La Télégonie, continuation de VOdyssée
HÉLÈNE e?
par Pisistrate» l'un de ses fils. Télémaque accepte cette dernière proposition, et les deux jeunes gens partent pour ce voyage qui dure deux jours.
Le deuxième jour, malgré la vitesse des chevaux qui emportaient leur char à travers les immenses plaines couvertes de céréales qui séparent la Messénie de la Laconie, le soleil se couchait et les champs étaient déjà remplis d'ombres épaisses quand ils descendent les pentes à pic de la vallée profonde où est bâtie Lacédémone. Ils se rendent en toute hâte à la demeure de Ménélas qui, en honneur du double mariage de sa OUe Uermione et de son fils Mégapenthès' avait donné ce jour-là un grand banquet, accompagné comme toujours de danses et de chants. Ils s'arrêtent à la porte du vestibule du palais. Un serviteur qui les a aperçus va prévenir son maître de l'arrivée des deux étrangei:s. Sur l'ordre du roi, des serviteurs s'empressent autour d'eux; on détèle leurs chevaux, on remise leur char et on les introduit dans la grande salle de réception, dans le Mégaron des hommes dont la richesse et la splendeur les frappent d'étonnement et d'admiration. Après avoir pris le bain dans des baignoires de marbre poli, changé de vêtements et s'être parfumés, on les fait asseoir auprès du roi; ils se lavent les mains dans une aiguière d'or ciselée et d'un admirable travail, et on leur apporte une table richement servie : car le repas commun était presque terminé. Ménélas alors les salue de la main, et prenant ensuite la parole : Mangez et buvez, dit-il, et soyez les bienvenus. Quand votre faim sera apaisée,- vous nous direz qui vous êtes.
On sera certainement frappé de cette hospitalité si ouverte, si confiante et si généreuse, qui ne s'inquiète même pas du nom des hôtes qui arrivent, de leur pays, des raisons qui les amènent; c'est que l'hospitalité
dans cet état de civilisation où se placent les scènes de VIliade et de VOdysBéej a un caractère tout particulier. Ce n'est pas seulement une coutume traditionnelle, résultant du caractère aimable et ouvert de la nation et faisant partie de ses mœurs humaines et de ses vertus domestiques, c'est une loi divine, un devoir sacré, placés sous la protection des dieux et particulièrement de Jupiterhospitalier ^ Et si elle était ainsi considérée comme un devoir religieux, c'est qu'elle était fondée sur une nécessité sociale et que la société humaine est divine en son essence. Dans un pays où' les villes étaient clairsemées, où les routes non entretenues n'étaient tracées que par les pieds des hommes et des animaux, où l'industrie des hôteliers n'était pas née, où l'on ne pouvait emporter avec soi ni monnaie d'or ni d'argent pour se procurer un gîte et la nourriture, le besoin s'était fait sentir à tous de compter sur Thospitalité les uns des autres. Les voyageurs, comme Pisistrate et Télémaque, pouvaient bien emporter avec eux du vin, des viandes, du pain, des vêtements de rechange, mais pour un jour où deux à peine, vu l'exiguïté et l'insuffisance de leurs moyens de transport De là naquit ce respect religieux de l'hospitalité qui nous étonne, qui ne permet pas de la refuser et encore moins de la trahir. L'hôte est en quelque sorte un suppliant, et l'hôte comme le suppliant sont pour chacun de ceux qu'ils sollicitent comme un frère*. La fraternité humaine a des racines dans le cœur humain, mais pour devenir comme une loi inviolable, il faut qu'elle soit appuyée et favorisée par Tétat social. Pour avoir soutenu la cause de Paris, qui Tavait violée, la nation
* Zeù; ^ecvio;.
« Od., yill, 546.
àvTi xafftyviqTOU Çeîvo; o1x8TYj;xt.
