‹ Les Heures de Blanche de France, duchesse d'OrléansChapitre 3 sur 26 · Fol. 273 r-276, 283 v°-284 V, 337 v° et · texte numérisé non relu

Fol. 273 r-276, 283 v°-284 V, 337 v° et

ornés de tableaux représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, s’ouvrant par un calendrier et terminés par les litanies des saints et un choix d’oraisons.

Tel n’est point le caractère du livre de la duchesse Blanche. Il n’appartient pas non plus à l’innombrable catégorie des livres d’heures du genre classique, dont la composition fut fixée au cours de la seconde moitié du xiv e siècle et qui resta en usage jusqu’à la fin du xvi e dans presque tous les diocèses de l’Europe. En dehors des variantes nécessitées par la différence des liturgies locales, ou par le goût des fidèles à qui les exemplaires étaient destinés, on trouve assez uniformément, dans tous les livres de ce genre, manuscrits ou imprimés, les morceaux suivants : un calendrier, une coupure de chacun des quatre évangiles, deux oraisons à la Vierge (O interner ata et Obsecro ), les Heures de Notre-Dame, celles de la Passion, celles du Saint Esprit, les psaumes de la pénitence, les litanies des saints, l’office des morts et une série d’antiennes et d’oraisons en l’honneur des personnes de la Trinité, des anges et des saints, ce qu’on appelait les Suffrages, et en dernier lieu quelques pièces de piété de genre varié 1 .

A ce type, qu’on peut appeler classique, n’appartient pas non plus le livre de la duchesse d’Orléans. Il faut le rattacher à une catégorie intermédiaire dans laquelle le texte du psautier est accompagné de pièces complémentaires de différentes espèces, parmi lesquelles apparaissent déjà parfois plusieurs des Heures qui devaient devenir le fond des livres d’heures classiques.

Le livre de la duchesse est un remarquable exemple de la variété qui caractérise la catégorie intermédiaire des livres d’heures. Le rédacteur a donné à son recueil de grands développements; mais il ne paraît pas en avoir arrêté d’avance le plan, ce qui explique le désordre 2 dans lequel se présentent les pièces

1. Sur la décoration de ce genre de livres d’heures, on peut voir les judicieuses observations de M. Henry Martin dans le Bulletin du bibliophile , n" du 15 avril et du 5 mai 1905, p. 186-192 et 224-233.

2. Nous trouvons au fol. 355 un exemple frappant du désordre avec lequel la copie a été faite. Une oraison latine, en l’honneur de saint Anatole, a été transcrite entre le premier et le second article d'une longue oraison française au cours de laquelle sont successivement rappelés les patriarches de l'Ancien Testament : dans le premier article, Abel l'innocent; dans le second, saint Melchisédech, et ainsi de suite... — La copie est souvent incorrecte.

499 DUCHESSE d’orléans. 41

qui le composent. On en jugera par la table détaillée qui est à la fin de la présente notice.

L’examen des psautiers du même type qui sont connus dans les bibliothèques de Paris m’entraînerait trop loin. Je demanderai seulement la permission d’en signaler ici un exemplaire qui ne tardera guère à entrer à la Bibliothèque nationale et auquel j’ai des raisons particulières de m’intéresser. C’est un tout petit volume, de la fin du xiu e siècle, qui m’a été donné en 1849 par un ancien principal de mon collège de Valognes, l’abbé de La Mare, mort archevêque d’Auch en 1871. Je l’offris à ma femme comme cadeau d’un premier anniversaire qui nous était particulièrement cher (10 juin 1857). Il y a longtemps que nous convînmes de le laisser à la Bibliothèque nationale, avec nos autres livres, sauf à en retenir l’usufruit pour le survivant.

Petit volume écrit sur du fin vélin. 246 feuillets. 96 millimètres sur 60. Écriture de la seconde moitié du xm e siècle.

Fol. 4. Calendrier mentionnant un très petit nombre de fêtes.

