HERPÈS GÉNITAL NÉVRALGIQUE
Il n'est que juste de maintenir en têle de celte étude le titre créé par celui qui a donné à cette variété d'herpès son nom en même temps que son état civil. Quelques réserves qu'il puisse nous paraître légitime de faire par la suite sur une dénomination qui semble et prétend impliquer la solution de tant de questions encore litigieuses, M. Mauriac a agité les plus importantes de ces questions avec un tel talent, armé de faits si bien circonstanciés et si exactement appropriés au sujet, qu'on risquerait de ne pas se reconnaître dans cet exposé si l'on s'y hasardait sur d'autres traces que celles de l'investigateur à qui le domaine appartient et par droit de premier occupant et par droit de propriété dûment établie.
Nous allons en conséquence commencer par donner un résumé, sans aucune omission préjudiciable au sens, des quatre observations, à lui person-
nelles, sur lesquelles M. Mauriac a fondé sa doctrine.
Obs. lr0. Homme de trenle-huit ans, bonne santé, nervoso-sanguin, exempt de maladie vénérienne depuis 1861 où il eut la syphilis, laquelle dura trois ans.
Vers septembre 1870, deux poussées successives de vésicules sur la muqueuse prépuliale, à gauche. Indolentes, fort peu enflammées, elles n'avaient causé qu'une cuisson modérée, lorsque vers le onzième jour, sans cause connue, surviennent d'horribles picotements, d'atroces démangeaisons sur le prépuce devenu extrêmement, sensible; douleurs s'exaspérant surtout la nuit, par cinq ou six crises de dix à quinze minutes de durée et qui réveillaient le malade.
Les érosions des vésicules s'étaient un peu creusées et agrandies; adénite. Le malade alarmé, croyant avoir un chancre vient consulter M. Mauriac (le dernier coït datait de huit ou dix jours avant l'éruption); on le rassure.
Le lendemain et le surlendemain (douzième ou treizième jour de l'herpès), malaise, pesanteur des reins, courbature des muscles de la fesse gauche; hyperesthésie et anesthésie alternatives, élancements, chair de poule, courants de froid piquant et de chaleur mordicante de la peau du périnée et des bourses. — Cependant l'herpès, stationnaire comme lésion, faisait rage pour toute sorte de sensations
cuisantes, aiguës, paroxystiques, surtout nocturnes.
Quatre ou cinq jours après, la névropathie gagna les membres inférieurs, notamment le gauche, sous la triple forme : de courbature presque continue des muscles lombaires, fessiers; de traits douloureux, parcourant les régions périnale, fessière, génitale, jambière jusqu'au pied; de perversions multiples et variées de la sensibilité cutanée, aux bourses, aux aines, au périnée, plus agaçantes que les irradiations douloureuses.
Cet état dura près de huit jours, puis se calma à mesure que les érosions balano-préputiales devinrent elles-mêmes moins douloureuses. Mais celles-ci furent longues à se cicatriser; elles durèrent une vingtaine dejours. « La névropathie symptomatique de l'herpès commença le quatrième jour (1) atteignit son maximum d'intensité vers le quinzième et se termina à la fin de la troisième semaine. »
Le malade fit remarquer que les troubles de la sensibilité cutanée variaient selon l'état chaud ou froid-humide du temps. Peu de temps après, en effet, il eut des douleurs articulaires à trois doigts. « Ces accidents rhumatismaux furent très légers; mais n' indiquaient-ils pas que la cause constitu-
(1) Nous copions textuellement cette phrase qui nous paraît cependant m .lùsaccord avec les dates marquées clans les premières lignes de l'exposé.
tionnelle de l'herpès, s'il y en avait une, était de nalure arthritique? »
Un an après, le 14 août 1871, vives douleurs dans les lombes à gauche, prises pour une rachialgie rhumatismale. « La veille ou l' avant-veille, il avait ressenti quelques cuissons au pourtour de l'ombilic, principalement à gauche, au niveau d'un point où, un an (ou dix mois) auparavant, M. Mauriac avait, pour tranquilliser le malade, inoculé la sérosité purulente de ses érosions : il en était résulté une petite papule rouge, qui s'était flétrie au bout de deux ou trois jours. »
Le 16, les picotements ombilicaux deviennent plus vifs. Au lieu de la gêne, du malaise auxlombes, il y a des irradiations douloureuses très aiguës dans la région sacrée et vers la fesse gauche. Gà et là, dans ces régions, larges plaques d'hyperesthésie cul anée.
Le 17, il se forme un disque de rougeur diffuse à gauche de l'ombilic, sur lequel s'élèvent huit ou dix vésicules d'herpès presque imperceptibles et transparentes.
Le 18, elles deviennent purulentes. — Les douleurs lombaire» et ischio-fessières, qui avaient persisté jusque-là, cessèrent tout à coup pour ne plus revenir. — L'herpès ombilical s'éroda, puis guérit en cinq ou six jours, sans causer de nouvelles dou-
leurs. 11 y avait eu adénite très douloureuse dans le ganglion inguinal le plus externe.
En juillet 1872, nouvel accès. Le 17, cuissons vers l'anus, douleurs au membre inférieur gauche. Le 19, elles deviennent extrêmement vives; éclairs de douleur qui se reproduisent huit ou dix fois la nuit, empêchant le sommeil.
Le 20, sur le bord gauche de la marge de l'anus, une vésicule herpétique du volume d'un gros pois. Les douleurs continuent le long du périnée, aux fesses, sur le scrotum. Plaques mobiles d'hyperesthésie cutanée dans ces régions; chair de poule. Douleurs anales crampoïdes, prostato-vésicales et occupont aussi laportionmembraneuse de l'urèthre.
Le 21, les douleurs irradiantes et les douleurs locales diminuèrent et disparurent dans la nuit.
Le 22, courbature musculaire et un peu d'hyperesthésie cutanée au membre inférieur droit. — Au bout de huit ou dix jours, tout avait disparu.
Depuis lors (1) le malade a eu deux ou trois nouvellesatlaques. Le disqueherpétique tantôt à gauche, tantôt à droite sur la muqueuse préputiale, ne comptait pue deux ou trois vésicules. L'éruption était précédée, pendant deux ou trois jours, de troubles variés de la sensibilité dans les parties génitales et dans le membre inférieur correspondant. Vers
(1) Du 22 juillet 1872 au 8 janvier 1876.
DlD.VY ET DOYON.
le troisième jour, la plaque herpétique se constituait; dès l'éruption, les troubles nerveux disparaissaient, puis l'herpès guérissait en huit ou dix jours, ayant provoqué une adénite douloureuse. — Plusieurs fois les douleurs irradiantes se ravivaient durant le cours de l'herpès : alors il se produisait soit une vive irritation des vésicules existantes, soit une ou deux nouvelles petites vésicules à côté du foyer primitif.
Obs. 2. — Le 18 juin 1874, M. B... trente ans,
ayant eu quatre blennorrhagies, toutes compliquées d'arthrites, guéri depuis quelques jours d'une cinquième, consulta M. Mauriac pour des douleurs qu'il éprouvait depuis six jours aux organes génitaux. C'élaient des irradiations lancinantes, qui parcouraient la verge d'avant en arrière, pendant une min te, cessaient, puis se reproduisaient quelques instanls après. Elles augmentaient durant l'érection. Dans les fortes crises, illui semblait qu'on lui arrachait le pénis et les bourses; puis a ce coup très fort succédait un état de malaise et de pesanteur. Ce même état existait aux deux aines. La moitié de la couronne du gland, point où se produisait le maximum de la douleur, était très hyperesthésiée.
