‹ Les herpès génitauxChapitre 9 sur 21 · C. Poussées consécutives · texte numérisé non relu

C. Poussées consécutives

1 0 En quoi les diverses poussées diffèrent-elles les unes des autres?

Chacune, en elle-même, ressemble à la première par les traits essentiels et toutes ensuite, sous ce rapport, se ressemblent entre elles. Mais leur succession est-elle assujettie à un ordre régulier? L'intervalle qui les sépare est-il toujours le même? La durée propre à chacune esl-elle invariable? El si elles offrent à l'un ou l'autre de ces points de vue quelques différences, quelles en sont les causes?

À ces questions, après avoir noté que les accès tendent à s'espacer à mesure qu'on s'éloigne du début de la maladie, notre première réponse sera une comparaison, inattendue sans doute, mais qui renferme une pari notable de vérité. On prendra une idée assez exacte de la série des attaques d'herpès, en la comparant à une pièce en plusieurs actes; pièce clans laquelle, — aucun spectateur n'est sans l'avoir remarqué et aucun régisseur n'en ignore les motifs — dans laquelle il est d'usage que chaque eiitr'acte soit

d'autant plus prolongé que l'acte précédent a été plus important.

C'est en effet ce qu'on observe aussi dans le drame dont la cliancrelle est ordinairement le prologue. L'intervalle réglementaire entre ses actes est, nous l'avons dit, de deux mois. Mais, par une cause indépendante de l'intervention médicale, l'un des accès al-il duré plus longtemps que d'habitude ? Dix ou douze jours au lieu de cinq ou six?... Attendez-vous alors à ce que l'accès suivant soit en retard de trois ou quatre semaines.

Mais d'autre part, de même que, à la scène, un entr'acte est quelquefois prolongé, non pas pour laisser reposer les artistes, mais pour donner aux machinistes, habilleuses, poseurs d'accessoires, etc., le temps de préparer l'acte suivant, plus chargé de mise en scène, de même, lorsque après deux ou trois accès de durée, de gravité, d'espacement ordinaires, vous voyez l'accès suivant tarder d'un ou deux mois, comptez et prédisez, sans crainte d'erreur, que cet accès-là va avoir un degré d'intensité proportionné à la durée de son retard.

Bien entendu, pour que ces calculs tombent juste, il faut que les événements, dont ils fixent soit la date, soit la force, n'aient été exposés à subir, en dehors de la marche naturelle du mal, l'effet d'aucune influence accélératrice ou retardatrice. Ceci nous conduit à rechercher :

DlDAY ET DOYON. ] ] .

it)2 DES HERPÈS GÉNITAUX

2° Quelles causes peuvent rendre les accès d'herpès plus ou moins hâtifs, plus ou moins sévères?

Ces causes existent; mais les plus efficaces ne sont pas celles que, d'après les préjugés ordinaires, on se croirait autorisé à supposer. Un excès de boisson (surtout bière et vin blanc), quelques nuits de veille, une marche forcée, une nourriture épicée, la malpropreté, de violentes érections, détermineront souvent de simples balanites. Mais quant à la véritable attaque d'herpès, elles la déterminent... oui... si son heure avait sonné!

En effet, ces causesaccidentelles d'excitation, avec quelque force qu'elles agissent, en [quelque nombre qu'elles soient groupées, ne suffisent pas à remplacer la prédisposition intrinsèque, celle qui résulte du temps plus ou moins long depuis lequel la dernière at laque d'herpès a paru. Comme pour les éruptions furonculeuses, comme pour les érysipèles périodiques des vieillards, comme pour les amygdalites de l'adolescence, il suffît qu'un certain temps se soif écoulé depuis la dernière poussée pour qu'on soit en droit d'en prévoir une nouvelle. Dans de telles circonstances, un écart passager de régime, un bog, une érection inopportune, un rien détermineront la poussée herpétique chez le sujet qui n'en avait pas eu depuis deux mois, tandis que celui qui vient d'être atteint bravera impunément les influences irritantes les plus durables, les plus répétées,

C'est un tribut à payer, c'est en quelque sorte un besoin de la nature qui veut être satisfait; et, ainsi que pour toutes les créances, lorsqu'on a payé on est quitte pour un certain temps. Notons, chemin faisant, la sécurité que cette notion peut donner aux malades; il ne faut pas la dédaigner, elle est souvent le seul baume que le médecin soit à même de verser sur leurs inquiétudes renaissantes.

