‹ Les herpès génitauxChapitre 14 sur 21 · IV. Sacré · texte numérisé non relu

IV. Sacré

nerf honteux.

rameau hont. sup. dorsal du clitoris, rameau hont. inf. du périnée, rameau hémorrhoïdal inférieur.

« On a attaché beaucoup d'importance au fait que, chez l'homme, contrairement au zoster qui est unilatéral, cette éruption d'herpès est symétrique ou tout au moins traverse la ligne médiane.

« Mais ce fait ne nous surprendra pas si nous tenons compte de ce que les deux rameaux dorsaux du pénis sur le trajet desquels naissent les éruptions d'herpès, s'étendent presque à la ligne médiane du corps, et que les deux rameaux communiquent avec le sympathique sur le pénis.

« Chez la femme, l'union du corps étant incomplète dans la sphère génitale, le cas est différent. Mais, même alors, l'apparition de l'herpès est symétrique, quoique dans la grande majorité des cas il soit unilatéral, car l'éruption traverse la ligne médiane lorsque des organes comme le prépuce du clitoris , le périnée, la portion vaginale, etc. sont envahis, organes qui sont asymétriques. Dans le pli génilocrural et sur le mont de Vénus, je n'ai vu qu'une éruption unilatérale d'herpès représentant un zoster rudimentaire, de ttlle sorte que sous ce rapport l'herpès de la femme est un anneau qui relie l'herpès typique et le zoster.

« Greenough assure, comme Hebra, que l'herpès

progénital ne s'accompagne jamais de douleur, comme on l'observe dans le zoster. Selon Unna, c'est inexact. Chez l'homme comme chez la femme, non seulement la douleur accompagne le développement de l'exanthème (l'auteur ne dit pas toujours mais souvent), mais habituellement elle précède l'éruption d'un ou deux jours. lia très fréquemment observé l'herpès simple de la vulve avec douleur; dans l'herpès confluent (Bruneau), une douleur modérée est non seulement fréquente, mais des douleurs névralgiques sont la règle.

« Enfin le caractère circonscrit de l'herpès progénital et labial correspondant à l'aire de distribution d'un nerf terminal a été considéré par quelques auteurs comme spécial, parce que le zoster est d'ordinaire distribué sur le trajet entier d'un nerf. Ceci, toutefois, est le résultat d'une opinion fausse, exagérée parl'observation que le zoster graphiquement suit sur la peau la distribution d'un nerf. Même dans les cas où la distribution en aires est très considérable, cas dans lesquels des éruptions nombreùseset successives indiquent d'une manière grossière le trajet des nerfs, toute une série d'aires de la peau ne sont pas atteintes, quoique notoirement elles soient innervées par les mêmes nerfs cutanés. Les aires sensitives de la peau ne sont pas nettement définies, mais se confondent l'une dans l'autre par gradations imperceptibles; il en est de même de la distribution nerveuse

terminale, et jamais, pas même la plus petite aire nerveuse de la peau n'est totalement affectée, comme on le voit dans l'eczéma.

« Bien que le zoster suive, en général, le trajet de nerfs spinaux spéciaux, l'auteur a été plus impressionné par la limitation relative constante de l'exanthème. Il y aurait intérêt, dit-il, à rechercher si les troubles de la sensibilité sont communs à la distribution du nerf ou limités comme l'exanthème. La limitation du zoster à certains point de la distribution terminale des nerfs est sa marque caractéristique, et de ce point de vue, dit-il, j'appelerais l'herpès progénital une forme rudimentaire de zoster, dans le sens de v. Baerensprung.

« Naturellement, il faut qu'il y ait des conditions, ce qui est le cas avec les nerfs trijumeau et pelvien, qui favorisent le développement bilatéral et les récidives de l'herpès; et il semble tout à fait plausible d'admettre avec v. Baerensprung, que les ganglions périphériques subordonnés, qui envoient beaucoup de rameaux dans ces nerfs, représentent les foyers de ces éruptions d'herpès. Sous ce rapport, il serait important, dans l'avenir, de déterminer avec une grande exactitude statistique la période d'incubation de l'herpès progénital.

« Chez l'homme, l'intervalle de temps compris entre la cause (coït) de l'herpès et l'éruption pouvant être tout à fait déterminé, on peut en tirer une con-

clusion légitime sur la distance physiologique plus ou moins grande des ganglions envahis. (Par séparation physiologique, l'auteur comprend les intervalles plus ou moins nombreux de centres ganglionnaires sur le trajet d'un nerf).

« D'après son observation, l'éruption apparaîl surtout le second ou le troisième jour, et non le premierjour après le coït. Cliniquement, ajoute-t-il, rien ne témoigne aussi fortement pour démontrer l'implication ganglionnaire dans le zoster et l'herpès progénital, que l'éruption ultérieure de l'exanthème et la période d'incubation, la cause excitante ayant nécessairement à surmonter plusieurs obstacles pour produire le résultat. Chez l'homme, on rencontre d'ordinaire l'herpès progénital sur le trajet du rameau dorsal du pénis, qui est en connection avec le sympathique, et la large veine dorsale étant, suivant Iienle, presque le seul conduit circulatoire afférent durant l'érection pénienne (les veines profondes du pénis se trouvant comprimées par les muscles profonds inférieurs du périnée), on peut expliquer la pathogénèse de l'herpès progénital, d'une manière analogue à celle dont Gerhardt a démontré la probabilité pour l'herpès labial fébrile, à savoir, la compression des nerfs. »

Ainsi présentée, ainsi développée, cette thèse mérite un examen sérieux.

Que l'innervation, ainsi que le fait la circulation,

l'absorption, l'oxydation, etc., subisse un changement, devienne anormale, durantle coursd'une lésion quelconque, de la peau ainsi que de celle de tout autre tissu, c'est là un fait qui ne vaut pas la peine d'être affirmé, nul ne songeant à le nier.

Mais par cela seul que l'un de ces actes intimes de la nutrition élémentaire a éprouvé quelque altération durant une maladie, cette altération — celle de l'innervation par exemple — doit-elle être élevée au rang de facteur primordial, de cause de la maladie...? La théorie nerveuse de l'herpès progénital paraît incliner vers cette confusion, et ce qu'il importe de lui dire, c'est que si elle ne fait qu'y incliner, c'est faute de preuves positives qui lui permettent de professer catégoriquement sa foi.

Pour le zona,, cette preuve est faite. (Voyez plus haut, p. 90, les autopsies de sujets atteints de cette affection, dues à Danielssen, à v. Recklinghausen, à Charcot et Cottard, à Wysse, autopsies où son mentionnées et décrites les altérations des cordons et des ganglions nerveux, reconnues par ces éminents observateurs.)

C'est sur de tels titres que le zona se réclame d'une origine nerveuse; et signés, contresignés de tels noms, ses papiers sont absolument en règle. Mais en est-il ainsi de l'herpès?

Pour en juger, examinons d'abord Y herpès génitonévralgique, variété que d'après ses symptômes nous

avons, d'accord en cela avec son savant monographe, cru devoir rattacher au zona bien plus qu'à l'herpès progénital.

Or, pour cette variété même, du moins dans ses formes typiques, pour l'herpès génital névralgique, qui est justement regardé comme une forme du zona, où sont les preuves de son origine nerveuse?... Nous voyons bien M. Mauriac après avoir accumulé pour le zona, les données anatomo-pathologiques précises, énumérées ci-dessus, se demander : « Pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'herpès des organes génitaux? » Mais il a dû laisser sa question sans autre réponse que cette conclusion sur la cause de l'herpès, énoncée quelques pages plus loin par le consciencieux observateur lui-même. « Pour qu'il ne restât aucun doute dans l'esprit, il faudrait prouver par des autopsies que de pareilles altérations nerveuses existent bien réellement ! »

Louons sans restriction cette sage réserve; mais en attendant que ce juste desideratum ait reçu satisfaction, et, réduits à contrôler ce qui n'est que raisonnements, par de simples conjectures, voici, en ce genre, ce qui nous paraît le plus vraisemblable.

En l'absence d'autopsies, c'est d'après la similitude de ses symptômes avec ceux du zona qu'on a rapproché avec raison ï herpès névralgique du zona.

Eh bien! c'est d'après la différence des symptômes de l'herpès progénital avec ceux du zona que, au

même titre, nous nous croyons autorisés, nous, non pas à nier toute participation du système nerveux dans la production de cet herpès, mais à clouter que son origine soit exclusivement dans une lésion nerveuse.

Pour justifier notre opinion sur ce point, il est logique d'apprécier l°les motifs, 2<> les faits qui tendraient à l'infirmer. Aussi, désireux de savoir à quoi nous en tenir sur la valeur de ceux invoqués par Unna, avons-nous, — quant aux motifs, — demandé à une autorité tout particulièrement accréditée en cette matière, à M. le professeur Pierret, de nous donner son avis sur la théorie ci-dessus énoncée de Unna, et voici sa réponse.

« Il est fort possible que les nerfs périphériques soient lésés au niveau d'une plaque d'herpès, puisqu'on trouve ces lésions à peu près dans toutes les affections de la peau; mais cette irritation ou cette inflammation, à supposer qu'on en démontrât l'existence, pourrait être ou purement locale ou consécutive, à une irritation des ganglions sympathiques périphériques ou des ganglions spinaux, ou même des ganglions sympathiques intramédullaires.

« Comment d'ailleurs, expliquer de cette manière l'origine d'un herpès, alors qu'il survient sans être précédé de coït? A quel ganglion, auquel des ganglions précités s'adresser pour trouver la lésion ré-

putée originelle, causale, et quelle peut êlre la nature de cette lésion?

« D'autre part, la compression des nerfs ou des ganglions par la distension des veines profondes du pénis> même avec l'aide des muscles profonds du périnée, est aussi une simple hypothèse. L'intervention de ce phénomène ne pourrait s'exercer efficacement que chez des sujets absolument prédisposés; sans cela pourquoi, cette cause étant donnée, ne verrait-on pas l'herpès progénital survenir chez tous les individus qui se trouvent dans les conditions ci-dessus spécifiées, c'est-à-dire sous l'influence d'un état que tout le monde s'accorde à considérer comme bien plutôt physiologique que pathologique » et dont les conséquences usuelles, ajouterons-nous, passent pour pousser à toute autre génération qu'à celle d'unherpès?

Passons maintenant aux faits qu'Unna considère comme établissant l'origine nerveuse de l'herpès progénilal.

Mettant d'abord en avant, dans ce but, les observations d'herpès féminin, de Bruneau, Unna leur assigne comme signification pathogénique, une place fort modeste, mais que nous ne pouvons pas même leur laisser. Ces herpès, dit-il, sont « en partie analogues à l'herpès névralgique de Mauriac, et en partie auzoster vrai. » Puis, supprimant habilement le chaînon Mauriac, « ils sont, conclut-il, le point de

raccordement entre l'herpès progénital et le zoster génital ».

Mais entre le zoster génital et l'herpès de Bruneau, il y a symptomatologiquement une différence tranchée. Au lieu de s'en rapporter à des noms, que celui qui voudra juger ce débat relise les observations précédemment citées et il verra :

Que dans les cas de Mauriac tout, tout absolument, consiste dans des malaises nerveux, névralgiformes ;

Que, au contraire, chez les malades de Bruneau, il s'y joint de véritables phénomènes inflammatoires, un mouvement fébrile, température parfois au-dessus de 39», métro-péritonite. — Et quant aux troubles dits névralgiques, dans les cas de Bruneau non seulement leur apparition n'a rien que de semblable à ceux qu'engendre sympathiquement toute fluxion inflammatoire quelque peu intense envahissant l'appareil génital féminin ; mais encore quelques-uns de ces troubles, contrairement aux cas de Mauriac, où tout se passe à la peau, siègent sur des organes profonds (ovaire, rectum, vessie, reins).