« Ces douleurs de nature névralgique étaient survenues après un herpès du fourreau, composé de cinq ou six vésicules, lesquelles étaient en parties desséchées lorsque M. Mauriac examina le malade. »
« Je rassurai M. B., ajoute l'auteur, au sujet de ces phénomènes douloureux qui l'inquiétaient sérieusement; je lui annonçai leur cessation prochaine (1). Je pense que mon diagnostic s'est vérifié, car je ne •l'ai pas revu depuis. »
Obs. 3. — Homme de vingt-huit ans, hloncl, sanguin, a eu la syphilis en 1873, prit pendant deux ans du mercure et de l'iode; en 1874, hlennorrhagie légère.
Le 10 juin 1874, il est pris, sans cause appréciable, d'élancements douloureux, allant du gland aux bourses en parcourant tout le canal, puis en sens inverse. Il crut à une nouvelle blennorrhagie (dernier coït, huit jours avant).
Au bout de deux jours de cet état, il survient rougeur, gonflement, vive sensibilité du limbe. Ce jour (12 juin), M. Mauriac y voit trois ou quatre petites vésicules transparentes ou opalines.
(1) Cela est fort possible; et nous le souhaitons pour le client.
11 est intéressant toutefois de rechercher — et M. Mauriac nous excusera de le faire — quel aurait été son pronostic, s'il avait eu pour l'éclairer dans ce cas, les notions que lui donna, un an après, l'histoire du malade rapportée ci-après dans sa 3e observation. Sachant que dans le zona la douleur est antérieure à l'éruption (Parrot); sachant d'après son expérience que, lorsque plusieurs éruptions d'herpès doivent se succéder à bref intervalle, la douleur entre deux éruptions ne s'apaise jamais que momentanément, n'aurait-il pas appliqué dès lors à son n° 2 ce qu'il observa si bien ensuite pour son n° 3 ; et, au Ueu de le rassurer sur l'avenir, voyant dans ces douleurs persistantes « une phase prodromique et préparatoire », comme il l'écrit si bien, n'eût-il pas opiné plus conformément à sa doctrine en formulant au moins une réserve, en disant au client : « Les douleurs persistent après les vésicules desséchées, après l'éruption éteinte. Veillez: il est à craindre qu'il n'en vienne une seconde I »
Un ou deux jours après, les douleurs, qui s'étaient un peu calmées, reprennent de plus belle et vont jusqu'au périnée, à l'anus, à l'ischion, aux cuisses, s'y reproduisant, fulgurantes, en zigzag, toutes les deux ou trois minutes, au point d'empêcher par moments le sommeil. Le 13, en outre, hyperesthésie sur divers points des membres inférieurs. Ces troubles nerveux, accompagnés de courbature, ne diminuèrent que du 15 au 16.
Le 16 juin, on constate que les vésicules, occupant le pourtour du limbe, le filet, la partie antérieure de la muqueuse préputiale, sont beaucoup plus nombreuses que le 12; l'éruption a donc eu lieu en plusieurs fois. Il y a une érosion d'un rouge très vif sur la lèvre gauche du méat.
A pari ir du 23, les douleurs, qui avaient peu à peu diminué, disparurent. Mais persistance de sensations bizarres, sensation d'un gros tampon de linge entre les fesses, douleur en urinant, dysurie; par places l'anesthésie a succédé à l'hyper esthésie, mais celle-ci persiste très forte au limbe.
Le 30, il existe toujours quelques exulcérations herpétiques, on les cautérise fortement ; ce moyen réussit.
Il est curieux de vérifier, dans ce récit, la concordance de la naissance et de la décroissance des douleurs avec l'apparition des diverses poussées herpétiques; ainsi que celle de l'acuité et de la multipli-
cité des troubles de l'innervation avec l'acuité, l'intensité et jusqu'au siège de ces poussées. Les dates en main, on est vraiment autorisé à dire que la perversion nerveuse donne par ses variations l'exacte mesure de l'éclosion, de la force, du siège des éruptions locales.
Obs. 4. — Un monsieur de trente-huit ans, n'étant sujet à aucunes manifestations diathésiques, eut commerce, le 16 septembre 1877, clans un wagon, avec une personne suspecte. Marié et père de famille, il était en proie à des craintes excessives, lorsque, au bout de quatre ou cinq jours, il ressentit dans la verge une démangaison avec douleur acre, mordicante, qui dura un jour ou deux.
Pourtant ne découvrant rien, déjà il se rassurait, quand, le 22, il aperçut une érosion assez large à l'endroit précis siège des douleurs.
Le 23, il consulte un médecin des hôpitaux, fort habile observateur, qui voit en haut du repli balanopréputial une exulcération à contour irrégulier, large de cinq à six millimètres, sans induration ; pas d'adénopathie ; diminution des douleurs (Bains locaux, poudre d'amidon).
Le 27, même état de l'exulcération, démangeaisons locales, et quelques fourmillements au membre inférieur droit.
Consulté le même jour, M. Mauriac considérant l'aspect de l'ulcère ainsi que les phénomènes dou-
loureux locaux qui en avaient précédé l'apparition, « porta un pronostic favorable, et, tout en faisant quelques restrictions, s'efforça de persuader au malade qu'il en serait probablement quitte pour la peur. »
Les suites donnèrent pleinement raison au jugement de notre savant collègue. Après une série de sensations et de phénomènes nerveux bizarres (picotements, formication, chair de poule, sensation de refroidissement par places au membre inférieur droit, y comprise la fesse), il survint le 2 octobre, un groupe de sept ou huit vésicules d'herpès sur la muqueuse préputiale à 2 ou 3 millimètres, à droite de l'ulcération primitive, ainsi qu'à sa gauche, un deuxième groupe plus petit; persistance des démangeaisons et des troubles nerveux de la peau.
Le 7 octobre, les deux groupes secondaires d'herpès sont presque complètement desséchés et recouverts de petites croûtes assez épaisses. L'ulcération primitive est aux trois quarts cicatrisée. Mêmes symptômes nerveux, auxquels s'est ajoutée une anesthésie circonscrite de la fesse et de la cuisse droite.
Le 15 octobre, l'érosion centrale, c'est-à-dire la première en date — et les groupes satellites sont cicatrisés. Les perturbations de la sensibilité cutanée ont diminué. — Le 25, tout a disparu.
Telle est, représentée dans ses éléments cliniques,
l'histoire de la variété à laquelle M. Mauriac a donné le nom d'herpès névralgique : variété des plus intéressantes, dit-il; et que nous considérons nousmême comme éminemment propre, — indépendamment de l'attention qu'elle mérite pour son compte, — à éclairer plusieurs points importants de la pathogénie des herpès génitaux.
C'est, en effet, le problème de pathogénie que M. Mauriac a spécialement visé. « Dans les cas que j'ai décrits, dit-il, on sera sans doute surpris qu'une lésion aussi bénigne que la plaque herpétique suscite à distance des perversions de la sensibilité, telles que l'hyperesthésie, l'analgésie, l'anesthésie, etc., et en outre des douleurs irradiantes, remarquables quelquefois par leur intensité et la portée de leur jet. Ou bien, interprétant d'une façon inverse l'enchaînement de la corrélation des phénomènes, peutêtre ne sera-t-on pas moins étonné de voir de pareils orages névropathiques aboutir, à quoi? à cette misérable petite plaque herpétique qui semble posséder parfois le privilège de les dissiper en leur soutirant pour ainsi dire leur électricité nerveuse, et leur servir de crise définitive ou temporaire? »
« Reste donc à savoir, dit-il quelques pages plus loin, si cette vésicule est cause ou effetl »
La question étant si nettement posée, les faits instructifs recueillis par le sagace logicien ne pouvaient le laisser hésiter entre ces deux termes. Pour lui,
comme pour nous, c'esl la lésion nerveuse qui est cause.