Troyenne tout entière eut la réputation universelle d*être une race inhospitalière. C'était le crime odieux et inexpiable de lèse humanité. Ce n'est pas Tenlèvement d'Hélène ni même les serments prêtés à Tyndare par tous les prétendants à la main de sa fille qui expliquent que la Grèce entière, alors si complètement divisée en principautés isolées et royaumes indépendants» se soit liguée pour venger l'offense faite à Ménélas. C'est que la loi de l'hospitalité, c'est-à-dire le droit des gens le plus'sacré pour cet état de civilisation, a été méconnue. Ce n'est pas parce qu'il a enlevé une femme à son mari, qu'un cri unanime de vengeance et de colère s'est élevé contre le ravisseur : c'est parce qu'il a enlevé la femme de celui qui lui avait donné l'hospitalité. Un des fondements les plus assurés de la vie sociale était détruit : l'hôte ne pouvait plus compter sur son hôte, et alors c'en était fait de l'hospitalité même, qui cependant était une nécessité sociale et par suite devait être une obligation humaine universellement respectée et dont l'infraction devait être, par tous les intéressés, sévèrement châtiée. C'est par là que la loi morale trouve sa sanction dans le résultat dernier de la guerre de Troie. Nous verrons que c'est le héros que Jupiter semble avoir le plus chéri, dont le poète a fait l'idéal le plus pur. des plus pures vertus humaines, qui succombe et qu'avec lui succombe sa patrie. C'est que l'un et Tautre ont défendu l'injustice, et, pour le temps, la plus coupable et la plus dangereuse des injustices, puisqu'elle ruinait le fondement, la sûreté et la sécurité des relations humaines, la confiance des hommes dans les hommes. Dans la prière qu'il adresse à Jupiter afin de lui donner la victoire dans le combat singulier qui se prépare, Ménélas lui demande la force de tuer de ses mains Pa-
ris, afin que dans la postérité la plus reculée les hom-
mes soient détournés, par Teffroi du châtiment, de commettre le mal à l'égard de celui qui leur a témoigné son amour en leur donnant l'hospitalité ^
Après avoir salué ses hôtes, le roi de Sparte remarquant qu'ils contemplent avec une admiration étonnée les richesses etles splendeurs de son palais, l'argent, l'or, l'ivoire éclatant sur les revêtements en bois sculptés des parois des murs, les colon nés/ les lambris, les toitures, la magnificence des étoffes qui servent aux vêtements, richement teintes en pourpre, brodées, brochées d'or et d'argent, et les splendides tentures suspendues aux portes, leur en explique l'origine, et il nous révèle par son récit l'un des côtés les plus curie^ix de la vie grecque.
Après la prise de Troie, Agamemnon avait voulu rester encore quelque temps sur le terrain conquis pour offrir à Pallas une hécatombe ; Ménélas va rejoindre à Lesbos, Nestor, Diomède et les Thessaliens, dont le roi Achille est mort. Ils étaient déjà^ arrivés au cap Sunium, lorsque le pilote * de Ménélas meurt, et son chef veut s'arrêter pour lui rendre les honneurs funèbres^ tandis que les autres continuent leur route. Ce devoir rempli, le roi de Sparte remet 4 laj^oile, mais à la hauteur du cap Malée une tempête disperse ses vaisseaux.
Les uns font naufrage sur les roches de l'île de Crète : cinq seulement qu'il parvient à rallier échappent à la violence de la mer, mais sont emportés par les vents et les flots en Egypte. C'est là qu'il a gagné par toutes sortes de travaux, de courses lointaines et pénibles et
* IL, III. o^pOL Ti; eppsyrifft xai o'J'iyovwv àv6p(oica)v Çetvoâoxov xaxà pilon o xev çtXotYjTa 'KaLpOLvyri- « Od., III, 278.
au prix de mille périls ^ toutes les richesses qui font l'admiration 2 de ses hôtes encore inconnus. Le héros grec est en même temps un aventureux explorateur, un hardi corsaire et un habile et audacieux commerçant, pratiquantsans scrupule la traite, réchange, la piraterie, le pillage des côtes, et battant de ses navires toutes les côtes orientales de la Méditerranée, Chypre, la Phénicie, Sidon, le rivage de la Libye, et descendant jusque dans l'Ethiopie, t Mais pendant ces huit longues années de travail et d'épreuves, mon frère, ajoute Ménélas, tombait sous les coups perfides d'un assassin et par la complicité de sa femme adultère. Aussi je ne jouis pas d'un cœur satisfait de tous ces trésors et j'en aurais abandonné volontiers la meilleure part, si j'avais pu, à ce prix, sauver la vie de tant de braves qui sont morts làbas sur la terre étrangère, si surtout j'avais pu sauver la vie d'Ulysse, dontnous ne savons pas s'il est encore vivant ou si sa mort est pleurée par son vieux père Laèrte, sa fidèle Pénélope et son fils Télémaque qu'en partant il a laissé tout enfant dans sa maison ».
 ces paroles, Télémaque ne peut retenir des larmes qu'il essuie à la dérobée avec le pan de son manteau, mais qui n'ont pas échappé à son hôte et lui font pressentir quel est ce jeune étranger.
* Od., IV, 81. icoX).Qc ita6(i)v xa\ icoXX'èicaXtiOei;
/d., IV, 90, icoXvv pioTov auvayetpcov T)X(i){iV}v.
Jd., III, 301. Mol ttoXuv ^sotov xoci ^puffbv aYEipcov.
* La richesse et le luxe de la maison des Atrides étaient célèbres. 72., VII, 180, et XI, 46. icoXu^puffoto Muxiqvv};. Pausanias (II, 16, k et 5; IX, 88. 2) a vu sous les ruines d'Orchomène et de Mycène les chambres des trésors de Minyas et d'Atrée. Les fouilles récentes d'Ol ympie, de Mycène, de Troie, ont prouvé qu'il n'y avait là aucune exagération et que les Grecs de ces temps reculés non seulement possédaient en abondance les métaux précieux, aussi bien que le bois et la pierre, mais connaissaient les procédés techniques de les travailler avec un art qu'on admire encore aujourd'hui. L'industrie du tissage, de la teinture, de la tapisserie était très avancée.