Enfin, ils ne se manifestent point sous forme de crises, ainsi que chez les malades de Mauriac, mais en général, affectent le type continu.

Nous avons dû insister sur l'examen de cet argument, d'autant plus délicat à apprécier, répétons-le, que Unna en a usé avec une discrétion fort louable en principe, mais pour ses contradicteurs, quelque

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peu embarrassante. —Quant aux deux points de fait qui nous séparent de lui sur le lorrain de l'herpès progénilal, nous serons plus brefs, pouvant être plus explicites.

Quoi qu'on en dise, la douleur de l'herpès progénital vrai n a rien de paroxystique, rien qui rappelle les douleurs, les crises insupportables du zona. Ce symptôme est si peu pénible, que bien souvent les malades ne nous en parlent pas d'eux-mêmes; qu'ils ne le mentionnent qu'en repondant aux questions pressantes que nous leur adressons afin de compléter notre diagnostic. A part les syphiliphobes, ce symptôme n'a place ni dans leur déposition, ni dans leurs souvenirs. Appelez-le chatouillement prémonitoire, vous lui accorderez tout ce qu'il mérite. Donc, rien de commun sous ce rapport entre le zona et notre herpès.

Quant a la période d'incubation qui sépare la date du coït d'avec l'apparition de l'herpès (démonstration selon Unna, de l'implication ganglionnaire existant dans l'herpès progénital) ce pourra être là, nousl'accordons,unsujel très intéressant pour l'étude qu'Unna projette ; mais quel que doive être le résultat de cette étude, il n'y a rien à en attendre pour le but que la théorie nerveuse se propose. Pour que l'intervalle observé entre le coït et l'herpès prouve que l'herpès dépend d'une excitation nerveuse, il faut, n'est-il pas vrai, qu'il y ait eu coït? Or, soit la pre-

mière éclosion, soit les 'récidives de l'herpès progénital ont très souvent lieu deux ou trois mois, parfois bien plus longtemps, après tout coït. Parmi ceux qui appartiennent à une certaine classe sociale, la plupart de nos progénilaux, soucieux avant tout, en vrais hypochondriaques qu'ils sont, d'éliminer l'inconnue, se condamnent, — et sans effort, tant le désespoir leur enlève tout autre désir — à la continence la plus absolue. Par calcul autant que par horreur, ils fuient non seulement tout rapprochement sexuel, mais encore tout ce qui, du plus loin possible, physiquement ou moralement, serait capable de leur causer, sous ce rapport, la moindre agitation sensuelle... Et pourtant chez eux, l'herpès reparaît à son heure !

Les causes multiples et combinées de l'herpès.

Le rôle du système nerveux dans la genèse de l'herpès progénital étant réduit à sa juste valeur, cherchons à en déterminer la cause, ou pour mieux dire les causes. Et pour cela, résumons d'abord en deux mots, ce qui, sous ce rapport, résulte de l'étude faite dans les chapitres précédents.

Cette étude nous révèle ces trois faits constants et constatés:

Que notre herpès n'apparaît qu'à la suite de certains antécédents pathologiques ;

Que, parmi les sujets ayant ces antécédents, il n'atteint que ceux qui sont dans un certain étal diathésique ;

Enfin, que chez les sujets offrant et ces antécédents et ces conditions diathésiques, il ne survient que dans une certaine région.

Eh bien, quels sont ces antécédents? Les trois maladies vénériennes locales.

Quelle est cette diathèse? L'arthritisme. Quelle est celte région? La génitale.

Quod est demonstrandum.

Pour chacun des trois facteurs herpétogénésiques qui viennent d'être désignés, nous avons une double lâche à remplir :

Montrer d'abord comment il est armé pour agir. Puis, montrer comment il agit (c'est-à-dire quel rôle il joue, quelle part il prend dans la formation de l'herpès).

Commençons par le commencement.

§ 1 . L'accident vénérien antérieur.

Nous avons assez complètement prouvé ci-dessus que l'accident vénérien est l'antécédent obligé de l'herpès pour n'avoir pas à y revenir en ce moment. Quant à son mode d'action, il sera déterminé plus loin dans une étude générale du mécanisme de production de l'herpès progénital.

§ 2. L'arthritisme.

On le trouve présent ou représenté par traces ou

documents héréditaires, chez tous les porteurs d'herpès.

Mais, pour le prouver, n'arguons pas de petits faits particuliers, toujours discutables; ne nous attardons pas à utiliser des aveux plus ou moins explicites, à épiloguer sur ce que signifie, ou ne signifie pas, ou peut signifier, en matière de fine étiologie dermatologique plus ou moins désintéressée, lel eczéma sec, telsycosis simple, tel psoriasis discret... Faisons mieux, consultons les grandes lignes de l'histoire.

Deux événements, deux révolutions contemporaines attestent le lien qui unit cette dialhèse à la production des dermatoses.

A. — Bazin a créé, avait pu faire accepter les arthriiides, soit une classe entière d'éruptions, procédant de l'arthritisme au même titre que les syphilides procèdent de la syphilis.

B. — L'arthritisme et l'herpétisme, qui, dans les anciennesnosographies, constituaient deux dialhèses distinctes, ont, et de l'aveu de tous les pathologistes, scellé leur alliance, ne formant plus qu'une famille; si bien qu'on ne peut plus demander, dans le style de jadis, si « l'arthritisme favorise le développement de certaines dermatoses? » Favoriser! Allez donc demander à un père s'il n'a fait que favoriser le développement de son fils !

Ainsi, de même qu'un bon mariage met d'accord

des parents divisés jusque-là, ainsi cesse le malentendu qui séparait M. Doyon de M. Mauriac quant aux antécédents diathésiques de l'herpès. Discuter si cet antécédent est plus souvent dartre que rhumatisme, serait pure logomachie, du moment que ce n'est plus un simple artifice de nomenclature mais une conception plus positive, et seule juste, qui a fondu dans un même nom, comme ils le sont dans le même vice de nutrition qui les engendre, dartre et rhumatisme.

Poursuivons. Avoir établi qu'une éruption cutanée procède de l'arthritisme aussi directement qu'en procède l'attaque caractéristique de rhumatisme articulaire aigu, c'est beaucoup, ce n'est pas assez pourtant. Il ne s'agit pas seulement de prouver que l'arthritisme produit telle ou telle dermatose : il faut prouver qu'il est nécessaire à la produclion de notre herpès progénital.

Ceci peut paraître plus difficile.

C'est à quoi cependant va suffire, ce nous semble, la considération suivante, que, pour préciser autant que pour abréger, nous présentons sous la forme rigoureuse du syllogisme :

Une maladie étant donnée, les eaux minérales n'agissent pour la guérir qu'en influençant l'état constitutionnel, le tempérament morbide, qui la tient sous sa dépendance ;

Or, l'existence de symptômes d'arthritisme chez

tous les porteurs d'herpès progénital fait, voir clairement que, qunul à l'herpès, cet état constitutionnel n'est, ne saurai! être autre que larthritisme.

Donc, s'il existe une médication thermale qui soit le spécifique de l'herpès progénital, elle prouve, par cela même qu'elle la guérit, la nature arthritique de cette maladie.

Disons seulement ici que ce groupe d'eaux minérales existe : ce sont les eaux sulfureuses et surtouts les eaux chlorurées sodiques sulfureuses desquelles le I vpe est bien connu.

§ 3. Le terrain génital.

Nous voici maintenant à l'entrée de notre domaine spécial. Mais avant d'y pénétrer, une explication qu'on attendait sans doute, est nécessaire : en franc slratégiste, il est temps de démasquer nos batteries.

Nos bactéridies, devons-nous plutôt écrire; car c'est bien par un parasite, non par une dermatose vulgaire, que, selon nous, l'herpès progénital est constitué. C'est à un parasite que s'applique tout ce qui a été dit et tout ce qui va être dit sur ses origines.

Mais pour établir, telle que nous la pouvons faire, la démonstration de cette nature parasitaire, il nous faut, suivant un chemin qui paraîtra un détour mais qui en réalité est le seul direct, étudier d'abord la question du mécanisme intime des récidives de l'herpès.

Etude pathogénique des récidives de F herpès.

Or, que faut-il entendre par récidive?... Il y a ici à distinguer. Toute poussée itérative d'éruption vésiculeuse ne mérite pas ce nom. S'il en était ainsi, le zona, par exemple, serait une affecLion à récidives; car il est bien rare que les groupes éruptifs qui composent la ceinture, éclosenttous simultanément; un laps de temps parfois assez long sépare leur apparition. — On a vu plus haut des cas de cette évolution bien tranchés et très exactement constatés, quant à leurs dates précises, dans les relations & herpès névralgique de Mauriac, — L'herpès irritatif, le diphtéroïde, le menstruel5 le vénérien lui-même, comprennent assez souvent, dans chaque attaque, soit deux, soit plusieurs éruptions successives.

Sont-ce donc là de véritables récidives? Non, et le clinicien ne s'y trompe pas : un coup d'œil, un instant de réflexion lui apprend si, clans l'éruption soumise à son examen, il s'agit soit d'une poussée qui se complète en plusieurs fois, soit d'une poussée distincte. Mais, pour le lecteur moins versé dans de telles explorations, il peut être utile de marquer sur quels caractères cette différenciation repose.

Formulant explicitement ce qui résulte de notre expérience, disons donc qu'on ne reconnaît qu'il y a récidive, c'est-à-dire nouvel effort, nouvelle mise en action du principe herpétigène, que lorsque la ou les éruptions qui avaient constitué la poussée pré-

cédente étaient éteintes depuis un certain temps. Et nous précisons : loque ce laps de temps doit, au minimum, être égal àla durée qu'avait eue la poussée entière; 2° que pendant ce temps, durant cet intervalle, la région affectée doit avoir été dans un état absolument normal, c'est-à-dire sans aucune lésion apparente, ainsi qu'exempte de tout trouble nerveux.

La récidive étant ainsi bien définie, une remarque générale, une loi si l'on veut, surgit d'elle-même : Dans le cadre bien rempli des diverses affections herpétiques que nous avons passées en revue, il existe, sous ce rapport, une différence frappante entre elles : plus la maladie a d'intensité (soit comme lésions locales, soit comme réaction générale), plus les récidives y seront rares, et réciproquement. — Ainsi le zona — qui, sous le rapport delà gravité, tient bien la tête de ligne, possède l'unicité, attribut des fièvres éruptives, de la syphilis. — Dans un ordre de lésions analogues, les éruptions pemphigineuses, affection générale impliquant un état morbide constitutionnel, ne se montrent, ordinairement qu'une fois. — Même observation a été faite et formulée par M. Bruneau. C'est dans les cas de sa forme discrète, et seulement dans ces cas, qu'il a noté la tendance à récidiver.

Mais par contre, descendons-nous aux types dont la faible intensité locale, dont le défaut absolu de réaction générale est l'un des caractères? Tci récidi-

~o[) DES HERPÈS GÉNITAUX

vité est la règle. Pour l'éruption à laquelle M. Doyon a attaché son nom, les mots herpès vénérien et herpès récidivant sont identiques, ont la même valeur clans le langage médical. Enfin, quant à l'insignifiant bobo dénommé herpès menstruel, ce n'est pas moins de douze ou treize fois par an qu'il reparait chez les sujets que leurs antécédents, que leur constitution en rendent tributaires.

Insistons sur un point significatif. Dans le dernier exemple cité, dans l'herpès menstruel, la périodicité des récidives se comprend ; elle s'impose au même

titre que la qualité de la cause impose celle de l'effet:

flux sanguin fonctionnel tous les mois, herpès tous les mois, cela va de soi ; il serait étrange qu'il en fût autrement.