Elle l'est, d'abord, pour l'excellent motif que c'est elle qui précède. Toujours les douleurs, les perversions de sensibilité sont le signe le premier en date, antérieur même à la cuisson de la région génitale qui sera ensuite occupée par l'éruption ; cuisson la précédant cette éruption, comme pour avertir le malade et le médecin de ce qui va se passer ! Et si l'éruption doit avoir plusieurs poussées successives, ou subintrantes, — ainsi que les observations cidessus en offrent l'exemple, — toujours, trente-six ou quarante-huit heures au moins avant que la vésiculation locale se manifeste, on voit les douleurs extra-génitales reparaître si elles avaient eu le temps de cesser, se raviver si elles n'étaient qu'assoupies, et, soit par leur résurrection, soit par leur recrudescence, annoncer une nouvelle apparition de la dermatose génitale.
La vésicule étant le post hoc ne peut donc être le propter hoc. Mais quel est le hocl c'est là qu'est le hic, dirons-nous très sérieusement. Et c'est ici que commence le travail de disquisition où il faut nous engager et dans lequel il nous est particulièrement agréable de suivre le méthodique et judicieux analyste.
« Les conditions d'existence, les conditions étiologiques de ces lésions cutanées, dit-il, sont des
altérations matérielles qui siègent sur les centres nerveux, sur les ganglions ou sur les nerfs. Il est démontré de la façon la plus évidente, et par l'observation médicale et par les conséquences de certains traumatismes intéressant les nerfs ou les centres d'innervation, que l'herpès et surtout le zoster appartiennent à un ensemble de troubles nutritifs qui se développent à la suite des lésions spontanées ou accidentelles de divers départements du système nerveux. L'éruption vésiculeuse n'est donc plus qu'un phénomène consécutif. Elle traduit un certain état morbide de la nutrition cutanée provenant du trouble qu'entraînent, dans l'innervation trophique, le? processus irritatifs qui attaquent les ganglions spinaux ou le ganglion de Gasser, etc. »
Parmi les autres lésions tégumentaires nées de la même cause, l'auteur cite le glossy skin de Paget; les desquamations, altérations des ongles, décoloration ou chute des cheveux, arthropathies, troubles de l'appareil urinairë, eschares symptomatiques de processus irritatifs dont l'originaire point de départ est dans les centres, ganglions ou cordons nerveux.
Abordant alors directement l'analogie qui exprime le mieux sa pensée, M. Mauriac écrit ceci : « L'herpès névralgique des organes génitaux n'est autre chose qu'une espèce de zona ou herpès zoster », non pas le zona signifiant ceinture, ajoute-t-il, mais en
termes plus généraux el plus exacts, « une affection herpétique consécutive presque toujours à un trouble de l'innervation, qui se manifeste suivant le trajet d'une ou de plusieurs branches nerveuses, par des phénomènes névralgiques. »
Énoncer aussi catégoriquement une analogie devait naturellement conduire à décrire l'objet qu'on a pris pour terme de comparaison. M. Mauriac ne décline point les obligations de cette conséquence. Son incursion dans l'étude anatomo-pathogénique du zoster, outre la sûreté d'induction qui l'a inspirée et dirigée, est on ne peut plus riche de solides matériaux en tout genre. Groupant entre elles et s'appuyant sur les observations de Baerensprung, de Charcol, de Brown-Séquard, il montre d'abord quelles sortes de nerfs et quelles sortes de lésions peuvent dans cet ordre de faits agir sur la nutrition. Puis s'adressant à une source plus précise d'information, il cite des autopsies : celle de Danielssen qui, dans un cas de zona, trouva le sixième nerf intercostal considérablement enflé et rouge, par suite d'une infiltration inflammatoire du névrilème ; — celles d'Esmarch qui, chez un sujet où des groupes de vésicules herpétiques s'él aient formées tout le long du membre inférieur, constata à l'autopsie une infiltration vésiculeuse et une hypérémie du sciatique à sa sortie du bassin ; — celle de Recklinghausen qui, après un zona des 6° 7e et 8e
espaces intercostaux, vit que les ganglions des nerfs intercostaux correspondants étaient augmentés de volume, rouges et entourés d'un tissu cellulaire enflammé ; que entre les lobules des cellules unipolaires qui composent leur enveloppe immédiate, il s'était fait une multiplication des noyaux embryoplastiques et une infiltration de granulations pigmentaires; que les altérations s'étendaient au delà du ganglion jusqu'à la réunion des deux racines; — celle de Charcot et Cottard, de zona du cou, où l'autopsie montra que les ganglions et les troncs nerveux étaient rouges et tuméfiés ; que la lésion consistait en une prolifération conjonctive de la trame lamineuse des ganglions et du névrilème; — celles de Haight, de Weidner, de Wagner, de Wyss...
Passons sur le tribut non moins bien approprié que l'étude des lésions traumatiques herpétigènes lui a fourni sur l'étiologie du zona, tribut où se découvrent la main et l'œil du maître, du perspicace professeur VerneuiL
Or, se demande M. Mauriac, « puisqu'il paraît démontré que les choses se passent ainsi pour les éruptions herpétiques de la face, du tronc et des membres, pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'herpès des organes génitaux?» L'opinion si valable de Baerensprung est conforme à celte manière de voir.
y- DES HERPÈS GÉNITAUX
Hebra, cependant, conteste l'assimilation entre le zoster et l'herpès prépulial :
1° Parce que, dit-il, dans l'herpès prépulial, il n'y a, en général, qu'un groupe et qu'un très petit nombre de vésicules ; — signe que M. Mauriac juge peu important, et que, d'après notre expérience sur l'herpès vulgaire, nous déclarons, nous, très sujet à caution ;
2° Parce que le zoster ne récidive pas et que l'herpès récidive ; — objection à laquelle M. Mauriac répond en invoquant l'influence de prédispositions générales, dissemblables dans l'un et l'autre cas; en tâchant de préciser que « dans le zoster, la dia thèse paraît céder à quelque influence locale plus spécialement concentrée sur tel ou tel nerf; que l'action morbide y gagne en profondeur ce qu'elle perd en mobilité et en récidives; que la lésion nerveuse est fixe et profonde; que c'est un processus irritai if qui aboutit à la formation de nombreuses cellules embryonnaires dans le tissu conjonctif du névrilème. — Kaposi, reproduisant l'objection de Hebra, insiste sur ce fait que la récidive fréquente de l'herpès génital est tout à fait en opposition avec l'unicité de l'apparition du zoster (1);
(1) On cite cependant, mais à titre de rares exceptions des cas de zona récidivant, tout comme on cite des cas de réinfection syphilitique, de retour de certaines maladies infectieuses aiguës qui habituellement ne récidivent pas (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc.). Consulter à ce sujet les deux observations suivantes de M. le Dr Lctulle
3o Parce que, continue Hebra,les douleurs névralgiques sont constantes dans l'herpès zoster et manquent dans le préputial. (La monographie de M. Mauriac paraît une réponse irréfutable à cette objection : mais, comme nous allons le montrer,
(observations sur le zona lombaire ou sacré, secondaire aux affections génito-urinaires, in France médicale, 1881, tome II, pages 662 et 673) sur la signification desquelles nous ne ferons qu'une remarque, c'est que ces éruptions données par l'auteur comme exemple de zona, siégeaient et se reproduisaient clans la sphère génitale. ,
Dans le premier cas il s'agit d'un jeune homme de 19 ans, atteint de blennorrhagie uréthrale qui, au bout de quatre mois, se compliqua de douleurs de plus en plus vives à mesure que l'écoulement se tarit. La miction se fait largement, mais s'accompagne d'une sentation de brûlure très vive dans tonte l'étendue du canal et surtout au niveau du périnée — névralgie uréthrale. Deux mois après, sous l'influence de rapports sexuels, les douleurs pôrinéales qui allaient en diminuant progressivement, s'exaspéraient et s'accompagnaient d'irradiations trèspénibles dans les régions inguinales et lombaires; et deux mois après, apparition dans l'aine droite d'une plaque d'herpès typique; au bout d'un mois tout était rentré dans l'ordre.