C'est à ce moment que le poète fait apparaître Hélène : les années n'ont point altéré sa beauté * ; elle est encore belle comme Artémis, sœur d'Apollon, la déesse de la lumière calme, pure et douce, la déesse au fuseau d'or, au trône d'or, aux rênes d'or*. Peut-être cette compa- ' raison fait-elle allusion à la couleur de sa chevelure, quoiqu'Homère ne nous la désigne pas expressément comme blonde ^. La chevelure, la gorge, le teint, étaient les caractères de la beauté chez la femme grecque, telle au moins que nous la représente Homère, à une époque où le costume oriental, que les femmes portaient encore, ne permettaient pas de révéler la beauté des formes plastiques. Le goût de la parure, des riches vêtements, des diadèmes, des bracelets, des colliers, qui se montre chez les femmes d'Homère, ne ât place que peu à peu à la simplicité du grand art classique.
La présence d'Hélène dans le Mégaron des hommes où assistent un grand nombre d'invités, c'est au lende-
^ Hélène a passé 20 ans à Troie, et plus de sept ans dans les courses aventureuses avec son mari. Le moins qu'on puisse lui donner est donc 42 ans. Mais Hélène a une sorte de placidité qui explique qu'elle a pu conserver sa beauté : les passions n'ont pas été profondes; nous le voyons par toute son attitude; elles n'ont ni déchiré son àme ni ridé son. visage ni amaigri son corps, tandis que la plastique nous montre Hé^ube, la figure profondément ravagée par la douleur, la violence de ses haines autant que. par la vieillesse.
* Od,y IV. *AoTi(xifi» -/P^<^^^^^'^9 etxyîa.
//., VI, 205. ^puffr.vto; "ApTîpLt;. La lune, en effet, dans certaines nuits splendides, a des reflets d'or.
3 La chevelure était, chez les Grecs, considérée comme un des caractères de la beauté de l'homme comme de la femme. De là Tépithète de xapy;xo(jiôfi)VTc; donnée constamment aux Grecs en opposition aux barbares qui, comme les Thraces, au lieu de laisser tomber leurs cheveux en boucles flottantes sur leurs épaules, les relevaient et les attachaient en pointe sur le sommet de la tôte. //., IV, 530. 0pi^i'xe; xxp6xo(jLot.
Les héros grecs sont tous blonds : .Ménélas {//., IV, 183), Achille (id., I, 197), Ulysse (Od.,XIlI, 430), Rhadamanthe(0(i., VII, 323), Méléagre {IL, II, 642); Agamède (J7., XI, 740), Déméter. (IL, V, 500).
main des noces de sa fille, n'est pas de sa part un acte d'inconvenante hardiesse, et ce n'est pas seulement l'arrivée des deux jeunes étrangers qui l'explique. C'est une coutume, un privilège et presqu'un devoir de la maltresse de maison, de prendre part aux fêtes et aux banquets donnés par le chef de famille, bien qu'il n'y assiste que des hommes. Nous verrons Arété, la femme du roi des Pbéaciens, assise à côté de son mari dans le Mégaron, prendre sa part d'un grand festin, et y recevoir, auprès du foyer, l'humble supplication d'Ulysse. Dans une situation plus délicate encore, puisque d'après toutes les probabilités elle est déjà veuve et que du moins son mari est absent, la chaste Pénélope descend de sa chambre pour assister au repas des princes qui prétendent à sa main et va s'asseoir auprès de son fils, contre la porte de la grande salle, sur un siège à dossier* où elle file sa quenouille. Il n'est donc contraire à aucune des réserves imposées par les usages de son temps et de son pays, qu'Hélène se présente aux hommes invités par son mari pour participer aux fêtes du mariage de leur fille et vienne saluer les nouveaux hôtes, comme elle assistera au sacrifice qui accompagne leurs adieux ^ ; mais il est intéressant de remarquer la façon dont elle se présente et qui est caractéristique
On voit bien que c'est une femme habituée à être servie, entourée d'hommages et de soins empressés et adorée. La coquetterie de la femme et de la femme de grande race, riche et belle est un trait de son caractère et une faiblesse de son âme. Elle aime le luxe, l'or, les parfums, les vêtements riches, les tapis do laine épaisse et molle *.
» Od., XV, 123. 'Eki^n de icapttnaTo.
* Od,f IV, 124. xamQta... |&aXaxoO èploio.