Toutefois, il en est un parmi ces agents d'excitation locale, il en est un dont le pouvoir se manifeste d'une façon trop évidente, pour qu'on le révoque en doute, et que nous ne lui donnions pas ici toute la place qu'il mérite : c'est le coït en lieu insolite. En luimême, l'acte sexuel, même réitéré, même accompli à l'aide ou avec adjonction des auxiliaires échauffants dont il vient d'être question, le coït ne hâte pas sensiblementl'invasion d'une crise d'herpès. Rien n'y fait : on a beau s'échauffer en ménage; la poussée d'herpès — qui naîtrait à la suite de la moindre infidélité — n'est jamais la conséquence de feux légitimes.

Un négociant de Lyon, dartreux de famille, âgé de vingt-sept ans, menait à grandes guides son existence de jeune homme. Il prit une, deux blennorrhagies, puis une chancrelle. Délivré enfin de ce accidents, il conserva un herpès.

Il avait successivement, parfois simultanément, de nombreuses relations avec ce que le demi-monde otfre de plus séduisant. Pas une fleur fraîchement

éclose sous l'engrais de ce potager, qu'il ne s'empressâl de cueillir. Mais, à chaque nouvel amour couronné, un nouvel herpès venait, envahissant la couronne, assombrir les joies, entraver les fruits de la victoire. Il consultait immédiatement son médecin, faisait examiner par lui la femme, qui toujours était reconnue saine. Puis, au bout de quatre ou cinq jours, tout était terminé,... jusqu'à une prochaine conquête.

Notre malade avait bien cru observer que tant qu'il restait, non pas continent mais fidèle, l'herpès ne reparaissait pas. Seulement, voltigeant sans cesse, il n'avait pas eu bien souvent l'occasion de vérifier avec précision la portée de cette remarque.

Cependant, tout a un terme, non l'herpès, la jeunesse. Le négociant en question, ayant dépassé de quelques années la trentaine, se maria. Il fit plus, il demeura constant. Et, dès lors, sans autres médications, sans même qu'il ait, sous d'autres rapports, réformé son existence toujours émaillée de divers extra, de veilles, de voyages, d'insomnies, l'herpès n'a pas reparu.

Ces faits inconstestables sont, d'ailleurs, conformes k la loi d 'acclimatation. Selon nous, ils l'appuieut même bien plus que ceux de contagions blennorrhagiques, cas auxquels on a voulu appliquer cette loi, et pour lesquels même cette loi fut faite. Qu'un homme qui affrontait impunément la leucor-

rhée conjugale prenne la blennorrhagie au conlact de la leucorrhée d'une étrangère, chacun l'explique à sa façon. Pour les clients, il n'y en a qu'une, et tous s'en contentent : « C'est que nous nous sommes échauffés, ce qui, hélas ! ne m'arrive plus avec ma femme; mais celte brave fille ri avait pas de mail » Et parmi les médecins, combien ne s'en trouve-t-il pas pour donner raison à cette version optimiste au nom de la non-spécificité de la blennorrhagie! Il est vrai que, par contre, un nombre égal de spécialistes non moins autorisés soutiennent que si le conctact de l'étrangère a produit un écoulement, c'est qu'elle avait, elle, précédemment contracté, et gardé à son insu, de quoi causer la maladie contagieuse.