Mais deux mois plus tard nouveau coït (*), et le soir mèmenouvèlles crises douloureuses aiguës dans le canal, le périnée, la région lombaire, les aines; et le surlendemain plaque herpétique dans l'aine gauche. Cette seconde fois, même évolution que la première ; l'urèthre est resté très sensible. Enfin après un nouvel intervalle de deux mois, deux larges vésicules d'herpès se développent, sans cause connue cette fois, dans l'aine droite au niveau de la première plaque de zona.
(*) Le coït n'a agi là qu'en exagérant les douleurs, point de départ, cause de l'éruption.
Chez ce malade, chaque poussée herpétique, très probablement déterniinée par le traumatisme et par la congestion intense des organes génitaux qui accompagnent nécessairement l'acte vénérien, a été précédée d'une névralgie uréthrale très douloureuse.
Quant au deuxième malade (63 ans) il souffrait depuis longtemps d'un rétrécissement du canal de l'urèthre pour lequelil se sondait lui-même depuis 6 ans. Dix jours après un cathôtérisme fait avec violence, et suivi d'hémorrhagie, il survint une éruption vésiculeuse à la facepostérointerne de la cuisse droite.
Sis mois plus lard, nouveau zona typique de la cuisse droite, développé comme la première fois sur le trajet du petit nerf sciatique.
Chez ce malade il n'y a eu aucun trouble de la sensibilité ; seulement il éprouve quelques élancements douloureux daus la cuisse droite. Au 11111111,111 delà deuxième poussée d'herpès, il ressentit quelques élancements pénibles daus la fesse et la cuisse droites, en arrière.
y4 DES HERPÈS GÉNITAUX
elle a au contraire une grande valeur si l'on prend le mot herpès dans un sens moins absolu que ne l'entend le professeur de Vienne) ;
4o Parce que l'herpès préputial n'est pas unilatéral, mais apparaît le plus souvent des deux côtés ou sur la ligne médiane : — argument peu grave, selon M. Mauriac, qui fait observer que « si, dans les herpès autres que le zoster, les vésicules franchissent la ligne médiane, elles sont en général plus développées d'un côlé que de l'autre. »
Si maintenant l'on précise, si l'on arrive à Fherpès des organes génitaux, le nuage dès lors paraît moins épais. C'est que le dossier d'enquête s'est enrichi d'une nouvelle pièce, l'élément génital (1); document capital, contenant, soit claire et nette, soit en germe, l'interprétation d'un grand nombre de faits de la cause.
Or, il se passe ici une chose dont on a quelque peine à se rendre compte. Rien d'obscur comme l'étiologie du zona; rien de vague, de confus comme les solutions proposées jusqu'ici (2). Eh bien ! la découverte du zona génital offrait, ce nous semble, un nouveau
(1) La manière d'opérer de cette cause, très complexe, mais d'autant plus active qu'elle est plus complexe, sera ultérieurement l'objet d'une explication en rapport avec son importance. (V. plus loin. Nature de l'herpès progénital.)
(2) Qu'on en juge par cette unique phrase : « La dyspepsie aura une influence dans la pathogénie du zona : d'abord elle produira ou préparera l'état douloureux des nerfs sur le trajet desquels se montreront les plaques duzosterjen second lieu, elle rendra l'individu plus apte à
moyen de pénétrer l'inextricable problème. Mais ce moyen, celui qui l'ayant trouvé, devrait être le premier à l'utiliser, s'empresse de le répudier. En effet, M. Mauriac ne le rejette-t-il pas a priori, lorsque à propos des accidents vénériens qui coïncident avec l'herpès, il a dit que « cette coïncidence est fortuite » ; que si l'herpès a un semblant de parenté avec la blénnorrhagie, les chancrelles simples, ou les déterminations primitives et secondaires de la syphilis sur la verge, ce ne sont là que des « liens d'une causalité tout à fait occasionnelle et locale? » (p. 6). Et n'est-ce pas s'affermir dans ce qu'il nous permettra d'appeler un
subir l'action du froid ou favorisera chez lui le développement de la diathèse herpétique (Parrot). » — Ce n'est pas seulement pour la pathogénie et ce n'est pas d'aujourd'hui non plus que le vague qui caractérise n'importe quelle théorie basée sur l'influence nerveuse, sert de commode passeport à toutes les explications comme à toutes les revendications. Nous en donnerions un exemple, et dontlavaleur ne le céderait à celle d'aucun autre, s'il nous plaisait d'attribuer la découverte de l'action voso-motrice à l'un de nos compatriotes dont l'œuvre date de plus de cinquante ans. Dans un mémoire que publia le J ournal clinique des hôpitaux de Lyon (janvier 1832, p. M) le docteur Foulhioux écrivait: « Il existe un rapport entre les troncs artériels et les parties les plus importantes du système nerveux. — La loi sur les rapports mutuels des artères et des nerfs, ainsi qne le fait de l'union du grand sympathique avec les ganglions intervertébraux peuvent êtré considérés comme les signes des opérations les plus importantes de la vie. — 11 ne faut pas avoir seulement égard aux conducteurs nerveux, mais à ces conducteurs représentant la résultante des organes qui concourent à
Oiématose et de ceux qui concourent à l'innervation. » Assurément
ceci est obscur, archi-obscur. Mais si l'on comprend mal ce que l'auteur a dit, plus mal encore comprendrait-on que cette résultante signifiât pour lui autre chose que l'assemblage sur les tuniques vasculaires de l'élément nerveux etde l'élément contractile, d'où résulte le mécanisme des circulations locales.
J(j DES HERPÈS GÉNITAUX
parti pris, que d'écrire plus lo in : « Dans l'herpès névralgique des organes génitaux, l'influence des maladies vénériennes antérieures m'a semblé à peu près nulle... Nos malades en étaient exempts ou n'en avaient eu qu'à des époques plus ou moins éloignées » (p. 61); alors que les commémoratifs recueillis par l'historien scrupuleux démentent les conclusions du théoricien; alors que des quatre malades qu'il a observés personnellement, l'un avait eu, six ans auparavant, un chancre et des accidents consécutifs; un second, cinqblennorrhagies dont la dernière guérie seulement depuis quelques jours ; le troisième, une syphilis contractée deux ans avant l'apparition de l'herpès (et de laquelle il était encore en traitement à ce moment), plus une blennorrhagie, un an avant son herpès; le quatrième enfin sur les antécédents vénériens duquel le texte ne contient rien, mais personnage sur la sincérité duquel il aurait, en tout cas, été imprudent de compter puisqu'il s'entourait de tels mystères que, de peur de le compromettre, son médecin ordinaire a refusé de se laisser nommer dans le mémoire de M. Mauriac!
En somme, si pour éclairer la question sous ces deux faces, nous cherchons d'abord les circonstances qui paraissent établir une différence entre le zona et l'herpès névralgique, l'existence antérieure d'une lésion vénérienne serait une ce ces circonstances.
