CHAPITRE DEUXIÈME
Avant d'entrer dans Texposition des caractères individuels et de présenter nos héros isolément^ autant qu'il se peut faire, il ne sera pas inutile de déterminer leur caractère général. Là, comme partout, la naïveté est le grand trait du génie du poète. Nous les voyons toujours • fidèles à la nature humaine ; dans toutes les occasions et les circonstances variées et changeantes de la vie S ils mangent et boivent, rient et pleurent, comme tous les hommes. Au banquet nuptial où Ménélas célébrait le mariage de ses enfants, après avoir entendu Télémaque gémir sur le sort encore inconnu de son père, le roi de Sparte rappelle qu'il garde à Ulysse une affection et une reconnaissance éternelles ; car c'est à cause de lui qu'il a souffert, avec tant d'autres, de si longues et de si cruelles épreuves. Ces souvenirs, douloureux pour tous les assistants, attendrissent les cœurs et les larmes
< Athénée a tout un passage (I, Segm. 15, p. 9). «epi toO i^âv 'npc&Mv xaO '^OuYjpov pîov. Ces détails semblent empruntés au livre de DioBcoridès, disciple d'Isocrate, diaprés Suidas (v. 'Oftvipoc), et intitulé ot icap'*0(ii^p(j» v6(i.oi. On le trouve cité par Gasaul)on {in Athen. Animadv.l p. 28). Gonf. De Cultu et viotu heroum ; Lehrt, de Arist. 8tud., p. 198-199.
26 LES HÉROS ET LES HÉROÏNES FHOBfÈRE
coulent de tous les yeux^ Mais le fils de Nestor qui lui-même n'a pu retenir ses pleurs, rappelle aux convives que cette explosion de tristesse et de douleur, hommage légitime aux morts et seul témoignage d'affection que peuvent leur donner les vivants, n'a pas sa place dans une fête et surtout une fête nuptiale. Ménélas l'approuve et dit à ses hôtes : Cessons nos gémissements et séchons nos larmes : il est temps de reprendre notre joyeux festin 2.
Le régime alimentaire des héros est simple, mais abondant : ils se nourrissent presqu'exclusivement de viandes rôties ; on ne voit figurer à leurs repas ni légumes ni fruits, quoiqu'ils en récoltent d'excellents. Us ne connaissent pas l'usage de se couronner de fleurs ou de feuillages, ni de se parfumer avant de se mettre à table ; ils mangent assis et non couchés ^. Il faut reconnaître qu'ils apprécient fort la douceur d'un vieux et généreux vin *. Lorsque Nausicaa veut indiquer à Ulysse à quels signes il pourra reconnaître son père, le héros Alcinoûs, elle lui dit qu'il le trouvera assis sur son trône et buvant du vin comme un immortel *. Mais néanmoins ils sont sobres* et savent s'arrêter quand leur soif et leur faim sont apaisées ®. L'ivresse est
» Od., IV, 184.
KXaîe (A^v 'ApyesYj 'EXIvyj...
KXaXt hî TeXsuax^; ts xai 'ATpctSvic McvsXaoc . O'JÔ *apa Nsercopo; uîoç ctôaxpuTca ï^f* offie.
' Od,f IV, 912. Sopicou è^aOti; |xvr|<r(o(icOa.
3 Od,f IX, 7, oaix^ptove; Tj^ievot èlstY;;. Athen., 1. Segm. 31. xaOéÇov- Tsct d*êv xoXi «TUvôsiTCvot; o\ Tjpa>cc« * Athen., 1. Segm., 17. êv ôà icîÔoi oî'voio icaXatou y|Ôuwôtoio. 5 Od., VI, 303.
Tb> Y^ otvoicoTaCci èçy)(jL3vo;, oiOavaTOC aie.
Car les dieux aussi mangent et boivent, boivent le nectar et mangent Tambroisie.
^ Il.f iicc\ ic6(rioc xat èdy)wo; il Sfpov Ivto.
bannie de leurs festins : c'est une honte de s'y abandonner^ Â.u$si il n'y a pas, dans Homère, trace d'un mot indécent, d'un traitde libertinage échappésàlasuited'uD repas trop copieux. Les jeunes filles, sans timidité ni hé-, sitation, vont laveries pieds des voyageurs : elles savent qu'elles n'ont à craindre ni propos inconvenants ni gestes lubriques. Mais il est certain que les héros aiment les plaisirs de la table ^ et surtout les repas en commun qui devinrent plus tard une des habitudes les plus chères des Grecs, et entrèrent jusque dans les règlements et la discipline intérieure des écoles de philosophie. Les épithètes qui les caractérisent font voir quel prix ils y attachaient et quelles convenances y présidaient 5. Tous les convives doivent être traités également. Là surtout l'égalité est la condition de l'amitié. Les repas communs provoquent l'affabilité, l'amabilité, l'instinct, si puissant chez les Grecs^ de la sociabilité ; ils ouvrent le cœur, réconfortent Tâme, aiguisent l'esprit, comme ils rendent au corps épuisé de fatigue, la force et la santé ; enfin ils nous font mieux goûter les charmes et la joie delà vie. C'est là surtout que se fait sentir le plaisir moral de l'union des hommes, là qu'ils se reconnaissent le mieux faits les uns pour les autres, utiles, nécessaires les uns aux autres ; là que se manifeste le plus libre* ment et le plus sincèrement la sympathie naturelle, essentielle de l'homme pour l'homme, c'est-à-dire l'humanité même et l'amour. Cela est si vrai que chez tous les anciens à l'idée du repas se joint un sentiment religieux, l'idée du sacrifice. La langue et les habitudes sociales sont pénétrées de ce sentiment qui rehausse et
* Aussi c'est une grave insulte qu'Achille jette à Agamemmon quand il l'appelle publiquement ivrogne, otvoSapé; (72., I, 225).
