‹ Les herpès génitauxChapitre 6 sur 21 · DE L'HERPÈS GÉNITAL CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

DE L'HERPÈS GÉNITAL CHEZ LA FEMME

Dans deux des chapitres ci-dessus, nous avons décrit, comme variétés que la clinique nous montre appartenant plus spécialement à la femme : l'herpès irritatif simple et l'herpès diphtéroïde.

Mais X espèce-mère, mais l'herpès qui succède à un accident vénérien et qui récidive indéfiniment, cet herpès-là existe-t-il chez la femme ?

Toute singulière que soit cette question, il faut pourtant l'examiner puisqu'elle a été non seulement posée, mais résolue, dit-on, par la négative.

a Dit-on», écrivons-nous à dessein ; car Greenough, qu'on désigne comme ayant énoncé à ce sujet la dénégation la plus absolue, Greenough dit seulement n'avoir pas observé chez la femme un cas de « regular relapsing herpès progenitalis » (1).

Prenez bonne note, pour l'utiliser tout à l'heure, de ces deux épithètes régulier, récidivant, que Gree-

(1) Je n'en ai vu qu'un cas; « et encore, ajoute-t-il, je ne suis pas BÛr que ce ne fût pas une lésion analogue à la balanile. »

nougk n'a pas probablement placées là sans motif.

C/esl sans doute également sous réserve implicite de la même formule que Duliring a ensuite déclaré n'avoir jamais observé d'herpès progénital chez la femme.

Unna, relevant la dénégation de Grecnough, dit que # les opinions sur cette matière diffèrent selon le champ spécial d'observation où exerce tel ou tel auteur. » Ainsi son expérience, à lui, est basée sur un service de quatre années dans un hôpital de filles publiques. Or, d'après une statistique très complète qu'il adressée, les cas d'herpès sont en moyenne de 7,6 p. 100, et il est convaincu que, « dans quelque pays que ce soit, un médecin chargé de la surveillance des filles publiques, soi I à l'hôpital, soit en ville, trouvera chez elles une proportion d'herpès progénital au moins aussi considérable que celle que lui a fournie son observation.

Unna est dans le vrai el nous verrons bientôt que que la statistique lyonnaise confirme, en effet, pleinement, sur ce point, la statistique hambourgeoise.

Donc Unna a raison, et il l'eût eue pleinement, si voulant trop l'avoir, il n'eût donné l'éveil à la critique. En effet, pour surcroît de preuve, il publie, comparativement à sa statistique des vénériennes, une statistique des vénériens, statistique de laquelle il résulte que dans l'hôpital des hommes vénériens, l'herpès progénilal n'existe en moyenne que chez un

malade sur 175. L'écart, on s'en aperçoit, est considérable. A nos yeux, il est excessif (1). Aussi, en voyant un tel résultai, ressortir du dépouillement des chiffres de notre consciencieux collègue de Hambourg, une pensée se présente irrésistiblement à l'esprit : on se demande si ce peut bien être, si c'est bien dans les deux sexes, la même maladie que Unna a observée?... Question des plus sérieuses, à laquelle la réponse se présente d'elle-même.

Pendant que nous recueillions les documents nécessaires à la rédaction de ce Traité, nous nous sommes adressé à deux confrères, sur la complaisance ainsi que sur la compétence de chacun desquels nous avions un droit égal de compter. A notie question ainsi posée : « Avez-vous occasion de voir chez vos malades des herpès génitaux? » «Oui! ont-ils tous deux répondus ; et tous deux se sont mis à notre disposition pour nous fournir une note statistique. Mais l'un est attaché à lavisite sanitaire; l'autre est médecin à l'Antiquaille. Or, malgré

(1) Selon Unna, cette différence ne prouve qu'une chose, c'est que les hommes des classes pauvres ne vont qu'exceptionnellement à l'hôpital pour un herpès. Cette considération mérite, en effet, qu'on en tienne compte. Mais elle ne saurait expliquer l'énorme différence numérique des cas d'herpès dans les deux sexes. Dans notre clientèle personnelle composée d'une classe qui ne va pas à l'hôpital et qui s'inquiète de ses herpès au point de nous consulter plus souvent que pour chaque récidive de leurs retours, le nombre des herpétiques progénitaux que nous observons est cependant de beaucoup inférieur au chiffres de 7,6 p. 100, lequel a été relevé par Unna chez les filles publiques.

notre appel et nos réappels, nous n'avons rien reçu du premier.

Le second, M. Horand, nous a remis la précieuse statistique ci-dessous qui comprend les cas d'herpès recueillis durant quatre mois dans son service qui compte 180 lils.

