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OU des enfants et veulent rentrer dans leur pays. Sans doute il est dur d'avoir passé ici neuf longues années d'épreuves, de fatigues et de combats, et je comprends qu'ils désirent le retour, puisque le marin que le vent et la tempête retiennent un mois hors de chez lui, loin de sa femme, trouve déjà le temps bien long. Mais n'est-ce pas aussi une grande tristesse que de rentrer chez nous, chargés de la honte d'un inutile eflfort. Sachez donc attendre *, chers camarades, si Voracle prononcé par Calchas est faux ou vrai. Vous vous rappelez tous le présage qui s'est présenté à nous ; car vous en avez été les témoins, ceux du moins d'entre vous que les parques de la mort n'ont point emportés. Nous venions d'offrir une pleine hécatombe* aux immortels, sur un autel sacré, sous l'ombre d'un magnifique platane, aux bords d'une source limpide. Alors tout à coup, de dessous l'autel sort un serpent à la peau couleur de feu ; il rampe sur le platane, y dévore huit passereaux blottis sous les ailes de leur mère, dans la feuillée de lapins haute branche. Il finit par saisir la mère elle-même qui, ayant eu le temps de s'enfuir, voletait gémissante et plaintive autour du nid vide de ses chers petits ^ : après quoi Jupiter changea en pierre le monstre cruel qui n'avait pas épargné même
* JZ., II, 299. tXtjs, 9ÎX01. On se rappelle qu^Ulysse a souvent répithète de iroyutXz;.
- La pleine hécatombe, qui s'appelait xXctti^, àyaxXetn^, TeXi^eaca, se composait de cent bœufs. Mais souvent le nombre cent^ qui entre dans Tétymologie du mot sxaT6{x6y;, s'entend d'un nombre indéterminé et inférieur, et même au lieu de bœufs, le mot hécatombe s'applique à un sacrifice de chèvres, de moutons ou d'agneaux.
' /{., II, 315. |iTitT)p 6'à(i.9eicot&TO ocupo|iêvT) çtXa tcxva...
Homère est plein de ces traits délicats et touchants, et qui saisissent l'àme d'autant plus vivement qu'elles la surprennent désarmée. Il sait nous intéresser à tout : il sent tout et nous fait sentir tout : le cri plaintif d'un petit oiseau, comme le sort d'un
la mère. Càlchas, appelé à interpréter ce présage qui nous avait tous troublés, nous dit : Jupiter vous annonce par là que nous n'obtiendrons la victoire que la dixième année de notre expédition. Ces prédictions se sont jusqu'ici réalisées : elles s'accompliront toutes. Sachons donc attendre le succès que les Dieux nous promettent et nous assurent ».
Ces paroles fortifiantes sont confirmées par le discours de Nestor. Ce n'est plus le temps de discourir, conclut Nestor : il faut passer aux actes. Qu'on réunisse les troupes et marchons à l'ennemie Et tous deux rappellent au devoir ces âmes ébranlées et sauvent une première fois l'honneur de l'armée et de la Grèce. Ce n'est pas la seule. Dans une circonstance des plus critiques, Âgamemnon troublé par l'insuccès de ses efforts, effrayé par la rapidité de la marche victorieuse d'Hector qui a renversé le rempart qui protège les vaisseaux, se voyant blessé, comme aussi Diomède et Ulysse, accablé par la responsabilité qui pèse sur lui depuis qu'il a par une injure gratuite écarté du champ de bataille le seul héros qui pût ramener la victoire, Agamemnon, et cette fois sérieusement, propose à Nestor et à Ulysse, un rembarquement secret de nuit. Celui-ci courroucé, lui jette de travers un dur regard, et lui dit : A Quelle honte à toi de nous proposer pareille chose ! Tu n'étais pas digne de commander à une si belle armée ! ne sais-tu pas que nous tous ici nous avons la passion de l'honneur et que dès l'enfance nous sommes résolus à vaincre ou à périr I Tais-toi I et
noble peuplier abattu par le bûcheron au bord du ruisseau où il avait grandi et qui va devenir, entre les mains du charron, un timon de charrue ou un cercle de roue.
^ II,, II| 435. piY)xsT'. vOv 0T^b' audi Xs^cotiev, (xy]ô*CTi âY;pàv à|i5aXX(tf|icOa epyov
que personne autre n'entende sortir de ta bouche de si indignes paroles. Ton projet est aussi impraticable que lâche. Si un seul vaisseau est remis en mer, tous les soldats jetteront leurs armes pour courir aux leurs et avant qu'ils aient eu le temps d'y arriver, ils seront dans leur désordre, débandés et en désarroi, attaqués par l'ennemi victorieux et massacrés sans pouvoir résister. Et par tes timides conseils la plus belle et la plus vaillante armée de la Grèce courra à la plus épouvantable catastrophe*. »
Intrépide dans le conseil, il ne l'est pas moins dans l'action guerrière renouvelée et ranimée par son exemple ; il ne veut pas désespérer» malgré l'état désespéré de la situation. Enfin il est blessé; la déroute continue ; Hector va semant partout l'épouvante et la fuite. Comme un fort vent d'ouest balaie les gros nuages amoncelés sur la mer et soulève ses flots qui roulent en vagues énormes dont la crête blanchit d'écume fouettée au loin par le vent, tel Hector balaie devant lui les troupes éperdues des Grecs : chefs et soldats tombaient sous ses coups. G*est dans ces situations critiques que se montre l'âme d'un vrai soldat. Dans l'exaltation d'une lutte triomphante, les forces morales grandissent chez tous les hommes et doublent les forces physiques. Le plus faible cœur se sent remplir d'enthousiasme, et s'élève au-dessus de lui-même. Mais c'est dans la défaite qu'est la pierre de touche de la vraie grandeur militaire. Quand tous perdent confiance et espoir, quand tous fuient éperdus et affolés, le vrai s oldat, le vrai capitaine garde son sang froid et envisageant de sens rassis et d'un esprit ferme comme son cœur, toutes les chances, voit
1 IL, XIV, 40-108. Conf. IV, 350. La ronde d'Agamemnon : Ulysse le regarde de travers, {»iciôpa lôc&v...
ils LES HÉROS ET LES HÉROÏNES FHOMËRE
qu'il en reste toujours au moins une favorable, de sauver sa vie, celle de ses compagnons d'armes et du moins Thonneur.
Tel est dans ces moments d'angoisse Ulysse, qu'Homère compare à un rocher qui soutient sans trembler Teffort de la mer courroucée S et ailleurs à un tison embrasé, dont la cendre qui le couvre n'a pas éteint ni refroidi le feu ^. Sans lui tout était perdu ; le désastre était certain, complet et proche ; mais lui, dont le cœur reste inaccessible à ces folles terreurs, crieàDiomède : Eh I quoi, fils de Tydée 3, avons-nous donc perdu toute force et tout courage t Viens ici, camarade! mets-toi auprès de moi. Ce serait ignominieux si nous laissions Hector s'emparer de notre flotte.
Et le vaillant fils de Tydée : Je le veux bien, quoique je sente que nos efforts seront vains Jupiter n'est pas pour nous. Mais, puisque tu le veux, sois sûr que je te seconderai de toute ma force et de tout mon courage.
Et tous deux en effet font vaillamment tête aux furieux assauts de l'ennemi. Gomme deux sangliers qui se retournent contre les chasseurs et les chiens qui les poursuivent, ils arrêtent la marche victorieuse des Troyens, raniment le courage de leurs propres troupes qui se rallient à leur voix et rétablissent un instant