‹ Les herpès génitauxChapitre 12 sur 21 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Une lésion superlicielle, circonscrite, de cinq à sept jours de durée, sans réaction générale, sans accidents consécutifs, voilà, à coup sûr, la plus légère des incommodités qu'on puisse découvrir dans le cadre nosologique. Aussi n'y a-t-il pas à s'étonner que sa bénignité l'ait pendant longtemps soustraite aux investigations des ailleurs, l'ail l'ail absolument passer sous silence clans nos traités classiques.

Mais celte lésion est venue à la suite d'une maladie vénérienne !... Mais cette lésion siège sur les organes génitaux!... Mais ses récidives se manifestent souvent après le coït... Après le coït avec une nouvelle connaissance, soit une inconnue, partant une suspecte... 11 n'en faut pas davantage pour effrayer nos malades. Et, avouons-le, leur erreur est assez excusable ; car bien souvent trois de ces caractères ont suffi aux auteurs les plus recommandables pour placer dans la classe des maladies vénériennes les lésions les plus innocentes. Qu'on lise plutôt l'histoire des végétations.

DES HERPÈS GÉNITAUX 2i.'i

Aussi le langage du médecin spécialiste est-il bien rarement celui du client. Rarement celui-ci se borne-t-il à dire, comme certain auteur moderne, dans son chapitre du pronostic : « L'herpès est un phénomène ennuyeux. » Bien rarement, malgré ses efforts, malgré la raison qu'il a pleinement de son côté, le praticien le plus convaincu, le plus patient, le plus persuasif, parvient-il à faire-partager sa sécurité au malheureux herpélifère : « Vous direz tout ce que vous voudrez, docteur, nous répondent-ils invariablement, mais je n'avais pas ces herpès avant mon chancre volant, avant d'avoir eu une maladie vénérienne ; et, maintenant, je ne puis plus voir de femme sans qu'ils reviennent; et, même ils reviennent périodiquement, sans cause, sans coït préalable, ce qui me montre bien, puisque auparavant je n'avais jamais rien de pareil, que ce sont des suites de ma première maladie, de laquelle évidemment je ne suis pas guéri! » — Aussi, même lorsqu'il a l'air de se rendre à nos démonstrations en règle, le plus intelligent des clients conserve-t-il toujours, à cet égard, une arrière-pensée syphiliphobique ; et tel homme qui accepte sans trop de souci des orgelets périodiques, une angine ou un érysipèle tous les trois ou quatre mois, un coryza, une diarrhée, des aphthes habituels, voit-il le calme de son existence empoisonné par une lésion beaucoup plus localisée, beaucoup plus passagère, plus facile à cacher, infi-

niment moins incommode en somme que celles que nous venons d'énutnérer. 11 est vrai, il faut en convenir, que ces démin es n'ont pas, ne sauraient avoir, ce dont l'herpès est pour lui l'image fidèle et sans cesse renaissante, l'aspect d'une maladie vénérienne non guérie, incurable, et grosse des ravages que son imagination lui grossit et lui montre certains. L'avenir n'apparaît dès lors plus à ses yeux que sous les plus sombres couleurs, les joies de la famille lui sont un remords, la paternité un crime. Il néglige ses affaires, fuit ses proches, compromet sa fortune pour suivre lestrailemenls dépuratifs les plus dispendieux, les plus étranges. . . et les plus inutiles. Pas un des remèdes qui encombrent la quatrième page des journaux, auquel il ne fasse appel. La résistance du mal aux spécifiques, qui devrait lui prouver sa nature non syphilitique, porte son désespoir au comble; et, comme l'innocente goutle militaire, l'herpès récidivant compte dans son hisloire plus d'un suicide !

Lorsque nous parlons des tortures morales dont l'herpès est la cause incessamment renaissante, lorsque nous insistons sur ce phénomène psychophysiologique intéressant à tant de points de vue, plus d'un lecteur sans doute nous accuse tout bas de vouloir forcer les traits du tableau.

