‹ Les herpès génitauxChapitre 15 sur 21 · II. Dermatoses par hyposthènie génitale · texte numérisé non relu

II. Dermatoses par hyposthènie génitale

Nous avons tout à l'heure découvert l'artifice admirable que la nature met à rapprocher l'homme du but pour lequel elle l'a créé, l'y poussant non seulement par l'appât de ce qui plaît mais par l'aversion de ce qui nuit.

On connaît en pathologie générale l'influence des causes de ce second ordre, l'influence des causes déprimantes.

Le bacille tuberculeux, on le sait, trouve dans l'organisme humain deux sortes de conditions différant du tout au tout, et chose bizarre, également propices au succès de son implantation dans nos tissus. Tantôt il les envahit après une série de bronchites, de catarrhes, d'aspiration de poussières ou de vapeurs mécaniquement ou chimiquement irritantes. Tantôt, au contraire, le même effet se produit sous l'influence plus ou moins prolongée de la misère, de l'anémie; des excès débilitants, de chagrins profonds et prolongés, toutes causes celle-là de nature hyposthénique.

Eh bien ! soumis aux mêmes lois, les phénomènes se passent sur l'enveloppe cutanée tout comme dans le parenchyme pulmonaire. On vient de voir ce qui

naît clans un terrain génital en brûlante effervescence. Veut-on savoir ce qu'il produit, congelé?

Un type historique, notre immortel transi vient à propos en fournir le spécimen. Dans les mémoires authentiques qu'il a laissés, un homme aussi célèbre par ses rélicences amoureuses que par ses incartades philosophico-sociales, J.-J. Rousseau nous initie à l'état de dépression générale, d'absolue prostration psychique que peut engendrer Yeïïroipost-coïtal.

Sortant, vainqueur malgré lui, des bras d'une courtisane, « je rentrai chez moi, dit-il, si persuadé que j'étais poivré, que la première chose que je fis fut d'envoyer chercher un chirurgien pour lui demander des tisanes. Rien ne peut égaler le malaise d'esprit que je souffris durant trois semaines. — (Trois semaines !... Et s'il eût pu avoir dans sa bibliothèque les Mémoires de Clerc et de Fournier sur les longues incubations!) — sans qu'aucune incommodité réelle, aucun signe apparent le justifiât. »

Mais ce n'est pas tout. Voyez là l'effet de la préoccupation génitale, autrement dit du souci de ce qui peut porter atteinte aux fonctions reproductrices. C'est là un instinct si prépondérant — la nature l'a édicté ainsi en vue de la perpétuation de l'espèce — que, comme la voix du lion au désert, quand il parle, tout se tait autour de lui. Ainsi Rousseau, était un uropalhe, un dysurique de premier calibre, puisqu'il déclare l'avoir été dès sa

naissance; ses infirmités vésicales dans ses Confessions reviennent à chaque page, et revinrent jusqu'à sa mort, ainsi qu'il l'avait présagé lui-même. Eh hien ! une seule fois il eut une trêve absolue, complète à ces malaises anciens, si profondément enracinés; c'est dans le cas dont nous venons de parler. « Après avoir vu la Padoana, dit-il, je me crus mort et n'eut pas la moindre incommodité. » La maladie ici révèle en outre la division, l'antagonisme des deux moitiés d'appareil, que l'anatomie unit dans une même appellation parce qu'elles ont quelques organes contigus et un canal excréteur commun. En effet, plus puissante que « la main de Morand, que les bougies de Daran », la souffrance du génital a pu éclipser, a seule pu éclipser les soufrances de Yurinaire.

« Tout ceci, dira-t-on, accuse parfaitement la profonde impression exercée sur l'organisme et sur les organes, par l'effarement, par la vésanie syphiliphobique. Nous voyons l'effet, nous pressentons où il peut conduire. Mais, en réalité, jusqu'où conduit-il? »

Jusqu'à une lésion non seulement analogue à l'herpès, répondrons-nous, mais que des médecins souverainement autorisés, et dans la circonstance souverainement attentifs, ont appelée herpès génital. Ces éruptions vésiculeuses, causées, créées, parla seule

frayeur d'avoir contracté une maladie vénérienne sont rares, mais indéniables.