Après cette discussion — dans laquelle nous nous excusons d'être intervenu, y ayant trop d'intérêt pour ne pas nous y croire quelque droit, — M. Mauriac, revenant à l'éliologie de l'herpès névralgique, résume ainsi sa conviction. « Il est extrêmement probable que l'herpès névralgique des organes génitaux se rattache à un processus hyperémique qui envahit une étendue plus ou moins considérable du plexus sacré. — Quel qu'en soit le siège précis, toujours est-il qu'il affecte d'une manière spéciale les branches nerveuses qui se distribuent au pénis, aux bourses et au périnée; et comme en même temps, les phénomènes névropathiques se produisent sur d'autres branches, il faut croire que la lésion remonte assez haut, au moins jusqu'à quelques-uns des gros troncs qui constituent le corps du plexus sacré.»
« L'irritation hyperémique du plexus sacré ou de ses branches doit dépendre d'un état général, d'une disposition constitutionnelle de l'organisme sur la nature de laquelle il est difficile de se prononcer. »
« La maladie constitutionnelle qui me paraît réunir en sa faveur la plus grande somme de probabilités est l'arthritisme. »
« Toutes les circonstances étiologiques locales, auxquelles on a l'habitude de rattacher l'herpès, sont incapables de le produire à elles seules et directement. Il n'est pas le résultat immédiat d une irritation locale. La cause accessoire n'agit qu'en suscitant
DlDAY ET DOYON. • n
la prédisposition générale eL en dirigeant son action sur la muqueuse glando-préputiale. Cetle action ellemême n'a de prise sur les tissus que par l'intermédiaire d'un processus hyperémique ou cellulaire qui siège dans le névrilème des nerfs et modifie la modalité fonctionnelle des fibres sensitives et des cellules ou des fibres trophiques. »
La thèse de M. Mauriac nous est actuellement connue dans ses développements de droit, comme dans ses preuves de fait. Il ne reste donc plus qu'une chose à faire et ce n'est ni la moins importante ni la moins difficile : déterminer le sens précis de la formule sommaire sous.laquelle il a énoncé cette thèse.
Or, par ces mots dont il se sert, « l'herpès névralgique est une espèce de zona, » M. Mauriac entend-il que l'espèce est distincte parce qu'elle occupe les organes génitaux? que c'est au fond un vrai zona, une affection n'ayant avec le zona classique d'autre différence qu'une différence de siège?... En ces termes, nous nous rapprochons de lui presque jusqu'au contact; et nous serions charmé de ne faire que compléter sa pensée, en indiquant tout à l'heure les quelques différences de forme qui résultent ici de la différence de siège.
Mais au contraire n'appelle-t-il son herpès névralgique une espèce de zona, que parce qu'il y voit une affection différant éliologiquemenl et symptomato-
logiquement en quelques points du zona classique?... Alors les réserves que nous avons à faire contre une telle manière de voir ne font que devenir plus opportunes; et nous devons les exprimer avec la franchise que commande le sujet et dont est digne un tel
interlocuteur.
Voyons donc, — en se plaçant volontairement d'abord à ce point de vue — quelles dissemblances on peut relever entre lé zona et l'affection décrite
par M. Mauriac.
Une première tiendrait à l'un des caractères du vrai zona, caractère ressortant tant de l'aveu que de l'attitude de ses monographes : ce serait l'obscurité qui règne sur la ou les causes premières de cette maladie. Lisez à ce sujet l'article de Parrot lui-même. Ce n'est pas sans déception, sans un sentiment plus pénible même, qu'on voit celui qui devait mériter d'être appelé un maître, se rattacher, nous allions dire se raccrocher aux refroidissements, à la dyspepsie, aux troubles utérins; mettre en jeu leur influence aussi singulièrement expliquée et groupée (1) qu'arbitrairement invoquée pour expliquer la puis- Ci) Qu'où eu juge par cette unique phrase : « La dyspepsie aura une ilouble influence dans la pathogénie du zona; d'abord elle produira ou préparera l'état douloureux des nerfs sur le trajet desquels se montreront les plaques du zoster; en second lieu, elle rendra l'individu • plus apte à subir l'action du froid ou favorisera chez lui le développement de la diathèse herpétique. »
Ce n'est pas seulement pour la pathogénie et ce n'est pas d'aujourd'hui non plus que le vague qui caractérise n'importe quelle théorie basée sur l'influence nerveuse, sert de commode passe-port à toutes les explications comme à toutes les revendications. Nous en donnerions un
sance du zona dans telle ou lelle circonstance, chez tel ou tel individu.
Une seconde différence, que nous ne ferons qu'indiquer, serait que l'éruption de l'herpès génital est circonscrite aux points de terminaison du nerf affecté, tandis que, dans le zona, on voit éclore des groupes de vésico-bulles, sur diverses parties du trajet de ce nerf.
Une troisième différence consisterait dans les récidives qu'a eues l'un des malades de M. Mauriac, s'il n'y avait pas à présenter sur ce point de significatives réserves que nous formulerons tout à l'heure.
Le moment est venu, en effet, de changer de rôle; et, battant en brèche notre précédente argumentation (que nous n'avons présentée qu'afîn d'instruire contradictoirement, c'est-à-dire à fond, ce procès de haute portée), de plaider maintenant — ce qui est
exemple, et dont la valeur ne le céderait à celle d'aucun autre, s'il, nous plaisait d'attribuer la découverte de l'action vaso-motrice à l'un de nos compatriotes dont l'œuvre date de plus de cinquaute ans. Dans un mémoire que publia le Journal clinique des hôpitaux de Lyon (janvier 1832, p. 41), le Dr Foulhioux écrivait : « Il existe un rapport entre les troncs artériels et les parties les plus importantes du système nerveux. — La loi sur les rapports mutuels des artères et des nerfs, ainsi que le fait de l'union du grand sympathique avec les glanglions intervertébraux peuvent être considérés comme les signes des opérations les plus importantes de la vie. — Une faut pas seulement avoir égard aux conducteurs nerveux inais à ces conducteurs représentant la résultante des organes qui concourent à l'hématose et de ceux qui servent à l'innervation. » — Assurément ceci est obscur, archi-obscur. Mais si l'on comprend mal ce que l'auteur a dit, plus mal encore coinpreudrait-on que cette résultante signifiât pour lui autre chose que l'assemblage sur les tuniques vasculaires de l'élément nerveux et de l'élément contractile d'où résulte le mécanisme des circulations locales.
DES HERPÈS GÉNITAUX lOi
bien notre pensée — pour la complète analogie entre la nature du zona et celle de l'herpès névralgique. A l'appui de ce thème, les considérations suivantes paraissent, du plus grand poids :
A. Les antécédents vénériens qu'on a signalés sur les malades de M. Mauriac étaient, pour la plupart de ces sujets, de date déjà ancienne ;
B. Il n'y a pas, entre les nerfs honteux et d'autres nerfs, les intercostaux, par exemple, une telle parité quant à leur trajet, leurs rapports, leur profondeur, leurs points d'émergence, qu'on ne puisse expliquer par quelque différence de conditions ahatomiques, l'absence en cas d'herpès génital, l'existence en cas de zona, d'éruptions intermédiaires aux deux points extrêmes.
C. Les récidives, — qui sont la règle dans l'herpès génital vénérien commun et le différencient, par conséquent, du zona — ont été, pour l'herpès névralgique, l'exception, la très forte exception; et cela en qualité non moins que, en quantité, puisque chez le sujet qui en a offert (le seul sur quatre, celui de la première observation) les récidives ne consistaient qu'en un groupe de vésicules, une fois presque imperceptibles, une fois en une seule vésicule. — Notons aussi que ces récidives ont été beaucoup plus espacées que celles de l'herpès progénital (cinq seulement en sept ans); qu'elles ont été en diminuant rapidement d'intensité; enfin que, loin de demeurer
circonscrites aux organes génitaux, comme dans le véritable herpès progénital, l'une de ces récidives a eu lieu à l'anus, une autre au nombril.