74 LES HÉROS ET LES HËROlNES D^HOMËRE
L'appartement très hàat d'étage qu'elle quitte exhale un doux parfum, soit parce que le» poutres qui en forment le plafond richement sculpté et poli, sont de bois odorant, soit qu'on y brûle, comme en Orient, des plantes ou des graines aromatiques, soit encore que les tapisseries qui le décorent ou les étoffes conservées dans des coffres précieux soient imbibées d'essences ou d'eaux de senteur*.
Trois femmes s'empressent autour d'elle : l'une lui apporte une chaise de travail, d'un art exquis et sans bras, aân de permettre les mouvements des bras de la flleuse et de la tisseuse; l'autre un tapis de laine épaisse et molle, pour qu'elle puisse s'y asseoir doucement; la troisième une corbeille d'argent dont les bords sont entrelacés de fils d'or, et remplie de laine déjà filée : c'était un cadeau de son mari qui y avait ajouté une quenouille d'or, qu'on lui présente toute chargée de fine laine, teinte en violet. Enfin on place sous ses pieds un tabouret 3.
Tous ces détails révèlent sans doute des habitudes de luxe et d'élégance, mais en même temps un sentiment des devoirs laborieux de la maltresse de maison, qui a son côté moral. Hélène aime et pratique, comme toutes les femme grecques, le travail de la quenohille, du métier à tisser et à broder. Nous l'avons vue déjà dans le palais de Priam, dessiner de son aiguille ou plutôt peindre, comme disaient les anciens, les scènes guerrières qu'elle avait vues de ses yeux, sur une grande tapisserie à double face, tissée de ses mains ^. Une vieille femme, habile à travailler la laine, lui choisit
' Od.j IV, 121. 9sXa(ioto OucoSco; 0<];oo6ço(o. * Od,, IV, 121-137.
3 ScitXoxa, c'est-à-dire qu'elle était brodée des deux côtés : elle n'avait pas d'envers.
et lui prépare ses laines» et en raison de ces utiles et précieux services, elle lui garde un particulière affection ^ Cest elle qui de ses mains a fait un magnifique péplos qu'elle remet à Télémaque, afin qu'au jour de son mariage, il l'offre à sa jeune épouse pour qu'elle s'en pare comme un travail des mains et un témoignage d'affection et un souvenir d'Hélène ^.
 peine assise, et s'ad ressaut à son mari : c Savonsnous, dit-elle, quels sont ces étrangers qui désirent l'hospitalité de notre maison », et avec ce don d'intui-
« JZ., 111, 125, sqq.
« Od., XV, 156. pivr,|i'*EXévr)C xeipwv.
L'amour et le respect honoré du travail des mains est caractéristique des mœurs grecques et fait un contraste frappant avec la paresse voluptueuse des mœurs de TOrient. Pénélope n'est pas seule à être assidue à son métier (Od,, II, 9i). Andromaque comme Hélène (7Z., XXII, 440). ittov {!f aivt...
SinXaxa icopçupÉT^v, iv 5è Opova icoixiX 'eicao-cev.
6p6va ico:x'.).a signifie toutes sortes de fleurs.
Hésiode signale ce goût comme un trait de noblesse de la race; ce n'est pas le travail qui déshonore : c'est Toisiveté paresseuse qui est un déshonneur.
"Epya %7\ 'Hpiépat, V. 285.
epYovS*où$èv ovetSoç, otepYtY) ai t'ovsiSo;.
Et le devoir du travail n'est pas imposé seulement aux femmes de condition inférieure, mais même aux enfants de la race de Jupiter.
Hésiode (td., V, 214) ; epyaCej, népenj, Aîov ytvo;.
Athénée, qui décrit toute la scène de VOdyssée {Deipnos., Y, p. 191), observe qu'Homère semble avoir voulu, par ces détails, mettre en relief l'habileté des mains d'Hélène, xaX)tTe7rvtav, et qu'en même temps ce goût du travail domestique révèle en elle une sorte de sagesse pratique, Tr,v au>çpo<Tvvr,v. Le poète, dit-il, ne nous la montre jamais ni oisive ni orgueilleuse de sa beauté, mais toujours assise à son métier, tissant ou brodant, v^aévouoa xx\ icoixtXXou(Ta. Le Scholiaste (au v. 145 du IV« livre de VOdyssée), dit également : ù icotYjrr); hntpa'Ko\oytXxaLt *EXévY]; àet. Le mot XJVC01»;, qu'elle s'applique à elle-même (II,, 111, 180), n'a peut être pas le sens injurieux qu'on serait tenté de lui attribuer : le regard audacieux et effronté de la femme qui a perdu toute pudeur et ne connaît plus la honte. D'après quelques manuscrits qui donnent ( J/., VHI, 406 et 428) xjvc&ns; au lieu de yXocuxcoict;, Jupiter en qualifie Athéné, comme Junon, Artémis {IL, XXI, 481), r^Sov
tien et d'observation sagace propres à la femme, elle ajoute : Je serais bien trompée si je n'avais pas en ma présence le fils de ce magnanime Ulysse, qui, pour moi, malheureuse et coupable, quitta sa femme et son enfant et vint à Troie pour y supporter les périls et les maux d'une guerre longue et meurtrière.
