LA CHASSE AU CERF
L’introduction du calice dans la composition, qui constitue une variante notable, appartient au copiste. En effet, Léonard de Vinci a représenté le moment qui lui permettait de faire valoir ses grandes qualités, tant par la variété des attitudes que par l’étude approfondie des physionomies. Il retrace la Cène à cet endroit où Jésus-Christ fait une révélation terrible pour les cœurs qui lui sont sincèrement attachés : « En vérité, en vérité, je vous le dis que l’un de vous qui mange et qui boit avec moi me livrera. » A ces mots, les disciples se regardèrent les uns les autres, ne sachant de qui il parlait; et, étant fort affligés, ils se mirent chacun à lui dire : « Est-ce moi, Seigneur? »
Si Léonard de Vinci avait envisagé le côté mystique de la Cène, l’institution de l’Eucharistie, eût-il jeté le trouble parmi les convives? Eût-il donné à Jésus-Christ l’attitude d’un homme accablé sous le poids d’une immense douleur?
En effet, il baisse la tête comme s’il accomplissait un acte qui lui coûte. Dans la copie, ce calice apparaît dans sa main comme une coupe d’amertume qu’il hésite à vider.
Le copiste a sans doute trouvé que la donnée adoptée par Léonard de Vinci s’écartait de la tradition et, ne comprenant pas bien la composition du maître italien, il a mis un calice dans la main du Sauveur.
La grisaille des Heures de Notre-Dame apporte donc un élément intéressant à l’histoire de la Cène; elle suffirait à montrer la vogue considérable dont jouissait déjà dans nos contrées ce chef-d’œuvre, un des plus étonnants sortis de la main de l’homme (i).
(1) « C’est une excellente réduction de la fameuse Cène de Léonard de Vinci. Un juge compétent, David, ne se lassait jamais d’admirer ce petit chef-d’œuvre, qu’il venait souvent visiter chez le possesseur du manuscrit. » (P. 43, Lioult de Chênedollé, op cit.)
34. LA VOCATION D'ANDRÉ ET DE JEAN. — Miniature formant cadre. La scène se passe au bord du Jourdain, ombragé de grands arbres. Au premier plan apparaissent, vus à mi-corps, saint Jean-Baptiste et deux de ses disciples. Le Précurseur leur montre Jésus qui marche le long du fleuve et il leur dit : « Voici l’agneau de Dieu. » Les deux disciples l’entendirent parler ainsi et suivirent Jésus. Alors Jésus, s’étant retourné et voyant ceux qui le suivaient, leur dit : « Qui cherchez-vous? » Ils lui dirent : « Rabbi (c’est-à-dire maître) où demeurez-vous? » Il leur dit : « Venez et voyez. » Ils vinrent et virent où il demeurait et ils restèrent près de lui ce jour-là. (Saint Jean, chap. I, v. 36-40.)
Il y a dans cette page d’évidentes réminiscences d’une miniature du Brévaire Grimani, Album de Zanotto, pl. LXXI.
35. LA TRAHISON DE JUDAS. — Jésus-Christ a reçu le baiser du misérable qui est venu à la tête d’une troupe armée dans le dessein de s’emparer de sa personne. Ces soudards, à mine patibulaire, armés d’épieux, de hallebardes, de fauchards, etc., se ruent sur leur victime, hurlant et riant d’un rire ignoble. Révolté de tant d’audace, saint Pierre s’est saisi de l’épée de Malcus, valet du Grand- Prêtre; il le renverse et se dispose à le frapper.
Cette scène, qui se passe à la lueur sinistre des torches, ne laisse pas de produire une impression saisissante tant elle porte l’empreinte d’un sauvage réalisme.
Pl. XLI.