‹ Les heures parisiennesChapitre 10 sur 11 · MINI 1T · texte numérisé non relu

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souper à celle-ci — avec un louis autour; une soupe aux choux à celui-là — avec une pièce de quarante sous dedans. On dit à Tune : « Rosa, vous êtes divine! » sans être trop écœuré par ses parfums de poudre de riz. On permet à l'autre de vous trouver beaucoup d'esprit et de talent, — sans être dégoûté de ses éloges de pique-assiette. C'est l'heure de l'indulgence, minuit!

Le café Garen, le café Bouvet, le café de Suède, le café Véron, regorgent de consommateurs et de consommatrices; les uns en dedans, les autres en dehors, en espalier. Les garçons ne savent à qui répondre, dans l'envie qu'ils ont de répondre à tout le monde à la fois. A entendre tous ces gens-là demander à grands cris, qui une chope, qui un grog, qui une glace, qui n'importe quoi de désaltérant, on croirait vraiment qu'ils n'ont encore rien bu de la soirée, — et, tout au contraire, ils n'ont ainsi soif que parce qu'ils

se sont trop désaltérés. Ah! les belles pièces de vingt francs qu'on gaspille là, avec lesquelles on achèterait du bonheur à bien des misérables !

C'est l'heure où les autres cafés ferment, — à leur dam et regret, car c'est précisément l'heure où ils voudraient pour ainsi dire ouvrir. C'est quand ils s'emplissent qu'on les force à se vicier. Les agents sont à la porte, inflexibles, prêts à verbaliser, et, comme il ne faut pas plaisanter avee les contraventions, on ferme lentement, mais on ferme, en maudissant l'intolérance de l'Administration, si tolérante pour les établissements du boulevard.

Je comprends les regrets de ces cafetiers : ils devinent bien que cette clientèle, qu'on les oblige de renvoyer, n'est pas encore disposée à se coucher et qu'elle va se répandre dans les cafés encore ouverts, légalement ou en contrebande.

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Par exemple, si les consommateurs de la brasserie des Martyrs descendent vers le café des Variétés, ceux du Rat-Mort, ou de Jean Goujon, ou de la Nouvelle-Athènes, remontent silencieusement vers la brasserie du père Puff, sur le boulevard Rochechouart. La brasserie du père Puff est close, mais le père Puff veille. Un coup discret est frappé aux volets, on pousse la grille du passage voisin et l'on entre. Le père Puff vous compte : si vous êtes trop nombreux — ou en trop petit nombre — il vous referme sa porte au nez ; si vous n'êtes que huit ou dix, il vous accueille en vous recommandant le plus profond silence, et vous introduit dans la petite pièce du fond, si justement appelée l'entrepont, où, grâce à la chaleur du gaz et à l'absence de toute aération, on ne tarde pas à étouffer. Puis, brochant là-dessus, des saucisses de Francfort, parfumées de genièvre, de la choucroute de Strasbourg, de la bière de Bavière, — enfin tout ce qu'il faut

pour avoir une belle et bonne indigestion. Mais qu'importent les indigestions? Ce qui importe, c'est de ne pas rentrer chez soi, de rester le plus longtemps possible à causer, à rire, à boire. Se coucher, dormir, fi donc! C'est bon pour les bourgeois.

L'entrepont retentit de joyeusetés. Le père Puff arrive, suppliant, et baisse le gaz pour forcer ses hôtes à baisser la voix : « Une rente, messieurs, une ronte! » La ronte, c'est une ronde, bien entendu. On se tait pendant quelques instants, pour ne pas contrarier le bonhomme, quoique personne ne croie à la ronte; mais bientôt on recommence avec plus d'intensité : « Fous me gombromedez! » murmure de nouveau le père Puff, plus suppliant que jamais, et pendant qu'il supplie ainsi, Adonis, le garçon, apporte de nouvelles canettes et de nouvelles saucisses. Quand son timide qnos ego est méconnu et que la tempête mugit trop haut, il emploie un moyen

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