Ces souvenirs douloureux attristent tous les cœurs ; Hélène, qui s'accuse d'être la cause de la mort de tant de héros, Télémaque qui ignore la destinée de son père, Ménélas, le fils de Nestor lui-même, fondent en larmes. Mais celui-ci après s'être fait connaître, lui et son compagnon de voyage, se lève et dit : c Et moi aussi comme vous j'ai bien des raisons de verser des pleurs. J'ai perdu là-bas un frère que vous avez dû connaître. Je le sais bien : c'est la consolation des morts que de recevoir des vivants qu'ils ont aimés ces témoignages de souvenir et d'amour. Je n'ai pas honte de pleurer. Mais est-ce le temps, pendant les fêtes d'un double mariage, pendant les jours d'un banquet d'hôtes et d'amis, de se livrer à cette effusion de gémissements et de jouir de cette amère douceur des regrets et des larmes ^ L'aurore va bientôt paraître et demain il sera temps de nous entretenir de ces souvenirs t. Tu as raison, répond Ménélas, et tu as parlé avec la sagesse de^on père. Qu'on verse de l'eau pure sur nos mains-, et recommençons
« Od , IV, 113 et 183. Tiitaov yôo:o. //., XXIII, 108. Le mot y^o; exprime les larmes mêmes. Euryclée (Od., IV, 758) apaise les douleurs de sa maîtresse et sèche les larmes de ses yeux : 9yéOe 8'offori yôoio. Id., IV, 801. yooiô te SaxpuoEvro;. Les émotions vives provoquent facilement chez les Grecs les larmes. Otf., XVI, 15. BotXspov oè fi\ tATctcri Sxxpu. Id,, XVI, !213. Télémaque embrasse son père en poussant des soupirs et dâxpux Xsi6a>v. Âristote {Poet., I, 11, i% observe qu'il y a dans les soupirs et les plaintes je ne saisquelle secrètejouissance :ev toî; itévèîm xa: ôpiQvoi; eryivcTaiTi; T.SovTq. Od., IV, lOi. yoo) 9péva tépito^iai, quoique rien ne sèche plus vite que les larmes : al^r,p<>c ok x6po; xpuspoio yôoto.
* Précaution nécessaire dans un temps où Ton ne connaissait Tusage ni des fourchettes ni des serviettes.
à vider nos coupes. A demain les choses sérieuses.
A ce moment et pour achever de dissiper la tristesse qui menaçait de s'emparer des convives, Hélène fait verser à la dérobée dans le vin des cratères une liqueur mystérieuse et puissante, le Népentbès, qui dissipe tous les maux et tous les chagrius, et dont le secret lui a été révélé par une femme d'Egypte de la race dePseon : car l'Egypte cultive toutes sortes de plantes dont le mélange produit une action bienfaisante ou* funeste^ sur le corps et sur l'âme. Bien qu'Homère ne nous laisse aucun doute sur la nature de cette liqueur, qui est réellement un breuvage *, dont Tefifet magique laisserait secs pendant tout un jour les yeux de celui qui aurait perdu ou son père ou sa mère ou son frère ou son fils, Hélène ne s'en contente pas : elle y joint le charme non moins puissant de sa parole, de sa bonté et de sa grâce qui ont aussi une vertu magique de consolation. Elle a connu les grandes tristesses de la vie, et elle connaît les baumes doux qui les apaisent : elle a des paroles de miel ^.
c( Vous tous ici, fils de héros, puisque Jupiter tout puissant distribue à son gré aux uns le bonheur, le malheur aux autres, — aujourd'hui livrez-vous, assis dans ce palais, aux joies de cette fête et laissez-vous aller à la douceur de vous entretenir les uns avec les autres*.
* Od.,IV, 220, sqq. Quelle est cette liqueur? Thémiste (Or., XVI} et Himérius {Or., XVil) y veulent voir la magie de la parole et de la bonté.
< Il ne faut pas penser à Teau-de-vie : Tart de distiller n'a été connu, d'après M. Berthelot, que sous les Ptolémée et encore très imparfaitement.
' JTZ., VI, 8i3. (luOoiffi... |U(Xtx(9t9iv.
* Od., IV, 239. ^Tot vOv 2aivucr6e...
Gomme tout cela est bien gr^c, Je diraispresque bien français... Taimable gaité d'un joyeux repas et Tintime et familière conversation avec des amis ramènent, pour quelques heures au moins, la sérénité dans TÀme et dans le cœur des plus affligés.
