Catalogue des manuscrits du Musée Condé ], t. I, p
DUCHESSE d’oRLE'àNS.
du saint roi, qui forme le fond des leçons de matines, mais par des versets, des répons, des capitules, qui, en termes très brefs, mais fort expressifs, témoignent de l’admiration et de la reconnaissance des populations pour le meilleur des rois :
Il se fît une ceinture de la justice. Heureux le royaume gouverné par un roi prévoyant, pieux, délicat dans ses mœurs, courageux dans l’adversité! — Sa sainteté est attestée par la largesse des aumônes, l’amour de la vérité, l’équité des jugements. — Il employait les richesses à secourir les pauvres, il méprisait les douceurs de la vie, aimait le travail et défendait les églises. — Beaucoup célébreront sa sagesse, et son souvenir ne s’effacera pas de la mémoire des hommes. — Le peuple doit louer son seigneur. 11 est récompensé de son zèle à punir les crimes. — Il a pris soin de sa nation, et il l’a sauvée de la ruine. — Le roi a fait jouir la France de la paix-, il a appuyé le trône sur la justice. — Il a été glorifié en présence des rois. — L’Église lui doit sa prospérité, et la France entière l’honneur dont elle est entourée.
J’ai pensé que le texte de cet office pourrait trouver place dans l’Appendice de cette notice. C’est l'éloquente expression des sentiments qui animaient les fidèles réunis dans nos églises au xiv e siècle pour célébrer la fête de saint Louis.
Je ne m’explique pas la façon dont le rédacteur du livre de la duchesse d’Orléans a traité un saint dont le nom, si mes souvenirs sont exacts, doit figurer bien rarement dans les livres d’Heures français. Saint Acace, au fol. 323 v°, n’a pas seulement les honneurs d’une antienne et d’une oraison. L’antienne et l’oraison y sont précédées d’une rubrique dont rien de semblable n'existe pour les autres saints compris dans la suite des Suffrages :
Geste oroison si est de saint Achaz et de ces compaignons, qui furent x mille et requirent a Notre Seigneur que qui feroit dévotement commémoration de leur passion que Diex les gardast en bataille quant ill i seroit et qui jeuneroit leur vigile, qu’il n’eust garde en tout l’an en bataille, et Nostre Seigneur leur otroiia toutes ces choses; leur vegile si est la seurveille de la Saint Jehan.
L’attribution à saint Thomas de Cantorbery de la petite pièce de vers rythmiques copiée sur le fol. 28 v° est assez douteuse. On en pourra juger d'après l’édition qui en est ici, p. 530.
Quant à la décoration du livre, je dois faire observer que l'enluminure des initiales, avec les appendices qui se prolongent sur les marges, est un travail de bon goût, qu’elle se marie très heureusement avec l’écriture et qu’elle contribue, avec la finesse et la blancheur du parchemin, à donner à toutes les pages un aspect brillant et séduisant. Les trente petites miniatures qui sont disséminées dans le livre sont loin de le déparer, sans mériter cependant d’être citées parmi les chefs-d’œuvre de l’art parisien du milieu du xiv e siècle. Je me borne à en dresser ici la nomenclature.
Aux heures de Notre-Dame, il n’y a qu’une miniature (fol. 7) : l’Annonciation.
L’illustration du psautier consiste en sept miniatures, placées au commencement de chacune des sept divisions du livre, et correspondant ainsi à l’emploi des psaumes pour les matines des jours de la semaine et pour les vêpres du dimanche.
Fol. 31, en tête du psautier : David jouant de la harpe.
Fol. 51 v°, avant le psaume Dominus illuminatio mea : David contemplant un nuage d’où sort la tête du Tout-Puissant.
Fol. 77 v°, avant le psaume Liant insipiens : l'image d’un fou.
Fol. 90, avant le psaume Salvum me fac : un homme sur le point de se noyer implore l’aide du Seigneur.
Fol. 105 v°, avant le psaume Exultate : un musicien.
Fol. 119, avant le psaume Cantate Domino : deux chantres devant un lutrin.
Fol. 133 v°, avant le psaume Diœit Doyninus Domino : le Fils assis à côté du Père et le Saint Esprit sous la forme d'une colombe dans un nuage.
Au commencement du psautier de saint Jérôme, l’enlumineur a représenté un personnage vêtu de noir et nimbé, qui lit un livre placé sur un lutrin (fol. 185).
Huit scènes de la Passion sont représentées dans les Heures de la Passion, savoir : la trahison de Judas (fol. 229), la Flagellation (fol. 232), Jésus outragé les yeux bandés (fol. 234), Jésus devant Pilate (fol. 235 v°), Jésus portant la croix (fol. 237 v°), Jésus sur la croix (fol. 240), la descente de croix (fol. 242 v°), Jésus au tombeau (fol. 243 bis v°).