Le service de M. Horand, à l'Antiqaille, se compose de trois sections distinctes :

lo Filles envoyées par la police ;

2° Filles entrées volontairement à l'hôpital;

3o Filles el femmes dites dartreuses (dartres, scrofules, lupus, etc.).

Dans la première section : sur 86 malades, 52 sans herpès; 25 affectées d'herpès menstruel génital habituel ; 9 d'éruption menstruelle extra-génitale (sept fois faciale, deux fois aux poignets).

Dans la deuxième section : sur 45 malades, 26 affectées d'herpès menstruel génital habituel; 12 de simple prurit vulvaire sans éruption ; 2 d'éruption menstruelle extra-génitale (faciale).

Dans la troisième section : sur 55 malades, 41 sans herpès; 5 affectées d'herpès menstruel génital habituel ; 5 de simple prurit vulvaire; 4 d'éruption menstruelle extra-génitale (faciale).

Quant aux éruptions extra-génitales : sept fois elles coïncidaient avec l'éruption d'herpès génitaux; sept fois on a noté qu'elles paraissaient deux ou trois jours avant l'époque: deux fois après; cinq fois l'ob-

servation porte seulement : «au moment des règles.» En somme, et sur le point qui nous intéresse : lro section, sur 45 malades, 25 herpès génitaux

mentruels, soit 3/7.

2mo section, sur 45 malades, 5 herpès génitaux

□îenstruels, soit 1 /0.

3m0 section, sur 55 malades, 5 herpès génitaux menstruels, soit 1 j\ \ .

Donc, si comparativement on considère :

Que les sujets de la première section ne sont envoyées à l'Antiquaille que parce qu'elles sont reconnues atteintes de maladie vénérienne ;

Que les sujets de la seconde y entrant librement, plusieurs sans doute sont réellement atteintes de maladies vénériennes, mais beaucoup craignent seulement que le mal pour lequel elles se font admettre ne soit vénérien ;

Que parmi les sujets de la troisième section, une maladie vénérienne figure quelquefois (cela a été formellement noté), mais ne figure qu'exceptionnellement dans leurs antécédents ;

Il suffira de voir à quel point la proportion de l'herpès menstruel génital s'abaisse à mesure qu'on passe de la première section à la seconde, puis à la troisième, pour être édifié sur la part que des accidents vénériens antérieurs doivent prendre clans la genèse de ces herpès, et par conséquent sur le chiffre de véritables herpès progénitaux (identiques

d'origine à celui de l'homme) qui doivent en réalité exister dans le nombre de ceux qu'on dénomme simples herpès menstruels.

Puisqu'une éruption vésiculeuse et récidivant périodiquement peut, chez la femme, se développer par le seul fait de la congestion menstruelle, souvent cette éruption naîtra sans qu'il y ait eu antérieurement, chez la personne qui en est atteinte, d'accident vénérien. Lorsque Unna dit : « l'herpès s'observe aussi souvent chez les prostituées qui n'ont pas eu d'accidents vénériens que chez celles qui en ont eus », il a donc raison (1). Mais il a tort quand il écrit que ceci infirme l'opinion de Doyon et de Greenough, sur la préexistence constante d'un accident vénérien dans le véritable herpès progénital.

Involontairement bien entendu, toute femme, nous venons de le voir, peut par l'herpès menstruel simuler l'herpès vénérien, le simuler à tromper le plus expert. Notre sexe, à nous, est incapable de cette siimiklion : il n'en a pas les moyens! C'est donc courir au devant d'une réfutation aussi péremptoire que facile que de conclure, en ce cas, du particulier (nous pourrions dire de la particulière) au général.

A quoi tiennent, en effet, ces divergences, entre hommes également éclairés et d'une bonne foi

U) Sauf bien entendu les erreurs de fait, très légitimement supposâmes dans toute statistique où les informations ne reposent que sur des témoignages.

égale?... Simplement comme Unna l'a fort bien dit, mais sans l'expliquer complètement, simplement au

milieu dans lequel ils observent.

Le médecin d'un dispensaire de prostituées verra de nombreux cas d'herpès génital féminin, tandis que le praticien le plus occupé, le spécialiste même, pourra passer une année sans qu'il s'en présente dans son cabinet.

