I. L'éruption
De sa première origine à son complet effacement elle ne compte pas moins de cinq périodes. Examinons-les successivement ; et , pour animer celte froide énuméralion, empruntons le langage de la science qui saille mieux colorer ses nomenclatures; emprunt d'autant plus licite que, dans la voie où le progrès s'engage de plus en plus, ce style figuré, simple métaphore aujourd'hui, est en passe de devenir la vérité — la vérité expérimentale — de demain... ou detout à l'heure.
Donc : période d'ensemencement; période de germination; période d'éclosion; période de floraison; période de dessiccation.
Ensemencement. — Le point de départ de l'herpès est une maladie de l'appareil génital. En d'autres termes, pour que cet herpès-là se développe, il faut
qu'il ait préexisté une maladie des organes génitaux.
Mais quelle maladie? Nous répondons immédiatement une maladie vénérienne.
Mais, comme les vénériennes s'observent là incomparablement plus souvent que toute autre, ne pourrait-on pas alléguer que, si le clinicien les trouve comme antécédent obligé de l'herpès, c'est seulement et justement en raison de leur prédominance numérique dans cette région?
L'objection repose sur une déduction plausible; et pourtant nous refusons de l'accepter, nous refusons même de la prendre en considération si on lui laisse son sens absolu. Quelque faible que soit le nombre des maladies non vénériennes de l'appareil génital relativement à celui de ses maladies vénériennes, les premières cependant existent, tiennent leur place dans le cadre nosologique. Sans parler des traumalismes, la balanile soit herpétique, soit inflammatoire ou diabétique, le paraphimosis congénital, les leucites simples ou suppurées, les végétations, les fistules urinaires, les kystes du cordon, les tannes enflammées et ouvertes, les foyers tuberculeux abcédés du scrotum, etc., engendrent à la surface cutanée et muqueuse génitale une irritation aussi intense et au moins aussi prolongée que peuvent le faire un chancre ou une chancrelle, dont la durée totale ne dépasse point ordinairement six semaines.
Et cependant, par quelque cause et à quelque
degré qu'elles produisent de l'irritation pendant leur cours, jamais on ne voit de semblables lésions être suivies de l'herpès récidivant (1). D'où cette conclusion que l'observation vérifie de façon à l'imposer à toute contestation théorique :
L'herpès récidivant n 'est engendré que par des maladies vénériennes, c'est-à-dire que par des maladies résultant de l'action d'un principe contagieux.
Germination. — Les choses se passent dans l'organisme vivant comme dans le sol végétal. Pour que la graine lève, il ne suffit pas de l'avoir semée : il faut — nous les examinerons plus tard — il y faut les conditions de terrain. En supposant qu'elles aient existé propices, voici ce qu'on observe :
Au bout d'un temps d'incubation sur lequel nous reviendrons (2), et que ce soit du premier accès ou d'un des accès ultérieurs qu'il s'agisse, la région où doit siéger l'herpès devient le siège d'une sensation anormale, signe avant-coureur, prémonitoire, qui bien rarement fait défaut. C'est une sorte de légère cuisson, de prurit (3).
(1) La vésicule pénienne qui existe presque toujours dans la gale, est bien une lésion résultant de' contagion. Mais bien qu'elle persiste parfois longtemps chez les sujets qui négligent de se traiter, nous, n'avons jamais constat qu'elle ail donné lieu à l'herpès récidivant.
(2) La longueur de cette incubation ne nous a pas semblé varier en proportion soit de la durée, soit du degré d'inflammation, soit de la nature (chancrelle, blennorrhagie, chancre,) de la lésion, primitive qui
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(3) M. Mauriac signale la brièveté de cette mention. Mais il n'y a pas de notre faute. Devions-nous en écrire plus qu'il n'y en a, plus que nous n'en avions observé? Il a pu, pour un motif identique,
Chez quelques malades cette irradiation névralgique s'étend à divers points, au scrotum, aux cuisses, au périnée; elle retentit jusqu'aux ganglions correspondants : et ce n'est pas là qu'elle est le moins inquiétante, j'entends inquiétante pour les malades timorés. L'un d'eux, ancien client de Ricord, et soit-disant connaisseur en cette matière, voulait absolument parier avec nous qu'il allait, sous huitaine, avoir un bubon strumeux ! La prétendue montagne accoucha d'une vésicule.