Fol. 44 v° et 45. Deux miniatures : la Vierge tenant l’enfant Jésus sur son bras gauche-, — Jésus en croix, assisté de la Vierge et de saint Jean.

Fol. 46. Psautier, divisé en sept sections, avec une petite miniature en tête de chacune (fol. 46, 39, 54 v°, 69, 83, 447 v° et 436). — Il est suivi des cantiques (fol. 469), du symbole Quicumque (fol. 482) et des litanies (fol. 484 v°).

Fol. 495. Prières diverses, toutes en latin. Elles sont distribuées en groupes assez homogènes -. à la Croix (fol. 495), à la Vierge (fol. 204 v°), à la Trinité (fol. 244), pour la communion (fol. 226). — Une seconde copie du Quicumque est dans le groupe de la Trinité (fol. 247 v°). — Plusieurs de ces pièces se retrouvent dans les Heures de la duchesse d’Orléans : au fol. 240, Ointemerata (dans les Heures de Blanche, fol. 295) ; au fol. 234 v°, Gratias iibi ago (dans les Heures de Blanche, fol. 234 v°).

Une série des invocations contenues dans les litanies, au fol. 487, semble dénoter une origine poitevine : « Prochari, Philiberte, Florencii, Maxenti, Jovine, Venanci. »

Les formules des prières sont féminines : « Ne irascaris mihi indigne famule tue (fol. 24 8 v°), — ego indigna et peccalrix (fol. 232), — mihi ancille tue (fol. 249). » — Ce qui semble montrer que le livre a été fait pour une communauté de femmes, c’est la commémo-

ration indiquée (fol. -H) au 30 novembre : « Commemoratio Berte, sororis nostre. »

On a ajouté à la fin les feuillets 235-246, sur lesquels sont copiées, en caractères du xiv e siècle, des prières latines, généralement empruntées aux psaumes.

Mais je dois revenir aux Heures de la duchesse Blanche.

Il y a peu d’observations à présenter sur le contenu du livre, qui est assez minutieusement analysé dans la table imprimée ici en Appendice. Ce qui lui donne un prix particulier, c’est le soin que le rédacteur a pris de mettre bien en relief la personnalité de la duchesse d’Orléans, en employant des formules féminines, en écrivant tout au long les noms de BLANCHE et de PHILIPPE. C’est aussi la quantité de pièces françaises, en prose ou en vers, qui s’y trouvent rassemblées non sans quelque confusion. Je ne regrette pas de les avoir énumérées en détail, ainsi que les pièces latines. J’ai cru même qu’il n’était pas inutile d’imprimer quelques extraits des premières. La bibliographie des prières insérées dans les livres à l’usage des laïques est bien moins avancée que celle des proses et des hymnes contenues dans les missels et les bréviaires. L’insertion de tels ou tels morceaux dans un livre à date certaine n’est pas un fait à dédaigner pour l’histoire littéraire.

Je dois appeler l’attention sur les Heures de saint Louis, qui occupent les feuillets 245-258. Elles ont les développements qui conviennent à un bréviaire ordinaire. Ce n’est pas cependant le grand office qui fut composé à la demande de Philippe le Bel, et auquel travaillèrent en 1298 sire Geoffroi, chapelain de Jacques de Saint-Paul, maître Pierre de La Croix, d’Amiens, et Geoffroi Du Plessis 1 , et qui paraît représenté par le texte contenu dans le Bréviaire de la reine Jeanne d’Evreux, au Musée Condè 2 , dans le Bréviaire connu sous le titre de Bréviaire de Belleville 3 et dans un bréviaire écrit avec un grand soin, à la fin du xrv e siècle, pour le couvent de Saint- Louis de Poissi 4 . Cet office abrégé, mais très bien composé, est remarquable, non par le résumé de la vie

1. Voir les articles du Journal du Trésor cités dans ma Notice de douze livres royaux , p. 58.

2. Notices et extraits des manuscrits, t. XXXI, l p# partie, p. 1-31.

Page 1