Ceci tient à deux causes, d'abord l'herpès vraiment douloureux, l'irritatif, le diphtéroïde, est surtout l'apanage de la classe professionnelle qui peuple les hôpitaux spéciaux. En second lieu, à l'hôpital, aux dispensaires, on visite régulièrement et à fond, on enregistre la moindre éruption génitale. Mais, tout au contraire, quelle femme de notre clientèle songerait à venir consulter pour cette insignifiante éruption dont elle a l'habitude; éruption qui, le plus souvent coïncidant en pleine santé, sans nul antécédent morbide, avec l'époque de ses règles, lui apparaît comme la naturelle et toute bénigne conséquence de cette fluxion périodique normale ?

Nous appelons toute l'attention du lecteur sur celte dernière remarque. Non seulement elle explique pourquoi tel médecin nie l'existence, tel autre affirme la fréquence de Yherpès chez les femmes. Mais elle contient, pensons-nous, la réponse à cette seconde question plus précise et plus importante :

La femme est-elle sujette à l'herpès vénérien récidivant?

Lorsque du même coup il découvrit, baptisa, et dota de la vie légale son chancre mixte, notre ami Rollet fît beaucoup; et il fit plus qu'il ne pensait, peut-être. Il n'a pas seulement ainsi déblayé le champ syphiligraphique, supprimé l'enclouiire qui arrêtait court tout le camp des non identistes, il a ouvert, en pathologie générale, une voie nouvelle aux investigations et au progrès, en montrant par un exemple frappant, expérimentalement vérifiable, ce que peut, et combien est parfois négligée dans nos explications doctrinales, l'action des maladies coexistantes.

Mettant à profit cette donnée, l'un de nous grâce à une inspiration analogue a établi, à son tour, par un exemple non moins approprié, le rôle que des fluxions simples jouent en clinique, pour dissimuler de véritables maladies, pour les masquer ou leur servir de passeport. Nous voulons parler des cas où, sous le couvert de l'incommodité soi-disant insignifiante et partant réputée innocente d'origine et inoffensive d'effet, sous le couvert de l&perte blanche, une femme galante cache une gouttelette de blennorrhagie ancienne, et sans le savoir elle-même, porte à la fois la contagion dans son ménage et le désarroi parmi les vénéréologues !

C'est d'un chapitre tout pareil que l'histoire

de l'herpès féminin nous offre aujourd'hui le sujet.

Évidemment, et on ne saurait trop le répéter au début de la discussion un peu abslraite que ce sujet nous impose, évidemment rien ne peut s'opposer à ce que les femmes aient autant cl herpès pro génital que les hommes. Mais, et tout aussi évidemment, on en a noté beaucoup moins souvent chez elles? Pourquoi?

Ne serait-ce point parce que les observateurs le laissent passer inaperçu, le méconnaissent, masqué qu'il est par l'herpès- menstruel simple, affection si commune chez certaines femmes, et qui justement l'est surtout (grâce à l'excitation génitale professionnelle) dans la catégorie de celles qui, par habitudes ou par professions, sont les plus exposées à contracter l'autre herpès, le véritable herpès progénital vénérien, récidivant?

Nous savons, en effet, que le molimen congestif menstruel constitue une cause si puissante du développement de l'herpès génital — considéré en général — que, à elle seule cette cause suffit pour engendrer un herpès vulvaire (morphologiquement tout à fait identique au vénérien récidivant) chez des femmes notoirement incapables d'avoir été infectées, et qui d'ailleurs ont été constatées indemnes d'accidents vénériens.

Par conséquent, et à plus forte raison cette cause exercera-t-elle son influence, quand il s'agit pour

elle, non pas de créer, mais seulement de déplacer de quelques jours le moment d'apparition d'un véritable herpès progénital vénérien récidivant.

Il faudrait, en effet, oserons-nous dire, supposer aux éléments pathogéniques qui tiennent sous leur dépendance la reproduction successive des poussées d'herpès, il faudrait, disons-nous, supposer dans les actes vitaux de cet ordre une singulière alaxie pour admettre que les deux sortes d'herpès — qui procèdent d'une même altération anatomique — s'isoleront comme exprès l'un de d'autre sousce rapport! Pour croire que, si l'on peut ainsi parler, pendant que l'une des deux jetées éruptives périodiques l'aura accepté, l'autre refusera le secours que lui offre pour son édification, un nisus congeslif également périodique, qui exerce son action aux mêmes intervalles, jusqu'aux mêmes quantièmes, et exactement sur le même théâtre qu'elle.