Cette période prodromique, ordinairement de deux ou trois jours, peut se prolonger jusqu'à quatre ou cinq; dans ce cas, elle prend plus d'intensité.
Eclosion. — Au milieu de ces sensations, légères quoique bien distinctes, de ces coups d'épingle névralgiformes, dont l'hypocondriaque syphiliphobe fait si souvent un coup de poignard, l'éruption paraît. Elle paraît et tout rentre clans l'ordre; sinon immédiatement, au moins sitôt les vésicules à demi-formées, ou si l'on aime mieux, sitôt le semis sorti de terre. Dès lors se dissipent les douleurs qui, comme
il a dû s'étendre sur les troubles variés de l'incrvation, lui qui n'a publié que des cas d'herpès névralgique. Pour nous, décrivant non pas comme lui une variété exceptionnelle, mais la forme la plus commune, l'herpès génital vulgaire, nous n'avons indiqué qu'une douleur faible et ordinairement localisée, parce que tout se borne en général à cette petite perturbation. C'est aussi ce qu'a vu et ce que déclare formellement Greenough.
t Pour en revenir à mon expérience personnelle, dit cet exact observateur, je n'ai jamais vu un seul cas où il y eût quelque chose de semblable a une douleur névralgique ayant soit précédé, soit accompagné, soit suivi l'cfflorescence. »
celui-ci, précèdent tout enfantement. Voilà pour le physique. Quant au moral, l'ennemi se montrant, l'inquiétude que suscitait l'imminence d'un mal inconnu s'est évanouie... parfois hélas! pour faire ensuite place à des terreurs d'un autre genre, dont nous aurons plus loin à tenir compte; mais de même que le malade, le nosologiste n'a plus désormais à s'occuper que de la lésion locale.
Floraison : Période d'état. — Cette lésion, dans la très grande majorité des cas, consiste en un assemblage de vésicules, nettement séparées les unes des autres, mais agglomérées au nombre de quatre ou cinq sur un espace de 8 à 10 ou 15 millimètres de diamètre; c'est là ce qu'on appelle un groupe. Ces vésicules contiennent un liquide ordinairement transparent, parfois un peu lactescent , même dès le début. Mais détaillons chaque trait de ce tableau, qui est le portrait de l'éruption typique.
• Quand on assiste au premier développement de l'éruption, ce qui frappe les. yeux est tout d'abord une plaque ronde ou ovale, de un centimètre à un centimètre et demi de diamètre, de couleur rouge et constituée par un tissu un peu tuméfié, comme très légèrement œdémateux. C'est sur ce fonds qu'on voit ensuite surgir plusieurs points d'un rouge plus vif, destinés à devenir, par leur accroissement ultérieur,
des vésicules.
A mesure que le processus s'accomplit, l'injection
vasculaire qui constituait la plaque originaire, se circonscrit autour de chacun des points isolés, c'est-àdire des petites papules naissantes, de manière à leur former une auréole. Aussi dès que ces papules sont devenues distinctes les unes des autres, on les voit — chacune entourée de son auréole — reposer sur une surface tégumen taire (peau ou muqueuse) qui, soit autour du groupe, soit entre les auréoles des vésicules, est de couleur et de consistance absolument normales. Les points saillants, en douze heures, ont pris couleur, sont devenus des papules, auxquelles, au bout de vingt-quatre autres heures, le soulèvement de l'épiderme aura donné la forme de parfaites vésicules.
J'ai dit que ces vésicules sont séparées les unes des autres, cet énoncé ne suffit pas; car il faut l'entendre non seulement de la vésicule elle-même, mais de l'auréole rouge qui l'entoure. Même lorsqu'elles sont voisines, presque juxta-posées, il existe au début, un espace tout petit, mais très perceptible de tégument sain entre deux vésicules, et entre l'auréole de deux vésicules adjacentes.
Le liquide inlra-vésiculaire, d'abord transparent, plus rarement déjà un peu lactescent, conserve à peu de chose près sa coloration, sa consistance, mais il augmente de quantité jusqu'à ce que, trop distendue ou déchirée par le grattage ou par un frottement quelconque, la pellicule épidermique donne issue au
(luide qu'elle contenait. Mais à partir de ce moment, les caractères objectifs de la lésion sont différents selon qu'elle siège sur le tégument cutané ou sur le muqueux.