Au fol. 245, sur un fond d’or, se voit saint Louis debout, cou-
ronné et nimbé; il tient la main de Justice; une dame est agenouillée à ses pieds.
En tête des psaumes de la Pénitence, image de Notre-Seigneur bénissant, la main appuyée sur un globe.
Au haut du fol. 277, une dame agenouillée devant la Vierge, qui tient l’enfant Jésus sur son bras; le fond est losangé d'or et d'azur, avec des fleurs de lis blanches sur l’azur.
Sur le fol. 280 v°, miniature à fond losangé d’or et d’azur, les losanges d’azur chargés de fleurs de lis blanches 1 ; elle est divisée en deux compartiments : dans celui du haut, Notre-Seigneur bénissant et montrant les plaies de sa main et de son pied; dans le compartiment du bas, une dame à genoux en prières.
Sur le fol. 285, une dame agenouillée est en prières devant le buste du Seigneur, qui paraît dans un nuage. Fond losangé et fleurdelisé comme au fol. 280 v°.
Fol. 295. Même sujet qu’au fol. 277. La Vierge est assise; le fond est tout en or.
Fol. 306. Miniature du même type que celle du fol. 285.
Fol. 366. Une dame en prières, à genoux aux pieds de la Vierge assise; le fond est tout en or.
Fol. 380. Miniature à fond d’or représentant un moribond dont l’âme est attirée au ciel par un ange, probablement saint Michel.
Fol. 386. Une dame en prières, aux pieds de Jésus en croix. Fond à losanges d’or et d’azur avec des fleurs de lis blanches sur les losanges d’azur.
Fol. 390. Miniature à deux compartiments. Dans celui du haut, quiestéchiqueté, à carreaux bruns marqués d’un point d’or, est une image de la Trinité. Dans le compartiment du bas, à fond losangé d’or et d’azur, avec fleurs de lis blanches sur les losanges d’azur, le peintre a représenté une dame en prières devant un livre ouvert sur un meuble recouvert d'une draperie noire.
Fol. 419 v°. Miniature à fond d’or, représentant la Vierge et saint Jean aux pieds du Crucifix.
Je laisse à d’autres le soin de rechercher les documents qui peuvent jeter quelque jour sur la vie de Blanche, duchesse d'Or-
1. Voir plus haut, p. 496, l’indication de beaucoup de losangés à fleurs de lis blanches sur azur.
léans, sur ses habitudes et sur la place qu’elle dut occuper à la cour de France sous les premiers Valois.
Je dois cependant mentionner, outre les deux sceaux des Archives nationales (n 0# 939 et 940), la sépulture que la princesse reçut dans l’abbaye de Saint-Denis et dont les restes se voient encore dans cette église. M. le comte François Delaborde les a fait connaître à la Société des Antiquaires de France, le 4 mars 1891, et il a cité le texte qui nous a révélé le nom de l’auteur de la statue funéraire : Hennequin de Liège 1 .
Je dois surtout relever un détail qui se rattache intimement à la composition du livre d’heures de la princesse.
On sait combien le goût des beaux livres était développé au xiv e et au xy 6 siècle chez les princes de la maison de France. Blanche devait les partager : sa mère, la reine Jeanne d'Évreux, s’était formé une véritable bibliothèque, dont plusieurs volumes nous sont parvenus, notamment la moitié d’un petit bréviaire, qui est un des joyaux du Musée Condé 2 . Même avant de connaître l’existence du manuscrit de Wernigerode, nous savions que la princesse Blanche s'intéressait aux livres.
Les inventaires de la librairie de Charles V nous avaient appris que la duchesse d’Orléans avait offert au roi son neveu deux très beaux volumes : un livre de la Perfection saint Jean l’évangéliste, qui resta dans la librairie du Louvre jusqu’à la mort de Charles VI, et un Catholicon, que Charles V donna à maître Jean de La Chaleur 3 .
Un livre dont les ais sont couvers de brodeure a fleurs de lis, a deux fermoirs d’or, de la Perfection saint Jehan l’euvangelisle, donné au roy par madame d’Orléans, escript de lettre formée en françois 4 .
Catholicon, couvert de cuir vermeil a empraintes, très bel, que donna au roy madame la duchesse d’Orléans. — (Donné à maistre Jehan de La Chaleur 5 .)
1. Bulletin de la Société des Antiquaires de France , année 1891, p. 106.
2. Voir la notice insérée dans le t XXXI, l r# partie, des Notices et extraits des manuscrits , p. 16-21.
3. Ce Jean de La Chaleur figure nombre de fois dans le Cartulaire de l’Université de Paris, dont il fut installé chancelier le 26 février 1371. Voir Chartul, üniversitatis Parisiensis, t. III, p. 193.
4. N° 371 de mon édition des Inventaires de la librairie du Louvre.