78 LES HÉROS ET LES HiROlNES D^HOMÈRE
Puisque nous possédons parmi nos hôtes son jeune fils, je veux vous parler d'Ulysse, non pas pour vous raconter tous ses exploits : je me bornerai à en rappeler un seuL Un jour , sous les habits d'un mendiant, le corps couvert de plaies, il osa pénétrer dans l'enceinte de la ville de ses mortels ennemis. Personne ne le reconnut : mais moi, je le devinai. Il chercha à nier ; mais après lui avoir fait prendre un bain et changer de vêtements, après lui avoir juré par le plus grand des serments que je garderais le secret de sa présence, il me confia le plan des Grecs, prit connaissance de tout ce qu'il voulait savoir et s'échappa la nuit en massacrant les Troyens endormis qu'il rencontra sur son passage. Tandis que leurs femmes poussaient des cris de douleur, j'étais, moi, au fond du cœur, heureuse. Car depuis longtemps ma pensée nourrissait l'espérance de revoir ma maison ; je maudissais la faute où m'avait entraînée Aphrodite, lorsqu'elle m'amena là, loin de ma patrie, me séparant de ma fille et du vaillant et noble héros, mon époux. »
Ces aveux presque publics ne peuvent manquer de faire sur le lecteur moderne une impression peu favorable au caractère d'Hélène, à plusieurs égards. Et d'abord recevoir Ulysse dans les murs de sa nouvelle patrie, l'aider à y reconnaître les endroits favorables à un assaut, se réjouir du massacre de ces Troyens dont les femmes vivent avec elle dans des relations plus ou moins intimes, tout cela ne fait pas honneur à sa loyauté, et, pour dire le mot» constitue une vraie trahison, une réelle perfidie. Il est vrai qu'au moment où cet événement se passe, Paris est mort, et Hélène a été donnée en mariage à Déïphobus autre fils de Priam. La femme grecque a un sentiment assez fier de sa dignité pour être déjà ofi^ensée de se voir ainsi passer, comme
une esclave, d'an lit dans un autre. Le dégoût que lui a inspiré la lâcheté de son mari s'ajoute à ce sentiment pour expliquer qu'elle désire la victoire des Grecs qu'elle souhaite comme une délivrance : mais ni l'un ni l'autre n'explique la déloyauté de sa conduite, si ce n*est peut-être qu'en agissant autrement, ce n'est pas les Troyens mais les Grecs ses compatriotes qu*elle aurait trahis ; c'est Ulysse qu'elle aurait livré à la fureur de ses ennemis, et qu'entre ces deux alternatives, elle a encore choisi la moins coupable ^
D'un autre côté, il nous semblerait que dans sa situation, elle aurait pu choisir un autre sujet d'entretien. La retraite et le silence lui étaient commandés. Nous ne sommes pas ici au tribunal de la pénitence qui Justifie celui qui s'accuse, et en s'accusant ainsi devant tout le monde, elle met son mari qui l'écoute dans une posture désagréable et pour nous ridicule. Il ne faut pas dire que la conscience grecque ne connaissait pas encore les scrupules délicats de l'honneur conjugal et du devoir sévère de la fidélité de la femme à son mari.
L'Odyissée est, dit-on, un hymne à la vertu des fem-
1 Chose singulière ! Ménélas fait honneur à Hélène d'un acte tout contraire. « Accompagnée de Déïphobe, tu vins, lui dit-il, visiter le cheval où nouF étions enfermés et cachés, et sur Tordre d'un Dieu, favorable aux Troyens, en faisant le tour de cette vaste machine, tu prononças les noms de nos plus braves héros, imitant la voix de leurs femmes, si bien que sans la prudence et la fermeté d'Ulysse, qui nous ferma la bouche, nous nous trahissions nous-mêmes et nous étions perdus ». Quel rôle joue donc ici Hélène? Quel Dieu lui inspire une nouvelle trahison, mais dans un sens contraire? En conversant avec Deïphobe, se laisse-t-elle entraîner à lui dire les noms des chefs les plut illustres, et, par moquerie ou plaisanterie, à imiter la voix de leurs femmes qui les appellent ? C'est Topinion d'Eustathe, mais qui constate que les anciens trouvaient le fait bien peu vraisemblable : aiTiûvTat ykp âXXu>; ot nocXatot tv^v tt)C Xaxopiaç dtdOtviv à«i- Oavov tifcovTt; f ivat. N'est-il pas plus simple de croire que c'est Deïphobe qui l'oblige à agir de la sorte, pour éprouver s'il n'y a pas là quelque ruse de guerre ?