Oui; mais dans l'herpès progénital vénérien, pourquoi celle même périodicité? Pourquoi, régulièrement, tous les deux mois environ — sauf les influences accidentelles qui parfois introduisent comme de force une poussée intercurrente — voit-on survenir à sa date, à son heure en quelque sorte, la petite éruption caractéristique, sans que, chez la plupart des sujets, rien en ail fait prévoir, rien en puisse expliquer le retour ?

Ce dernier point a pu être constaté rigoureusement, car l'herpétique progénital est ordinairement en proie à une préoccupation semi-maniaque, qui le rend un précieux sujet d'observation. Beaucoup

d'entre eux, appréhendant par-dessus tout le retour de l'éruption, pensent la prévenir en s'astreignant au régime le plus sévère. Sobres, tempérants, casaniers, continents par-dessus tout, ils évitent avec une sévérité envers eux-mêmes dont le syphiliphobe seul est également capable (et on ne serait que juste en les baptisant tous deux du nom générique de génitophiles, approprié à la cause primordiale de leurs terreurs), tout ce qui, sous le rapport du régime alimentaire, des fatigues, des émotions et des actes sexuels, leur paraît devoir agir comme cause prédisposante... Et cependant, à la date échue, le prurit se fait sentir et l'éruption éclate. Pourquoi?

Comme tout ce qui touche aux actes de pathogénie générale, cette question du pourquoi des récidives offre une difficulté en rapport égal avec son importance. Pour quelques auteurs, nous le savons, elle serait des plus simples. Voici, entre autres, comment la traite et la résout, en quinze lignes, l'un de nos plus compétents spécialistes. Après avoir signalé la grande tendance que présente l'herpès à la récidive : « Comment pourrait-il en être autrement? poursuit-il. Est-ce que les causes constitutionnelles qui le produisent s'éteignent du jour au lendemain? Est-ce qu'elles ne font pas, au contraire, partie intégrante de l'organisme, à l'état d'activité ou de latence? Ne sont-elles pas toujours prêtes à entrer en jeu lorsqu'une cause accessoire vient les solliciter? D'ail-

leurs, l'acte organique par l'intermédiaire duquel elles agissent sur le plexus sacré et ses branches, particulièrement sur le nerf honteux interne, est un des mieux doués au point de vue de son aptitude h renaître cl à se résoudre. Cet acte morbide, j'ai dit que c'était, selon toute probabilité, une fluxion sanguine du plexus sacré et de ses branches, et que cette fluxion était de nature arthritique. Or qu'y a-t-il de plus morbide, de plus fugace, et en même temps de plus sujet au retour que les hypérémies arthritiques? Où trouverez-vous une instabilité plus capricieuse desphénomènes anormaux de l'irritation vasculaire? »

Tout ceci est indéniable, tout ceci est plausible; mais seulement indéniable et plausible. Ainsi s'expliquent parfaitement des récidives telles que le sont celles des douleurs rhumatismales, de l'eczéma, c'est-à-dire survenant irrégulièrement et, comme le dit fort bien M. Mauriac, « lorsqu'une cause occasionnelle vient les solliciter. » Mais ici, il nous faut quelque chose de plus, à nous. Pour que l'explication des retours de l'herpès satisfasse pleinement l'esprit, pour qu'elle réponde aux exigences gênantes mais légitimes que suggère l'observation empirique, elle doit rendre compte:

Non seulement du fait de la récidivité dans l'herpès vénérien ;

Mais du type périodique de ses récidives;

Mais aussi de ce fait qu'elles surviennent le plus

souvent hors de l'action constatable de toute cause occasionnelle générale ou locale.

Eh bien, à quoi demander l'explication de ces particularités?

A quelque condition inhérente au malade luimême?... à une influence constitutionnelle diathésique?... Oui, sans doute, ce point de vue découvre une partie du secret : il nous apprend pourquoi un certain nombre de sujets seulement — les arthroherpétiques — sont atteints de l'herpès, sur le total de ceux qui ont eu les mêmes lésions vénériennes. Mais nous n'y trouvons pas la raison de la périodicité des retours d'herpès ; puisque les retours des effets d'une diathèses ont de tout autres allures, c'est-à-dire puisque les poussées d'eczéma, les jetées rhumatismales s'opèrent sans régularité, ayant ordinairement besoin pour naître de l'action de quelque cause occasionnelle, soit une infraction à l'hygiène, soit une influence climatérique ou saisonnière, etc.

La périodicité à date fixe, pour ainsi dire fatale, des éclosions d'herpès, n'ayant donc pas sa source chez le malade, dans le terrain, voyons si elle ne serait pas dans la graine? Un fait fondamental nous encourage à poursuivre cette recherche : c'est que dans l'herpès vénérien — le seul que, pour le moment, nous ayons en vue — cette graine existe. Car cet herpès-là étant toujours consécutif à une maladie

vénérienne, el qui dit vénérien, disant contagieux, nous concluons:

Qui dit contagieux, suppose comme agent de contagion, une parcelle Lransmissible, à l'état de vie ou

à un état tel qu'elle soit susceptible de se revivifier (spore, coccus, bacille).

Or, revivification implique plusieurs phénomènes nécessaires: la maturation extérieure de la graine, sa séparation de l'ovaire, sa chute, sa maturation intérieure, son implantation dans un milieu propice à son évolution ultérieure.

Et lorsque ces phénomènes, comme cela a lieu pour la plupart des produits du règne végétal, trouvent les conditions favorables à leur accomplissement, on est frappé de la régularité avec laquelle ils parcourent leurs périodes successives; en d'autres termes, onestfrappé, — au fait, l'est-on? tant la chose est usuelle, — de l'uniformité, de la fixité qu'offre le laps de temps au bout duquel, par exemple après l'ensemencement automnal, on assiste à l'éclosion vernale.

Nous avons dit milieu propice sol favorable à l'évolution du germe. Et, chaque graine, en effet, a son terrain de prédilection : là où elle a vécu, proliféré, ses produits, elle morte, vivront, proliféreront à leur tour. Aussi, faut-il retenir ce fait que, lorsqu'une plante a, sous ce rapport, rencontré ce qui lui convient, elle s'y incorpore à tel point, par mutuelle

appropriation de l'être nourri eL des éléments nourriciers, que, s'y ressemant d'elle-même, elle devient un hôte ayant droit de domicile, hôte inexpugnable, que les sarclages, les binages les plus assidus sont impuissants à évincer.

Or, la nature n'a pas deux modes de procéder. Ce terrain de choix où se perpétuent les plantes sauvages, lesmauvaises herbes, n'a-L-il pas son analogue dans le terrain génital, terrain qu'on voit certaines affectionshanter avec une quasi-exclusivité qui, dansle langage vulgaire , a fait synonymes ces deux mots : maladie vénérienne, maladie des organes génitaux (1).

Qu'on ne s'y trompe point cependant, son cours accompli, toute maladie vénérienne locale s'éteint; et, à moins de contagion nouvelle, elle ne reviendra pas.

Eh bien! ce qui, dans cet ordre de produits morbides, représente lesmauvaises herbes, ce qui persiste indéfiniment surplace, renaît à intervalles fixes, sans dégénérer ni s'abâtardir, pour nous c'est l'herpès, c'est uniquement l'herpès.

(1) La science s'est attaquée à ce préjugé, eu montrant que les maladies dites vénériennes s'observent ailleurs qu'aux organes génitaux.

Mais, quoique ceci soit vrai, il faut tenir compte de deux faits, savoir :

1° Que les maladies vénériennes qu'où implante par effraction, hors de la sphère génitale, n'ont pas sur ce terrain étranger la même accentuation de caractères objectifs, ni la même durée : les chancrclles inoculées au tronc s'éteignent après un certain nombre de réinoculations; — la blennophtalmie inoculée contre le pannus reste généralement éphémère et bénigne; — le chancre inoculé sur les membres n'y développe qu'une induration tellement faible que souvent elle a été contestable ;

2" Que s'il est des régions autres que la génitale, où l'on voit les

« Mais quelle esl donc, nous demandera-l-on à bon droit, quelle esl donc, selon vous, la constitution pathologique de cette singulière affection, qui dérive d'une maladie vénérienne, mais ne pourrait, ni au porteur, ni chez autrui, reproduire la maladie d'où elle dérive ? de cette éruption, dont vous semble/ vouloir attribuer les fréquents retours dans le même lieu à ce qu'elle s'y est ressemée, et dont on a cependant tenté en vain d'inoculer le produit de sécrétion (1)? Avez-vous une idée nette de cet hybride ? Quel est, au juste son état civil? Dans quelles limites, selon quel mode s'exerce son pouvoir proliférant ? »

A ces questions notre réponse est prête ; mais pour mieux nous disposer, nous, à la présenter, vous préparer, vous qui le recevez, à la comprendre, écoutez d abord la relation de deux faits cliniques. Ils ne sauraient être mieux à leur place qu'ici, au

maladies vénériennes prospérer, c'est que ces régions, par leurs attributions physiologiques et leur constitution auatomique, se rapprochent, participent en quelque chose de l'élément génital. La bouche, larégion du mamelon où s'observent de beaux types de chancre induré, ne fonctionnent-elles pas comme auxiliaires des plus actifs, et des plus appréciés dans l'éréthisme spécial provocateur et soutien de l'acte de reproduction?

Et justement, ne serait-ce point pour cette raison qu'on constate la fréquence des herpès, des aphthes aux lèvres (herpès përi-buccal) ; celle de l'herpès zoster sur le flanc (herpès péri-mammaire)?

(1) Cet ensemble de caractères, ou pour mieux dire, cette sorte de contradiction entre les caractères a au moins un analogue en pathologie. On trouve bien dans les fièvres paludéennes l'exemple d'une maladie produit d'un microbe récidivant périodiquement sur le sujet qu'elle affecte, et néanmoins n'étant par aucun procédé artificiel ou vital, transmissible d'individu à individu.

seuil de la théorie que le lecteur attend de nous, puisqu'ils vont nous en donner à la fois le pressentiment et la preuve.

Premier fait. — Un homme âgé aujourd'hui de quarante-quatre ans, de race goutteuse et arthritique, eut, en 1877, les premiers symptômes d'une myélite, qui, au bout de deux mois environ, aboutit à la paraplégie. Soigné d'abord par M. le professeur B. Teissier, puis, de concert avec lui, par divers autres médecins éminents, sa maladie ne fit que s'aggraver. Non seulement la paraplégie devint absolue (abolition complète du mouvement et de la sensibilité), mais il y avait aussi de la trépidation épileptiforme et des contractures. Diagnostic: Myélite diffuse subaiguë, surtout transverse, envahissant aussi bien les faisceaux an téro -latéraux que les postérieurs et les cornes de la substance grise.

Au cours de ce mal obstinément progressif il se forma (en 1880) des eschares au sacrum, puis des ulcérations bilatérales au-dessous du sacrum (eschares médullaires de Charcot). Une amélioration se prononça, mais les eschares persistèrent.

Voici maintenant par où l'observation touche à notre sujet. En mars 1881, survint un érysipèle ou plutôt un érythème au niveau de la fesse, un peu plus haut que l'eschare. Cette plaque érythémateuse s'étendit aux membres inférieurs, s'accompagnant de

DlDAY ET UOYON. 47.

fièvre, anorexie, céphalalgie. Ceci dura huit jours, et toul rentra dans l'ordre.

Mais un mois plus tard, nouvelle invasion des mêmes accidents, avec poussées multiples et encore sur le membre inférieur droit exclusivement :

Le 4 mai, la jambe gauche fut prise à son tour, puis les deux jambes successivement et avec une lièvre si violente qu'elle mil en danger les jours du malade.

