II. LA JOUTE
5N-CLAESEN, ÉDITEUR, RaUXELLSS.
Heures de Notre-Dame et celles du triptyque Stein procédaient d’une même source.
Un livre d’Heures (cim. 41) de la Bibliothèque de l’Etat à Munich (1) nous paraît également contemporain de la miniature de Dixmude, dont il contient, du reste, une réplique ; la miniature où se voit l’image de la Vierge dominant un groupe de prophètes et de sibylles constitue une copie d’une composition célèbre, aujourd’hui disparue, mais qui subsiste du moins en copie, dans le fonds van Ertborn de la galerie anversoise : ce panneau est indiqué erronément sous le nom de Mostaert (2).
Le manuscrit de Munich semble se rattacher, sous ce rapport, au célèbre arbre généalogique des rois de Portugal, appartenant au British Muséum , exécuté, ainsi que les critiques s’accordent à le reconnaître, sous la direction de Simon Bening. Reste à savoir si le maître miniaturiste en a tracé le plan. L’étude attentive de ces grands tableaux où l’héraldique n’est que l’accessoire, permet d’y démêler plusieurs systèmes de décorations qui ne cadrent pas, pour le style, avec des œuvres connues du maître. Ce qui lui appartient tout à fait en propre, c’est une série de petites scènes historiques où dominent son sentiment et sa touche. Il est donc certain que plusieurs artistes ont collaboré à ce fastueux monument, le plus riche en son genre, et qui reste encore éblouissant, en dépit des retouches malheureuses, de l’usure et de la poussière qui l’ont altéré en maints endroits. M. Weale estime, à bon droit, que ces miniatures peuvent être placées parmi les plus splendides et les plus parfaites que le xvie siècle ait produites. M. Henri Shaw en a fait connaître quelques fragments remarquables ; nous en publierons plus tard d’autres qui méritent, à divers égards, d’être popularisés par la phototypie (3).
Bening peignit, vers i537, pour des dignitaires de la Toison d’or,
(1) Voir les planches relatives à ce manuscrit : Kunstvolle Miniaturen et Initialen a us Handschriften aus 4 bis 16 Jahrhunderts mit besonderer Berücksichtigung der in der Hof und Staatsbibliothek München befindlichen Manuskripte. Geschichtliche Beitrdge von L. V. Kobell.
(2) Voir catalogue du Musée de peinture d’Anvers.
(3) Dresses and décorations of the middle âges (t. II sans pagination). London i858.
les figures de Philippe le Beau et de ses successeurs, et les armes des membres de l’Ordre, depuis sa fondation, en 1429. On ignore, jusqu’à présent, où se trouve cette œuvre d’art, pour laquelle l’artiste reçut 167 livres de Flandre.
Nous manquerions à notre tâche si, à côté de maître Simon, nous oubliions de citer sa fille Liévine, dont Guichardin fait grand éloge : « Quant aux femmes et filles excellentes en cest art qui vivent encore, dit l’historien florentin, je vous nommeray quatre : la première est Liévine, fille de maistre Symon de Bruges, laquelle (imitant son père) est si excellente à manier le vermillon, que le susnommé Henry VIII du nom, Roy d’Angleterre, voulut, à quelque prix que ce fut, l’avoir en son pays, et à la suyte de sa Court, où elle fut richement mariée et bien aimée de la Rayne Marie comme elle est chérie et caressée amyablement par la Rayne Elizabeth (1). » Guichardin fait erreur quant aux circonstances du mariage. En effet, Liévine épousa Georges Teerlinc, bourgeois de Blankenberghe. Les deux époux comparurent par-devant les échevins de la ville de Bruges le 4 février 1045 pour clore le compte de la mortuaire de Georges Teerlinc le vieux (2). Il est probable qu’ils partirent pour Londres peu de temps après, car il n’est plus fait mention, à dater de cette époque, de leurs personnes dans les archives de Bruges. En 1547, à la Saint-Jean, « maistris Levyn Terling, paintrix, » recevait comme gages dix livres par trimestre à la Cour royale d’Angleterre (3). En i556, elle présenta à la reine Marie, à l’occasion du jour de l’an, un petit tableau de la très sainte Trinité (4). En i558, elle offrit à la reine Elisabeth le portrait de Sa Majesté finement peint sur une carte, et reçut comme récompense une bouteille dorée ( one casting bottell guilt ) qui pesait deux onces trois quarts. En i56i, elle fit don, le jour de l’an, d’une boîte ornée des portraits de la reine et d’autres personnages, finement peints. Liévine reçut
(1) Description de touts les Pais-Bas, p. 1 53. Anvers, i582.
(2) Reg. Greffe civil 1544-45, fol. 85 à 92. Voir M. J. Weale, Beffroi, t. II, p. 3og et suiv.
(3) Trevelyan Papers, I, pp. ig5, 2o3, 2o5, cité par J. -G. Nichols. Notices of the contemporartes and successors of Holbein, p. 3g. Londres, i863.
(4) Progresses of Queen Elisabeth, vol. I, p. xxxiv, cité dans le même ouvrage, p. 3g.
Pl. XII. •