Les classiques s'accordent sur la non-récidivité, sur l'unicité du zona. Ainsi Hardy dans sa longue pratique a à peine vu deux ou trois exemples de récidive. Kaposi dit aussi que le zona ne récidive jamais et que dans la littérature médicale il n'existe que deux cas de zona survenu deux fois chez" le môme sujet. Il n'en a vu, lui, qu'un seul cas. Besuier et Doyon, dans leurs notes de la traduction de Kaposi, déclarent n'avoir jamais observé de récidive ; ces deux auteurs font même remarquer que le zona récidive infiniment moins que la variole ou la scarlatine.
D. L'herpès progénital se montre indifféremment sur toutes les parties des organes génitaux.
Le zoster, lui, se montre, dans ces régions, presque exclusivement sur la ligne médiane ou dans son voisinage le plus rapproché; il suif loujours les ramifications des nerfs.
E. La durée d'une plaque d'herpès génital est en général de sept à dix jours. Tout au contraire, dans les quatre observations de Mauriac, la durée moyenne des vésicules d'herpès a été de vingt joufs. Dans la quatrième (dont la rédaction laisse quelque obscurité sur ce point) ce serait môme là un minimum.
F. Autre différence bien sensible et dont témoigne nettementle texte de l'auteur que nous analysons. Les symptômes locaux, précurseurs de l'herpès progénital, ne sont qu'une sensation locale, modérée, passagère, de prurit, de chaleur, de cuisson;
Par contre, si on lit attentivement les observations de M. Mauriac, on y relève ce fait important :
Que (hors la deuxième, dont le sujet ne fut vu que plus de quinze jours après l'apparition de son herpès i, on note chez chaque malade deux poussées de douleur, poussées que la date de leur invasion d'une part, que d'autre part, le caractère du trouble névralgique qui les constitue concourent également à différencier. » Ainsi, l'une de ces poussées, véritablement prémonitoire celle-là, reste localisée au lieu de l'éruption; et, quanta l'intensité « ne cause qu'une sensation modérée de chaleur âcre et de cuisson » (obs. 1); que « des élancements douloureux du gland et des bourses » (obs. 2) ; que « quelques démangeaisons dans la verge, accompagnées d'un sentiment de douleur âcre et mordicante » (obs. 4).
Voici donc deux caractères de ce premier ordre de douleurs : localisation, intensité modérée des phénomènes nerveux. De plus, ces phénomènes diminuent en même temps que l'éruption sort. Ainsi : « le 17 août, s'élevèrent huit ou dix petites vésicules d'herpès, presque imperceptibles et transparentes. Le 18, elles devinrent purulentes. Les dou-
leurs, qui avaient persisté jusqu'alors, cessèrent tout à coup pour ne plus revenir (obs. 1 .). — « J'aperçus trois ou quatre petites vésicules transparentes ou opalines. Les douleurs de la verge et des bourses s'étaient un peu calmées » (obs. 3). — « Les démangeaisons et les picotements avaient diminué » (obs. 4),
Jusque-là donc tout, dans cette première poussée, semble conforme au type de Y herpès progénital. Allons maintenant jusqu'au bout.
Soudain, le second ordre de douleurs apparaît. « Les choses changèrent de face » (obs. 1). « Les douleurs lancinantes reprennent avec plus d'intensité et franchissent la limite des organes génitaux » (obs. 3). « Non seulement les manifestations nerveuses deviennent plus accentuées, plus vives, mais encore elles s'étendent » (obs. 4). Dès lors donc, mais seulement alors, surgissent et s'établissent, continus ou alternants, anesthésies, hyperesthésies, par plaques, à distance et mobiles, chair de poule, refroidissements, dysurie, ténesmes, sciatique, douleurs fulgurantes, etc. Dès lors, Y herpès névralgique est fait{\).
G. Quant à l'ensemble de la perturbation nerveuse concomitante, si l'on veut en faire le parallèle
(1) Ce tableau, on le voit, est un portrait pris sur nature. Mais n'estil pas un portrait de famille? En regardant de près, n'y croit-OD point voir — et pourquoi cela ne serait-il pas la réalité?— n'y croit-on point voir deux personnes : deux maladies comme bout à bout; l'être morbide dénommé zona se développant* lasuite età l'occasion de l'être morbide dénommé herpès progénital ?
dans les deux cas, on peut dire que, par son intensité, sa multiplicité, sa durée, ses répétitions, l'accompagnement de troubles nerveux qui figure dans la partition de l'herpès névralgique rappelle bien plus la riche, la surabondante orchestration vagnérienne du zona, que les simples, les maigres accords plaqués de l'herpès progénital;
H. Enfin, tandis que l'herpès progénital abonde, l'herpès névralgique, à l'instar du zona, est une affection comparativement rare. « Du moment que je fus sur la voie de l'herpès génital douloureux, dit M. Mauriac à la suite de sa première observation, je ne perdis pas et je cherchai même l'occasion de l'étudier. Mais j'en rencontrai peu. » Et de fait , il n'en rapporte que quatre cas, qui, de 1870 à 1876, soient venus à sa connaissance personnelle.
Si bien que, en l'état, nous en référant à l'opinion de Greenhough : « Mauriac, dirions-nous avec lui, relate en plein quatre cas qu'il a très laborieusement essayé de prouver n'être ni plus ni moins que des cas de zoster; et il l'a prouvé indubitablement. Mais ce qu'il n'a pas prouvé, c'est que c'étaient des cas d'herpès progénital. »
En somme considérant que le zona est une maladie qui, étiologiquement et symptomatologiquementasonrang distinct, nettement déterminé, et bien établi dans le cadre nosologique;
Que jusqu'ici cette maladie signalée par divers
auteurs dans des régions très différentes (lèvres, cou, bras, lombes, pourtour de l'orbite, pharynx, disons partout), n'avait pas été décrite dans la région génitale ;
Qu'il n'y a aucun motif, connu ni supposable, pour que la région génitale, douée, outre la sensibilité générale, d'une sensibilité tonte particulière en rapport avec ses fonctions spéciales, soit seule exempte du zona (1) ;
Considérant, que la maladie des organes génitaux, parfaitement observée et décrite par M. Mauriac, présente étiologiquement et cliniquement, tous les caractères essentiels du zona;
Que si elle en diffère en certains points, points d'ailleurs d'importance secondaire, et de valeur doctrinale négligeable , ces différences peuvent et doivent être expliquées par l'organisation et les attributions toutes spéciales de l'appareil génital;
Que, à ce titre, pour s'expliquer exactement les divers éléments qui constituent à l'espèce morbide décrite par M. Mauriac sa spécialisation pathologique, il faut tenir compte de ce fait : qu'elle n'est pas seulement un zona de l'appareil génital vivant, mais aussi, et surtout, un zona de l'appareil génital
(1) Assurément, écrivait en septembre 1880 Greenough, il n'y a pas de raison pour que, de toute la surface du tégument, celle du pénis soit seule exempte d'une attaque de zoster. »> En découvrant, après coup, la priorité de notre confrère américain, nous aimons à montrer, par 1 identité de l'expression, que, à lui et à nous, le même argument s'était présenté avec la même force et sous la même forme.
vivant et fonctionnant, et fonctionnant à ses risques et périls.