Depuis lors, ces phénomènes se sont reproduits, dix fois la première année (jusqu'en mars 1882), huit fois la seconde (jusqu'en mars 1883). La première année, c'était plutôt de l'érythème; la deuxième, ce fut un véritable érysipèle : les symptômes généraux, au reste, furent identiques. Le malade en est aujourd'hui (17 février 1885) à sa vingt-quatrième attaque : ce qui fait six seulement de mars 1883 à février 1885.

La santé générale s'est beaucoup améliorée; si la paralysie persiste, les trépidations épileptiformes ont cessé. Notons aussi que les attaques d'érysipèle se reproduisirent même après la cicatrisation des ulcères du sacrum.

Remarques. Les exemples d'érysipèle récidivant ne sont pas rares : et, d'autre part, la contagiosité, l'inoculabilité même du principe qui engendre l'éry-

(1) Séance de la société de médecine de Lyon, du 17 février 1885, et Lyon Médical, 1883,

sipèle est un fait cliniquement et expérimentalement acquis.

Toutefois l'exemple ci-dessus se distingue des cas plus ou moins analogues par plusieurs points :

A. Les antécédents goutteux et arthritiques bien constatés du malade.

B. La périodicité si régulière de l'invasion érythèmato-érysipélateuse, qui, surtout les deux premières années, éclatait presque à jour fixe, en l'absence de toute cause générale ou locale capable d'en rendre compte. L'esprit ne se sent-il pas irrésistiblement ébranlé, par ce quantième de calendrier, on pourrait presque dire par ce coup d'horloge ? Toute prétention à expliquer de tels retours selon les lois physiologiques ordinaires, ne tombet-elle pas devant ce fait brutal d'une échéance aussi inflexible que celles qui règlent, dans tout le monde organique, les phénomènes de la reproduction?

C. Bien entendu, la lésion médullaire fut mise en cause pour comprendre la production des érysipèles chez le malade, « Ce sont là des troubles trophiques » avait-on dit tout d'abord.

Mais comment une maladie à évolution continue peut-elle expliquer des phénomènes intermittents, et surtout périodiques?... Aussi pour répondre à cette question, a-t-on senti la nécessité de faire intervenir un autre facteur, d'invoquer comme unique, principale, ou auxiliaire, une cause d'ordre tout dif-

férent. Et M. le professeur Renaut s'est rendu l'interprète de cette pensée, en s'exprimant ainsi dans la discussion suscitée par la communication de M. Teissier : « On a vu ici des phénomènes cutanés se développer précisément ou moment où il existait une porte d'entrée (ulcérations autour des eschares) à la contamination extérieure (par le poison érysipélateux). Il pourrait donc se faire qu'une contamination primitive ayant eu lieu, les suivantes aient été en quelque sorte un rappel de la première dont l'agent actif demeurait toujours fixé dans les tissus ; et les troubles vaso-moteurs, survenant comme cause adjuvante, on peut très bien admettre, dans l'espèce, un mécanisme mixte pour ces phénomènes. »

Faut-il insister ? Sous la magistrale compréhensivité de cette conception soucieuse de ne laisser en dehors d'elle aucun des éléments de la question, ne voit-on pas percer, saillir, prendre pour ainsi dire sa place, celui que nous avons en vue? Peut-on proposer plus franchement l'hypothèse d'un poison, c'est-à-dire d'un microbe, issu d'une lésion tégumentaire, déposé au voisinage, y séjournant en permanence à l'état de vie latente et prouvant sa réviviscence par la constante réapparition de ses effets au terme régulier que la nature a fixé à leur évolution?

Nous venons de découvrir, de surprendre dans sa genèse un analogue aussi parfait que possible de

l'herpès récidivant: — C'esU'herpès lui-même, maintenant, que jious allons voir à l'œuvre.

Deuxième fait. — Celui-ci nous est déjà connu : c'est un épisode de la première observation de M. Mauriac; épisode dont nous empruntons le texte à son auteur :

« Le 14 août 1871, un an après sa première attaque d'herpès à la verge, M. A... vint me consulter pour de vives douleurs aux lombes. La veille ou l'avant-veille, il avait ressenti quelques douleurs au pourtour de l'ombilic, principalement à gauche, au niveau dun point ou un an auparavant, pour le tranquilliser (1), lors de sa première attaque d'herpès douloureux, j'avais, par une piqûre déping le^ inoculé la sérosité purulente des érosions sur l'abdomen] il en était résulté une petite papule rouge qui s'était flétrie au bout de deux ou trois jours.

« Le 18 août, picotements ombilicaux plus vifs

irradiations douloureuses... çà et là, larges plaques d'hypereslhésie.

« Le 17, il se forme un disque de rougeur diffuse à gauche de l'ombilic, et dans la soirée, sur ce disque d'hyperémie circonscrite, de 1 à 2 centimètres de diamètre, s'élevèrent 8 ou 10 petites vésicules d'herpès presque imperceptibles et transparentes.

« Le 18, elles deviennent purulentes. Les dou-

(1) Le malade craignait que son éruption herpétique ne fût un chancre.

leurs lombaires et ischio-'fessières, qui avaient persisté jusqu'alors sous la forme paroxystique, cessèrent tout à coup pour ne plus revenir.

« Quant à l'herpès ombilical, il poursuivit son cours, s'éroda, puis se guérit au bout de cinq ou six jours. »

Et M. Mauriac demande simplement : « Ne trouvez-vous pas curieux que la plaque d'herpès se soit développée dans le point précis où, un anauparavant, avait été inoculée la sérosité purulente de l'herpès génital? »

Remarques. — Curieux, certes ; mais surtout instructif, et à quatre points de vue :

A. Le malade était arthritique (V. Mauriac, p. 16).

B. C'est, à notre connaissance le seul exemple, parmi les nombreux essais tentés par divers expérimentateurs, où l'auto-inoculation du fluide d'une vésicule d'herpès ait eu un résultat positif (1). Sur huit auto-inoculations à la lancette, Fournier a constaté huit échecs.

C. Mais notons une différence capitale entre cette inoculation et toutes celles de divers autres principes contagieux : la durée de l'incubation. Telle est la différence que, en songeant d'une part à cette exceptionnelle durée, d'autre part à cette exception-

(1) L'échec par auto-inoculation expérimentale n'implique point que le principe morbide que ce procédé mécanique n'a pas reproduit, ne puisse être reproduit par un mécanisme différent. Ceci sera expliqué tout à l'heure.

nelle réussite, on se prend à penser que ça été là un fait contingent; que implantée de cette façon, — insolite pour elle — cette graine-là n'a pas levé d'après les lois qui président usuellement à sa germination, mais en vertu d'un ensemble de conditions générales qui ont, pour ainsi dire, forcé la production du phénomène.

D. Seconde différence : Et en effet, dans l'opération de la vaccination, dans l'inoculation de chancrelles, on obtient parfois moins de pustules que de piqûres, mais jamais plus. S'il en apparaît deux côte à côte, c'est que la main de l'opérateur ayant tremblé, il avait involontairement piqué la peau en deux points contigus. Chez le malade de M. Mauriac, pour une seule piqûre d'épingle, il sort huit ou dix vésicules. Cette singulière fécondité acquise par la graine n'est-elle pas la meilleure preuve de l'élaboration spéciale que le terrain lui avait fait subir?

Quoi qu'il en soit de ces remarques, voilà un fait accidentel, mais aussi probant que s'il avait été intentionnellement combiné, d'un herpès produit par l'ensemencement d'une graine d'herpès.

« Vous voulez, je le vois bien, va-t-on nous dire, vous voulez rattacher chaque poussée d'herpès à un microbe ou à une spore provenant de la poussée précédente, et qui, déposé alors au voisinage , y germe ensuite à son tour. C'est assez ingénieux; mais vous oubliez une chose : c'est que ce liquide de

26 i DES HERPÈS GÉNITAUX

l'herpès, — que vous dites capable de reproduire la lésion d'où il provient — ne la reproduit pas par inoculation. Des expériences négatives l'ont prouvé. » A ceci quatre réponses :

La première, seulement pour mémoire. Il ne nous est point prouvé, à nous, que les principales de ces expériences qui eurent lieu dans un service de femmes, — où régnent l'herpès irritatif et l'herpès menstruel, — aient été faites avec la sécrétion du véritable herpès vénérien récidivant.

Secondement, une inoculation faite à un porteur d'herpès avec son propre fluide, par M. Mauriac, a produit un groupe d'herpès bien caractérisé. Il est vrai que ce groupe, soit parce qu'on lui avait donné un siège extra-génital (l'ombilic), soit parce qu'il procédait d'inoculation, et probablement pour les deux motifs, ne se manifesta, ne fit son éclosion, que un an après l'inoculation.

Troisièmement, à un point de vue général, l'échec de l'inoculation expérimentale n'implique point que le principe morbide que ce procédé n'a pu reproduire, ne serait pas reproduit par un mécanisme différent. Frictions, méthode endermique, injections hypodermiques, injections intra-veineuses, dépôt dans la trachée, dans une anse intestinale, chaque virus, disons chaque microbe, a pour pénétrer l'organisme son mode distinct; et la lancette ne saurait se flatter de les imiter, de les valoir tous.

Quatrièmement enfin, il y a sérieusement à voir si l'herpès progénital n'aurait pas sa place dans une certaine classe de maladies : maladies singulières que de tout temps le vulgaire a tenues pour contagieuses, les voyant s'étendre de proche en proche, passant d'un point du corps à un point voisin, parfois quoique rarement enlre individus, surtout entre époux ; maladies auxquelles, au contraire, l'ancienne médecine déniait obstinément la faculté de se transmettre, parce qu'elle, ne réussissait pas à les transmettre, elle, par ses procédés à elle ; maladies enfin que nous examinons, nous, sans préjugés, sous toutes leurs faces, par tous nos moyens, afin de décider quel rang, quel sort leur doit être fait ; si, oui ou non, elles ont droit à X avancements

Envisagée d'après les données tant probables qu'acquises de sa pathogénie, cette classe, dès à présent, compterait deux sous-ordres :

1° Les maladies des lésions de laquelle la répétition, durant un certain temps, chez le même sujet s'expliquerait par deux causes : A. Par les contacts, les frottements, les grattages (verrues, végétations, furoncles.) B. Par le contact intime et permanent, tel que le réalise l'adossement de deux surfaces lubréfiées, à épidémie ténu (érythrasma, aphthes, orgelets) : les deux causes, d'ailleurs, agissant tantôt isolément, tantôt simultanément.

2° Deuxième sous-ordre dans lequel notre herpès

aurait sa place marquée à côté du pityriasis versicolor et du sycosis, affections qui, comme lui, ont pour caractères, les cinq suivants :

a. De récidiver fatalement ;

b. De récidiver de préférence dans la mémo région ;

c. De récidiver à plusieurs semaines, à plusieurs mois, parfois h un an d'intervalle:

d. De récidiver indéfiniment; la maladie ne cédant guère qu'au progrès de l'âge.

e. Enfin, — pour le pityriasis et pour l'herpès, — d'avoir donné lieu à de rares, mais incontestables exemples de succès par l'inoculation de leur fluide (Kobner pour le pityriasis, Mauriac pour l'herpès).

Toutes ces analogies cliniques entre des dermatoses microscopiquement reconnues pour être parasitaires, et notre herpès, paraissent-elles suffisantes pour établir la nature parasitaire de ce dernier?... Avant de répondre, que le lecteur tienne compte d'un dernier trait :

On connaît le fait de transmission du microsporon furfur entre époux par voie de contact prolongé, fait dont l'autorité de Lancereaux nous garantit l'exactitude. Eh bien ! quant à la transmission de l'herpès, voici le fait que l'un de nous a observé récemment pendant 'que nous nous occupions de la rédaction de ce livre.