Il n'en est rien : L'inquiétude maniaque des lier péliques génitaux, l'inconsciente persécution qu'ils

exercent envers leur médecin est malheureusement l'un des fails les plus authentiquement établis dans la chronique de nos cabinets de consultation. Il est, à Lyon même, un herpétopathe bien connu qui se chargerait à lui seul de nous exonérer du reproche d'exagérat ion. Spirituel, oisif, fort bien élevé, possédant Ses auteurs... médicaux surtout, il occupe littéralement, depuis vingt ans, tous les spécialistes d'une ville qui en compte tant et de tels. Sa soixantième attaque d'herpès le retrouve aussi émolionné, l'impressionne, le trouble, le boulverse tout autant que la première. A chacune de ces reprises, il se précipite chez le médecin, allant de l'un à l'autre pour pouvoir opposer l'un à l'autre, partout, payant bien, mais partout en prenant largement pour son argent; trop heureux quand il a pu, sur la figure d'un collègue lassé, surprendre l'expression d'un doute à l'égard de la nature de son accident présent et la permission de revenir le surlendemain pour ' lever ce cloute par un nouvel examen. Car ce qu'il ambitionne, le malheureux, ce n'est point l'assurance qu'il n'a rien. Allons donc! Chaque nouvel accès d'herpès, à ses yeux, est un chancre : et il faut le voir à l'œuvre, ce rude jouteur ! Si vous affirmez d'emblée qu'il se trompe, vous vous êtes, dit-il, prononcé sans examen suffisant, d'après une idée préconçue? — Demandez-vous, au contraire, le temps de réfléchir?., ah! c'est que, celte fois, il le voit bien,

vous n'êtes pas sûr de votre affaire! — Éternel et singulier débat où la défaite assurément est, au fond, ce qu'il souhaite par-dessus lout, mais défaite qu'il eniend bien no subir qu'après une discussion où il a maintenu son droit à la vérole, avec l'âpreté du lutteur qui combat pour sa propre existence.

A part ces exagérations déraisonnables, c'est, avouons-le, une assez désagréable infirmité que ces retours périodiques, incessants d'une fluxion qui vient mettre obstacle à la fonction qui ne s'accommode pas plus de la périodicité que des ajournements; et cela justement à l'âge où les stimulants à l'accomplissement de celte fonction sont les plus impérieux, où l'occasion d'y céder est encore moins facile à prévoir qu'à éviter.

Il faut aussi met Ire sur le compte de l'herpès les frayeurs trop souvent fondées qu'apporte chacune * de ses réapparitions. EneflV I :

Ainsi que nous l'avons déjà rappelé ; « Il est un âge, a dit Ricord, où l'on est presque toujours au lendemain ou au surlendemain d'un coït suspect. »

C'est dire que, dans cette situai ion, le jeune homme qui voit se développer une rougeur, une vésicule sur la région balano-préputiale, n'est jamais sûr — à moins que l'expérience ne l'ait rendu passé maître en fait de diagnostic prévisionnel; — n'est jamais bien sûr, disons-nous, que ce ne soil pas Là. le début d'une lésion plus sérieuse, d'un chan-

ère. De là des angoisses qui durent jusqu'à ce que le mal ait revêtu ses caractères tranchés, ou plutôl jusqu'à ce que le médecin soit à même de reconnaître ces caractères; ce qui n'est pas la même chose : car, en général, le malade qui voit apparaître, après un coït suspect, une lésion douteuse, n'a pas de plus grande hâte que d'y appuyer fortement le crayon de nitrate d'argent. Et alors, les effets de la cautérisation masquant la marche naturelle de la maladie, il en a pour huit jours tout au moins avant de savoir au juste quelle était la nature de celle-ci; huit jours de mortelles incertitudes, de transes que, en pareil cas, le coup d'œil du médecin le plus expert est inhabile à calmer avant que l'effet de la cautérisation se soit effacé.

L'importance du pronostic de l'herpès est, en réalité, dans ses incessantes récidives. Un fait que nous avons observé ces dernières années sera le plus éclatant témoignage du trouble moral profond qui peut •en résulter pour certains sujets.