Précisons l'application de cette manière de comprendre l'enchaînementdes phénomènes. Une femme estarthritiqueetaun accident vénérien: à ce double titre, elle est prédisposée à l'herpès progénital récidivant. Précisons davantage encore. Une femme, affectée de cet herpès récidivant, doit, je suppose, avoir ses règles dans huit jours. Eh bien! si elle avait dû avoir sa récidive d'herpès plus tard, huit jours après ses règles, le molimen menstruel fera avancer de huit jours la poussée vésiculetise. Le fait

inverse, le retard, es! susceptible d'une explication tout à fait analogue.

On sait, d'ailleurs, que l'herpès menstruel simple, tantôt précède le commencement, tantôt succède à la fin de l'écoulement de sang, cela est tout naturel; car la période de congestion locale et générale, sanguine et nerveuse, qui constitue le cycle menstruel, comprend quelques jours avant et quelques jours après le temps pendant lequel a lieu le flux sanguin.

On a rarement l'occasion d'observer l'herpès génital récidivant chez la femme, dans la clientèle particulière, ainsi que nous l'avons déjà indiqué cidessus.

Le fait suivant mérite donc de prendre place ici.

Il s'agit d'une jeune femme de vingt-cinq ans, bien réglée, lymphatique.

En 1878, elle a eu un rhumatisme articulaire aigu, depuis elle est très sujette aux douleurs névralgiques. Déviation utérine, hématocèle il y a un an, constipation opiniâtre ayant amené une fissure qui a été opérée. '

Depuis six ans cette dame a de très fréquentes poussées d'herpès qui viennent en général huit jours avant les règles et presque toujours sur les grandes lèvres.

Nous avons eu l'occasion de voir une de ces attaques d'herpès, c'était bien (quant à la forme) de l'herpès progénilal typique.

DlDVÏ KT DOYON. Q

Chez celle malade l'herpès siège parfois au col utérin et s'accompagne dans ce cas (là, du reste comme dans le lieu de sa localisation habituelle) de douleurs névralgiques très vives simulant des crises de mélro-ovarite.

De plus, il y a deux ans, cette malade a eu une violente éruption de pityriasis rosé.

En somme, selon nous, souvent l'herpès menstruel couvre, dissimule l'herpès progénital. Deux conséquences s'ensuivent :

1» Un médecin, qui, comme le fait celui chargé de la visite sanitaire, n'examine les femmes que hors le temps de leurs règles verra beaucoup moins d'herpès que celui qui peut suivre la même femme pendant un temps correspondant à une successsion d'époques consécutives.

Voulons-nous dire cependant que les choses se passent toujours ainsi? Non certes ; il existe des cas d'herpès progénital féminin apparaissant à distance de deux époques' (1), de même qu'il existe des cas d'herpès menstruel sans antécédent vénérien. Nous sommes satisfait si, grâce à notre hypothèse, on s'explique mieux pourquoi le nombre des véritables herpès progénitaux paraît comparativement si considérable chez l'homme, et si on nous reconnaît le

(i) Un observateur sur l'exactitude duquel on peuteompter, M. Spillmau, nous écrit que, sur le nombre d'herpès génitaux qu'il a vu chez la femme) un cinquième existaient hors de la période menstruelle;

mérite d'avoir indiqué où, commenl, en démasquant quelles embûches naturelles, il faut les chercher chez les femmes.

En disant chercher, nous entendons, et ne nous en cachons point, nous entendons souvent deviner, par5 fois même supposer. Entre l'herpès menstruel simple et l'herpès progénital, il n'y a de différence ni quant à l'aspect, ni quant à l'évolution. Objectivement ils se ressemblent. Les seuls caractères différentiels du véritable herpès sont qu'il a été précédé d'un accident vénérien et qu'il récidive. Or, l'élément cataménial impose l'allure récidivante et même périodique à l'une ainsi qu'à l'autre des deux variétés d'herpès.

On voit que si notre explication n'invoque en sa faveur que des vaisemblances, c'est que, de par la nature il lui est matériellement impossible, il lui est interdit de faire mieux.

Un seul concours de circonstances permettrait de la faire bénéficier d'une vérification clinique positive. Ce serait le cas suivant : une prostituée exerce son métier depuis plusieurs années sans avoir eu l'herpès menstruel. Elle contracte un chancre. Depuis lors seulement, et sans que ses habitudes, sa santé, sa fonction menstruelle aient subi de modifications, elle a chaque mois une poussée d'herpès.

Eh bien ! ce programme se trouve réalisé deux fois clans le nombre des observations que M. Ho-

rand nous a communiquées. Chez une fille publique réglée à quatorze ans, l'herpès menstruel n'apparut qu'à partir d'un chancre qu'elle contracta; et depuis lors l'éruption vésiculeuse se manifeste régulièrement, la veille de chaque époque, à la partie interne des cuisses. Chez une autre, de la section des dartréuses, — il est noté que l'herpès menstruel n'existe que depuis un an, à compter du début chez elle de la syphilis.