« Un jeune homme vient me présenter un herpès

récidivant, datant de quinze mois : jusque-là, rien que d'ordinaire. — Huit jours après, deuxième jeune client avec un herpès de quinze mois; oh! oh ! je demande explication et j'apprends :

« QuedansleurpetitevilleduDoubs,monno 1, mon

no 2, plus un no 3, par économie je pense, voyaient quasi régulièrement, comme à tour de rôle, une femme envers laquelle ce régime sciemment adopté leur interdisait naturellement toute passion autant que toute illusion ; d'autant plus que, au su et au consenti des trois copartageants, il y avait quelques numéros supplémentaires' (dégrèvement indirect pour le trio, individuellement fort honnête mais collectivement dénué de préjugés).

« Eh bien! dans ce triple et paisible ménage, après des rapports que le besoin génital, on le comprend, provoquait bien plus que l'orgasme vénérien, notre herpès naquit chez tous les trois, à la suite de coïts que les trois commilitones — qui probablement tenaient registre — se rappelèrent avoir, cette fois-là, espacés à intervalle, les deux premiers cle trois, le dernier de sept jours. Pas d'antécédent vénérien récent : ces Messieurs étaient fidèles! Chez un seul, une blennorrhagie de six semaines, deux ans auparavant.

« Je m'informe de la femme : « Oh ! elle a quitté le pays » m'est-il répondu.

« J'explique ainsi le fait : Cette femme, surchauf-

fée, devait avoir un herpès. L'attaque d'herpès dure parfois dix jours : aussi est-ce pendant celte période qu'elle l'a transmis à tous les trois. »

Devons-nous, pouvons-nous nous en tenir à ces présomptions? en rester là sur une route non seulement aussi largement frayée, mais aussi étroitement jalonnée qu'est celle-ci par les données cliniques qui précèdent? Non : et nous ne ferons en quelque sorte que formuler la conclusion qui est en germe dans l'esprit de nos lecteurs en disant, de ce genre de filiation, de cette prédilection de la nature pour le mode dit spontané :

Les réapparitions, au même lieu, sans cause appréciable, à intervalles fixes et égaux, de l'herpès progénital, supposent la présence d'un principe fécondant, d'une spore, déposée là, et qui s'y ressème avec la régularité qui, dans la nature, préside à toutes les actions de cet ordre.

Nous disons : réapparition au même lieu, parce qu'on ne voit pas le principe générateur de l'herpès récidivant éclore ailleurs que dans les environs de l'endroit où il s'est formé ; c'est-à-dire ailleurs que dans la sphère génitale, et à peu de distance du siège de la lésion vénérienne qui en a été le point de départ.

Nous disons un principe qui s'y ressème, et non pas qu'on y ressème. Ceci fait une grande différence et s'accorde avec cette règle : que l'inoculation arti-

ficielle n'est pas indistinctement, pour tous les contages, un moyen d'en rendre la transmission plus certaine. Môme lorsque, peut-être faut-il plutôt dire lorsqu'il s'y applique le plus, l'art, sous ce rapport, n'atteint qu'exceptionnellement à l'efficace perfection des procédés naturels. Les plantes hybrides, — on ne l'ignore point en botanique — offrent surtout, ce qu'on pourrait appeler des caprices de ce genre. Une certaine campanule, annuelle, fidèle ornement des terrains pauvres, pierreux, se ressème à perpétuité d'année en année dans la zone étroite où elle a pris domicile. Or, bien souvent, désireux de faire servir sa belle couleur violette à la décoration de nos allées, nous en avons ressemé les graines loin de leur habitacle de prédilection, en réunissant les conditions réputées les meilleures de maturité et d'enfouissement de la graine, de similitude du sol, etc. Soins plus qu'inutiles! Rien n'a poussé au lieu de notre choix, tandis que, à la saison prochaine, la plante sauvage, ressemée quand, où et comme il lui a plu, à elle, étalait à la même place sa touffe luxuriante, comme un défi aux infructueux efforts du téméraire rival de la nature.

Eh bien! dans cet échec, que vingt fois nous avons subi, dont nous vous convions à vous offrir à vous-mêmeslespectacle (qui, n'eût-il que cet avantage rappellera quelques expérimentateurs à un peu plus de modération, dans leurs conclusions négatives),

ne voyez-vous pas le parlait analogue ce que nous fait voir le principe générateur de l'herpès, de ce liquide qu'on ne réussit pas à inoculer et qui se reproduit cependant, pourvu qu'on le laisse choisir Icimême son moment, son mode, son milieu et dans ce milieu son lieu d'implantation? — N'en est-il pas de même du bacille du choléra, qu'on a nié parce qu'il n'avait pas infecté l'expérimentateur qui l'ingérait à sa manière, tandis que, injecté dans l'intestin grêle d'un lapin, il le tue en trois jours avec les symptômes et les lésions cadavériques propres au choléra? — Et n'avait-on pas longtemps aussi nié, d'après nombre d'inoculations infructueuses, la contagiosité du sang de syphilitique avant que Pellizari eût fixé les conditions de quantité du véhicule, de célérité de la manœuvre opératoire, de largeur de la surface dénudée, nécessaires au succès de l'expérience ? — Ce qui justifie la conclusion suivante qui, en ce qui concerne les faits de ce genre, doit être la formule générale d'explication :

Pour les actes du monde vivant, toutes les fois que vous voyez surgir une périodicité indépendante du jeu naturel des fonctions, cherchez et vous trouverez la cause du phénomène dans la présence et l'évolution d'un parasite.

En somme, èt pour ce qui touche à notre sujet, si l'herpès récidive, c'est que la cause matérielle, microbienne qui l'engendre, a elle-même une aller*

DES HERPÈS GÉNITAUX 27 l

nance de périodes d'action et de périodes de repos. Et s'il récidive à intervalles à peu près égaux, c'est que son agent générateur, comme tous les autres principes de même ordre, a ses passages de vie latente à vie active et reproductive, subordonnés à un ensemble de phénomènes (savoir la digestion et la consommation des réserves nutritives), lequel ensemble de phénomènes, surtout quand il se passe dans la même région, exige toujours pour ses répétitions successives, un laps de temps similaire. En deux mots, l'herpès se reproduit et il se reproduit régulièrement parce que sa cause est de l'ordre de celles qui se reproduisent et qui se reproduisent régulièrement.

Mais quelle est donc cette cause ? Quel est cet agent? La question ainsi posée comporte une recherche non moins ardue que la précédente, recherche au service de laquelle nous allons maintenant mettre ce que nous a appris l'observation directe.

NATURE DE L'HERPÈS PROGÉNITAL RÉCIDIVANT

« — L'agent de sa formation est-il d'ordre dynamique ou d'ordre matériel?... »

Le fait seul de ses reproductions, telles que nous savons qu'elles se comportent, implique l'existence d'un contage organisé, soit d'un agent matériel.

« — Mais quel est cet agent? »

Tout indique que c'est un parasite, et un parasite dérivé de ceux qui représentent le principe générateur des maladies vénériennes.

Pour changer cette présomption en probabilité, la science ne connaît qu'un moyen, le microscope; pour la transformer en certitude, qu'un procédé, la culture.

Mais, d'une part, quant à celle des maladies vénériennes point de départ le plus fréquent de l'her-

pès, quant à la chancrelle, son microbe présomptif n'a encore été ni reconnu par la lentille, ni sûrement reproduit par la culture. Et, quoique un peu plus avancée en ce qui concerne la blennorrhagie et la syphilis, la déterminai ion expérimentale de leur agent causal est loin d'avoir atteint le degré de précision dont l'histoire parasitaire des maladies charbonneuses, entre autres, nous offre l'exemple.

Par conséquent, si l'on n'est pas fixé sur le caractère étiologique des maladies d'où l'herpès dérive, comment le serait-on sur celui de la maladie dérivée, sur celui de l'herpès? Tout, à cet égard, nous avertit de notre impuissance actuelle. Les trois affections qui jouent ici le rôle d' espèce primitive (chancrelle, blennorrhagie, syphilis) possèdent au moins, elles, des attributs propres à permettre les constatations expérimentales qui, dans les sciences naturelles, suggèrent d'abord la solution, puis la font vérité en fournissant les moyens de la contrôler. Elles naissent sur n'importe quelle région du corps ; une fois nées, elles sécrètent un produit transmissible (et reproduisant intégralement la maladie mère), soit chez le porteur lui-même, soit sur un individu différent.

Dans la variété dérivée, dans l'herpès, rien de semblable; aucune de ces facilités n'est à la disposition de l'investigateur. Non seulement, originairement, l'herpès ne naît que chez qui il veut ; — mais une

DlDAÏ ET DOYON. 4 8.

fois engendré, il ne réapparaît jamais que dans sa région d'élection; — dans celle région même, il ne réapparaît point au gré de l'expérimentateur, mais à son gré, à sou heure à lui — enfin et surtout, jamais, soit qu'elle ait poussé spontanément, soit qu'on en ail inoculé le liquide, jamais la vésicule herpétique ne reproduit la lésion vénérienne d'où elle es! issue (chancrelle , blennorrhagie, syphilis) (1). G'esl donc bien là une variélè dans le sens zoologique du mot; variété de laquelle nous allons avoir à étudier les conditions de formation, mais qui, en tant que variété, a ses propriétés distinctes désormais fixées définitivement, se retrouvant dans toutes ses générations successives, et incapable elle-même de faire retour à la forme de ses générateurs; et variété qui, n'ayant plus qu'à l'état effacé les caractères de l'espèce primordiale, se dérobe ainsi aux procédés employés dans l'analyse hislologique des produits de celle-ci.

En ces matières, tout le monde le sent, le microscope n'a dit encore que son premier mot; mais il ne demande qu'à dire plus (2) : il ajourne, bien plus qu'il

(1) Notons, à ce sujet, que le vaccin humain, qui est dérivé du cow-pox, ne reproduit jamais non plus, sur l'homnie, toutes les qualités du cow-pox, son gôuérateur.

(2) M. le Dr H. Zeizzl, privât docent à l'Université de Vienne, a eu l'occasion d'étudier le liquide des vésicules de l'herpès progênitalis. Dans un cas où les vésicules étaient dans un élat de conservation absolue il recueillit le liquidé avec toutes les précautions antiseptiques et constata qu'il contenait des coccus, mais pas de micrococctis.

(Communication orale.)

ne trompe nos espérances. Donc, en attendant son secours décisif, voyons celui que nous offrent la clinique et l'analogie. Et, à ce propos, qu'il nous soit permis d'utiliser pour l'objet spécial de la présente étude, l'ensemble des recherches faites, des découvertes réalisées dans les deux règnes de la nature entre lesquels d'ailleurs (animal et végétal) à certains infimes étages, tout critérium de différenciation est illusoire, toute distinction reconnue impossible. Qu'on ne s'étonne donc pas de nous entendre souvent emprunter son langage à la science-sœur qui, jusqu'à ces derniers temps, avait en quelque sorte le monopole des patientes, positives, fructueuses investigations. Ce faisant, en parlant botanique, agriculture, horticulture même, ce n'est pas une vaine métaphore que nous employons, c'est un guide éprouvé auquel nous faisons appel; peut-être est-ce simplement notre bien que nous reprenons, nous médecins, là où nous avions eu le tort de le laisser s'égarer.

Dans l'hypothèse qui fait de l'herpès récidivant — spontanément récidivant — une variété zoologique distincte,, il y a deux points à établir : un de fait, un de mécanisme : la constatation, l'explication.

Or, quant au point de fait d'abord, nous trouvons pour nous éclairer, pour point de départ, non pas trois présomplions, mais fort heureusement, trois réalités.

27o DES HERPÈS GÉNITAUX

De quelle espèce procède la variété herpès récidivant? — D'une maladie vénérienne : cet antécédent n'est point contingent; il peut être dit obligatoire.