11 y a trois ans nous vîmes pour la première fois un homme de trente ans parfaitement constitué, d'une santé générale excellente, mais sujet depuis quelque temps à des poussées d'herpès dont les apparitions aussi régulières que persistantes le plongeaient clans une sombre mélancolie. Il avait tout essayé, disait-il toujours, et sans aucun succès. Il suivait un régime rigoureux, s'abstenait absolu-

menl de rapports sexuels, et malgré les soins les plus attentifs, les plus méticuleux, l'herpès revenail toujours et toujours aussi ses préoccupations allaient s'accroissant. Il avait renoncé au mariage, persuadé qu'il contaminerait sa femme.

Indépendamment du traitement médical, nous employâmes toute notre logique renforcée de toute notre éloquence, à lui démontrer que son herpès n'était qu'une lésion sans gravité, sans importance, non contagieuse, sans relation aucune avec la syphilis que du reste il n'avait pas eue. Nous ajoutions d'ailleurs que le mariage, que des habitudes régulières, les rapports toujours avec la même femme, comme le prescrivent et la loi civile et l'hygiène antiherpélique, seraient un puissant auxiliaire pour sa guérison. Il nous écoutait avec attention, on aurai! pu le croire convaincu, c'est-à-dire guéri... mais deux ou trois jours après il revenait nous soumettre les mêmes scrupules, nous faire les mêmes objections qu'à sa précédente visite.

L'année suivante nous eûmes de nouveau occasion de revoir ce malade. Les conseils que nous lui avions donnés avaient cependant légèrement modifié son état moral; il était moins sombre, moins préoccupé. Il est vrai de dire aussi que sous l'influence du traitement suivi l'été précédent, les retours de l'herpès avaient été un peu moins fréquents.

Il nous raconta qu'il désirait se marier, qu'il avait

même depuis longtemps déjà une personne en vue, mais nous confessant que, pas plus celte fois-ci qu'auparavant, il ne s'y résoudrait : au fond, il avait toujours les mêmes craintes, les mêmes appréhensions, etc., etc.

Inutile de dire que nous leur opposâmes de nouveau nos arguments les plus pressants et nos instances les plus vives. Mais lui, «donnez-moi, conclut-il formellement, donnez-moi un certificat attestant que mon herpès génital n'est pas contagieux, d'origine syphilitique, et peut-être alors me déciderai-je à suivre vos conseils. 11 montrera au moins, le cas échéant, à qui de droit que, au moment de mon mariage, je n'étais porteur d'aucune lésion contagieuse. » Nous lui remîmes immédiatement, sans hésitation ni scrupules, ce témoignage de l'innocuité absolue de son herpès génital; mais malgré les termes catégoriquement affîrmatifs clans lesquels il était rédigé, notre herpétique ne fut rassuré qu'à moitié, car quelque temps après il adressa la même demande à un des plus distingués spécialistes de notre ville qui s'empressa comme nous de se rendre à ses désirs. Armé de ce double bouclier protecteur, notre malade s'est enfin décidé à se marier. Nous ne l'avons pas revu; aussi avons-nous tout lieu d'espérer que ses nuits mieux occupées, ne sont désormais plus hantées par le spectre d'une syphilis imaginaire.

En résumé donc, en tant que lésion locale, l'her-

pès des parties génitales n'entraîne, chez l'homme comme chez la femme, qu'un pronostic favorable, ses récidives sont également sans gravité.

tous ses inconvénients se rapportent aux inquiétudes exagérées qu'elle jette dans l'esprit du malade.

(1) Même sons ce rapport, donnons cependant mi bon point à l'herpès. Un honnête négociant se marie sur le tard. Il était sujet à l'herpès (ancien déjà, et dont, comme tel, les poussées étaient fort espacées), et en outre il avait eu une syphilis dont la date d'origine ('quatre ans auparavant) laissait encore la porte ouverte à plus d'une alarme légitime : les derniers accidents syphilitiques remontaient à dix-huit mois lorsqu'il se maria.