mes, personniâée dans Pénélope. Mais il faut pour tant tenir compte de l'état des mœurs àl'égarddes femmes et de leur condition sociale dans cette antiquité reculée. Ménélas ne se montre ni offensé, ni gêné par les aveux d'Hélène. Les femmes se savaient toutes, comme elle, destinées à être la proie du plus fort ou du plus habile ou du plus riche. Elles sont souvent achetées. D'après une tradition, postérieure, il est vrai, aux poèmes d'Homère, Ulysse avait conquis sa femme à la suite d'une lutte à la course où il avait été victorieux. Pénélope est sans doute la plus fidèle des épouses ; mais elle est aussi la plus prudente des femmes. Elle aime son mari, mais elle le connaît bien aussi et sait qu'elle n'aurait rien à espérer de son implacable justice. Ses hésitations ne portent pas sur l'horreur de se donner à un second mari : elle n'écarte même jamais' absolument cette perspective ; elle l'ajourne, car elle n'a aucune raison pour hâter le dénouement. L'amour de son fils est pour beaucoup dans sa résistance, et le désir de lui conserver sa fortune et sa royauté.
Les femmes n'ont pas de scrupule à nourrir de leur lait les enfants que leurs maris ont eus d'autres femmes S et elles voient ces relations s'établir dans leur propre maison sans colère et sans jalousie. Le jour même où il marie Hermione, sa fille, IMénélas mariait en même temps un fils qu'il avait eu d'une esclave 2 : car les dieux avaient refusé à Hélène la joie d'être deux fois mère. r ' v
Pour juger Hélène, la grande pécheresse du monde
* Andromaque. Mais la femme de Laërte est moins résignée. Le père d'Ulysse n'a jamais osé entrer dans le lit d'Euryclée, par crainte des colères de sa femme. Od., I, 432. '^^oXov S'àXéeive Yuvaix6c* Au fond, et dans tout état de civilisation, on voit percer partout et toujours la vraie nature humaine.
* Od., IV, 11.
antique S comme les uns l'appellent, la madone de la beauté, disent les autres, il faudrait nous replacer exactement e,t complètement au point de vue moral des Grecs. Malgré tout, la femme était pour eux un être inférieur, et leurs philosophes ne la jugeaient pas autrement que leurs poètes. Il ne faut pas demander à des êtres que la société et eux-mêmes considèrent comme inférieurs, des vertus qui répondent à Tidéal moral de Thumanité. Ce que la Grèce, célèbre par la beauté de ses femmes, demandait à la femme, c'était la beauté, et dans Tesprit grec, la beauté, don divin, enveloppait l'idée d'une beauté morale , et sinon la pureté et la chasteté, du moins la noblesse et la hauteur des sentiments. L'identification alla jusqu'à diviniser la beauté.
Aux yeux d'Homère comme de tous les personnages qu'il met en scène et en relation avec elle, même aux yeux de celui qui aurait le plus de droits d'être sévère, Hélène n'a perdu aucun titre au respect. Bien plus, dans les prédictions que fait à Ménélas Protée, l'ancien de la mer, sur le rivage d'Egypte, il lui dit que si, après avoir joui du bonheur de rentrer dans sa patrie et dans sa maison avec ses compagnons de souffrance et de gloire, il lui est réservé le privilège d'aller vivre au delà de la vie présente, dans les Champs- Elysées, d'une félicité éternelle, il ne doit ce bonheur presque divin qu'au fait de posséder Hélène et d'être par là le gendre de Jupiter *. •^
Quoi qu'il en soit, s'il y a dans le caractère d'Hélène des traits qui abaissent pour nous sa beauté morale
< UsiegeliihSiCh, AtUhenrieth. Homer, Théologie^ 3« éd., VI, SiO, p. 3tC.
« Od., IV, 569, e.
89 LES HÉROS ET LES HÉROÏNES D'HOBiÈRE
et ne permettent pas de la comparer à Ândromaque et à Pénélope, ces types idéaux de Tamour conjugal, ses faiblesses ne font que mieux ressortir la profonde vérité du caractère.
Cest . bien là le type vrai de la femme que sa beauté même a perdue, mais qui rachète sa faute par la sincérité de ses'aveux^, et qui garde un fond de noblesse et d'élévation morale qui la purifie et à laquelle Hector, le type de la pureté, ne cesse de rendre hommage. Elle a d'Sïtfeurs des qualités qui la rendent sympathique ; elle est douce et tendre à tous ; c'est une maîtresse de maison vigilante et laborieuse, et nous savons quel prix les Grecs attachaient à cette vertu de la femme et de la mère de famille ^. C'est elle qui, après le repas et la fête, lorsque l'heure du sommeil est arrivée, veille au coucher de ses hôtes, fait préparer leurs lits sous le portique de la cour d'entrée ^ et les y fait conduire par des femmes qui les éclairent avec des torches Lorsque Télémaque, après avoir appris de Ménélas tout ce que Protée lui a fait connaître du sort d'Ulysse, retenu malgré lui par Calypso dans son lie, prend congé de ses hôtes, et reçoit ces cadeaux de l'hospitalité*, qui constituaient une sorte d'alliance, de contrat, de devoirs et de droits mutuels, c'est Hélène qui au moment des adieux, apportant au jeune héros \xh péplos magnifique**^
« i^., VI, 361;XX1V, 761.