Us varient, en effet, ainsi que sa durée, selon les individus, selon la forme vésiculeuse ou érythémateuse de la lésion iniliale, selon que cette lésion se transforme en croûtes ou en ulcères; ils varient surtout selon le mode de traitement adopté et selon l'absence ou la nature des soins hygiéniques reçus.
Mais en général, à part ces variations, — qu'il faut connaître afin d'en tenir compte et de pronostiquer en conséquence, — rien n'est plus réglé que la forme et le décours habituels de la lésion herpétique. Quatre-vingt-dix fois sur cent, c'est une vésicule ; et quatre-vingt-dix fois sur cent, à moins qu'on ne la tourmente, elle se termine en cinq ou six jours par une petite croûte, qui tombe elle-même en quatre ou cinq jours.
Les variétés, nous le répétons, sont utiles à connaître. Mais il importe non moins de spécifier que ce ne sont que des exceptions, et qu'il ne faut pas leur donner d'autre valeur ; il importe au contraire de signaler, dans l'éruption récidivante, la forme vésiculeuse qui est de beaucoup la plus commune et qui le serait encore plus pour l'observateur s'il lui était donné, comme les spécialistes en ont fréquemment l'occasion, de la voir, de la surprendre dès
son origine. Très ordinairement, en effet, les malades ne songent à venir consulter pour ce bobo, qu'après l'avoir vu persister quelques jours (surtout s'il prend alors l'aspect, plus inquiétant pour eux, d'une érosion) ; et le médecin, non prévenu, peut et doit penser que c'est par une érosion que le mal a débuté. Mais s'il veut s'éclairer sur ce point, les récidives assurées du mal lui en offriront assez le moyen. Qu'il invite donc le porteur à revenir lors de la prochaine occasion, dès qu'il aura vu pointer quelque chose, et sans l'avoir gratté, ni cautérisé, ni pansé d'aucune façon; il sera alors édifié sur la nature réelle de la lésion anatomique primordiale.
Ce n'est pas que quelquefois, quoique beaucoup plus rarement, le point de départ ne soit différent. Nous avons parlé de la forme érythématcuse. Mais d'abord celle-ci ne s'observe que sur les muqueuses, et sur un segment de cet ordre de membranes qui est en contact habituel avec une autre muqueuse (prépuce, anus, urètre, petites lèvres), ou sur une muqueuse que le défaut de soins de propreté laisse recouverte de matière sébacée; et surtout quand elle est sujette à des inflammations de cause accidentelle oudiathésique (balanite), qui augmentent la sécrétion de cette matière. C'est dans ces conditions tant topographiques que constitutionnelles que la lésion initiale, faisant exception aux caractères généraux que nous lui avons assignés, se présente sous l'aspect
d'une inflammation" Nous n'avons point par conséquent, à en décrire les caractères. Il suffit de faire remarquer : 1° quant aux phénomènes extrinsèque-, que les mêmes sensations névralgiques en annoncent l'apparition; 2o quant à son signalement objectif, que, comme le groupe d'herpès vésiculeux, la plaque érythémateuse n'occupe qu'un espace restreint, est nettement limitée par une circonférence; que, par conséquent, alors même qu'elle serait survenue au milieu d'une surface préalablement enflammée, on distinguera toujours, l'érylhèmeherpétique, la lésion destinée à récidiver, d'avec la zone enflammée qui l'entoure. La faculté de faire celte différenciation tient à l'acuité, à la vivacité de teinte plus grande, qui appartient au produit du processus de nouvelle formation, à la limitation en quelque sorte encerclée de cet élément surajouté, enfin à sa durée beaucoup moindre; et disons aussi, quoique ici le malade seul puisse nous renseigner, qu'on la distingue par la nature de la sensation qui annonce la poussée de la plaque de balanite récidivante, sensation toute différente de celle qui accompagne durant son cqyfs entier la balanite vulgaire.
Quel est le siège de l'herpès par rapport à la lésion vénérienne, à l'accident primitif qui l'a engendré? L'herpès apparaît, en général, non pas sur, mais au voisinage, et au voisinage très rapproché de l'emplacement que la chancrelle occupait.
Pourtant il y a des exceptions, cl elles ne sont pas rares; mais elles se remarquent plutôt en ce qui concerne les poussées ultérieures, ainsi que nous le verrons plus loin.