* /^, I, 468. ovSi Tt 6u^,â; côe^cTo. * ' ' ' Sattbc ètav)c... èaOXv) — ^ lici^po^c -- IMvoetxvjç*
18 LES HiROS ET LES HÉROlMES D*HOBIÈRE
purifie le besoin Yulgaire et tout physique de se repaître. On ne vide pas sa coupe sans faire une libation aux dieux; tuer un bœuf, c'est leur immoler une victime et leur en offrir les prémices ^ Presque tous les dieux non seulement assistent auxbanquets» mais prennent place à la table des hommes ^ Chez les peuples catholiques, la Gène est un repas commun, dont la commi^nion, dans les dogmes de Téglise romaine, est un symbole et une figure en même temps qu'un souvenir. Sans doute l'élément religieux finit par perdre chez les Grecs son importance : il n'en resta plus de traces que dans les usages ou les habitudes du langage et le temps les effaça de plus en plus.
Mais ce qui en Grèce anoblit surtout les repas, comme chez nous la conversation, la bonne humeur et Tesprit, c'est la danse, la musique, cette danse des sons et des mouvements de l'âme qu'ils expriment et excitent, c'est le chant, la poésie, en un mot l'art qui purifie tout ce qu'il touche. La lyre est la compagne nécessaire de tous les banquets et la danse leur ornement habituel 3. L'état d'âme où mettaient les Grecs la bonne
« Od., II, 56.
^oùc Upe^ovTcc xa\ otc %a\ movac alya; -
s 7d., III, 334... àOavo^roia;v
aicetffscvTsc...
...Oeâv cv dstTc.
Od., III, 420. 6eoù ce Satra OàXetav.
' Atben., I. Segm. 24. c*/pâ>vTO S'iv xoXç avitnocion %v\ xi0ap(i>5otc xaV ôpxY}9Taîc* xai icspà MeveXaco èftéXitcto Oetoc àoid6c* dua> Bï xv6(9- TyjT^pec pLoXiiTj; slàp^ovre; è$îvei»ov.
Od., XVII, 270... çôpiiiyÇ
T|YnSct t|v ^pa Bxixi Ofio\ TrotiQaav iTatpiQv. Od,, I, 161.
lioXwiqT'ôpXTQTcvç te* xk ^àp âvaOïqiiaTa 8o(tr6c. Od., VIIU 99*
96ppLiYYOc 0*9) datTi orvviqopoc èori OaXt^v).
chère» le bon vin» la société de leurs amis réunis à la même table, le charme de la musique, de la danse^ de la poésie qui leur chantait les exploits et les malheurs même parement mythiques et légendaires . de leurs pères, de leurs ancêtres ou d'eux-mêmes ^ était une joie sereine et douce que leur langue caractérisait par un mot intraduisible^. Cette joie qui met le rire sur tous les visages s'accroît par le nombre; il faut qu'elle soit partagée pour être entière 3. Pour l'individu isolé, qui voudrait la goûter seuU elle perdrait tout son prix. Ainsi jusque dans les satisfactions du plus vulgaire des besoins, perce le noble et pur sentiment que l'homme est fait pour l'homme et que ses jouissances ne lui sont vraiment délicieuses qu'autant et dans la mesure où elles sont partagées par d'autres, c Je ne connais pas, dit Ulysse, de plaisir plus délicieux que de goûter en nombreuse compagnie la joie d'entendre chanter un poète, au milieu d'amis assis les uns à côté des autres, en face d'une table bien garnie de pain et de viandes, tandis que l'échanson verse dans les coupes le vin tiré de larges et pleines amphores. Ce sont là vraiment pour Vâme les plus belles heures de la vie *. »
Pourleshéros d'Homère, le poète, qui se confondavec le chanteur, ne remplit pas seulement ce rôle déjà supérieur de donner aux fêtes de la vie leur dignité et leur noblesse en même temps que leur grâce, il remplit
* Strab., I, c. 2, p. 29. t&v noirix&y àvôpscyaOï^tiQiTa (i.v6(i>8tj StYjyouitéviDv, oTov ^HpaxXéou; aOXou; ti 0io<riu>;. Pour Strabon, les personnages et les aventures de Thésée et d'Hercule sont donc purement mythiques, c'est-à-dire non historiques.
î evçpooOvi). Od,, XX, 8. '
ykXtù Tc xa\ eu9po9^VT}v icapéxovottt.
Gonf. id., XXIII, 52.
' OdLf IX, 8. xaxk 8i)|iov âicavta.
* Od., IX, H.
toOt6 t( |toi xâXXiOTOv cv\ 9pe9\v ttàixai etvaw
un rôle plus grave, une fonction sociale plus relevée : il est Torgane de la forme supérieure de la vie» de la vie morale. C'est le poète qui enseigne la vertu et fortifie les aines à en suivre les préceptes; il est un guide, un instituteur, un directeur de conscience, comme le philosophe de Sénèque^ et le chapelain du moyen-âge. C'est dans cette intention qu'Agamèmnon en partant pour Troie laisse auprès de Clytemnestre un divin chanteur pour la garder, la diriger, la maintenir par ses sages conseils dans la voie de la vertu. En lui mettant sous les yeux les exemples des femmes de bien il la maintint en effet dans la sagesse, la détourna des pensées impures tout en lui donnant un divertissement agréable. Aussi pour réussir à la séduire et à la corrompre, Egysthe dut-il exiler le chanteur dans une lie déserte où il trouva la mort*.
Julien, dans le Misopogon^ rapporte que Constance Chlore, son aïeul, avait placé à côté de sa mère un esclave d'une éducation supérieure afin qu'il pût faire comprendre et goûter à la jeune fille le sens hautement moral des poèmes d'Homère et d'Hésiode C'était à la fois un précepteur et un directeur de conscience. Tout le monde s'accorde, dit Strabon 3, à considérer la poésie d'Homère comme un enseignement de la sagesse^.
Les héros grecs aiment la vie, malgré ses douleurs et ses tristesses. Le plus brave d'entr'eux n'hésite pas à proclamer qu'en comparaison de la vie tous les trésors de la terre ne sont rien *.
I Sit aliquis animi tui custos.
- Od,t 111, 264. àocûoc àvT)p ^ noXX'iiciTe>.Xe%
EÎ'puoOai ctxoiTiv.
Athen., I. Segm. S4, p. 13. ^uXaxa xai napatveTYipa.
^ TT)v ^.£v âxeivou icotY]<nv 9 1X00*0 çvjpiâc icdtvTac voficl^eiv.
5 //., IX, 401. où Y«p..' 't'wx^ç àvTâÇtov, et il répète ce propos même dans les enfers»
i:es hêrds i:n général si
On ne dira pas qu'ils sont insensibles à l'honneur et à lagloire» et pourtant dans certaines heures, ils en sentent la vanité. Il vaut mieux labourer péniblement le champ d'un maître et être le serviteur d'un pauvre fermier que d'être le roi de tous les morts *. Il est doux de vivre et de voir la lumière du soleil qui réjouit le cœur de l'homme. La, vie est douce comme le miel et leur est chère. Ils ont horreur de la mort; car dans la terre les vers mangent le corps de l'homme après que les chiens s'en sont rassassiés ; et lorsque les pluies du ciel ont fait tomber ses os en pourriture l'ombre du mort qui s'enfuit dans THadès» y traîne dans les horreurs d'une nuit éternelle sa misérable existence ^.
Mais ils ne connaissent point, ou connaissent peu la mélancolie» surtout la mélancolie des choses'. Seul Achille, à cause de la sensibilité de sa nature, extrême en tout, et qui se porte avec une égale violence à tous les contraires, a des accents et des sentiments qui se rapprochent de la tristesse des modernes. Après Tinjure qu'il a reçue d'Agamemnon, il s'assied à l'écart, loin de ses compagnons d'armes, et là, seul, au bord de la mer blanchissante d'écume et l'œil vague et perdu vers l'immensité des flots, il pleure*. De même Chrysès après le refus d'Aganiemnon de lui rendre sa fille, eflfrayé par ses menaces, s'éloigne et s'en va, triste et silencieux, le long du rivage, écoutant le bruissement monotone des vagues jetées en mille flots sur les brisants et les rochers de la côte 5. Ulysse lui-même, retenu dans l'île
« Od., XI, 490,
5 IL, XXII ; Od., I, 101.
3 Lacrymse rerum. Virgile en est atteint.
* H,, I, 348. aviàp 'AxiXXeù;
dxxp^Sffac, &xâpct>v açap eCero, voaçi XiaoOetCy Olv ' C9*àXbc iroXiT);, ôpôcov i'Ki oïyoïtOL icôvTOv.
3i LES HÉROS ET LES HÉROÏNES D'HOMÈRE
de Galypso, et empêché par elle de revenir dans sa chèi e Ithaque, s'assied pour pleurer sur le rivage, le cœur hrisé, et regarder au loin la mer avec ses profondeurs infinies ^
C'est en effet surtout le spectacle de la mer qui éveille en eux le sentiment de l'harmonie des choses avec notre âme On sent que c'est un peuple de marins. Us ont connu et goûté la poésie de la mer, mais ils lui ont fait une part plus petite que les modernes. Ils donnent à toutes choses la mesure, c'est-à-dire la beauté. Leurs douleurs, si vive et si profonde qu'en soit l'explosion, ne prennent pas dans leur expression poétique ce caractère personnel exclusif que les allemands appellent la subjectivité; ils ne se replient pas constamment sur eux-mêmes, et ne rapportent pas toutes les choses à eux. Ils ne se font pas le centre de l'univers : ils ont conscience de n'en être qu'une partie; ils n'ont pas le tourment de l'infini, tourment sublime sans doute, mais troublant et par sa profondeur même périlleux. Ils associent la nature à leurs émotions, mais ils ne croient pas que la nature s'y intéresse. Sincères en tout, ils gardent dans leurs passions une sorte de placidité, du moins de sérénité, .et, comme le dit Strabon, ils ne perdent jamais le sens du réel et de la vie pratique*.
» Od., V, 83.
c'Xa'Syc' cic'àxTYjc xXats xaO'ntuvo;* ^vOa icapiarc Sdixpuac %a\ arova^fj^t xa; âXye^i OupLOv cplx^cov 1C0VT0V tic 'àip^ysTov ôcpxsoxeTO ôaxpua XciScov.
Virgile D*a guère fait que traduire Homère dans ces vers admirables :
At maris in sola secret» Troades acta
Amissum Anchivem flebant, cunctseque profondum
Pontum aspectabant âentes.
< Strab., G. 1, p. 2. Homère, non seulement par la beauté su-
Ce sentiment de la mesure, les héros d'Homère rapportent jusque dans Tamour de la gloire qui est peutêtre la plus puissante de leurs passions et certainement la plus noble. Si chère que leur soit la vie, ils n'hésitent pas un seul instant à la sacrifier au devoir, à la patrie, ù l'amitié, à Thonneur. L'idée que la postérité gardera et honorera leur souvenir exerce sur leurs esprits une influence toute puissante. La pensée qu'ils vivront après la mort dans la mémoire des générations à venir, que leurs exploits ou leurs infortunes seront chantés par les poètes les console, les réjouit, les fortifie. Ils se sentent exaltés ou retenus dans leurs actes par la considération de ce qu'on dira d'eux, et les femmes comptent dans ces voix de l'opinion publique*. La gloire, la renommée, ce mot retentit partout dans leur poète. Quand Hector sent son cœur faiblir à la perspective d'affronter Achille, ce qui relève son âme et fortifie son courage, c'est l'espoir d'être récompensé par le respect de ses concitoyens et de leurs femmes et la crainte d'être déshonoré auprès d'elles comme auprès d'eux*. Sans doute les dieux ont fait fondre de cruels maux sur les Grecs et sur les Troyens; mais ils leur ont donné une suprême consolation, une compensation enviable, puisque les uns et les autres seront l'objet éternel des poètes dans toutes les races futures 3. Le
prème de sa poésie, dépasse tous les anciens et ceux qui Tont suivi, mais encore par la connaissance et Texpérience de la vie pratique, t^ xatà tbv ptov ci&iccpta tov icoXitixôv. « Od., XXI, 3«3.
a(9XUv6pevot çattv àvopcav t)oc Yuvatxcav.
' /Z., XXII, i(fô. a.ôsoi&ai Tpûa; xai Tpcoadac. ' Od., VIII, 578. tva }^a\ xa\ C990(isvot9tv actdT). II., VI, 857. *
oTviv in\ Zsù; Ofjxc |i6pov, u; xa\ oict99Ci> ^
•ôiv^i6icot9t iciXa>(uO' àotdt|iot C990t&lvoiOYv.
soubait d'Ulysse en prenant congé d'Alcinoûs et pour le remercier de sa libérale et affectueuse hospitalité, c*est qu'il jouisse sur la terre d'une renommée éternelle ^ Ce que Télémaque trouve surtout d'affligeant dans la destinée de son père, c'est qu'au lieu de mourir en combattant sous les murs de Troie et de laisser à son fils et à lui même une gloire immortelle, il soit tombé on ne sait où, inconnu et sans gloire K Ulysse lui-même, au moment où il croit qu'il va périr au milieu des flots et de la tempête, s'écrie : « trois et quatre fois heureux ceux qui sont morts sous les murs de Troie I si j'avais, comme eux, succombé en ces jours de bataille, j'aurais eu de nobles funérailles et tous les Grecs auraient célébré ma gloire 3. » Qu'est-ce que les muses invitent les poètes à chanter, si ce n'est les glorieux exploits des héros ^ et c'est en les chantant au son de sa lyre qu'Achille console ses tristesses et essaie de calmer son courroux ^.
Mais à cette passion si vive de la vie guerrière et de ses héroïques aventures, il y a chez eux, un pendant et comme un contrepoids. Ulysse, il est vrai, déclare au roi des Phéaciens, son hôte, qu'Ares et Athéné lui ont donné une âme intrépide, sachant regarder la mort en face, l'amour de la lutte, la passion de remporter sur tous ses rivaux; que le travail des champs, les occupations de la vie domestique, l'éducation des enfants, la tenue de la maison ne sont pas de son goût, qu'il ne rêve qu'embuscades ou luttes à ciel ouvert ou courses de mer, parce que c'est là que se montrent les vertus vrai-
« Od., VII, 331.