* Théocrite la célèbre eDcore dans son épithalame d*Hélène» Jd., XVIII, 32.
outt Ti; ev TaXàpcd icaviaScTxi epY^ Totot^xa oijx*i\\ oaiâaXeu) iCDxivcutepov r,xpiov terrai xepxtoi TUtiTcXé^aca (iaxpûv txci{L*ix xsX'.ovtcdv.
3 Od., IV, 296. yirVi6o-j(ni.
« Od., XXIV. xoLi o\ 8ûp9( Tcopov ÇciviQïa oia tcdxci, que prescrivent le devoir et la coutume.
' Outre la chiton, vêtement commun aux hommes et aux femmes, sorte de chemise de laine chez les Doriens, de lin chez les
quelle avait tissé et brodé de ses mains, lui dit d'un ton de bonté maternelle et avec une grâce touchante : « Et moi aussi, mon cher enfant je veux te donner un souvenir d'Hélène : reçois ce péplos, ouvrage de mes mains ; donne-le à ta mère, et qu'elle le garde jusqu'au jourde ton mariage, eten pare ta femme.Puisses-turentrer heureusement dans ta patrie et dans ta maison! » Au moment du départ, lorsque les chevaux sont attelés et que les deux voyageurs montés dans leur char sont sur le point de sortir par le portique, au moment où Ménélas qui les a suivis leur offre la dernière coupe, afin qulls puissent faire la libation religieuse aux dieux pour qu'ils protègent leur voyage, un présage se préioniens, les femmes portaient par dessus une grande robe de fine laine, à longs plis flottants, que les riches laissaient tomber et traîner dans toute sa longueur (J^, III, Sâ8. xavOneicXo;... cXxsaticsnXo;), que les esclaves et même les femmes libres, de condition inférieure, quand elles travaillaient, relevaient et nouaient à la hauteur de la taille. Le pharos que portaient aussi les femmes, grand manteau à longs plis tombants, de laine fine et douce, we semble différer du péplos qu'en ce qu'il était plus richement broché, 7co:xt).o;. Pour empêcher qu'en s'ouvrant ce vêtement ample et lâche ne mit à nu les seins de la femme, des épingles et des agrafes, souvent en or, rattachaient sur l'épaule les bords antérieurs qu'ils croisaient sur la poitrine et la cou- * vraient complètement. Od., XVIII, 292. Dans ce passage, les xXr,idc; sont les anneaux, les portes, les icspôvai ou cvcTa: sont les crochets des agrafes. Ces broches étaient souvent de riches camées.
Ce vêtement laissait le genou nu :
J^n., I, 3^0. Nuda genu, nodoque sinus collecta fluentes.
Souvent une riche et large ceinture brochée d'or et d'argent soutenait les seins et serrait la taille au-dessus des hanches. De là les épithètes de paOuCcovo; et de xaXXîCcovoc données aux femmes. Peut-être aussi cette ceinture formait-elle une sorte de corset relevant les seins et faisant saillir la gorge. Le mot pM- Cù>vo; semble équivaloir à paOuxoXno;./^, XVIII, 122. TpcoVdî^wv xai Aap6atvt8»v px6vxôXictt>v. L'opulence de la gorge semble réclamer une ceinture plus haute et plus large. Tous ces vêtements étaient en général de fabrique phénicienne, de Tyr ou de Sidon, où l'art de teindre les étoffes, surtout en pourpre , était arrivé à une rare perfection.
84 LES nÉROS ET LÈS HÉROÏNES FHOMËRE
sente : un aigle volant vers la droite enlève du milieu de la cour une oie blanche, qu'il emporte dans ses serres en passant devant les chevaux. Au milieu des hésitations et du trouble que cet incident amène, Hélène s'avance : c Ecoutez-moi, dit-elle, je suis sûre de ce que les dieux veulent nous dire, et le présage qu'ils nous, donnent s'accomplira. Aussi certainement que cet Sigîe a ravi^sà proie, aussi certainement^. Ulysse, aprèçi. mille épreuves et mille courses lointaines, reviendra dans sa maison et dans sa patrie, tirera vengeance des outrages qui lui ont été faits . : peut* être même est-il déjà de retour et se prépare-t-ilà punir les insolents et violents prétendants qui poursuivent sa femme •. Cet he?re"ux pri^sa^e s'accomplira en effet et nous révèle un nouveau et dernier trait du caractère d'Hélène : non seulement elle est heureuse ; mai$ de même qu'elle a le don de communiquer la beauté, elle a le don plus divin encore de porter bonheur. Comme la beauté, le bonheur vient des dieux et est divin. Hélène est comme un bon ange.^-
Après ces adieux, les deux jeunes gens partent, traversent la ville et gagnent la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux.