme et mère de roiè tournant la meule à blé, courbée sur le métier à tisser, ou portant sur sa noble tète la lourde amphore, pleine d'eau puisée aux sources lointaines. Mais ce grand cœur, un instant abattu par cette perspective, se ressaisit et se relève; le sentiment de l'honneur et du devoir se réveille, et d'ailleurs pourquoi se laisser abattre à ces sombres pressentiments? L'avenir n'est-il pas incertain pour tous et ne peut-il contenir de riantes promesses? Le héros passe ici de la crainte à l'espérance, à la plus radieuse des espérances.
U ouvre à sa femme émue de tout autres perspectives et feint lui-même d'y croire. Console-toi et réjouis-toi 1 ton fils sera roi, et tu le verras un jour comblé de gloire, acclamé par son peuple qui s'écriera : Il est encore plus grand et plus brave que son père !
Hector remet l'enfant dans les brasde sa femme qui le presse sur son sein * et laisse échapper un rire trempé de larmes 3. Son mari comprend les émotions qui agitent ce cœur en proie à tant d'inquiétudes et qui
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* La beauté d'Andromaque n'est caractérisée par Homère qu en deux traits : la blancheur des bras et de sa gorge parfumée.
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n'ose s'ouvrir à l'espérance, et dans un élan d'amour et de pitié, lui prend la main, la serre affectueusement, l'appelle tendrement de son nom et ajoute : Chère et* noble femme, n'abandonne pas ainsi ton cœur à un désespoir prématuré, je t'en prie! Personne ne m'enverra dans l'Adès avant l'heure marquée, et personne parmi les hommes, ni le lâche ni le brave, ne saurait éviter sa destinée. Rentre donc dans ta maison ! Vaques-y à ton travail accoutumé; reprends la navette ou la quenouille; veille à ce que tes serviteur» remplissent leur tâche avec empressement et soin. La guerre est l'affaire des hommes, et c'est surtout mon affaire à moi.
En disant ces mots, Hector reprend son casque et s'éloigne.
Andromaque a écouté en silence ces témoignages d'une sympathie si tendre et ces exhortations si graves et si hautes Elle comprend qu'elle doit, comme son époux, subir son sort et s'incliner religieusement devant les volontés immuables efc inconnues d'une puissance souveraine. Résignée et obéissante, se soumettant à sa destinée, elle va reprendre le travail, ce grand consolateur des âmes, qui les apaise et les guérit, et regagne sa maison, non sans se retourner fréquemment jusqu'au détour du chemin, pour donner un dernier regard et envoyer un dernier salut au mari qui la quitte peut-être pour toujours. Elle arrive, le visage inondé de larmes brûlantes, dans la somptueuse demeure d'Hector : à son aspect, ses femmes poussent des gémissements plaintifs; elles pleuraient Hector encore vivant, car elles disaient qu'il ne reviendrait jamais et n'échapperait pas aux terribles mains des Grecs.
Hector en retournant au champ de bataille prend, sur
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les conseils d'Hélénus, la résolution de proposer une seconde fois aux Grecs de mettre fin à la guerre par un combat singulier, où il sera le champion des Troyens à la place de son indigne frère, et où il accepte d'avance celui des Grecs qui voudra se présenter contre lui.
Cette résolution révèle deux traits de son caractère :
D'une part l'absence d'Achille et les assurances de l'augure, son frère, lui rendent l'espérance du succès : car il a conscience de sa force et de son courage, et il compte avec quelque raison triompher de l'adversaire, quelqu'il soit, parmi les autres Grecs, qui lui sera opposé. D'autre part ce bon citoyen épargnera, même par sa défaite et sa mort, à sa ville natale et à son peuple les épouvantables calamités d'une guerre qui dure déjà depuis plus de neuf ans.
Il ne se trompe pas dans ses prévisions : sa renommée guerrière est si répandue parmi les Grecs, que personne n'ose spontanément se mesurer avec lui; mais cependant quand il apprend que le sort a désigné Ajax, le gigantesque et terrible Ajax, et qu'il le voit s'avancer à grands pas avec un sourire sauvage et brandissant sa lance, il sent son cœur battre violemment dans sa poitrine. Mais il ne pouvait pas fuir et se retirer dans les rangs de ses hommes, lui qui avait provoqué les Grecs, et d'ailleurs Ajax est déjà en face de lui, qui l'interpelle et le brave*.
Ce n'est pas la seule occasion où Homère nous montre Hector accessible à la crainte : on le voit tremblant devant Agamemnon*, devant Patrocle, sautant avec précipitation sur son char et fuyant à toute bride*. Il
* JZ., vu, 225. <TT^ ^a jiaX* "^xtopo; «ryiS;.