Or, ce que nous voyons à propos de l'herpès échappe à ces cloutes ainsi qu'à ces objections. Ici pas de contagion, partant pas de discussion à élever sur la cause d'où procède l'éruption. Un seul point est acquis, tout à la fois obscur et incontestable, c'est l'action suffisante de cette influence que la nature a dévolue à un milieu génital sain mais inhabitué pour produire chez celui qui y fait sa première entrée une lésion matérielle, une poussée d'herpès.

— Que le lecteur veuille bien garder souvenir de ce théorème : il trouvera plusloin, sinon de quoi l'expliquer tout à fait, du moins de quoi en confirmer la justesse.

Une perturbation ou modification profonde du

jeu des forces vitales, telles qu'elles résultent d'un changement d'hygiène générale, exercent sur la marche de l'affection herpès une action que nous ferons comprendre en citant deux exemples : « Je pars tranquille, docteur, nous disait le 15 juillet 1879, un client soumis à ce tribut périodique, je pars, et, n'aurai, Dieu merci, à vous revoir de sitôt. En effet, je n'ai jamais d'herpès pendant les vacances, quand, comme je vais le faire, je chasse, je cours, vis au grand air, me remonte par un exercice forcé. Mais, je n'y perdrai rien ; il saura bien me faire solder l'arriéré : il m'attend chez moi, à la rentrée, quand je viens reprendre le collier de misère (le rond de cuir du fauteuil) et travailler assis toute la journée » (1er clerc d'avoué). Et ne serait-ce pas là, nous disions-nous, à notre tour, en écoutant cet instructif client, ne serait-ce pas là le mode d'action de certaines saisons balnéaires, le secret de quelques eaux simplement reconstituantes qui passent aussi pour avoir la vertu d'éloigner les attaques d'herpès?

Mais la plus puissante des dérivations est bien certainement celle que la nature opère elle-même sous forme d'une maladie intercurrente. Seulement, il faut à ce dérivatif un certain degré de force pour qu'il opère efficacement. Tant qu'il ne s'agit que de simples indispositions, la nature médicatrice ne semble vouloir donner par là qu'un échantillon de ce qu'elle pourrait faire. Que de fois n'ai-je pas vu un malheu-

reux herpétique cesser, pendant plusieurs mois, ses visites dans mon cabinet. Déjà je le croyais guéri. Mais, revenant alors : « Docteur, nous disait-il, j'ai eu un fort rhume, j'ai eu une courbature, un mal de gorge, une attaque de rhumatisme, des furoncles, etc., et pendant quelque temps je me suis bien cru débarrassé de mon maudit herpès : mais je suis guéri et le voilà maintenant qui reparaît. » Et il ne reparaissait pas pour une seule fois.

Un autre de nos malades, vraie sensitive et parfait thermomètre, atteint d'une diarrhée habituelle et d'une blennorrhagie faible, mais tenace, ne voyait cesser l'un et l'autre de ces flux, rebelles à toute médication, que lorsque l'herpès reparaissait.

Enfin chez un monsieur, âgé de vingt-cinq ans, ayant depuis quatre ou cinq ans des accès d'herpès qui revenaient avec une intensité exceptionnelle, toutes les quatre ou cinq semaines, il survint une blennorrhagie. Il vit alors les "poussées herpétiques, à ce moment en pleine vigueur, subir un temps d'arrêt très évident pendant toute la période aiguë, — qui fut fort longue — de la blennorrhagie ; mais, une fois ce moment passé, elles se montrèrent de nouveau avec la même fréquence et la même énergie que précédemment.

Quand la nature échoue nous pouvons bien nous consoler de no tre impuissance : mais il faut au moins la constater, et, dans tous les cas, régler notre con-

duite sur la connaissance trop avérée que nous avons des lacunes de noire arsenal dérival if.

Je ne veux pas, néanmoins, nier que l'organisme modifié ne puisse voir cesser cette tendance à la répétition, dont M. Baumès a si bienfait ressortir le pouvoir morbigène. Mais il faut, pour opérer de tels effets, une perturbation profonde telle que les impriment, par exemple, la variole, la fièvre typhoïde, ou tout au moins le développement de l'état hémorrhoïdaire, de la lithiase. J'ai vu, en effet, l'herpès cesser ses récidives chez deux sujets à la suite d'une variole chez l'un, et chez l'autre d'une congestion hémorrhoïdale devenue permanente.

