PAYSAGE
l’Enfant Jésus, apparaît au-dessus de l’autel, dans une nue dorée. Sur l’autel sont posés deux chandeliers en laiton, peu élevés; le bassin en est crénelé, le pied pose sur trois petits lions accroupis. Le calice n’est couvert que de la patène, tandis que le Missel est encore fermé. Au premier plan est peinte une dalle funéraire en pierre; l’effigie du défunt et l’inscription sont en laiton. Une clôture en bois, surmontée d’un appareil d’éclairage appelé herse, rappelle les objets similaires qui subsistent dans plusieurs de nos églises et, en particulier, à Bruges. L’église appartient au style ogival. La miniature est décorée d’un riche encadrement architectonique, se détachant sur un fond laque et comportant plusieurs figurines. Au bas de la page est posé un cartouche soutenu par deux amours et dépourvu d’armoiries; celles-ci ont probablement été enlevées afin de cacher la provenance véritable du manuscrit.
Cette miniature offre de grandes analogies avec celle que nous avons restituée à l’atelier des Horebout, dans un article de la Revue de l’Art chrétien, p. 1-18, 1894. Seulement la peinture de la Bibliothèque de Cassel, à laquelle nous faisons allusion, nous paraît supérieure par l’élégance du dessin.
5o. PA Y S AGE formant cadre. Un pavillon, entouré en partie d’une eau vive, sur laquelle vogue un cygne, constitue apparemment une dépendance de quelque maison de campagne. Deux hommes s’entretiennent à l’ombre d’un arbre dont le pied est entouré d’un clayonnage, de manière à former un banc de gazon circulaire. Un sentier en zigzags emplit la marge.
5i. BETHSABÉE AU BAIN. — Le choix de ce sujet, qui se place dans le manuscrit avant les sept psaumes de la pénitence, est de nature à surprendre par son caractère profane ; on aurait cependant tort d’y voir une innovation apportée par l’influence italienne. En effet, ce sujet appartenait déjà, au xme siècle, à l’iconographie des livres d’ Heures, et c’est ainsi qu’il se présente dans le psautier du roi saint Louis; mais, d’habitude, les enlumineurs préfèrent représenter David implorant la clémence divine. (Voir Labarte, Histoire des arts industriels, album, pl. XCII.) La femme d’Urie est assise sur un banc de pierre longeant une piscine alimentée par une fontaine. Elle n’a d’autre vêtement qu’une chemise, dont l’extrême transparence atténue à peine l’éclat des chairs ; sur ses cheveux est posé un riche tortil ; elle porte au cou un petit médaillon suspendu à une chaînette d’or. Bethsabée reçoit, à ce moment, d’une femme, une missive qui lui est adressée par David.
L’eau de la fontaine où se baigne Bethsabée est fournie par des cracheurs dont les bustes sont accolés à une élégante pyramide; sur la margelle du bassin est assis un charmant petit chien et, un peu plus loin, est posé un grand flacon en verre muni de deux anses.
Au second plan on aperçoit deux jeunes femmes en train de deviser devant une somptueuse construction. A droite, au bout d’une vaste cour, se dresse un palais de grand aspect, précédé d’un large perron, au pied duquel un page tient par la bride un mulet tout sellé pour le départ. Le messager auquel il est destiné vient de gravir les marches du perron pour recevoir les instructions que lui donne David, d’une des fenêtres du rez-de-chaussée ; cet exprès doit partir pour le camp, où il doit transmettre l’ordre d’exposer Urie à une mort certaine.
L’arrière-plan est occupé par divers édifices. Quant à l’antique palais où se tient David, il a reçu une façade dans le goût de la Renaissance.
La page qui vient d’être décrite se distingue par une extrême finesse et par le charme avec lequel les moindres détails sont interprétés. A première vue, on pourrait admettre, comme plusieurs auteurs l’ont
Pl. LI,