Nous en avons nous-mêmes observé un exemple que nous citerions comme type, s'il ne nous paraissait équitable, vu la publicité qu'il a déjà reçue, de donner la préférence à celui absolument analogue, qu'a rapporté M. Mauriac, et qui a été longuement analysé plus haut (voyez IVe observation). De cette observation si probante dans son exposé parfaitement circonstancié retenons seulement ceci :

1° Que ce malade n'était sujet à aucune manifestation diathésique; que rien, par conséquent, du côté des influencés constitutionnelles, n'avait aidé la poussée herpétique ;

2o Que son aventure galante en chemin de fer l'avait laissé en proie à des terreurs dont M. Mauriac donne une idée en nous disant que ce monsieur « était dans une situation telle qu'une maladie vénérienne aurait été pour lui un vrai malheur, et eût entraîné à tous égards les conséquences les plus fâcheuses ;

3° Que l'ulcère qui succéda à ce coït eut, comme lésion locale, une importance assez grande, pour qu'il ait été qualifié par M. Mauriac de large érosion, et pour qu'il ne lui ait pas fallu, pour guérir, moins de dix-huit jours.

Donc, en l'absence de toute autre cause directe ou indirecte supposable, l'impression ressentie par

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l'appareil nerveux central qui préside au fonctionnement du système générateur, a produit une lésion matérielle, dénommée herpès par un connaisseur, et de largeur ainsi que de durée au moins égales à celles d'un herpès génital ordinaire : c'est, pour le moment, tout ce que nous voulions établir (1).

(1) Quoique renonçant à produire le cas tout pareil qui nous appartient, nous ne résistons pas à la tentation d'en mentionner un troisième qui vient de nous échoir. Un homme marié et rentrant de voyage (double foyer de terreurs insondables) jusque-là époux fidèle, voit une femme dans la nuit du mardi au mercredi. Le samedi matin, il aperçoit sur le gland deux petits boutons, tout petits, qu'il croit bien, sur notre demande, se rappeler lui avoir paru pleins d'eau. 11 les brûle aussitôt avec la pierre infernale. Puis comme cela arrive en général, non moins effrayé des effets de la cautérisation que de la lésion cautérisée, il vient nous consulter le mercredi.

On ne voit qu'une surface de brûlure au troisième degré, en voie de cicatrisation, et on lui déclare qu'il n'y a point là de chancre. — « Mais pourtant comment ce mal m'était-il venu? » insiste-t-il. Pour toute réponse, mais pour confesser à fond notre homme, on se met à le prêcher. « Eh quoi! un père de famille?...» — « Ahl ne m'en parlez pas, docteur! reprend-il, les larmes aux yeux! J'ai eu assez de chagrin. Tenez, depuis que j'ai fait ce coup, je ne durais plus; j'étais connue un fou; je sentais le sa?ig bouillonner, m'envahir! Par moments, la sueur vie montait au front! Ce n'est que depuis dimanche que je commence à me reconnaître. »

Dernier et tout récent exemple, 1er février 1886, une jeune femme, devenue depuis six mois névropathe par suite d'une vive émotion (névropathe à maigrir et perdre le sommeil), entend parler par une amie de maladies vénériennes ! Aussitôt elle se figure en avoir une, ressent de violentes cuissons à la vulve, miction douloureuse, irradiations à l'aine, aux cuisses, etc. Fréquentes visites, interrogations réitérées sur ce mal vénérien qu'elle croit avoir et dont nous ne découvrons pas le moindre symptôme.

Après quatre jours passés sans la revoir, nous trouvons, eu haut de la grande lèvre gauche, deux érosions de 2 à 3 millimètres de diamètre, rouges, très superficielles, datant de trois jours, ayant l'aspect caractéristique d'exulcérations d'herpès. Depuis leur apparition, les douleurs, jusque-là continuelles, se bornent à de rares et faibles élancements.—Le nlari, examiné plusieurs fois, sur son instante demande, est sain.

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