Mais, tout en admettant la puissance dérivative de troubles organiques semblables, je refuse d'y voir un remède. D'abord, ils ne sont point à notre portée. Puis, alors même que nous pourrions en user, serait-il rationnel, serait-il vraiment médical d'échange^ pour notre client, une incommodité passagère dont son imagination alarmée sans motif fait presque toute la gravité, contre une affection aiguë, parfois mortelle, ou contre une infirmité dont les suites, les complications, compromettent parfois directement l'existence?

D. Durée de la série et herpès.

Une fois bien installée, l'affection ne manifeste que fort peu de tendance à s'éteindre spontanément. De trois à six ou huit ans constituent sa durée habituelle, si on l'abandonne à son cours naturel, parfois même ce terme est dépassé de beaucoup et énormément. Lisez comme exemple la tout à la fois lamentable et encourageante observation suivante due à M. Doyon : « C'est affaire à vous, mon cher confrère! Voici un herpès de trente ans de date, et le porteur parle de se suicider! » Telle est la note cachetée que me remit, au mois de juillet 1860, un malheureux herpétique qui venait de consulter un de nos plus éminenls spécialistes lyonnais. Agé de cinquante-cinq ans environ, M. H... avait eu toute sa vie traversée par des herpès dont les récidives continuelles l'avaient plusieurs fois plongé clans le désespoir, comme il l'avait dit à l'honorable confrère qui me l'adressait, et comme il me le répétait à moi-même.

Voici en deux mots son histoire. Né de parents manifestement dartreux, il avait eu, clans son enfance, des jetées impétigineuses au cuir chevelu et à la figure. D'un tempérament très-lymphatique, il avait présenté des engorgements cervicaux et une otorrhée assez persistante. Vers l'âge de vingt-deux

ou de vingt-trois ans, il contracta un chancre et une blennorrhagie qui guérirent après un traitement simple. Quelques mois après, il aperçut pour la première fois une plaque d'herpès sur le prépuce; ce fut une éruption simple, qui guérit sans aucune médication. Mais depuis ce moment, et cela pendant trente ans, il n'a pas cessé d'avoir plusieurs fois chaque année des éruptions circonscrites sur le gland ou sur le prépuce, et cela malgré les traitements les plus rationnels et même les plus extraordinaires. Voyant que la médecine était impuissante à enrayer les récidives de cette désolante affection, il s'était jeté entre les mains des charlatans et avait successivement suivi toutes les médications dépuratives et spécifiques, patentées ou non, que lui offrait chaque jour la quatrième page des journaux. Non-seulement l'herpès récidivait toujours, mais depuis un an environ, et cela sans cause appréciable, les plaques dartreuses, qui autrefois s'éteignaient en quelques jours, persistaient pendant un temps beaucoup plus long, un mois environ, sous forme d'exulcérations légères. Malheureusement la durée nouvelle subie par chaque poussée du mal n'avait en rien diminué leur fréquence.

C'est dans ces conditions qu'il se décida à suivre le conseil de son médecin et à venir essayer si les eaux d'Uriage pourraient donner, malgré l'ancien-

neté du mal, un résultat sinon complet du moins avantageux.

Le traitement fut régulièrement suivi. Pensant qu'il était nécessaire ici de détourner une fluxion vicieuse en la dirigeant sur un autre point, j'insistai tout particulièrement sur l'emploi de l'eau d'Uriage à dose purgative. Tous les deux jours ce malade prenait, le matin à jeun, cinq à six verres d'eau minérale; le lendemain, deux ou trois demi-verres, et chaque jour un bain tiède. Le traitement fut ainsi continué pendant trente à trente-cinq jours.