Considérant, d'autre part, quant h la dénomination d'herpès névralgique, donnée par M. Mauriac a cette maladie, qu'il existait déjà, décrite et généralement admise sous les noms d'herpès récidivant, d'herpès progénital, une autre maladie des organes génitaux; maladie ayant elle aussi son rang distinct en nosologie, maladie que malgré certaines analogies de forme et de siège avec lui, il y aurait inconvénient à voir, par une appellation commune, confondue avec le type morbide de M. Mauriac:
Attendu en somme que ledit type morbide ressemblant par son expression graphique locale à un herpès, est bien par sa nature un zona, zona modifié seulement par les conditions anatomiques et physiologiques du lieu où il s'est développé;
Tout en reconnaissant que M. Mauriac a le premier observé et décrit le zona des organes génitaux ;
Nous estimons que la maladie décrite par notre confrère doit, pour éviter toute confusion, prendre le nom de zona de l'appareil génital.
HERPÈS PHLYCTÉNOÏDE
Sur ce sujet, sinon sous ce titre (1), M. Deletang a résumé dans sa thèse inaugurale (Paris, 7 mai 1885) les idées et l'enseignement de son maître, M. le Dr Boucheron. Bien que l'herpès génital n'y figure que comme l'un des exemples apportés à l'appui de la théorie, ce travail révolutionne, ou prétend révolutionner trop profondément la pathogénie générale de l'herpès pour que nous puissions nous dispenser d'en dire ici quelques mots.
Pour M. Deletang, les éruptions de vésicules phlyclénoïdes, dans le corps humain, proviennent de deux ordres de causes :
Tantôt ce sont des micro-organismes qui s'éliminent par la peau sous forme exsudât fibrinogène ? exsudât qui est d'abord demeuré sous-épidermique (Exemples : dinir/upjnentle microbe de la variole, de
(1) Contribution à l'étude de la pathogénie de l'herpès phhjcténoïde, par le D' A. Deletang (thèse de Paris, mai 1883). Nous n'avous eu connaissance de cette thèse qu'au moment où nos premières feuilles étaient déjà tirées.
la varicelle, de la pustule maligne, du zona; expérimentalement, le bacille du jéquirity, qui injecté sous la peau, produit une désorganisation épiclermique et la chute des poils.
Tantôt ce sont : soit des déchets organiques (ptomaïnes), soit des alcaloïdes (zoamines vésicantes) substances qui, se formant normalement dans l'économie par le processus ordinaire de la vie des tissus, peuvent, chez les sujets arthritiques, quand une circonstance quelconque (émotions, froid, excès) met obstacle à leur expulsion par leurs émuncloires naturels, se frayer d'autres voies d'élimination et engendrer ainsi la vésiculation.
Voici donc établies, d'après la considération de leur mode intime de genèse, deux classes bien distinctes d'herpès : l'herpès microbien, l'herpès ptomaïnique.
Mais une difficulté s'élève, et l'auteur la révèle lui-même, qui, à peine fondée, menace de ruiner cette dichotomie. Les microbes ne sont pas sans provoquer dans l'organisme certaines réactions d;où résulte le dégagement de produits toxiques; les microbes eux-mêmes donnent naissance à des ptomaïnes. De telle sorte que « la question se pose de savoir si l'éruption phlycténoïde est causée par les ptomaïnes fabriquées par l'individu en état de production d'une grande quantité de déchets, ou bien si elle est produite par l'élimination à la peau des ptomaïnes fabriquées par les microbes? »
Puisque la question reste posée, voyons si la clinique nous découvrira un point de vue plus arrêté? Il est permis d'y compter, et l'auteur nous le fait espérer en notant que la 'peau de l'homme a une manière commune de répondre à certains irritants en produisant sous leur influence un exsudât riche en matière fibrinogène qui s'accumule entre les lames de l'épiderme pour former la vésicule...; si bien qu'il y aurait identité de physionomie et même de lésion entre les vésiculations microbiennes ou non microbiennes. »
Voyons donc maintenant, en compulsant les vingtcinq observations rassemblées par M. Deletang, à titre de pièces justificatives, quelles sont les causes capables de produire par voie de vésiculation l'élimination des déchets organiques, et examinons aussi par quel mécanisme selon lui ces causes agissent.
Laissons de côté, comme ne louchant pas à notre sujet, les cas graves, le plus souvent mortels dus à une infection microbienne dans le cours de laquelle la vésiculation microbienne n'est qu'un épiphénomène accessoire, — disons aussi qu'une crise insuffisante; — et venons-en à l'objet précis de ces intéressantes recherches, aux herpès produits par la surabondance de matériaux ptomaïniques dans l'organisme.
Or, cette surabondance, cette plétore peut provenir de deux conditions bien différentes, savoir :
soit de ce qu'il y a eu fabrication excessive de ces matériaux, soit de ce que quelque circonstance en aura entravé l'élimination. — Dans le premier sousordre, l'auteur range, conformément à la théorie, les écarts de régime, nous dirions plutôt, nous, les excès d'alimentation et le surmenage musculaire ou nerveux.
Les écarts, les excès ï... aussi vague explication qu'expression élastique! Quel fond y faire pour baser une théorie? Pour savoir à quelles illusions ceLte voie peut conduire, lisez le premier des cas que M. Deletang cite à l'appui (obs. 7).
B. étudiant en médecine, arthritique de fait et d'origine, a eu une blennorrhée. Il y a deux ans, il eut un chancre mou. Depuis cette époque il ne peut se livrer à un écart de régime sans voir, trente-six ou quarante-huit heures après, une éruption de trois ou quatre vésicules d'herpès au prépuce, dont la durée est de cinq à six jours.
A ce fait, manifeste exemple de ce que nous appelons herpès vénérien récidivant, l'auteur a mis pour titre : « herpès par écart de régime. » Nous serons d'accord s'il nous permet d'intercaler un seul mot : herpès à récidives amenées par écarts de régime.
Trois autres faits échappent à cette objection, aucun antécédent vénérien n'étant mentionné dans leur relation.
Second sous-ordre : défaut d'élimination des pto-
maïnes. Ici il faut distinguer. Les exemples rassemblés par M. Deletang sont aussi démonstratifs que variés. On lira avec intérêt, et l'on n'aura pas achevé sans conviction de lire les observations d'urticaire avec gastralgie, d'herpès fébrile causés par le coït; d'herpès guttural chez une cantatrice à la suite de violente colère et d'excès de chant; d'herpès à frigore, précédés de frissons; d'herpès traumatiques (classés, d'après Verneuil, selon qu'ils siègent soit sur le parcours des nerfs ayant subi une lésion, soit au voisinage du traumatisme, soit à distance) ; d'herpès par choc émotif; enfin d'herpès menstruel (dont nous aurons à tenir compte dans notre article consacré à cette variété).
' Ainsi que nous l'avons dit, l'herpès génital n'occupe ici qu'une place en rapport avec son importance numérique. Néanmoins comme M. Deletang ne propose pas pour lui d'autre étiologie que pour les herpès des autres régions ; comme par conséquent l'herpès génital, selon l'auteur, relève ni plus ni moins que les autres de la doctrine ptomainique, il nous faut bien exposer les fondements de celle doctrine; ce qui nous conduit tout d'abord à rechercher de quel droit elle prétend se substituer à sa rivale.
Une autre explication, en effet, se trouve en possession de la faveur publique. C'était jusqu'ici par une lésion de l'innervation qu'on rendait eomple
des éruptions vésiculeuses; et armée de nombreuses constatations d'altération matérielle des troncs, des rameaux, des ganglions nerveux, faites dans des cas dezona, la science sur ce point semblait inattaquable.