Toutefois, et môme pour la première, il s'observe, dans certains cas, comme des jetées excentriques. Par exemple, en même temps qu'un groupe se montre sur le reflet du prépuce, à la couronne du gland, aux petites lèvres (lieux d'élection des herpès ainsi que des chancrelles) on en découvrira un second sur le fourreau, au pénil. Mais, en général, le groupe aberrant est moins bien formé que le central : il ne se compose que de une ou deux vésicules : c'est une simple ébauche.
Dans d'autres cas, le voisinage de l'ancienne cliancrelle — ce qu'on peut appeler le foyer des herpès récidivants — offre deux groupes complets, chacun de trois, quatre ou cinq vésicules, groupes situés à quelques centimètres l'un de l'autre, soit contemporains d'origine, soit nés à deux ou trois jours d'intervalle; d'ailleurs évoluant chacun pour son compte, selon les mêmes lois, aux mêmes termes, c'est-à-dire le second finissant trois jours après le premier, s'il a commencé trois jours après.
Abstraction faite de l'influence exercée par les causes excitantes, locales ou générales (dont il sera fait mention plus loin) la durée de cette période est assez régulière. Elle comprend, en moyenne, cinq
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ou six jours, comptés à partir de l'apparition delà papule ou du pointillé initial jusqu'au moment où tout va se borner à une desquamation sèche el indolente.
Pourtant, dans quelques cas, en dehors de toute cause aggravatrice appréciable, l'éruption, sans pour cela prendre un caractère différent, se prolonge du double ou du triple. En voici un des plus caractéristiques exemples qu'il nous ait été donné d'observer.
M. S. T..., homme de trente-six ans, récemment guéri d'une ehancrelle contractée avant sonmariage, est le sujet de celle exception. Très pieux, ne cohabitant, — j'en suis certain, — qu'avec sa femme, également 1res pieuse, il voyait, tous les deux mois, survenir au même point vers le limbe, des vésicules qui bientôt faisaient place à de véritables ulcères de 10 à 12 millimètres de diamètre. Ces ulcères avaient, moins la profondeur, la plupart des caractères delà ehancrelle; ils duraient une quinzaine de jours. Mais comme j'en ai plusieurs fois inoculé le pus sans succès, comme, d'ailleurs, il serail ridicule de supposer que, contre ses dénégations formelles, contre toutes les vraisemblances, cet homme, pendant près de dix-huit mois que je l'ai observé, s'exposât tous les deux mois à contracter de nouvelles chancrelles, il faut bien admettre que c'étaient là de véritables herpès à durée tout à fait insolite. Notons que
sa femme avait une leucorrhée des plus rebelles. (De l'herpès récidivant des parties génitales. Doyon. 1868, pages 20 et 21.)
Dessiccation. — Qu'elle s'opère visiblement dans les régions couvertes, ou sous une croûte dans les régions exposées, la formation de la pellicule cicatricielle suit un mode identique. A moins de frottements accidentels, de nettoyages intempestifs, de pansements irritants, le processus curatif local est aussi régulier qu'il est rapide; aussi peut-on justement dire de cette lésion que le meilleur moyen d'en hâter la fin est de n'y pas toucher.
Et cette fin obtenue sans effort le sera sans laisser de vestige. Un septénaire s'étant écoulé en sus du temps nécessaire et suffisant pour l'entier parachèvement de la desquamation terminale, vous ne découvririez nulle trace de cette vésiculation qui fut d'abord acuminée puis érosive. Les souvenirs seuls du malade peuvent faire reconnaître le lieu où la scène pathologique s'est passée.
Ce qui précède est le portrait d'une éruption d'herpès abandonnée à son cours naturel. Bien conduite, eile guérit peut-être un peu plus tôt; mal Imitée, certainement un peu, quelquefois beaucoup plus tard. Mais, une guérison rapide, et en tout cas une guérison spontanée, est la règle.
Notons aussi que la forme, soit vésiculeuse, soit
plus rarement érythémaleuse, reste une et identique, depuis le commencement, de l'éruption. L'herpès, tel que nous le connaissons et venons de le décrire, peut exister, coexiste souvent avec d'autres dermatoses; mais sa lésion anatomique ne se transforme pas sur place.