Quelle cause transforme l'espèce en variété? — L'arthro-herpétisme : sous l'une ou l'autre de ses formes, familial ou personnel, il existe, il est constaté chez tous les porteurs d'herpès récidivant.

À la variété ainsi créée, quelle cause donne l'aptitude à se perpétuer? — Le milieu où son principe générateurs été déposé, le terrain génital : seul, ce sol lui offre les conditions qui sont nécessaires à sa double vie," toutes deux inséparablement connexes : la végétative et la reproductrice. — Yoilàles choses telles qu'elles se passent, (elles que la clinique nous les montre.

Mais comment, pourquoi, par quel mécanisme les choses se passent-elles ainsi?

A cette question, d'un tout autre ordre, d'un ordre ou les solutions sont moins vérifiables, quoique non moins dignes d'attention, notre réponse sera moins précise sans doute, mais peut-être non moins intéressante. Naturellement elle se divise en trois sections .:

Mécanisme des germes de l'herpès; — mécanisme du milieuco«5ftYwft"owwe/derherpès; —mécanisme du

milieu régional de l'herpès.

Section — Mécanisme des germes de l'herpès.

Par cela même qu'il a pu s'établir, germer sur l'organisme humain, louL microbe ou toute spore pathogène vit aux dépens de cet organisme, du segment d'organisme qu'il a envahi, comme la plante vit aux dépens de l'aire du sol où sa graine est tombée.

Mais de môme qu'on le voit pour la plante, l'être morbide vénérien, en tant qu'individu a une durée nécessairement limitée. Pourquoi? D'abord, peutêtre, parce que l'homme ne se borne point à ne pas cultiver ce parasite nuisible et Je combat au contraire, de toutes ses forces, de toute son industrie. Ensuite, et certainement, parce que, peu à peu, les vivres, qu'il utilise, finissent par lui manquer, et que, corrélativement, par le fait même de la stérilisation graduelle de son milieu d'alimentation, la vitalité de l'être alimenté, du microbe, se trouve graduellement atteinte (1).

Toutefois, — ceci est dans la nature, — quel qu'il soit, à quelque règne qu'il appartienne, nul être ne

(l) La pathologie spéciale nous offre une preuve frappante de cet affaiblissement de l'agent pathogène. Dans les teutalives des syphilisateurs, il arrivait un moment où les inoculations itératives faites dans nue région avec le pus de la chancrelle du malade lui-même, finissaient par n'y produire plus rien, ou par ne plus y produire que des pustules avortées. Eh bien! si alors, dans cette même région, en apparence stérile, on inoculait le pus de la chancrelle d'un autre individu, on y obtenait à nouveau des ulcères chaucrelleux bien caractérisés. — Donc, le milieu d'ensemencement restant le même, épuisé semblait-il, en tout cas ayant été utilisé au point de ne pins faire lever la graine employée jusque-là, une nouvelle semence, une semence étrangère y prospérait. Ceci ne prouve-t-il pas que l'ancienne, en épuisant le terrain, s'était épuisée elle-même, qu'elle avait dégénéré?

meurt sans s'être défendu, sans avoir défendu deux choses : d'une pari son existence personnelle — ce qui est peu aux yeux de l'ordonnateur suprême; d'autre part — ce qui est beaucoup plus important à ce point de vue, — sa mission de perpélualeur de l'espèce « d'accroissemenL de son organisme au delà de la sphère de son individualité. »

Aussi, que, avant de succomber, il se reproduise: qu'il y réussisse, si accidentellement une cause surajoutée est venue Ty aider ; que par suite, les produits issus d'un être à son déclin et condamnés à vivre sur un sol déjà largement mis à contribution, diffèrent de leur générateur par une infériorité de forme, de dimension, de durée, d'aptitude assimilalrice , — infériorité en rapport tant avec leur origine (enfants nés de vieillards) qu'avec leur destinée (enfants abandonnés sur une ferre déserte) — il n'y a rien là que de conforme au plan de la nature, que de dicté surtout par celte loi qui « met toujours les caractères et les propriétés des êtres en corrélation déterminée avec les conditions du milieu où ces êtres ont à vivre. »

Ce polymorphisme par prédestination, que nous donnons comme vraisemblable, n'est pas sans analogue dans le monde organique. On connaît, en botanique, certaines plantes qui, outre les fleurs ordinaires qui s'épanouissent régulièrement, produisent d'autres fleurs (cléistogames) plus petites, gardant

l'apparence de boulons, à pétales rudimentaires ou pmplètement avortés, à étamines réduites en nombre, à pistil très réduit dans ses dimensions, portant un stigmate qui, dans certains cas, est à peine développé. Ces fleurs sont sans nectar, sans odeur. Mais — voici la contre-partie, — « elles produisent néanmoins des fruits bien conformés, des graines en abondance, en plus grande quantité que la fleur parfaite. Quelquefois, elles s'enfoncent dans la terre, et c'est clans le sol que les graines parviennent à maturité » (1).

Nous ne voudrions, à aucun prix, être accusés de forcer l'analogie, surtout d'un règne à l'autre. Mais repassez tous ces traits, réfléchissez à tous ces attributs d'un être rudimentaire né d'un être parfait (lequel prouve son état de perfection suffisante, en créant à côté de cet être ébauché, d'autres êtres développés normalement) et dites si la chancrelle ne parait pas ici représentée par la plante originaire, qui outre des fleurs régulières en porte de cléistogames? Et, quant à cette dernière, dites si, par son aspect, sa conformation, par l'enfouissement de sa graine, cette fleur « qui garde l'apparence de bouton » n'est pas l'image du bouton qui fait l'objet de la présente étude? si l'auteur classique auquel nous avons emprunté une page , ne se trouve pas

({) Trait* de botanique de van Tieghem, 1884, p. 437.

avoir, dans celle page, décrit l'herpès végétal? si, en un mol, avec la brièveté de chacune de ces poussées, l'insignifiance de sa lésion anatomique, mises en regard de la durée presque indéfinie de son cycle d'évolution, H de la multiplicité des vésicules qu'il engendre en une seule poussée, noire herpès ne peul pas s'appliquer la conclusion par laquelle le même auteur caractérise son homologue végétal : « loul est disposé dans les fleurs cléistogames pour produire, avec la moindre dépense de matière nutritive, la plus grande quantité possible de graines, et pour placer celles-ci dans les conditions où leur développement ultérieur est le mieux assuré? »

Mais revenons, avant de terminer, aux attributs semblables du microbe vénérien. 11 n'est pas inopportun de montrer le degré auquel celle force peul atteindre, lorsque ce microbe se propage dans son espèce. Non seulement alors, le microbe s'implanle cl vil sur les tissus similaires à ceux où il a germé (sur le tégument, pour la chancrelle ; les muqueuses à épilhélium pavimenteux, pour la blennorrhagie), mais dans quelques cas, il accompli! une migration qui permet de le retrouver là où la prévision théorique n'aurait que difficilement pu faire soupçonner sa présence. C'est ainsi que, pour celui dont les caractères histologiques sont le mieux connus, pour le micrococcus de la blennorrhagie. on l'a constaté dans les régions siège des complications de la bien-

norrhagie (dans les articulations, Pétrone; — clans la tunique vaginale, à la suite.de l'épididymite, Jullien et Horleloup ; — sur la conjonctive, Krause), On commencerait même à en recueillir sur les séreuses (la plèvre et'le péritoine), sur la peau : multiplication aberrante qui, d'ailleurs, n'aurait physiologiquement rien d'extraordinaire puisqu'on en a rencontré dans le sang (Hallier, Capitan).

Section IIe. — Mécanisme du milieu constitutionnel.

Il est entendu, en zoophythologie, que le terrain ne crée pas l'espèce. Mais comme il la fait vivre, c'est, en fait, comme s'il la créait. Et voici comment cela se comprend. Grâce à l'infinie quantité d'espèces d'êtres qui peuplent l'atmosphère ambiante, on peut justement dire que, s'il y a des milieux pour toutes les variétés, réciproquement il y a des variétés pour tous les milieux. Ce qu'on exprime dans

notre monde social par ce grossier dicton « toute marmite trouve soncouvercle, » se vérifiebien mieux

encore dans le monde des infiniment petits. C'est ta loi, parce que c'est la condition de l'univers, que cet appel muet sous-entendu et toujours entendu, de la substance assimilable à l'être assimilateur. Ainsi s'explique et se conçoit dans le seul sens scientifiquement admissible, ce que nous disions plus haut de l'influence que le sort qui attend une variété d'êtres peut exercer sur le fait de l'apparition de cette va-

riéLé. Elle préexistait, en germes ou en spores, mais elle n a fait acte de vie, elle ne s'est manifestée que du moment où s'est constitué à sa portée un terrain approprié à ses besoins.

Revenant à notre herpès, nous posons ainsi la question : Que faut-il pour que le microbe herpétique succède au microbe vénérien sur le lorrain génital?

11 faut, répondrons-nous, que ce lorrain ail été non pas épuisé, non pas radicalement stérilisé, mais seulement appauvri. — Et, en effet, il n'y a pas d'herpos à la suite des chancrelles phagédéniques, qui ruinent le sol (1). Il n'y en a pas à la suite des chancrelles serpigineuses qui labourent pendant des années le fonds et le tréfonds, l'emplacement et le pourtour de la zone génitale; cas qui, quant cà l'accentuation des caractères objectifs, représentent lo type de source primitive du vaccin, c'est-à-dire du vrai cow-pox : type duquel envénéréologie, nos chancrelles du temps actuel (la chancrelle noslras), ne saurait réellement elle-même passer que pour une espèce abâtardie, dégénérée. — On n'observait pas non plus d'herpès (lors des exploits do la syphilisation), dans la rég ion où la lancette de l'inoculai eu r avait multiplié des insertions de pus chancrelleux jusqu'à extinction de la réceptivité locale, jusqu'à refus de toute nouvelle éclosion de ce contage. — Par

[{) Doyon, ouvrage cité, p. 76.

contre, et nous en avions déjà fait la remarque, nulle part on ne voit plus fréquemment se développer l'herpès récidivant qu'à côté des chancrelles qu'on a réussi à faire avorter par cautérisation . Ce fut même, vers 1849, une des plus fortes objections adressées à la méthode abortive de la chancrelle (l'une de celles dont il nous fallut bien tenir compte), que la multitude de cas d'herpès qui se produisaient consécutivement à la destruction des chancrelles naissantes. « Qu'y gagnez-vous, par conséquent nous disait-on, et surtout qu'y gagne votre malade? Vous l'avez débarrassé en huit jours d'un ulcère tout local, qu'il n'aurait gardé que trois ou quatre semaines de plus. Et, en revanche, en retour de ce faible service, vous l'exposez à la plus agaçante des infirmités, à cet herpès qui, pendant des années, va le tourmenter par ses retours aussi indomptables qu'incessants, et bien souvent aussi inopportuns qu'imprévus. » Et, nous rendant à ces justes raisons, nous dûmes dès lors réserver l'abortion pour les seuls sujets que leurs habitudes ou que leur métier porte à propager autour d'eux leur chancrelle par un tout autre procédé que celui de l'inoculation expérimentale.

Ajoutons ces trois remarques résultant de l'observation :

lo Que l'herpès paraît quand la chancrelle s'est éteinte;

2o Que sa première poussée a toujours lieu peu

de temps après la fin de la chancrelle; le terme le plus ordinaire de celle incubation riant de 4 à 6 semaines;

3° Que la première poussée d'herpès surgit au voisinage immédiat du point que la chancrelle occupait dans celte aire adjacente ; là où souvent on voit la chancrelle, durant son cours, se réinoculer, se ressemer d'elle-même.