Est-ce à dire que nous tenions ces deux faits pour les seuls où une maladie vénérienne ait agi comme cause de l'herpès génital qui coïncide avec l'époque menstruelle? Non, assurément : nous les avons seulement cités comme spécimens frappants, comme exemples où l'existence et l'influence de cette cause ont pu être bien constatées par les détails précis de l'observation ; mais nous ne doutons pas que de semblables relations de cause à effet ne se reproduisent très fréquemment, quoique fort souvent à l'insud'un observateur moins éclairé.

L'herpès menstruel n'est pas le seul qui masque l'herpès progénital.

Cette propriété appartient à une autre variété d'herpès ; elle y est même désignée par des indications tellement précises qu'on s'étonne que l'ingénieux monographe de cette variété nous ait laissé l'honneur delà découverte. Dans la description de ces herpès féminins que nous avons appelés dipkté-

roides, M. Bruneau marque deux formes : l'herpès confluenl el l'herpès discret. Or, pourquoi deux formes distinctes? Pourquoi ne pas se borner à noter que l'éruption est tantôt plus, tantôt moins large, enflammée, lente dans sa marche, suscitant plus ou moins de réaction nerveuse ou inflammatoire? C'est qu'il y a entre les deux formes, quelque chose de plus qu'une différence de degré; et l'auteur donne le trait qui les sépare, en spécifiant que, clans son herpès, c'est la forme discrète qui est suivie de récidives. Or, l'herpès progénital vénérien récidivant toujours et étant le seul qui récidive, par là est démontré ce à quoi l'on devait bien s'attendre, c'estcà-dire que parmi les herpès que M. Bruneau a décrits, il y a eu un certain nombre de véritables herpès progénitaux appartenant à notre espèce typique à celle pour laquelle est faite la dénomination d'herpès progénital vénérien récidivant.

En renvoyant de nouveau aux deux chapitres 111 et IV — de Y herpès irritatif et de Y herpès diphtéroïde — nous pouvons borner à ce qui précède l'histoire de l'herpès féminin. L'interprétation que nous avons avancée livre un champ nouveau aux investigateurs qui sont placés dans des conditions propices pour la soumettre au contrôle clinique. Et en ce qui nous

concerne, après avoir ouvert la voie, il nous convient d'attendre.

Quant aux autres parties de la description de l'herpès menstruel, il faut distinguer :

Dans le cas qui se présente à vous, s'agit-il d'un simple herpès menstruel? Il passera de lui-même, sa durée est éphémère, son pronostic bénin, son traitement nul. — . Quelques circonstances, au contraire, autorisent-elles à soupçonner que, sous celle éruption, il existe un herpès vénérien récidivant? Alors appliquez-lui, — en cas d'erreur, il n'y aura ni danger, ni inconvénient, — appliquez-lui les remarques diagnostiques, pronostiques, etc., et les règles de traitement que nous allons maintenant exposer en faisant Y histoire empirique de l'herpès progénital de F homme.

L'HERPÈS PROGÉNITAL VÉNÉRIEN RÉCIDIVANT.

Définition. — Cette forme — qui, morphologiment, peut être donnée comme type de l'herpès génital — est essentiellement caractérisée par une dermatose le plus souvent vésiculeuse, parfois érythémateuse, toujours circonscrite à un point limité de l'appareil génital; dermatose survenant à la suite d'une maladie contagieuse de cet appareil, et s'y reproduisant ultérieurement, sans nouvelle cause semblable, sous forme de reprises multipliées, indéfinies, en quelque sorte, le plus souvent égales en durée; lesquelles sont séparées les unes des autres par une période où l'on constate un état d'intégrité absolument normale du tégument.

Description. — Deux traits, on le voit, distinguent cet herpès génital : éruption, série d'éruptions. L'ordre à suivre se présente donc tout naturellement : décrire d'abord l'éruption dans les phases successives qu'elle parcourt de son commencement

à sa fin ; puis décrire la série, telle qu'elle es! engendrée, naît, dure et s'éleint. Ce plan dicté par la nature ne se réclame pas à moins juste titre de l'assentiment d'une saine philosophie : seul il met aux mains du nosographe, une somme de matériaux de quantité et de qualité suffisantes; seul il lui permet, dirons-nous avec l'école de Montpellier, de pouvoir passer ensuite par une transition justifiée, de la notion de la maladie à la conception de Y affection.

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