Un mois environ après son départ, il eut sur le prépuce une nouvelle jetée herpétique, dont la durée ne dépassa pas huit à dix jours. J'ai revu ce malade sept à huit mois après; dans cet intervalle, il avait eu encore un nouvel herpès préputialis. Il me dit qu'il reviendrait à Uriage clans le courant de l'été, et depuis cette époque je ne l'ai jamais revu.

Dans ce cas, il y a eu, au moins momentanément, une amélioration très évidente; mais il est facile de comprendre que ni une seule saison, ni une saison de trente à trente-cinq jours ne peuvent suffire pour triompher d'une habitude aussi ancienne, et surtout pour combattre avec succès une diathèse dartreuse dont les jetées herpétiques n'étaient que la manifestation.

On comprend maintenant pourquoi, dans notre définition, nous avons qualifié ^indéfinie la série des

poussées d'herpès. Avant de rechercher combien elle dure, peut-être conviendrail-il donc d'abord — et en ceci on s'accorderait avec le pessimisme enraciné chez toutes ses victimes — conviendrait-il de se demander si réellement elle se termine?

Un porteur d'herpès, après vous avoir assiégé de ses visites et de ses doléances cesse de fréquenter votre cabinet. Est-ce parce qu'il s'est lassé d'y venir en vain? Est-ce parce qu'il est guéri? Franchement, je penche pour la dernière version. Cette clientèle-là est fidèle; elle l'est trop; elle l'est jusqu'à la satiété, jusqu'à la lapidation. Vous avez beau leur démontrer l'inanité de leurs craintes, en leur enjoignant de laisser, pour voir, guérir une poussée sans lui opposer aucun remède; en leur apprenant à la reconnaître, à la distinguer du chancre d'après le prurit prémoniloire ; en profitant, pour les éclairer, d'une poussée qui est survenue deux ou trois mois après tout coït, et par conséquent sans contagion possible. — Rien n'y fait. Relisez le tableau que nous avons tracé ailleurs de l'herpétomane.

Eh bien! tous les sujets touchés par l'herpès sont presqu'au même degré affolés de mêmes terreurs. Tenez donc pour à peu près certain, quant à la plupart d'entre eux, que, s'ils ont abandonné votre cabinet, c'est que la maladie les avait abandonnés.

Une autre considération nous frappe. Supposons que leur mal fût éternel : ils ne reviendraient peut-

être pas nous le montrer à chaque nouvelle attaque ; mais régulièrement au moins reviendraient- ils de temps en temps, de loin en loin. Or nous voyons bien à notre consultation, de vieux herpétifères, mais nous n'y voyons pas d'herpétifères vieux l — notez la différence.

Or, il y a deux conséquences à tirer de cette remarque. En établissant que l'herpès à la longue prend fin, elle fait plus que prouver le fait, elle l'explique.

Née à l'occasion d'une maladie des organes génitaux et circonscrite à la sphère génitale, naturellement cette fluxion doit être influencée par le plus ou moins d'activité que subissent à un moment donné les fonctions de cet appareil. Ainsi elle l'est dans le sens en plus, lorsque l'éréthisme se trouve surexcité; nous venons d'en voir une preuve dans le pouvoir herpétigène de la passion qui a été jusqu'à s'égarer in vase insolito. Par contre, elle devra l'être dans le sens en moins, quand le déclin de l'âge amènera l'abolition à la fois de l'inctinct et de la puissance reproductrice. Ici l'effet ne saurait se nier : la physiologie normale le fait bien pressentir en nous montrant que cet effet" s'exerce non-seulement sur l'appareil génital, mais aussi sur la petite partie de cet appareil où les herpès ont leur siège favori. C'est à cette époque de décadence virile, en effet, que le prépuce cesse de sécréter la matière sébacée,

1/i DES HERPÈS GÉNITAUX

devenue désormais inutile, puisque l'acte qu'elle est destinée à préparer, à faciliter ne doit plus avoir lieu.

E. Modes d'extinction de l'herpès.

Lcà est, en effet, la cause fondamentale de la cessation de l'herpès. Nous ne nions point qu'une modification de l'organisme ne puisse l'opérer. Mais pour porter un coup aussi radical, il faut une perturbation profonde, comme celle dont nous avons donné ci-dessus de frappants exemples.

Heureusement — cet adverbe serait-il bien agréé par l'herpélifère, si on le laissait juge de ses intérêts? — heureusement, d'autres ressources moins chanceuses se présentent spontanément, capables de réaliser le même effet On voit la série des poussées herpétiques aller progressivement en s'espaçant de plusenplus. C'estun faitd'observation, etc'estlarègle générale. Mais celte atténuation graduelle provientelle uniquement du temps écoulé? Elle dépend sans doute de ce que la maladie a vieilli; mais le malade en vieillissant n'y a-t-il pas aidé lui-même? Tôt ou tard, àuncertainâge, l'homme, onl'aremarqué, commence à compter avec ses héritiers. Il en est de même de l'être morbide dont nous fesons l'histoire; car c'est justement dans sa propre famille que l'herpès a ce qu'on peut appeler ses suppléants de droit. Issu de l'arthritisme, des productions pathologiques de

même origine, soudain ou peu à peu, associées ou alternantes, tendent à le remplacer. C'est là une de ses transformations ordinaires, et c'est là aussi son mode de terminaison usuel. Un quinquagénaire de notre connaissance portait depuis longtemps ce petit bobo balano-préputial qui, pour un viveur obstiné tel que lui, était gênant non pas plus que de raison mais plus que de caprice. Notre homme croitfaire un coup de partie en allants'endébarrasserparunesaisonprolongée aux eaux thermales les plus renommées. Il en repart effectivement délivré de son herpès ; mais l'hiver venu, des gastralgies renaissantes, une arthrite — què notre galantin s'indignait d'entendre qualifier de sêniie — établie à demeure sur l'un des genoux, la résurrection d'une vieille cystite, fruit de ses anciens excès, l'avertirent un peu tard qu'il faut y regarder à deux fois avant de faire un pareil troc, et que le proverbe « on sait ce qu'on quitte, on ne sait pas ce qu'on prend » n'est pas exclusivement à l'usage de ceux qui aspirent à reconvoler! Or ce qui, provoqué artificiellement, brusquement et imprudemment réalisé, tourna si mal dans le cas qui précède, s'accomplit au contraire souvent de la manière la plus favorable quand on ne s'en mêle pas, quand on laisse agir celui qui peut et qui sait plus que nous. Peu à peu, à mesure que, par l'effet de l'âge, s'émousse l'attraction jadis prépondérante du pôle génital, on voit les poussées d'herpès subir simultanément les

trois changements suivants : lopographiquement, elles s'éloignent du centre où elles étaient d'abord demeurées cantonnées; chronologiquement, elles s'espacent par des intervalles de plus en plus considérables; enfin objectivement, l'irritation légumentaire locale et la réaction tant nerveuse que morale sont moindres. Tout graduellement s'atténue; finalement un beau jour on s'aperçoit que tout s'est éteinl. Mais, et parallèlement, l'arthritisme avait peu à peu, parfois comme à l'insu du malade, mis en ligne ses équivalents pathologiques. Sans qu'on sache pourquoi, en même temps qu'on a moins d'herpès, on est plus obsédé de gastralgies; on prend du ventre; il s'ouvre des clairières au-dessus de la tempe ; les rhumes méritent de s'appeler catarrhes ; un lombago, une raideurdu genou, une sensibilité de l'orteil sonnent leur premier avertissement; les prédominances et imminences hépatiques, s'accusent par fauves et significatifs éclairs; bref, pour le dire d'un mot, quelques grains de millet en moins à la surface du prépuce, quelques grains de sable en plus dans le vase de nuit, et la métamorphose salutaire et maudite s'est accomplie sans orages, sans risques, sans peut-être que le médecin plus que le malade puisse dire si l'herpès avait cédé la place ou si c'est l'arthritisme qui s'en est emparé?

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