Pour que le microbe herpétigène prospère sur le lerrain génital, il faut, avons-nous dit, que ce terrain soit non épuisé, mais seulement appauvri. Ajoutons — et c'est le point essentiel — appauvri d'une certaine façon, savoir, par la perte de la plus grande partie des éléments nutritifs qui faisaient l'alimentation du microbe vénérien ; car c'esl tout à fait le lieu d'adapter à notre cas cette expression d'un auteur classique (1) : Si le microbe herpétique s'est substitué au microbe vénérien, c'est que les éléments nécessaires à la subsistance de ce dernier lui ayant peu à peu manqué, il a « cédé la place à une espèce voisine, moins exigeante que lui, ou ayant des besoins qui sont mieux satisfaits » : disons, nous, desbesoins différents, qui auront encore là de quoi se satisfaire ; ou, avec plus de précision et par une figure

(1) DuclaiiY, Ferments et maladies. G. Masson. 1882.

qui rend toute notre pensée : l'herpès trouve à vivre des miettes de la chancrelle (1).

Quels sont ces éléments? On peut bien les déterminer par l'analyse, dans un milieu nourricier composé au laboratoire, en vue d'une expérience. On le peut encore, à la rigueur, approximativement, dans le sol où croissent les plantes. Mais qui oserait se flatter d'y parvenir au sein d'un milieu vivant, fonctionnant; du milieu humain, où, d'une part, les principes chimiques constituants figurent sons forme de combinaisons plus difficiles encore à distinguer qu'à découvrir; où, d'autre part, l'action du système nerveux, étroitement subordonnée aux mille causes qui en influencent à chaque instant la nat ure, l'intensité, le cours, imprime à tous les produits de nutrition anormale son cachet d'incessante et impénétrable variabilité?

De ce cahos pourtant, un point lumineux surgit, un fait se détache, qu'il est temps de rappeler :

Parmi les individus atteints de maladies vénériennes aux organes génitaux, il n'en est qu'un certain nombre chez lesquels ï herpès récidivant se développe consécutivement.

Or, pourquoi ceci? La graine originaire (le microbe vénérien) était présente. Le terrain propice

(1) Miettes, ici, est mieux qu'une expression figurée; dans certaines bactéries, les différentes générations de cellules « forment des dépôts pulvérulents, dès que les matières nutritives du liquide où elles se développent sont épuisées. » (Claus, Zoologie, p. 119).

-8b DES HERPÈS GÉNITAUX

(terrain génital) était là. Qu'a-t-il donc manqué?... Un second fait clinique nous met sur la voie de la réponse ;i faire à celte question :

Les vénériens chez lesquels l'herpès génital récidivant se développe, sont ceux chez- qui existe ï arthritisme.

En effet, les prémisses étant telles, si nous serrons le raisonnement avec la rigueur qui est de mise dans les sciences exactes, nous arrivons à cetle conclusion :

Que la diathèse arthritique, ou, pour mieux dire, que le trouble spécial qui constitue ce qu'on appelle arthritisme, réalise l'appropriation du milieu alimentaire nécessaire pour que l'herpès y puisse naître et prospérer; en d'autres termes F arthritisme engendre dans les tissus de l'organisme des modifications dans les échanges nutritifs de nature à y favoriser, à y permettre l'existence du microbe herpétique.

Prenant cet énoncé comme thème à argumentation, voyons ce que l'observation nous offre pour l'appuyer; pour appuyer, spécifions-le , les deux parties distinctes qu'il contient, savoir : ce qu'il exprime dans sa généralité ; puis ce qui en ressort pour le cas particulier relatif à l'herpès.

Sur le premier point, la démonstration sera facile; nous n'avons qu'à l'emprunter toute faite (faite, ce semble, exprès pour la circonstance), au maître clinicien dont l'autorité est d'autant plus générale-

nient admise qu'il n'en use jamais qu'à coup sûr, à bon escient :

« Parmi les agents infectieux, dit le professeur Bouchard, il est des espèces qui peuvent prospérer dans le milieu humain, quel que soit son état de santé ou de maladie. Tl en est d'autres qui respectent l'homme sain, et qui ne trouvent dans ses tissus ou dans ses humeurs un milieu de culture favorable que dans certaines circonstances pathologiques qui ont amené une détérioration de l'économie, dans des cas où une altération de la nutrition a provoqué un changement chimique dans le milieu vivant. Cette vérité a été mise hors de doute pour l'oïdium albicans du muguet, qui n'attaque que les organismes débilités, et qui ne pullule que sur les surfaces lubréfiées par un mucus acide. Le microsporon fur fur du pityriasis versicolor a une prédilection marquée pour les phthisiques et les arthritiques. . . »

Ajoutons, pour ceux qui, la réalité de la cause étant prouvée par ses effets, voudraient en connaître la nature, ajoutons, d'après le même auteur, que « il y a longtemps qu'on a rangé le rhumatisme dans la catégorie des dyscrasies acides; que Lépine a démontré que l'alcalinité du sang diminue dans le rhumatisme aigu; que chez un de ses malades qui succomba aux accidents du rhumatisme cérébral, Bouchard constata que le sérum sanguin n'exerçait

aucune action appréciable sur le papier de tournesol. »

Donc, en termes plus généraux, l'arthritisme peut, soit introduire dans l'économie de nouveaux éléments, soit déterminer clans l'économie une mutalion des éléments existants : apport ou mutation propice au développement de certains agents pathogènes.

Maintenant, — et c'est le second point — peut-on aller plus avant? Est-on en mesure d'établir que, parmi ces agents pathogènes, celui de l'herpès doive être compté?

Un novateur convaincu n'en doutait pas, lorsqu'il fonda, parmi les dermatoses, la classe des artkritides : et certes tout n'est pas à rejeter des types morbides dont il avait tracé la nomenclature. Il est aujourd'hui bien démontré qu'un certain nombre de dermatoses paraissent se manifester de préférence chez les sujets rhumatisants, qu'ils fussent tels héréditairement ou qu'ils le fussent devenus par accident; soit que ces affections cutanées aient pris naissance les premières et sous l'influence des causes propres du rhumatisme, soif que les sujets qui les ont vues survenir eussent déjà eu des lésions articulaires, musculaires ou autres.

Quant aux caractères propres à ces arthritides, — sans prétendre, comme Bazin, qu'ils leur sont exclusifs, et qu'ils sont constants, que par conséquent le

diagnostic objectif de la lésion suffit ici, aussi bien que dans les syphilides, pour dénommer l'affection qui l'aproduite, — on ne peut méconnaître la valeur considérable que possèdent les déterminations minutieuses dues à l'auteur des maladies génériques de la peau, pour fonder un diagnostic sur des données exactes.

Ces arthritid.es rhumatismales présentent, en effet, des caractères objectifs qui ont, tout au moins, une signification relative assez grande pour servir à les classer, surtout en s'appuyant sur l'ensemble de ces caractères et non sur tel des caractères exclusifs qui leur avaient été attribués : telles sont la forme nummulaire ou bien circonscrite , la coloration rouge intense, la sécrétion pathologique 'peu abondante.

D'autres indices tirés du siège, du mode de groupement, servent également, pour qui sait les voir et les interpréter, à préjuger la nature rhumatismale de certaines dermatoses.

Citons, entre autres, l'eczéma sec nummulaire circonscrit, le sycosis simple de la lèvre supérieure, le psoriasis discret, l'eczéma sec des parties génitales, l'acné rosée, le prurigo d'hiver...

Section IIP. — Mécanisme du milieu régional.

Nous voici parvenus à la dernière partie du problème complexe que nous agitons. Et de même que, en tête des deux sections précédentes, on a lu, ins-

DlDVY ET DOYON. 19.

crits sous forme d'axiomes, ces deux énoncés : Notre herpès ne s'observe qu'après une maladie vénérienne ;

Notre herpès n'existe que chez les arthritiques.

De même, et à plus juste litre encore, puisque ce n'est que rappeler les termes mêmes de sa définition, sommes-nous autorisés à commencer cette troisième partie de la théorie pathogénique de l'herpès en disant :

Notre herpès n' apparaît que sur les organes génitaux.

Qu'a donc ce terrain génital, cet appareil génital, si l'on aime mieux, pour être ainsi le siège relativement propice du développement de certains germes?

Ce qu'il a?... Une mission providentielle déterminée; et en même temps que cette mission, il a reçu les moyens de la remplir.

Dans le concours qui donna la chaire d'anatomie àBreschet, en 1836, l'un des candidats ayant à traiter « des enveloppes du testicule » termina par ce trait qui a mérité de rester dans la mémoire des contemporains : « Il faut vraiment, Messieurs, admirer la sagesse suprême qui a donné au testicule autant d'enveloppes qu'il en avait besoin! »

De même, à l'appareil génital, ou plutôt à la troisième vie qu'il dessert (troisième vie à laquelle la nature subordonne, préfère — au besoin sacrifie les deux autres), peut-on clouter que n'ait été donné l'instrument propre à l'entretenir, c'est-à-dire

l'approvisionnement d'innervations nécessaires à son

fonctionnement?

Analysant, non en poète ni en philosophe, uniquement en médecin la structure et le jeu de cet appareil, qu'on peut appeler le milieu de la reproduction humaine, nous voulons tenir compte surtout des quelques centimètres carrés où s'observe l'herpès progénital.

C'est là, en effet, c'est dans cette zone tégumentaire restreinte que sont concentrées deux sortes de sensibilités spéciales.

La première, qu'il est à peine besoin de définir, est celle qui, mise enjeu par le frottement, souvent même par le simple attouchement, suffit pour déterminer la sensation, identique dans les deux sexes, qui se reconnaît tant à sa nature même qu'à sa profonde différence d'avec celle qui accompagne toute autre jouissance sensorielle.

Quant à la seconde sorte de sensibilité, ce n'est que par son degré, mais par son excessif degré d'intensité, qu'elle se distingue de celle affectée aux autres organes des sens. Au prépuce et à la vulve, bien plus qu'à la langue et à la pituitaire, la sensibilité tactile — qui, comme dans tout appareil affecté aux organes des sens, existe à côté de la sensorielle, — atteint à un summum dont on ne se douterait pas, mais qui cependant était à prévoir. La propriété de l'organe n'est-elle pas toujours en raison de sa des-

tination? Mais ici il faut préciser et il faut donner la preuve.

Cetle destination ayant, dans l'appareil génital, une importance supérieure, la sensibilité tactile (moyen d'avivement de la sensibilité sensorielle) atteint à un degré qui en peut faire, en fait un véritable état morbide, on pourrait parfois dire un vrai supplice. Nous avons tous passé par là. Bien peu

d'adolescents ont, du premier coup, le courage de décalotter en plein; moins encore, le gland étant mis à découvert, d'y toucher! Que de jeunes clients tremblent, pâlissent, sont forcés de s'asseoir, à peine voient-ils le chirurgien près de porter la main, rien que pour l'explorer, sur ce domaine réservé. Un robuste marinier craignant d'avoir pris la chaudepisse vient demander qu'on lui enseigne le remède. Avec une seringue à moitié remplie d'eau pure, je lui fais la démonstration de l'injection. Mais pendant que je pose l'instrument, un bruit se fait entendre : je me retourne, mon homme était par terre, frappé de syncope.

Le vaginisme est l'un des plus communs exemples de cette exagération nerveuse.

Mais voici où le plan de la nature se montre et se démontre. Interrogez ces hyperesthésiques. Oh! parlez-leur sans crainte : ils n'ont que le prépuce de timide! Sur un autre théâtre, vous diront-ils, tout change instantanément. Contacts, pressions, altou-

chemenls, tout est supporté à merveille ! « Je ne m'y reconnais plus; c'est une grâce d'étal, murmure l'heureux désapointé. »

Or, pourquoi, cette différence? C'est que dans le second cas, en supportant ces contacts, il s'agissait de préparer, d'aider la fonction ; tandis que, dans le premier cas, il s'agissaitde défendre, de protéger son instrument, en évitant ces mêmes contacts redoutés.