Faut-il revenir aujourd'hui sur ce qui semblait définitivement acquis? C'est la pensée de M. Deletang. Car il n'offre pas de partager. Il ne nie point, à la vérité, dans les cas rapportés ci-dessus, l'existence de lésions nerveuses. Mais, « sont-elles la cause de la lésion cutanée, comme le veulent la plupart des auteurs? Ou bien lésions nerveuses et lésions cutanées sont-elles toutes les deux contemporaines, et toutes deux consécutives à une même irritation morbide? » Selon l'auteur, lésion nerveuse et lésion cutanée ne sont que la conséquence d'un même agent pathogène « qui porte à la fois son action tantôt sur la peau ou les muqueuses seules, tantôt aussi sur les nerfs sous-jacents.» — Et si l'on s'étonne de voir les cordons nerveux faire double emploi physiologique avec le tégument, servir comme lui de voie d'élimination aux microbes, aux ptomaïnes, à toute substance irritante, destructive; si l'on va même jusqu a demander pour quelle raison les nerfs étant reconnus aptes à rendre cet office, tout autre organe, tout autre tissu, notamment tout autre agent de l'hématopoièse en seraient jugés incapables, n'offriraient jamais trace morbide de ce fonctionnement... M. Deletang répond que la lèpre
Do Y ON ; g,
dont on avail fail une lésion trophique et dont, comme telle, on rattachait l'origine à une lésion nerveuse, a été reconnue produite par la présence d'un bacille spécial, et que « l'élimination vers la peau du bacille lépreux peut se faire avec une certaine facilité le long des tubes nerveux qui forment au bacille une voie tout ouverte pour son acheminement à l'extérieur. »
Sommes-nous au bout? Pas encore. Il reste à savoir par quel secret mystère dans certaines conditions (émotions, excès, froid, choc traumatique) l'élimination naturelle des déchets organiques par leur voie naturelle est arrêtée. Heureusement, la chose est toute simple. Pourquoi? C'est parce que « toutes ces conditions sont également propres à déterminer ce que Brown Sequard a si bien étudié sous le nom de phénomènes d'inhibition : fermeture de toutes les voies d'élimination ordinaires, le rein, la peau; et le tube intestinal subissant un état de crispation générale. »
Pourquoi énoncer des explications aussi hypothétiques, aussi vagues et qui ne peuvent l'être que gratuitement. Effectivement, il faut des preuves plus solides, plus directes pour rendre physiologiquementvraisemblableunthéorèmed'unepareilleporlée. Rien ne démontre, dans ces cas, l'oblitération des voies d'élimination ordinaires, rien ne fait supposer que microbes, ptomaïnes, substances irritantes, des-
tructives, etc.. suivent, plutôt que les voies connues d'élimination, le trajet des filets nerveux. Et la fragilité de ces diverses explications théoriques ne se révèle que trop par la facilité et la promptitude avec lesquelles on les voit se supplanter les unes les autres. Du reste, si, comme nos pères, nous inclinons un peu à nous payer de mots quand nous ne comprenons pas, plus qu'eux nous avons le goût, tout au moins la curiosité de la preuve. Aussi l'un de nous, qui peut-être a déjà trop pris la parole, la garde-t-il encore un instant pour poser une question de fait, dont la solution, dans quelque sens qu'elle doive intervenir, ne saurait être indifférente à l'éclaircissement des difficultés précédentes.
Il avait déjà cité le cas d'un entrepreneur de travaux publics, qui, guéri depuis sept ou huit ans de la syphilis (ou du moins n'en ayant eu depuis ce laps de temps aucun symptôme) vit revenir plusieurs larges syphilides impétigineuses du cuir chevelu, huit jours après qu'il eut appris (et avec quelle secousse) l'écroulement d'une importante construction qu'il venait d'achever.
Un autre fait du même genre, mais plus instructif encore par quelques points, est venu, il y a peu de jours à sa connaissance. — Un Américain, âgé de quarante-deux ans, avait eu la syphilis il y a trois ans. Régulièrement traitée par le mercure, elle s'était bornée à la roséole, aux acnés du cuir chevelu,
à quelques plaques muqueuses buccales et génitales. Depuis deux ans il n'avait plus aperçu aucun symptôme, lorsque :
Au mois de mars, il tomba d'une embarcation dans la mer, où il fut sur le point de se noyer. Le soir même de cet accident, il eut un transport de colère violent et prolongé.
Un mois après, il survint un zona intercostal qui fut accompagné, pendant et après l'éruption, de douleurs locales très vives.
Un peu moins de trois mois à partir du jour de l'accident, il se manifesta une série de lésions syphilitiques (pour lesquelles il venait me consulter), savoir: 1° de larges plaques muqueuses de la paume des mains, avec gerçures (symptôme qu'il n'avait pas eu durant le cours de sa syphilis); 2<> syphilides squameuses de la surface cutanée du prépuce, de l'angle péno-scrolal et des bourses ; 3° un ecthyma à chaque jambe. Tous ces symptômes étaient beaucoup plus graves que ceux qui avaient marqué la première phase de sa syphilis.
Or, les fonctions nutritives de cet homme n'avaient subi aucune atteinte à la suite de sa submersion, ni depuis lors. C'est en pleine santé, en plein exercice de sa profession fort active, qu'à sa grande surprise il se vit atteint de zona, qu'à sa plus grande surprise ultérieurement il vit récidiver sa syphilis à laquelle il ne pensait plus.
Eh bien! dans ces d%ux cas, dans le dernier surtout, s'il est vrai que l'émotion n'opère comme agent pathogène qu'en retenant les ptomaïnes dans l'organisme, comprend-on que leur accumulation ait pu se faire pendant trois mois sans déterminer un trouble quelconque de la santé générale ?
Comprend-on que, alors que la cause morbide, avait produit sa décharge au lieu et selon le mode qui sont usuels en pareil cas, c'est-à-dire par la vésiculation et l'appareil névralgique du zona, elle ait, pour sa seconde jetée, modifié ainsi ses habitudes, changé à ce point les caractères morphologiques de sa localisation?
Et pour le dire d'un mot, si l'arrêt des déchets organiques était seul en cause ici, comprend-on que, lorsque les ptomaïnes en voie d'élimination faisaient appel à leur expression habituelle, à la vésiculation, ce soit une forme tout opposée, insolite, un ensemble de lésions spécifiques, qui ait répondu?
Conséquent à ses convictions écologiques et n'oubliant pas que les sujets affectés d'herpès sont toujours arthritiques, M. Deletang termine en traçant un régime diététique dont il a vu l'emploi prolongé être suivi de succès clans deux cas : purgatifs (huit jours avant l'époque, dans l'herpès menstruel), sudations, boissons aqueuses alcalines, exercice, alimentation peu azotée, lait coupé d'eau de Vais, peu ou pas de vin.
A l'appui de ces idées de IHerapeutique diététique, nous consignons le fail snivanl que nous venons d'observer :
On journalier, âgé de quarante-deux ans, nous dit qu'à la suite d'un chancre, il a eu des boulons à la verge, qui lui reviennent de lemps en lemps et durent six à huit jours.
Depuis plusieurs années il a remarqué que pendant les quatre ou cinq mois qu'il passe à Lyon, pour rapporter un peu d'argent au pays, les boulons reparaissent toutes les cinq ou six semaines, parce qu'il se nourrit bien cl mange avec les camarades.
Le reste de l'année, il n'a pas eu une seule attaque, parce que dans son pays, dans les Alpes, il ne mange que cle la soupe d'orge et des pommes de terre el ne boit pas de vin.
Peul-être serait-il juste de faire entrer ici en I iene de compte les occasions de coït (de coïts avec diverses personnes), occasions qui font relativement défaut dans une campagne el foisonnent à la ville.