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m LES HÉROS ET LES HÉROÏNES D*HOMÈRE
des armes. Faisons notre devoir et laissons faire aux dieux*. »
Cette délibération intérieure est caractéristique. Deux choses empêchent Hector de céder aux instances de ses parents et, disons-le, aux inspirations de son propre cœur : Tune est le sentiment qu'il ne parviendra pas à fléchir son ennemi ; Tautre est la crainte du déshonneur qu'une si lâche conduite infligera à son nom. Un sentiment très général et très puissant sur l'esprit des héros, c'est, nous l'avons déjà dit, le souci de leur bonne renommée auprès de leurs contemporains et dans la postérité 2.
Il laisse donc venir Achille; mais en le voyant s'approcher, brandissant cette terrible lance dont lui seul pouvait porter le poids, un frisson de terreur saisit Hector ; il n'a pas la force d'attendre l'attaque de pied ferme ; rempli d'effroi, il s'enfuit. Et Achille s'élance à sa poursuite; Trois fois, dans cette course précipitée, ils font le tour de la ville, l'un ne pouvant se dérober à la poursuite, l'autre ne pouvant atteindre son adver-
* Il faut remarquer que ces réflexions rapides, celte consultation avec soi-mèmet ces pensées d'hésitation et de défaillance, sont secrètes : Hector ne les communique à personne; il ne leur donne pas une forme qui, en les précisant à ses propres yeux, lui auraient fait honte à lui-même. C'est le poète qui lit et voit au fond de son àme, qui en analyse les mouvements secrets et y surprend une faiblesse qu'on surprendrait peut-être aussi dans les plus grands cœurs, dans ces heures solennelles, s*il était possible de les sonder. La nature parle ici : elle s'émeut et se trouble, et, en dernière analyse, la volonté triomphe de ses résistances et de ^es instincts. Le caractère est profondément vrai et humain; il n'en est pas moins touchant et grand. C'est une grande chose que de dompter les instincts de la chair et du sang. Turenne, en visitant un jour les lignes fortifiées de son camp, fut surpris par des coups de canon tirés d'une batterie ennemie; il ne put retenir un frisson d'effroi : tu trembles, dit-il, vieille carcasse; tu tremblerais bien davantage si tu savais où je te mènerai demain.
« Conf. plus haut, IntrodticL^ p. 33.
saire. Mais comme l'un était encore plus agile ^ que l'autre, ils finissent par se rejoindre, et en présence d'une nécessité qu'il ne peut plus éviter, Hector fait face à Achille et lui dit : Je ne te crains plus, fils de Pelée : si j'ai fui devant toi, je t'attends maintenant de pied ferme : je te tuerai ou je serai tué. Mais faisons une convention et prenons les Dieux à témoins de nos engagements. Si Jupiter me donne la victoire, si jet'ôte la vie, je promets de ne pas défigurer ton corps et de le rendre aux Grecs : jure d'en faire autant.
Nous avons vu plus haut en quels termes de férocité implacable, Achille repousse ces ouvertures. Non I pas de traité avec toi : il n'y en a pas entre les loups et les agneaux. Défends ta vie I déploie ta force et ton adresse, ïu ne m'échapperas pas maintenant. Hector, en l'entendant, se dit à lui-même : C'est fait de moi I Theuré fatale approche. Les Dieux qui jusqu'ici m'ont protégé m'abandonnent! Eh bien, soit! mourons! mais ne mourons pas sans gloire, sans combattre et laissons à la postérité un glorieux souvenir de nos plus grands et derniers exploits *.
La lutte n'est pas longue ; malgré une attaque impétueuse et rapide d'Hector, Achille Ta bientôt abattu à ses pieds 3. Nous avons entendu la dernière et tou-
* 12., XXII, 158. 9cp6a0e {lèv Èa6Xb; ëçeuye, Stcoxe èk {iiv fiéy 'à|iêtvtt>v' xapiiaXt{jLu>;.
Les traducteurs d'Homère donnent ici à èaOXô; le sens de brave : je crois qu'il exprime toute espèce de supériorité et d'adresse en général, et ici de la supériorité à la course; et le mot xapicaXtpLb);, rejeté au vers suivant, confirme -et détermine le sens.