Le médecin ne peut faire un pas dans la physiologie de cet appareil, dans l'étude de ce que j'appellerai le génitalisme, sans rencontrer ces deux instincts, ces deux mobiles agissant isolément, en sens inverse et pourtant se renforçant mutuellement; l'un qui oublieux ou dédaigneux de tout péril, décide l'attaque, monte à l'assaut; l'autre qui veille à la sécurité du corps d'armée. Nous avons dit leur but providentiel, nous venons d'en montrer un exemple. Voyons-les maintenant, tour à tour à l'œuvre, dans la genèse de notre herpès, en examinant ce que le génitalisme fournit comme aliment par excellence à son développement.

Eh bien! il agit dans ce sens, il agit comme dermatosigène selon les deux modes précités : l'un hyper, l'autre hyposthénique; d'où une division que la physiologie approuve, dicte, éclaire; d'où deux classes de dermatoses issues du génitalisme. Esquissons-les : dans chacune nous retrouverons en germe ou en éclosion notre herpès.

[. Dermatoses par hypers thénie génitale.

Le premier exemple, tout matériel quant à son mode de formation, consiste dans l'état d'irritation spéciale permanente que la fermentation des sécrétions sudorales, sébacées, muqueuses, parfois purulentes de l'appareil génital entretient dans certaines parties de cet appareil. Favorisée dans ces régions par le contact, le frottement et la chaleur des surfaces adossées, cette fermentation, chez quelques sujets, est assez puissante pour y provoquer l'irritation de la peau et le développement de l'érythrasma (Balzer et Dubreuilh).

Or, chez quels sujets voit-on, ainsi couvé en quelque sorte, naître le parasite de l'érythrasma? L'un de nous peut apporter à la solution du problème son tribut personnel. Comme beaucoup de gens qui font de l'érythrasma sans le savoir, il porte depuis au moins quarante ans, mais décroissant manifestement avec le déclin de l'âge, aux plis génito-curaux, surtout gauche, cette légère dermatose parfaitement caractérisée, tantôt indolente, tantôt éveillée et rendue prurigineuse par un excès de marche ou un été exceptionnellement chaud.

Or, le sujet qui écrit ces lignes, est arthritique, herpéto-arthritique avéré, arthritique éczémateux qualifié, et à arthrite déformante du genou, des

coudes ; et de plus, il a souffert pendant plusieurs années du mal qu'il décrit aujourd'hui, de jetées fluxionnairesbalano-posthiques récidivantes. N'eût-il que ce seul fait à invoquer, on voudra bien admettre qu'il lui serait difficile de ne pas le tenir pour probant, et d'hésiter à conclure :

Que les circonstances précitées de chaleur, de madéfaction, de frottement, propres aux organes génitaux et qui, dans des conditions constitutionnelles déterminées, y occasionnent une fermentation capable d'engendrer un parasite (le microsporon minutissimum), ne sauraient être regardées comme sans influence pour donner naissance à l'autre parasite, celui de l'herpès, qui pullule et trouve son aliment dans cette même région.

Le second exemple est tout autre chose que l'effet d'une fermentation locale. Ici apparaît déjà le retentissement produit sur tout l'organisme par une excitation de la fonction génitale; retentissement aboutissant à la formation d'une lésion matérielle du tégument, d'une dermatose.

Mentionnons d'abord, à ce sujet, une lésion des plus fréquentes. On observe journellement sur la face des taches régulières ou irrégulières, parfois symétriques, d'une coloration variant entre le jaune brun et le jaune foncé. Elles occupent tantôt quelques points isolés, tantôt toute la région frontale jusqu'à

la naissance des cheveux, parfois la lèvre supérieure de chaque côté comme une espèce de moustache ; d'autres fois enfin ce sont des plaques symétriques, sur les joues, au niveau des commissures palpébrales. Le chloasma utérin est presque toujours localisé à la face.

Ces taches qu'on désignait autrefois sous le nom de taches hépatiques, en raison de leur analogie de couleur avec celle du foie, paraissent incontestablement liées à des troubles utérins. Ainsi, les rencontre-t-on presque exclusivement chez les femmes qui souffrent de troubles fonctionnels ou de lésions des organes de la sphère génitale, dysménorrhée, déviations, tumeurs utérines ou ovariques, hystérie ; elles surviennent chez les femmes non mariées ou stériles; chez d'autres elles se produisent pendant la grossesse (masque des femmes enceintes).

Mais une coïncidence moins contestable vient mettre en évidence le lien yénito-herpétique.

Chez quelques personnes, le retour de la fluxion menstruelle est toujours précédé par une petite éruption vésiculeuse ou papulo-vésiculeuse. Quand elle a lieu à la vulve, il n'y a là rien qui mérite beaucoup d'attention : cette fluxion sympathique naissant vers l'orifice extérieur d'un appareil hyperhémié ou congestionné est l'analogue (quant à la participation du système nerveux) du prurit du gland

chez les calculeux, et, (quant à la participation du système sanguin) de la stomatite, du muguet, des aphthes, dans certaines affections des voies digestives. Ceci devient presque l'état naturel chez beaucoup de femmes, de qui, sans jeu de mots, on peut dire que le « bouton de règle » est la règle.

Mais il est un ordre de faits tout différent où, à l'occasion de la même fonction, l'éruption critique témoigne par son siège extra-génital qu'elle est due à une impression subie par l'organisme tout entier. Dans cette catégorie de femmes, l'imminence des règles s'annonce par l'éclosion d'une papule acnéïforme sur un point de la figure, les environs de la bouche, le menton, le front, la tempe, les côtés du nez. Douze ou vingt-quatre heures avant que l'écoulement sanguin par la vulve se déclare, une cuisson légère mais presque permanente, une sorte de tension, de travail intérieur s'est fait sentir au point indiqué. Ce prurit cesse au moment où la personne dont il a appelé l'attention portant là le doigt y trouve une dureté, laquelle ne tarde pas à rougir, augmente pendant deux jours, prenant le volume d'une graine de millet ou de chanvre, devient légèrement vésiculeuse à son sommet, enfin, se desquame, se résorbe et disparaît; le tout ayant duré de quatre à six ou sept jours.

Ce bobo-là est si court, si faible, si inoffensif,

mérite si peu le nom de maladie que beaucoup de femmes l'ont sans se douter de son existence. Ne la tenez point pour rare néanmoins. Outre son insignifiance absolue, une pudeur naturelle empêche mainte jeune femme d'en parler la première à son médecin. Mais prenez l'initiative; posez la question, par exemple, à une mère de famille qui aeu plusieurs fdles, et vous serez surpris, comme nous l'avons été, de la fréquence des réponses affirmatives. Dans l'état ordinaire, la lésion passe donc à peu près inaperçue. Mais les hasards et les orages de la vie lui donnent parfois une importance qui la fait attendre, espérer et par conséquent nettement remarquer. Pour la femme mariée en retard de son époque — et appréhendant une grossesse, que, pour un motif ou pour un autre, elle aura quelque peine à faire accepter de son époux — la venue du petit bouton périodique est un présage de libération, qu'elle salue avec délices et qu'elle n'aura plus garde de méconnaître, d'oublier désormais.

D'après nos recherches, cette dermatose — qui n'a que peu fixé l'attention des auteurs — existe de préférence chez les femmes à tégument fin, délicat, dans une môme famille, marque plutôt les blondes que les brunes; la coïncidence d'une acné sébacée ordinaire ne paraît pas y prédisposer.

Il en serait différemment du véritable herpétisme s'il fallait prendre pour type l'histoire très circons-

tanciée qui nous a été communiquée par une malade intelligente et véridique, âgée de quarante ans. Née d'un père arthritique, elle a eu, vers trente-cinq ans, des jetées périodiques d'eczéma du cou et de la figure, revenant surtout aux changements de saison ; et depuis lors la papulo-vésicule prémenslruelle de la face, n'a presque jamais manqué d'apparaître a chacune de ses époques.

Quelque intérêt qu'elle offre au pathologiste et quelque enseignement qu'elle promette au praticien, l'histoire physiologique et médicale de ce précurseur cataménial ne saurait trouver ici sa place. Nous en avons' peut-être dit trop, mais nous en avons dit assez pour nous autoriser à conclure :

Qu'une lésion papulo-vésiculeuse éphémère, qui ne paraît que chez quelques personnes, toujours clans la même région, sans cause d'irritation ayant agi sur le point qui va en devenir le siège, précédée d'une cuisson particulière, lésion qui survient exclusivement à l'occasion et au moment d'une fluxion déterminée, spéciale sur l'appareil génital, n'est pas, étiologiquement, sans une analogie manifeste avec notre herpès génital récidivant.

Notre troisième exemple est un état qui n'est que l'exagération du précédent. En langage algébrique, on l'appellerait le no 2, Exposant 2.

Nous avons pris nos exemples de l'éruption menstruelle critique dans le monde social ordinaire, parmi les mères de famille, chez des femmes de mœurs pures, d'habitudes réglées.

Passons maintenant, descendons à une classe toute différente. Ici le coït est leur métier, plus on le multiplie, plus on gagne ; plus on l'assaisonne, plus montera le pourboire.

En outre, il est bien rare dans cette catégorie, que quelque maladie vénérienne ou ne coexiste pas, ou n'ait pas précédé.

Enfin si la syphilis, si la chancrelle, si la blennorrhagie font défaut, au moins y a-l-il à compter avec un autre antécédent semblable, avec les produits de l'excitation incessante d'organes à qui ici grève et chômage sont interdits ; avec cette vaginite par fourgon?ieme?it, ainsi que la dénommait familièrement Lerminier, le vieux maître de notre vieux classique Andral.

N'oublions pas, d'autre part, que, après tout, ces malheureuses sont des femmes ; que, au milieu de tant et tant d'ocoasions qui le leur rappellent, elles peuvent bien s'en souvenir de temps en temps; que, comme les acteurs les plus blasés par l'habitude, plus d'une fois, elles prennent leur rôle au sérieux, au point — si l'on nous permet la métaphore qui prend le contenant pour le contenu, — au point d'entrer dans la peau du personnage !

Eh bien ! dans ce foyer doublement chauffé à blanc (érolisme et leucorrhée), sur ces organes en état d'hypereslhésie permanente, que vienne agir le molimen cataménial avec l'ébranlement général qui le prépare, avec le degré de dysménorrhée qui ici est en quelque sorte professionnelle, avec l'appétence vénérienne qu'il redouble ou suscite (au point que certaines femmes [ne la ressentent qu'à cette époque) et.... ce qui devait arriver arrive; c'est-àdire l'herpès éclate, non plus hors de son domaine, comme nous l'avons vu tout à l'heure, mais là où tant de causes le sollicitent; non plus à l'état de papules avortées, mais sous sa forme typique, un groupe de vésicules. — Cette lésion, comme espèce propre àune certaine classe sociale, a été amplement décrite ci-dessus (Voy. Herpès féminin, page 128). Aussi n'avons-nous voulu que rappeler ses raisons d'être, que préciser l'ensemble de conditions locales qui favorisent son développement. — Faisons seulement remarquer à quel point cette étude confirme l'exactitude de nos précédentes données étiologiques. Et demandons aux cliniciens si cette transformation progressive de l'expression cutanée du molimen menstruel en une éruption qui se rapproche de plus en plus du type, à mesure qu'interviennent l'un après l'autre les divers facteurs (orgasme, changement de conjoint, accident vénérien), facteurs dont nous avons déterminé le mode d'action, si une telle

transformation, disons-nous, n'offre pas quelque chose de la valeur d'une expérience de laboratoire?

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