* Od., I, 239. à)cXe((o;, àtoro;, amtcTO^.
' Od., V, 306. xaî jieu xXéo; r,yov 'Axaioi.
* Od., VIII, 73. / . .
' 7^, IXy 189. T7( oys du(ibv ^xEpicev, aetSf 8'âpa xXéa àvopfi)v«
ment héroïques. Mais cette attitude est faite pour éblouir les assistants : car au fond Ulysse est un propriétaire rural très entendu en même temps qu'un corsaire aventureux et un intrépide soldat.
D'un autre côté, si le jeune phéacien Euryale, exprime en présence d'Ulysse un parfait dédain pour tous ceux qui ne sont point habiles aux jeux de la force et de l'adresse *♦ du saut, de la balle, de la course à pied ou en char, de la danse, exercices presqu'aussi honorés chez les Grecs que les exploits militaires *, comme le prouve l'institution des grands jeux gymniques, s'il témoigne son mépris pour les gens de commerce et d'affaires, qui ne s'inquiètent que de leur cargaison et des misérables profits qu'elle peut leur rapporter, il faut remarquer que c'est un tout jeune homme qui parle et chez un peuple tout particulier, qu'il est plein de vanité pereonnelle et ne sait pas observer la courtoisie due à un hôte, comme il l'avoue plus tard et en exprime le regret. Tous les héros grecs, même Achille, sont des gens pratiques qui ne dédaignent en aucune façon les bénéfices du commerce, de l'agriculture et de l'industrie. La guerre elle-même ne rapporte pas seulement de la gloire, elle rapporte aussi des profits : de précieuses étoffes, des armes magnifiques, des vases d'or et d'argent artistement ciselés, des esclaves, des femmes belles et industrieuses. Homère est un grand idéaliste, mais c'est aussi un grand réaliste 3. La vertueuse Pénélope, et Ulysse est ravi de sa prévoyance et de son
1 Od., YIII, 159. 5sr,{Att>v fiétiXa>v.
^ Od., YII, ii7. o'j yàp ^t'Xùs xXéo; âvépo;.
3 C'est pour cela qu il faisait la base de toute éducation. C'est chez lui qu'on apprenait à devenir un honnête homme et à connaître les hommes et les choses. Xenoph., Conv., III, 5. ireicoÎTixt extBhy icepi icâvrcov tôav àv6p(i)7c:v(i)v. Conf. Plat., de Leg,, VU, 810, e ; Rep., X, 606, S. t^,v 'EXXâda neica'Seuxtv... xa\ icpb; 5tQ:xr,dv te
adresse presqu'autant que de sa fidélité conjugale, Pé* nélope profite sans scrupule de l'amour qu'elle inspire aux jeunes rois pour en obtenir de riches présents. Bien plus, Héphaistos, un Olympien, ne consent à délier les nœuds du filet invisible où il a emprisonné sa femme et Ares pris en flagrant délit d'adultère, qu'après avoir reçu caution de Poséidon qu'à défaut du coupable, s'il refusait de payer, il acquittera lui-même l'amende et les frais, avec les dommages-intérêts qui lui sont dûs, comme réparation . du dommage causé à Tépoux outragé * .
Tout est curieux ici et caractéristique : le principe de la compensation pécuniaire, l'hypothèse qu'un Olympien refusera de payer ce qu'il doit, et les précautions avisées qu'Héphaistos prend contre ce débiteur peu sûr. Ce trait révèle et met en relief la complexité et les contradictions de l'âme des Grecs et on pourrait dire du cœur humain.
La poésie dramatique, on le sait, a emprunté à Homère ses sujets les plus beaux : Eschyle disait luimême que sa table n'était garnie que des reliefs du festin d'Homère. L'art plastique s'est emparé également de ses héros et en a fait l'objet favori de ses représentations. On aimerait à les contempler reproduits avec la précision et la fermeté des traits caractéristiques et individuels que cet art sait communiquer à ses grandes créations.
Si nous en croyons Philostrate 2, non seulement les attributs extérieurs, les formes du corps, mais la physionomie, les actions, les attitudes, les mouvements, les regards révélaient et exprimaient la personnalité
« Od., VIII, 354.
' Herdica^ II, 7.
morale et le caractère individuel des héros. On reconnaissait Ulysse à l'expression grave et sévère de son visage et à son œil toujours éveillé, Ménélas à son calme, Âgamemnon à son grand air de majesté royale et presque divine, Tydée à la hardiesse et la franchise ouverte de sa figure *.