Très préoccupé de tout ce qui lui survenait à la peau, et redoutant toujours d'y reconnaître le caractère syphilitique, il vient un jour nous montrer une éruption du fourreau. C'était une attaque d'herpès progénital typique, que le prurit préalable a l'éruption caractérisait non moins indiscutablement que. l'aspect du groupe de vésicules.

Donc, nous rassurons complètement notre client, et lui affirmons que le contact de cette lésion ne peut donner, ni avoir donné du mal à sa femme.

Mais, en y réfléchissant, nous croyions pouvoir aller plus loin : « Qui a eu la syphilis, lui disons-nous, a toujours à caindresee retours; et vous savez que ces retours ont lieu le plus ordinairement sur la peau et les muqueuses, notamment celles de la bouche et desorganes génitaux. Et vous savez aussi que toute cause externe ou interne, d'excitation portée sur le tégument de ces régions peut devenir l'agent d'une nouvelle poussée syphilitique. Or l'herpès progénilal opère à ce titre comme toute autre cause irritante provocatrice. Si donc, cette puissante cause qui vient d'agir sur votre prépuce, n'y a déterminé, n'y a pu déterminer qu'une éruption de nature herpétique, et pas une lésion vénérienne, c'est pour vous une forte garantie que vous n'avez pas a appréhender le retour de la syphilis.

Nous ne donnons que pour ce qu'elle vaut cette propriété probatoire de l'herpès. Mais restreinte dans une certaine mesure, y croyons cependant, et ne devions par conséquent pas la passer sous silence.

ÉTIOLOGIE.

Nous l'avons déjà dit, mais il importe de le rappeler en tête de ce chapitre : L'herpès génital récidivant ne s'observe que chez des sujets qui antérieurement ont eu une lésion inflammatoire (chancrelle, chancre, blennorrhagie, etc.) sur le. tégument des organes génitaux. Et ce n'est, ce ne peut être que des accidents vénériens que nous entendons parler icf; car on ne voit jamais la petite poussée d'herpès survenir à 4a suite des autres maladies locales (végétations, eczéma, ulcérations par paraphimosis, etc.) dont la région génitale peut être atteinte; succéder aux maladies de cet ordre, aux maladies communes, avec la persistante régularité qui appartient à l'espèce morbide que nous décrivons ici, régularité qui est son traii caractéristique au point d'être un élément essentiel de sa définition.

Mais, d'autre part, qu'on le remarque bien, car ceci est capital, si ces poussées vésiculeuses, à re tours si réguliers, presque périodiqueSj étaient exclusivement dues à une chancrelle, à une blennorrhagie antérieures, on devrait les rencontrer chez tous les vénériens, — puis, chez tous les vénériens, dans toutes les régions.

Comme il n'en est point ainsi, ce double énoncé suivi de la double réponse négative que l'expérience nous autorise à lui faire catégoriquement, implique en principe une seconde réponse, double aussi, mais positive celle-là, et qui donne la clef de ce qu'il y a au premier abord de mystérieux dans la genèse de l'herpès.

« A accident vénérien égal (1), tous les vénériens n'en sont pas frappés » avons-nous dit. Donc il y a des sujets qui y sont prédisposés. Conséquence : cherchons quels sont les sujets, et définissons en quoi consiste leur prédisposition.

« A accident vénérien égal, toutes les régions n'en sont pas atteintes », avons-nous ajouté. Conséquence : cherchons quelles sont, quelle est la région prédisposée, et définissons en quoi consiste sa prédisposition.

(1) Nous croyons pouvoir appeler égales au point de vue des suites à prévoir, deux chancrelles, par exemple, qui ont évolué au même lieu, avec un rnèrne degré de phlegmasie arnbiaute, qui ont offert la même durée ; cette 'circonstauce d'ailleurs, pour la lésion dout il est ici question, pour la chancrelle, cette égalité se rencontre fort souvent dans la pratique.

De ces deux investigations clinico-doctrinales, qui nous portent directement au cœur du sujet, la première seule va, pour le moment, nous occuper.

