J7., XXII
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> Celui-ci n*en est pas moins très glorieux de sa victoire : Nous avons tué ce grand Hector, qui nous a fait plus de mal que tout
iU LES HÉROS ET LES HEROÏNES D*HOMËRE
chante prière d'Hector, et on pourrait se demander si elle n'est pas l'effet de cette faiblesse qui s'unit chez lui avec une âme parfois si grande, et que nous avons vue peu accessible aux croyances superstitieuses.
Une sépulture solennelle, conforme aux usages et aux rites, était la seule manière qu'eussent les vivants d'honorer et d'aimer leurs morts*. Elle consistait à gémir et à pleurer sur le corps du défunt, à lui fermer les yeux, à couper ses cheveux et à les jeter ayec ses armes sur le bûcher où l'on brûlait son corps, à lui faire des libations d'huile mêlée avec du miel, à lui élever un tombeau et à lui sacrifier des victimes, parfois des victimes humaines ^ le plus souvent des animaux, ses chevaux et ses chiens. Tant que la flamme du bûcher brûlait encore, on appelait le mort à haute voix et on offrait à son ombre des libations de vin. Le feu éteint, on recueillait les os et les cendres dans une urne qu'on déposait dans une fosse recouverte de terre et de pierres et sur laquelle on élevait un tombeau.
Ces habitudes étaient si profondément enracinées dans les mœurs, dans les cœurs, qiie nul ne pouvait se dérober à leur influence, Hector moins que personne, parce que c'est une âme tendre et une imagination mélancolique. Ce qui afflige le plus Ulysse de périr dans
les Troyens réunis et qu'ils adoraient comme un Dieu, i?., XXII, 379. x6vôe avSpa
oc xaxà 7coXX*eppeUV} S^'ou ff0(i9cavxe; ol aXÀot (oTp&ec xatà aoni, Beû (o;, eùxetocdVTOt
* Od.f XXIV, 296. To yàp yspa; laxX Oavôvtoav.
* Od.f IV, 198. xeipacTÔa: xz xojirjv. XXIV. oçOaXiioù; xaOeXoOda. I, 289. (Tr,[ia Ti oî •jjeOat xai siti xT^psa xTspet^at. XXIV, 295. xcuxua' èv Xexs8<r<rt. Od., IV, 197. paXseiv t'à-no ôaxpy irapsiwv. i7., XXIII. cv oè icupTj uicatTi vexpbv Ôicrav. Parfois, lorsque le mort appartenait à une grande famille ou qu'on voulait Thonorer plus particulièrement, on faisait une marche de soldats autour du bûcher avec le char et les armes du défunt.
la tempête qui a brisé son radeau, c'est la pensée qu'il sera privé des honneurs que lui auraient rendus ses compagnons d'armes s'il était mort au champ de bataille ^ Ces sentiments prenaient leur source dans le respect instinctif et plus profond chez les Grecs que l'homme a pour la mort, surtout dans un état général d'esprit où l'on croyait que la mort ne détruit pas absolument la vie et qu'il en demeure après elle quelque reste mystérieux, quelqu'image, quelqu'ombre. Mais en outre, les anciens étaient convaincus que les morts dans l'Adès ne pouvaient jouir d'aucun repos, ne pouvaient franchir les portes du séjour infernal, s'ils n'avaient été préalablement ensevelis religieusement. Donne-moi le plus vite possible un tombeau, crie l'ombre de Patrocle apparaissant à son ami pendant son sommeil ^. Ne pars pas, dit à Ulysse l'ombre d'Elpénor, sans m'aeoir donné une sépulture et versé des larmes sur mon corps '.
Ne nous étonnons donc pas, comme d'une faiblesse» des supplications d'Hector, et ce n'est qiie par suite de l'état d'exaltation furieuse et de folle douleur d'Achille que nous nous expliquerons son impitoyable réponse.
Hector meurt, et en mourant, ce qui reste en lui de vie avant de descendre dans l'Adès, pleure sa triste destinée et gémit de perdre sa force, sa beauté et sa jeunesse *.
Nous n'appellerions pas cette mort héroïque : le stoïcisme n'a pas encore endurci ou fortifié les âmes. Homère, sans craindre de diminuerla grandeur morale
« Od., V, 308.
' 72., XXnif 71. Osirre fu ortt tâ'/ivTs.
^ Od,, XI, 72. fiiQ (i *âxXavffTOv, âèairrov, Ià>v oictOcv xxtaXeticetv.