Mais il faut Ten croire sur parole : nous n'avons, à l'exception d'Hercule, qui n'est pas un héros homérique, nous n'avons conservé aucune statue soit de marbre soit de bronze, ni un seul groupe d'une certaine dimension représentant les héros épiques. Il ne nous reste que des bas reliefs, la plupart appartenant à des sarcophages, des armes ciselées, des gemmes gravées et surtout des peintures de vases où le caractère poétique est nécessairement sacrifié aux exigences du genre et aux formes de l'objet à décorer. Pour l'instruction des jeunes gens et pour illustrer les scènes des poèmes homériques et posthomériques, les Grecs avaient imaginé des tablettes, probablement en stuc, où étaient reproduits en relief avec un texte explicatif les personnages et les événements de la guerre de Troie tels que les expose Homère. Nous en avons conservé des fragments sous le nom de Tabula Iliaca^. Ils sont intéressants au point de vue archéologique, mais sans valeur esthétique 3. Le caractère archaïque des images, leur style
* Dans la peinture, Euphranor semble avoir été le premier à représenter les traits particuliers des héros. Plin., H, Nat.y XXXV, 40, 25. Euphranor primus videtur expressisse digmitates beroum.
* TpwVxb; mvaÇ.
3 On y voit par exemple Ménélas poursuivant Hélène qu'il vient de retrouver et qui, pour éviter la mort dont il la menace, s*enfuit dans le temple d'Aphrodite. L'Œuvre cCHomère iVustrée par Fart des anciens, par R. Engelmann (Paris, Reinwald, 1891), reproduit à la planche 11, 3, la série la plus complète d'une de ces tables, dont Toriginal se trouve au musée Capitol in, à Rome (Gonf. 0. Jahn, Griech, Bilderchroniken^ Bonn., 1873,- 4).
très primitif, l'inexpérience ou l'inhabileté des artistes transforment souvent en une sorte de caricature grotesque les figures les plus héroïques, et pour des jeunes esprits peu au courant de l'histoire de l'art et peu sensibles aux naïves ébauches, ces représentations imparfaites les troubleraient^aulieu de les aidera concevoir et à goûter la beauté des héros.
Les bas-reliefs destinés à être vus de loin ne sont souvent qu'ébauchés, parfois relevés par des couleurs appliquées sur le fond; les vases par leur forme sphé' rique ou arrondie, qui altère nécessairement la perspective, obligeaient le peintre à un dessin hardi, libre, de fantaisie, où presque rien ne pouvait être conservé de la physionomie morale caractéristique du héros. Aussi on en arrive à ne plus distinguer dans un groupe capital, souvent répété dans l'antiquité et d'ailleurs d'une admirable beauté, le faible et doux Ménélas du ^ terrible Ajax à l'effrayante colère *.
Ce n'est plus guère que par les actions représentées qu'on les reconnaît; car le costume même, quand il n'est pas accompagné d'attributs particuliers à un personnage, ne les distingue pas.
Tous les héros grecs portent le vêtement grec.
C'était d'abord la Chitorij chemise de laine qu'on serrait à mi-corps, quand on voulait se livrer à des travaux ou à des exercices qui demandent une grande liberté de mouvements, ou une grande dépense de force. Commun aux hommes et aux femmes, ce vêtement originairement sans manches ne descendait que jusqu'aux genoux.
Pardessus la chiton, ils portaient la Chlaina ou Pha-
* V. Planche, XIV, n. 77 de l'ouvrage d'Engelmann, cité plus haut.
ro8j espèce de manteau de laine épais, lourd, ample, qui servait à l'occasion de couverture de lit. La cblaina était simple ou double, c'est-à-dire repliée sur ellemême et retenue par des agrafes. Le pharos s'en distinguait en ce qu'il était le vêtement des riches et le plus souvent teint en pourpre. Porté par les hommes comme par les femmes, il était chez celles-ci relevé par de larges et riches ceintures ^
En campagne les héros portaient sur les épaules et le dos des peaux de bêtes soit tannées, soit revêtues de leur fourrure. C'est ainsi que dans VIliade Ménélas et Paris sont représentés le dos couvert d'une vaste peau de panthère tachetée, Dolon d'une peau de loup, Agamemnon et Diomède d'une grande peau de lion fauve qui leur tombe jusqu'aux pieds 2,
Aulieu du pharos, les héroïnes d'Homère portentpardessus la chiton, le péplos, ample manteau à plis nombreux et larges, de fin tissu, et si long qu'il formait une traîne. Il était attaché à la poitrine par des broches et des agrafés. Teint le plus ordinairement en pourpre, il était orné de dessins soit tissés, soit brochés ^ représentant toutes sortes de sujets, même des scènes de bataille, comme celui que travaillait Hélène*. Comme ornements de toilette elles portaient sur leur chevelure, dont la beauté était célèbre, des bandeaux, des voiles, des couronnes; à leur cou des colliers et des broches, à leurs bras des anneaux et des bracelets, à
* ^aO^Ccovo;, xaXXtCcdvo;.
* J/., X, 29. itapÔaXcY) 7cotxî>T). 7d., 331. pivbv icoXioTo X^xoto. Id,, S3. daçotvbv âépv^sXéovT^; atBcovoç lUvtifXoio, ico&Qvexé;.'
3 icoix(X|jLatTa.
* JZ., XIX, iî5.
SÎTcXaxa icopf*jplr,v* icoXia; S'èvéïcaomv àlOXov;.
Le mot cuLicavffetv est le terme technique pour le travail de la brochure.
leurs oreilles des boucles en perles, le plus souvent à trois pendants*.
• Les figures secondaires ont seules le costume asiatique et phrygien,- que revêtent, comme il est naturel, Priam, Hector, Paris surtout dont les formes efféminées s'harmonisent avec la robe ample, flottante et traînante.
Parmi les héroïnes, Hélène et Hécube sont celles qui ont fourni le plus grand nombre de sujets à la plastique antique. Sur le visage d'Hécube, cette épouse et cette mère si malheureuse, on remarquait, dit-on, les sillons profonds creusés par ses larmes, et en même temps la violence des sentiments et des passions d'une âme haute et fière, courroucée contre l'injustice des dieux et révoltée contre les cruautés du sort 2.
La perte des œuvres de la plastique qui représentaient ces personnages et ces scènes avec tant de fidélité d'expression, est irréparable. On ne saurait compenser cette perte avec les fragments conservés, et profiter de ces restes pour illustrer cet ouvrage. Ce n'est pas, à mon sens, un dommage réel. L'illustration d'une œuvre poétique a peut-être plus d'inconvénients que d'avantages. Les arts ont des moyens, des effets et des fins qui leur sont propres , et qui ne sauraient ni s'amalgamer ni s'unir pour produire une impression unique. La beauté d'Hélène, d'Achille, telle que nous la peint Homère sera toujours différente de la représentation figurée qu'en donnera le plus grand artiste, toujours au-dessous de notre imagination, que le poète laisse libre et qu'enchaîne l'œuvre plastique.
Les héros grecs habitaient des palais qu'on peut
• Od., XVIII, 297. êppiaxa TpîyXiriva ixopôsvta.
« Ottf. Mûller, Archéolog. de VArt, t. II, p. 413.
LES HÉROS EN QÈNÉRAL At
reconstruire avec une exactitude assez approximative à l'aide des restes découverte dans des fouilles récen* tes * et des descriptions d'Homère des palais d'Ulysse et d'Alcinoûs.
Leur habitation se compose d'une vaste enceinte close de murs, suffisante à loger un personnel de cent à cent cinquante individus. Elle se divise en trois parties essentielles, liées les unes aux autres : la cour d'entrée à ciel ouvert; — la salle des hommes appelée Andronitis ou Mégaron; — la salle des femmes appelée Gynaeconitis ou Mégaron des femmes.
La cour d'entrée qui donnait sur la rue, chaude, claire, ensoleillée, s'appelait Aithousa ou Aithousa de VAuléy nom donné à l'ensemble de la cour et des bâtiments qui l'entouraient. On y accédait par un couloir couvert, un porche, fermé à ses deux extrémités par des portes cochères. Elle était entourée sur ses quatre côtés de corpsde bâtiments. Lobâtimentconstruitsurla rue contenait les remises des voitures etles écuries dont les murs étaient blanchis à la chaux et dont les portes semblent s'être ouvertes à droite et à gauche de la voûte d'entrée. Dans un espace réservé de cette course trouvaient les formes de fumier des étables sur lesquelles était couché le vieux chien Argus, le seul être de la maison d'Ulysse qui reconnaisse son maître après vingt ans d'absence, et qui meurt après l'avoir reconnu et caressé.
Les deux corps parallèles qui s'appuyaient perpendiculairement sur la façade contenaient des chambres ouvrant sur une portique ou colonnade qui régnait sur les quatre côtés et où l'on se mettait & l'ombre et au frais pendant les heures et les saisons chaudes. C'est
I Le Palais d4 Tyrinthe, Engelm., PI. 11.
At, LES HÉROS ET LES HÉROÏNES FHOMËRE
là qu'on dressait le lit des étrangers et des hôtes qui venaient visiter les maîtres. Il semble aussi que c'était là qu'était la chambre des fils adultes de la maison, comme Télémaque, qu'on éloignait ainsi de la salle des femmes. Cette vaste cour dont quelques parties paraissent avoir été ornée» de plantes et d'arbustes S servait également de lieu d'exercices et de jeux gymnastiques pour les jeunes gens.
Au milieu se trouvait l'autel de Jupiter protecteur du domicile privé et gardien de l'enceinte qui le limite et le constitue. Ainsi le Dieu protecteur de la propriété individuelle est le Dieu suprême, comme si les Grecs avaient voulu marquer que la propriété individuelle est caractéristique de la forme supérieure de la société. Dans une partie de cette enceinte qu'on ne peut déterminer s'élevait un petit édifice isolé, le Tholos, où l'on serrait chaque soir les tables à manger, les ustensiles de cuisine, les coupes et lés cratères apportés de la salle des hommes
La partie de la cour faisant pendant à la façade sur la rue s'appelait VAUhousa de la maison et la partie de la colonnade qui régnait devant ce corps de logis s'appelait le Prodomos, c'est-à-dire le portique placé devant la maison. C'est en effet derrière ce portique que commence la véritablehabitation, composée d'une grande salle de réception réservée aux hommes seuls, et où l'on accédait de YAulé par un couloir situé au milieu de la colonnade. Elle était couverte et six colonnes portaient les solives en long et en travers sur lesquelles s'appuyait la charpente du toit, au milieu duquel on laissait une ouverture pour laisser échapper la fumée du .foyer, les vapeurs des torches et les mauvaises odeurs.
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Au fond de la pièce était le foyer S qui servait en môme temps d'autel et où Ton brûlait les graisses et où Ton rôtissait les chairs des yictimes. Cette salle fumeuse et sombre^, car on ne connaissait pas Tusage des fenêtres, n'avait de jour que l'ouverture pratiquée au milieu du toit, et l'on devait en plein jour, pour l'éclairer, y allumer des torches et des bois de résine plantés sur des espèces de candélabres.
C'était auprès du foyer que se tenaient le maître et la maîtresse de la maison ; c'était là que l'étranger se présentait pour demander l'hospitalité. Derrière le foyer s'ouvrait un corridor fermé par une porte à double battant, et dont le seuil était de pierre ^ : il conduisait à la ssille commune des femmes, qui avait une sorte de premier étage. Les colonnes qui portaient la charpente très élevée servaient d'appui à une galerie qui courait à mihauteur tout autour de la salle et à laquelle on accédait par un haut escalier ^ placé dans un angle.
La salle du rez-de-chaussée, dont le sol était de terre battue et durcie, comme dans le Mégaron des hommes, servait d'atelier pour tous les travaux domestiques réservés aux femmes : le tissage, le filage, la broderie des étoffes précieuses. Elles étaient là sous l'œil de la maltresse et de l'intendante préposée. Les esclaves occupées à broyer le blé dans des moulins à bras remplissaient cette besogne laborieuse, bruyante et salissante, dans un hangar ou grange qu'on place dans la cour d'entrée et faisant pendant au Tholos. U semble que c'est autour ou au fond de la salle commune que se trou-
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' Ils étaient aussi de bois ou de bronze. Les portes étaient faites avec un grand art, iruxtvaî, icvxtvô); àpapvlai.
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U LES HÉROS BT LES HÉROÏNES D*HOMËRE
vaient les chambres soigneusement fermées ^ où couchaient les jeunes filles et les servantes de la maison, si toutefois leurs dortoirs sans doute communs pour les esclaves ne se trouvaient pas, comme la chambre de la maîtresse, à la galerie supérieure, à l'Hyperoon, où nous voyons Pénélope broder sa toile à l'aiguille, et où elle repose la nuit en l'absence de son mari.
Les murs de ces salles étaient revêtus de stylobates, de parements, de lambris en bois de chêne, frêne, cèdre, ou d*autres espèces d'essence odoriférante.
Les tons sévères du bois étaient diversifiés et égayés par des ornements métalliques, des plaques de cuivre ou d'or incrustées dans les revêtements. Les chapiteaux des colonnes, le haut des murs étaient décorés de carreaux de marbre rouge, vert, blanc, et formaient des dessins géométriques, surtout des spirales.
Comment ces hauts et vastes espaces couverts étaientils éclairés ? G*est ce que nous ignorons, à moins que ce ne fût par de petites ouvertures percées dans les murs 2, des œils-de-bœuf, prenant jour sur un couloir extérieur. Ce couloir appelé Lauré 3, partait de la salle des hommes qu'il longeait ainsi que la salle des femmes et courait entre les murs des bâtiments intérieurs et le grand mur d'enceinte. Il permettait d'arriver, sans être obligé de les traverser, dans l'arrière cour, où l'on pouvait d'ailleurs pénétrer en sortant de la salle des femmes, par un large corridor, à droite et à gauche duquel * se trouvaient deux grandes pièces, la chambre du trésor ^ et l'arsenal des armes, boucliers, lances, épées, casques, flèches et arcs,
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* 0Û8ÔÇ, plus tard appelé Orjcravpo;, mot qu'on ne trouve pas
LES HÉROS EN QËNÉRAL i5
Au milieu de la cour on place par une conjecture vraisemblable la chambre nuptiale de Pénélope et d'Ulysse, que ce dernier avait construite lui-même et dont la construction spéciale joue un rôle décisif dans la scène de la reconnaissance.
dans Homère. O05o; signifie fondement, socle, seuil : de là le lieu même où Ton entre par le seuil. Le Xatvo; o*jô6; de Delphes était un trésor que les maçons Minyens avaient construit en blocs de rochers énormes, tirés des carrières de Delphes : Hudot hi 7C£Tor,E<r(TY) (//., IX, M^i). C'est là qu'on conservait les lingots d'or, d'argent, de cuivre, les vases et les meubles riches, les bijoux et les armes précieuses, les étoffes brodées ou teintes, de grand prix, et peut être aussi les fruits, les vins, les huiles, les grains.