Quelque fréquent que soit l'herpès génital, ce n'est cependant que chez un nombre relativement restreint de vénériens qu'on le voit apparaître; et ce l'ail d'observation nous dicte et nous impose celte conséquence, savoir : que d'autres conditions générales, tenant au malade lui-même, président à l'éclosion, à l'engendrement de cette petite dermatose, ainsi qu'à la ténacité périodique qui en est l'attribut, non moins désespérant qu'univoque. Ce sont ces causes qu'il nous faut maintenant préciser :

Le caractère particulier, spécial, tout à fait pathognomonique de la lésion herpétique, c'est la récidive, récidive opiniâtre et qui justifie si bien le qualificatif que nous avons choisi pour dénommer cette affection. Cette cause, ce n'est pas une vue doctrinale, toujours plus ou moins suspecte et discutable, c'est l'impartiale mais attentive et minutieuse étude des. malades qui va la mettre en pleine lumière et hors de contestation.

Nos herpétiques sont tous des arthritiques ou des descendants de goutteux ou de rhumatisans ; sujet ayant eu, ayant actuellement ou devant sous peu avoir d'autres manifestations soit arthropatiques générales, soit et surtout cutanées, toutes lésions révélatrices de la diathèsc don! nous parlons.

-Mais si dans la recherche qui va mettre au jour les antécédents du prévenu, il faut à l'enquêteur beaucoup de sincérité, il ne lui faut pas moins de cette finesse, de cet esprit de discernement quu La Bruyère met de pair avec l'or et les pierres précieuses. N'exagérons rien toutefois, car ce serait compromettre notre cause autant que trahir la vérité: ce qu'il faut avant tout ici, c'est l'habitude des malades. En face d'un sujet de cette catégorie à déshabiller, ne vous bornez pas, comme le font les novices, à lui demander « s'il n'a pas de démangeaisons, d'éruptions, etc.? » — « Non ! » vous répondra-t-il invariablement, \uus répondront-ils tous avec ensemble, à l'unisson. -Mais, sans vous laisser arrêter par cette dénégation, mettez-le sur la voie ; car pourquoi cet homme menl irait-il ? Il ne ment pas; il ignore. Recommencez donc d'abord l'interrogatoire en le détaillant par quelques questions topiques, ou plutôt topographiques saisissantes. « Voyons, mon ami, cherchons ensemble ; à l'anus?... entre les bourses et les cuisses? aux jarrets? sous les bras? des pellicules aux cheveux? quelques aphthes? des enrouements avec sécheresse du gosier ? durant les grandes chaleurs, des rougeurs aux plis des bras? » — N'obtenez- vous rien en scrutant ainsi? procédez à l'examen direcl . Faites quitter au malade ses vêlements et presque toujours vous trouverez quelques lésions de la peau

ou des vestiges incontestables d'éruptions antérieures. Aux réflexions que vous lui adresserez alors non sans quelque accent de reproche, le client vous répondra toujours que, à ses yeux, ces boutons, ce prurit, n'avaient aucune importance ; que du reste il les a toujours eus, avant tout accident vénérien, et que par conséquent il ne saurait y avoir de relation entre la lésion actuelle (1), l'herpès, et de petites manifestations cutanées telles que celles-là, aussi peu douloureuses que peu gênantes !

D'autrefois, néanmoins, il faut le reconnaître, l'examen le plus minutieux du tégument externe ne vous révèle rien ; mais transportez l'interrogatoire sur un autre terrain. Le client mis personnellement hors de cause, fouillez ses deux lignes paternelle, maternelle (2) et il vous sera facile de reconnaître que c'est bien un individu diathésé de par un arthritisme héréditaire, arthritisme défini bien en-

(1) Laquelle, puisqu'elle siège à la verge est, pour lui, de ce seul fait, une maladie vénérienne I

(2) Non moins jaloux d'ouvrir un bon avis aux praticiens que d'intéressants aperçus aux doctrinaires, nous devons mentionner un obstacle contre lequel on bute presque infailliblement dans cette recherche de la paternité de l'herpès. A peine avez-vous posé la question : o Votre père n'était-il pas sujet... » que le client vous coupant la parole : a Oh ! Monsieur, dit-il d'un accent presque indigné, mes parents avaient le sang très pur! » Ne vous laissez pas désarçonner par cet inopportun jet de piété filiale ; et, du ton le plus tranquille qu'il vous sera possible, demandez seulement à cet excellent fils, si, dans le cas où son père eût eu ce qu'il a lui-même, eu ce moment, sous son pantalon et sa chemise, un herpès génital, si, dis-je, il eût pu alors s'en apercevoir? et de quel droit par conséquent il vient aujourd'hui répondre comme il le fait de la santé de ses ascendants?

DlDAY ET DOYON.

tendu dans le sens restreint mais positif où on l'admet aujourd'hui.

Ne savons-nous pas, en effet, que l'arlhrilismc rend ses tributaires prédisposés à des manifestations morbides multiples de la peau? A la vérité les lésions ainsi produites n'ont peut-être pas des caractères objectifs tellement tranchés qu'on puisse à p?io?i, d'après leur seul aspect, déterminer la cause spéciale qui leur a donné naissance : mais l'étude du malade l'indiquera toujours. Ce n'est donc pas dans la lésion élémentaire que nous avons le plus souvent à chercher, que nous trouverons les bases étiologiques de notre herpès récidivant, mais bien dans l'état général de l'individu qui en est atteint.

Ainsi l'arlliritisme est l'une des conditions, une des conditions sine quà non, disons l'un des facteurs de l'herpès progénital. Mais ce n'est pas à dire pour cela que l'herpès progénital offre dans son évolution les caractères des dermatoses nées sous la seule influence de l'arlliritisme, des éruptions auxquelles Bazin a donné le nom d'arfhritides. ïl diffère, au contraire, de ces éruptions par un trait que nous devons dès à présent signaler, en attendant que nous en donnions l'explication.

Ce trait, qui à lui seul représente toute la pathognomonie de notre herpès, consiste dans la manière dont se font ses récidives.

Oue nous disent, en effet, les malades — et ils

insistent sur ce point — c'est que, quel que soit leur régime, leur genre de vie, leur hygiène, de quelques soins locaux qu'ils entourent la région exposée, quelque régularité qu'ils s'appliquent à mettre dans leur conduite, évitant de loin tout ce qui pourrait ressembler à un excès, l'herpès se reproduira constamment avec la même persistance, aux mômes échéances précises. Sobres ou non, ils auront toujours devant eux, entre deux accès, une accalmie complète, un intervalle de santé locale, lequel est en moyenne de deux à trois mois.

Or, dans les dermopathies vulgaires, arthritiques ou autres, rien de semblable : il est au. contraire de notion vulgaire que les changements de saison, les écarts de régime, les veilles prolongées, les excès alcooliques ou autres ont une action marquée sur révolution de la lésion cutanée. Tel ne peut manger de la charcuterie, du poisson de mer, etc., se permettre un petit verre, passer, prolonger une veillée au cercle ou au cotillon final, changer de régime ou de résidence, traverser le printemps ou la canicule, subir un peu longtemps ce qu'on appelle Xéchauffement du voyage, sans voir survenir une poussée d'eczéma.

Chez le sujet atteint d'herpès génital il n'en est jamais ainsi et c'est là un des caractères propres de cette affection. Quoique développée exclusivement chez des arthritiques ou chez des herpéto-

arthritiques, elle est soustraite — nous dirons bientôt pourquoi — aux influences diététiques ou hygiéniques qui opèrent avec tant de puissance, qu'on voit journellement réaliser leur effet pathogène dans les formes classiques des dermopathies d'ordre commun.

Toutefois si l'herpès préputial paraît résister aussi énergiquement aux sollicitations que les causes que nous venons d'énumérer exercent sur les dermatoses en général, cette résistance est moins prononcée quand il s'agit d'irritations purement locales et fonctionnelles, notamment le coït avec des femmes différentes. C'est du reste là un point sur lequel nous aurons à revenir tant à propos de la notion doctrinale de l'herpès qu'à l'occasion de son traitement ou plutôt de l'hygiène de Yherpétifere.

Page 1